lundi 22 décembre 2008

Chaînes conjugales (1949)

Quel plaisir de revoir cette comédie tellement grave que j'avais oublié que c'en était une!

Le poison de la publicité (à la radio) y est dénoncé avec une violence si bien cousue dans une réplique de Kirk Douglas (dans le rôle d'un professeur de lettres mal payé) qu'aujourd'hui encore, paraît-il, lorsque passe le film sur certaines chaînes américaines, cette réplique est censurée! A l'époque, la publicité a encore le "charme" paradoxal de la néophilie et forme une sauce avec l'inculture revendiquée et triomphante, liée par un snobisme aux soubassements dorés et argentés. Depuis, la sauce a perdu son piquant mais a gagné en divulsion au point de finir par avaler nos "parts de cerveau disponibles". L'outrance caricaturale du personnage de la publicitaire, moche, autoritaire et bornée, ne prêterait qu'à un rire superficiel si la tirade de Kirk Douglas ne mettait fin à la pochade comme une douche glacée vient couper brutalement une pluie tiède: la satire serait peu de chose sans le verbe et le verbe bien vain sans le sentiment de fragilité et le besoin d'amour qu'il manifeste.

Ce verbe et cet amour s'incarnent ici d'une manière si subtile (pour employer une métaphore "licière" ) que non seulement les personnages nous touchent mais qu'ils nous donnent le sentiment que nous les touchons nous-mêmes, que nous entrons dans leur décor, le paysage physique et psychologique de leur vie et que, silencieusement, nous les écoutons vivre, respirons leurs fleurs et ressentons la douce chaleur provinciale et nostalgique qui émane de l'americana, cette vision de tranquillité illusionnelle que donnent de leur pays la plupart des réalisateurs hollywoodiens. Avec Chaînes conjugales, l'americana demeure dans le cadre mais s'évapore par le moyen d'une mise en scène qui fuit le tressage spécieux du feuilleton et de la légende. Grand film psychologique sans psychologisme, Chaînes conjugales se départ de l'habituelle contrefaçon historiale du réel: c'est d'l'histoire, pas d'la" stoire"!

Le charme un peu hypnotique qu'exhale pourtant ce film où la parole agit comme un filet "engeôleur", naît essentiellement de la présence invisible d'un personnage ("deus ex machina" inversé) qui ne tient ni ne tire les ficelles de marionnettes, mais déclenche l'engrènement d'humaines pensées (Désirs humains, qui sera pris cinq ans plus tard, aurait pu être un meilleur titre en français, plus onirique et moins entravant), des pensées qui n'ont plus qu'à se dévider: le présent pâlit et le passé le recouvre peu à peu comme la voix de la mystérieuse Addie Ross encharme, inquiète, et vient troubler le miroir trop calme de l'eau du temps. Le langage est notre plus belle aventure, la parole son incarnation insaisissable, la voix sa chair spirituelle, la voix féminine son extase. Même ici ralentie, adoucie, ironique voire facécieuse, la voix soyeuse et pleine de la femme invisible est la plus sensuelle des invitations à être.

jeudi 18 décembre 2008

"Où est le becquet?

_ Bé! à Chelles!"
A propos de Houellebecq, romancier du qu'on-s'en-suce, et de B.H.L., philosophe d'idées générales: la célébrité n'est qu'une question de (dis)proportion.
"Fame and Fortune" sont réversibles dans les deux sens! Noter que:
1. Art et vedettariat sont antinomiques.
2. Intelligence et succès relèvent au mieux de l'équivoque, au pis de la méprise (ou inversement).
3. L'arx Tarpeia est aussi injuste que la dulie capitoline.

Houellebecq et B.H.L. n'ont de génie ni l'un ni l'autre, mais ils ne sont pas dépourvus du talent d'intégrer le fatras pétaudier de la vie "culturelle". Comment en ont-ils émergé? L'un par la provocation, l'autre par le toupet. Deux moyens factices mais efficaces de se singulariser. Cette facticité provoque inséparablement le trop-d'amour et le trop-de-haine. Pour pouvoir se plaindre de l'une, il faudrait renoncer à l'autre, donc à son agent: le carottage intellectuel. Un écrivain sincère est quelquefois moqué, il n'est jamais vilipendé. Pourtant quoi de plus sincère que de vouloir être aimé? Oui. Mais le vouloir à tout prix est importun. Certains diront gluant. Voyez Sarko, ce turlutan, ce charlapin, qui nous colle aux doigts comme une vieille tarlatane!
Le succès, pas seulement chez un artiste, est forcément une preuve de vulgarité, au moins partielle.

L'alouette Lulu

Il était une fois un loup féroce et très méchant qui poursuivait un mouton dans la prairie. Mais un paysan l'aperçut et lui courut après avec sa fourche. Le loup s'enfuit et dans sa fuite il piétina le nid d'une alouette à l'orée du bois. Cette alouette s'appelait Lulu, parce qu'elle chantait toujours ainsi: lu-lu, lu-lu...Elle avait rassemblé un par un les brins de paille, les plumettes et le duvet qui lui avaient permis de confectionner son nid, et voilà que d'un coup tout était chamboulé et dispersé. Lulu fut très en colère et décida d'aller donner une leçon à ce loup grossier et malpoli. Mais comment s'y prendre (car souviens-toi qu'il était féroce et très méchant)?

De son côté, ce loup avait faim. Il n'avait pas l'habitude de pourchasser les moutons et les agneaux pour s'amuser, mais parce qu'il fallait bien qu'il remplisse sa panse avec autre chose que des laitues de chien et des pissenlits! Donc le loup continuait à rôder en se demandant s'il allait trouver à manger, et Lulu l'alouette commençait à réparer son nid en méditant un moyen de faire regretter au loup d'avoir foulé de sa vilaine patte le petit séjour douillet qu'elle avait bâti pour ses futurs petits.

Quant au mouton, que le loup n'avait pas réussi à rattraper, il avait encore le coeur qui battait très fort d'avoir couru et d'avoir eu peur. Mais il se rasséréna et se sentit bientôt tranquille parce que, non loin de lui, le paysan avec sa fourche le surveillait. "Le loup, se disait Tiretaine (c'était le nom du mouton) , n'osera plus revenir, il aura trop peur que le paysan l'empale et le transperce avec sa fourche!" Mai le loup avait faim et il revint. Il se cachait derrière un arbre, et, quand il vit que le paysan entrait dans sa grange et son fenil pour y chercher un outil, il bondit sur le pauvre Tiretaine et l'emporta loin dans le bois. Le paysan entendit le mouton crier: "A l'aide! au secours!" Mais il était trop tard. Il eut beau courir, la fourche en avant, ses grosses bottes de caoutchouc s'alourdissaient de terre à chaque enjambée et il ne put jamais rattraper le fugitif affamé.
Arrivé dans le bois, le loup déposa le mouton tout tremblant qui le suppliait de l'épargner. "Que t'ai-je fait? disait Tiretaine. Je n'ai jamais causé de tort à quiconque ni jamais croqué le moindre criquet. Pourquoi veux-tu me faire mourir?
-Te faire mourir n'est pas pour moi un jeu, dit le loup. Mais j'ai grand faim, et si je ne veux pas mourir de cette faim, il faut bien que de temps en temps je croque un mouton.
-Ne peux-tu rien manger d'autre?
-Si, un poulet ou un lapin. Mai les lapins se cachent dans leurs terriers, et, la dernière fois que j'ai essayé de goupiner et larronner une poule dans la basse-cour, ce vilain manant de fermier a failli me couper les pattes avec sa faux. Alors, que veux-tu! tu n'as pas de chance, je dois te manger, mouton."
Et ce disant le loup ouvrit toute grande sa gueule remplie de longs crocs effilés et pointus et ...

Mais que faisait pendant ce temps l'alouette Lulu? elle avait trouvé, je crois, le moyen de punir le loup: avisant et repérant un vieux mur dont les briques branlantes ne tenaient que par un peu de ciment effrité, elle sentit ses forces grandir et décupler (la colère rend parfois un chétif oiseau aussi vigoureux qu'un aigle) : elle saisit entre ses petites pattes une brique mille fois plus lourde qu'elle, et s'envola en direction du bois. Elle avait vu que le loup avait emporté le mouton, et elle volait à tire-d'aile pour arriver avant que le féroce animal n'ait eu le temps de mettre dans son ventre le malheureux Tiretaine...

Le loup avait donc ouvert l'immense gueule qu'il s'apprêtait à refermer et reclaquer sur le pauvre mouton: ses babines étaient noires et luisantes et son interminable langue rouge dégoulinait de salive. Quel bon repas il allait faire! C'est alors que jaillit du ciel, traversant tout à coup les feuillages, Lulu, l'alouette pleine de courage et de courroux, les yeux brillant du feu de la vengeance, petit oiseau que la rage avait rendu si fort qu'il pouvait voler avec une brique entre les pattes, Lulu, qui fondit et s'abattit si lourdement sur le loup qu'elle put laisser tomber la brique dans sa grande gueule ouverte et permettre ainsi au mouton Tiretaine de s'échapper et d'aller enfin se mettre à l'abri dans l'enclos de la ferme pour y brouter paisiblement herbes et pâquerettes.

Le loup referma ses grosses mâchoires sur quoi? sur le mouton? Que nenni, mon petit! Il les referma sur une nourriture bien dure et bien cruelle, et qu'il ne pourrait jamais digérer.

Il croyait s'en lécher la langue, il s'en croqua les dents.

Force et faiblesse

"Je suis bouddhiste parce que je suis conscient de mes faiblesses, je suis chrétien parce que j'avoue ma faiblesse, je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse, je suis musulman parce que je combats ma faiblesse, et je suis athée si Dieu est tout- puissant." Atik Rahimi

vendredi 12 décembre 2008

Valse avec Bachir

Ce film, de l'Israélien Ari Folman, m'a scotché sur mon fauteuil comme un sparadrap sur une plaie. Loin d'être une idée scabreuse, branchée ou provocatrice, l'idée d'animer des dessins (non pour montrer mais) pour évoquer l'horreur d'un massacre délibéré d'innocents, s'est avéré un procédé modeste et grave: faire connaître la réalité d'un fait monstrueux sans entrer dans l'exhibition ou le pathos. Ce qui s'est passé a été vécu de tout près par le narrateur, mais l'abomination fut telle que sa mémoire l'a scotomisé. Ce film a donc une fonction reconstructrice. Il (re)dessine ce que le souvenir n'a pu assumer. Ainsi, la violence ne surgit pas brutalement, elle renaît de linéaments anamnésiques recueillis dans une enquête auprès des témoins de sa perpétration. La réalité, de cette façon, n'est pas soumise au réalisme spectaculaire d'une reconstitution scénarisée, actée, figurée, pyrotechnisée, elle est libre d'exprimer sa nature sidérante et cauchemardesque, trait après trait, propos après propos, qui s'ajoutent, se complètent, s'affinent et nous donnent à voir et à sentir ce que fut la guerre du Liban de 1982. Et on sort de la projection secoué par une émotion rien moins que passagère.
Faire une fiction de cette histoire aurait été obscène. Mais pourquoi pas un documentaire? Parce qu'alors le film aurait été d'une nature différente: il lui aurait manqué cette prégnance d'onirisme noir qui fait son originalité: le dessin opère pour ainsi dire une tranfusion d'imaginaire, celui du narrateur venant imprégner le nôtre, et l'enrichir d'un fantasme obsédant, et chimérique au sens propre, fait à la fois de l'étoffe tourmentée de l'irrémédiable et de ses projections larvaires et flottantes dans nos psychés. Le monstre hallucinant de la cruauté animale des hommes nous hante par la simple (!) magie d'un art lui-même hybride qui doit son chef-d'oeuvre à la perfection de son mélange (ir)réalisé. "Pour moi, dit Ari Folman, l'animation, c'est la liberté totale".
Dans l' entretien qu'il accorde à Télérama le 10/12/08, Jacques Rancière nous demande de nous souvenir "de la phrase un peu provocatrice de Godard, qui disait que l'épopée est réservée à Israël et le documentaire aux Palestiniens. Que voulait dire Godard? Que la fiction est un luxe, et que la seule chose qui reste aux pauvres, aux victimes, c'est de montrer leur réalité, de témoigner de leur misère. Le véritable art critique doit déplacer ce type de partage fondamental. Certains artistes s'appliquent d'ailleurs à le faire. Le dessin animé Valse avec Bachir, par exemple, subvertit la forme documentaire."

Art & culture

" Koons à Versailles, c'est la grosse entreprise artistique accueillie par la grosse entreprise culturelle de l'Etat, l'art "critique" devenu officiel, deux entreprises qui traitent de puissance à puissance." Jacques Rancière, in TELERAMA n°3074 (10/12/08), p. 18.

jeudi 11 décembre 2008

La vie philosophique

L'absurde honte de toute existence n'est pas consolable. Alors, inutile de pleurer, affilons plutôt nos regards et rendons la pénétration riante.

mercredi 10 décembre 2008

Réductionnisme

C'est une théorie qui prétendrait expliquer, par exemple, la concupiscence impérialiste de Napoléon, Hitler et similes, comme un comportement compensatoire, un "retour de lot" du ressentiment, une soulte démesurée censée les indemniser de deux iniquités ou deux injures du surmoi social: premièrement, la petitesse de leur taille; deuxièmement, la dimension réduite de leur pénis. A cet aunage (je n'ose dire "sous cette verge") Mimi Mathy aurait déjà dû envahir les galaxies. Sauf que lui font défaut deux moteurs zob-ligatoirement compulsifs: la masculinité et la paranoïa.

mardi 9 décembre 2008

L'eau en poudre

On ne pourrait jamais l'inventer, croyait-on. Eh bien, c'est fait. Une équipe de l'Université de technologie de Compiègne a sublimé le " principe d'incompossibilité dirimante"(appelons-le comme ça). Eau sèche, poudre liquide, selon le moment. L'astuce réside dans le fait qu'il s'agit d'une transformation non pas intégrale mais "seulement" hautement proportionnelle:98%.Il reste deux défis pour nos cerveaux post-modernes: transmuter le plomb en or, et créer le mouvement perpétuel. Mouvement perpétuel de première espèce: une machine qui fonctionnerait sans énergie, en contradiction avec le premier principe de la thermodynamique. Ou mouvement perpétuel de seconde espèce: une machine qui ferait fi de l'entropie et fonctionnerait au contact d'une seule source de chaleur, contredisant le second principe de la thermodynamique. C'est probablement pour demain, pour après-demain ou après-après-demain. Reste à trouver l'astuce...

vendredi 5 décembre 2008

unique

Si j'étais condamné à ne garder qu'un mot, j'hésiterais entre "plaisir" et"vivant". Je choisirais finalement "vivant", participe PRESENT taillé assez grand dans l'universelle finitude à laquelle nous avons une fois et pour toujours accès.

Les Présidentes de Werner Schwab, mise en scène de Françoise Delrue

L'auteur (1958-1993) s'inscrit dans la veine autrichienne de la dénonciation de cette petite bourgeoisie racornie qui s'est couchée sous le nazisme et ne s'en est jamais relevée ni désinfectée.
La mise en scène prend le parti de la caricature, en soulignant l'obscène et le sordide.
La première partie, totalement statique, m'a paru interminable: du sous-Beckett ionescoïsé, fétide et latrinier. Mais elle installe peut-être un malaise nécessaire.
La seconde est vivante et forte: l'étroitesse du réel dans lequel évoluent les personnages (trois femmes, dont l'une, pour ajouter à l'inconfort, est interprétée par un homme) les oblige à fantasmer. Et, même si leurs fantasmes sont aussi scato et ringards que leurs préoccupations fonctionnelles ordinaires, ils ont une aura onirique et forment une projection mentale quasi cinématographique. Nous en sommes animés, nous les partageons presque.
C'est alors qu'explose la "Petite Marie": seule éclairée en scène, elle est la bouche d'où sort enfin la vérité qui va ruiner les échafaudages tocards des molles cervelles (qu'elles appellent "la viande à l'intérieur") des mégères - l'une pute et l'autre rombière- dont elle est la souillon. La déboucheuse de cabinets devient une impitoyable Pythie, qui dirait l' hic et nunc rédhibitoire et le dit avec une violence d'autant plus implacable que sa bouche est le lucernaire de l'Innocence, le puits même de la lumière de "Dieu". Marie (l'actrice et son personnage) nous fait vivre un MOMENT sublime. Sa beauté, ombrée et mâchurée jusqu'alors par un grimage expressionniste, éclate soudain. Elle semble portée par la Vérité qui jaillit de ses lèvres ensoleillées et fait léviter son corps en gloire. Ce nettoyage ingénu des écuries d'Augias de leur intelligence (l'avers du "propre en ordre") est insupportable aux deux carognes et provoque dialectiquement l'égorgement grand-guignolesque de la petite Marie. Tout est fini? Tout recommence à l'infini, en hachis, c'est à dire en farce. L'impression qu'on a en sortant d'un tel spectacle est que la langue de l'écrivain est l'organe magique qui métamorphose le dégoût d'exister en appétit d'être, et l'"étronifiant"(comme dirait Flaubert) en friandise spirituelle.

samedi 8 novembre 2008

Poésie et réalité

L'aspiration à la beauté et les contraintes du réel doivent-elles s'exclure? On étudiait Mignonne, allons voir si la rose... En Seconde. Un de mes élèves préférés, intelligent, sensible, écorché, rebelle, se lève et me dit: "A quoi ça sert?"Il avait raison et tort à la fois, et j'ai fait l'éloge de la beauté. Une aventure de l'esprit et des sens dans un monde bouclé et calculateur. La liberté dans la prison. L'idéal immortel qui nous sauve de l'abrutissement auquel on voudrait nous soumettre. L'être profond sous le paraître. La faiblesse qui n'envie aucune force. Un trésor immatériel présent dans toutes les strates du temps. Ce qui nous désespère et nous exalte, décolore notre existence mais justifie notre envie de vivre. Ce qu'il reste d'amour au monde. La source et l'océan de tout regard. La vérité peut être belle ou laide, douce ou violente, mais la beauté est toujours vraie, elle est à la fois la folie ou l'aventure extrême des apparences, et leur sagesse supérieure. Chômeur ou travailleur, sans la beauté, que serez-vous, où serez-vous, où irez-vous? Dans le Néant où vous vivez déjà car, sans la beauté, vous êtes sorti pour toujours du grand Jardin. Y êtes-vous même entré?

Un goût et trois odeurs

Il y a quelque chose de commun entre les odeurs du cassis, de l'ortie, du pipi de chat et le goût du Pouilly-Fumé.

jeudi 6 novembre 2008

Obama, part immortelle de l'être noir

Obama président des E.-U. : ON NE REGARDERA PLUS JAMAIS LES NOIRS COMME AVANT.
Et les historiens de l'avenir résumeront ainsi (je l'espère) l'épisode Bush junior: UN MAL POUR UN BIEN.
Comme l'amoureux voit dans l'objet de son amour la part immortelle de son être, les Noirs du monde entier peuvent atteindre, avec la victoire d'Obama, au salut symbolique qu'ils attendaient depuis trois siècles et avaient commencé d'espérer il y a cinquante ans.

mercredi 29 octobre 2008

noir

Le mot "loirnoque", en louchébem, pour "noir" c'est-à-dire "café", est un mot fabuleux, millenoctien: il donne à la fois la nuit et sa couleur, l'hypnose du rongeur et le ronge de l'Ex hypnos.

impudence

La plus obsessive, la plus guignolante, la plus cramponnante est palpablement celle du Sarkozys vulgaris et de sa dégaine de dégoiseur qui n'a pas sa langue de bois dans sa poche revolver.

mardi 28 octobre 2008

Shakespeare is dead

C'est le titre d'un des spectacles donnés en octobre auThéâtre National de Bruxelles. Excellente pièce, qui évite les deux écueils auxquels se heurtent parfois les textes contemporains, à savoir le snobisme (ou l'art creux) et le pseudo-intellectualisme (la platitude tarabiscotée) sans jouer de la facilité que pourrait donner l'aisance d'un style complexe et maîtrisé. Du riche texte de Paul Pourveur, Philippe Sireuil a réalisé une mise en scène vivante, colorée, biseautée, et les interprètes, tous magistraux malgré leur jeunesse ( les débutants Olivia Carrère et Yvain Juillard, et les déjà-confirmés Marie Lecomte-- sublime Célimène de l'an dernier-- et Vincent Minne-- étonnant Tartuffe) nous font jubiler durant deux heures. Bref, la vie, l'amour, la mort, les illusions létales ou nécessaires, l'essentiel et le futile, tout est traité avec la politesse du désespoir dans ce spectacle "kalos/eidos/skopikon" (kaléidoscopique), spéculaire et spectral à la fois (ce que Musil aurait qualifié de "tour de force ontologique").

lundi 27 octobre 2008

A saisir!

L'occasion est dangereuse mais le danger est rarement un rossignol.

Figure médiatique(TF 1 et consorts)

Le patron de TF 1 et LCI, un certain Jean-Claude Dassier, déclare:"Si on élit Obama, je mange un rat." Hardi Barack! et prions! (A moins qu'il ne veuille dire:"Je mange un pauvre"!)

Rencontres

Mon cerveau est un paysage où des idées cheminent ou furètent, où des mots sautillent ou roupillent. Par accident, il arrive qu'une idée vive réveille un mot pataud, qu'un mot, dans sa galipette, bouscule une idée flâneuse. Voilà, parmi d'autres, des rencontres où l'aventure est déterminante, où le hasard se fait bien obligeant. C'est ainsi aussi que se commande une part de l'écriture.(1)
(1) Une autre part vient de ce lent mâchouillage qu'on appelle la méditation.

dimanche 26 octobre 2008

l'aventure quotidienne

"Il n'y a pas de petit profit" est une petite devise. "Il n'y a pas de petit plaisir" en est une grande. Et il n'y a pas de petite mesquinerie (pléonasme). Comment ne sentons-nous pas que l'économie d'un plaisir n'est pas un gain mais un gaspillage? C'est la négligence ou la perte d'une aventure sensorielle.

lundi 13 octobre 2008

Appaloosa

L'essence des grands westerns est la nostalgie, ce sentiment de tragique définitif, de désuétude irréparable, et de mort préalable (presque préparatoire) de toute image et de toute réalité de ce que l'écran donne à voir. En ce sens, Appaloosa n'est pas un grand western. Mais. Il contient tout ce qui concourt à réussir un bon western classique (ce qui n'est un pléonasme que depuis les baroqueries léoniennes) : la rusticité et la sauvagerie des moeurs et du décor; l'apparente simplicité (et la réelle complexité) du héros et des principaux personnages; l'intensité d'une action cependant codifiée; la survivance mythifiée d'une geste; un certain ruminement du passé contrebattu par la vision d'un avenir individuel apaisant; l'obsédance d'un dilemme dont les arguments ont des séductions contraires et d'égales déplaisances. Contenant tout cela, Appaloosa jouit au surplus du charme quasi gémellaire de ses presque impeccables héros et de dialogues pesés dans les balances de Marivaux. C'est du pur, c'est du raide, du bourbon hautement titré. Rien de ce frelatage mangoldien qui eût dû s'évaporer de honte, comparé au chef-d'oeuvre dont il fut l'involutionnante resucée (1).

(1) 3h10 pour Yuma

Keaton et Chaplin

Je n'avais pas vu Go West (Ma vache et moi, 1925) depuis quarante ans, mais j'en avais gardé l'imprégnation poétique. Je le revois en compagnie de mon fils, qui me dit: "Buster a faim, mais il n'a pas l'air d'en souffrir, alors que Charlot crève la dalle pitoyablement." Il n'y a pas en effet d'ascétisme chaplinesque. Si l'un et l'autre sont bien des athlètes, Charlot est un athlète incarné et Buster un athlète intellectif. Le corps de Keaton est un signe, il n'en joue pas mais s'en sert d'une manière désintéressée, en artiste, comme ferait un calligraphe japonais ou un peintre chinois.
Charlot est un solitaire accidentel, un vagabond charnel et plein d'appétition, Buster est un insaisissable esseulé, un solitaire organique, un singulier, structuré comme Friendless (son nom dans Go West). A la fin, il devient un héros consacré mais il n'en reste pas moins à part, car il est - disons-le "pudiquement" - "différent" (sur la voie du solipsisme, ou de l'autisme...). Même aimé, il demeure un objet unique, toujours sidéré et étonné d'être au monde, ne s'y adaptant qu'à la façon presque animale, ou végétale, ou minérale, de l'eau, du lierre ou du gestopède (mime gestueux).
Il semble avoir vu la Gorgone coiffée de serpents et, depuis ce jour (mais c'était peut-être avant sa naissance), il est en état de méditation itinérante (car Méduse est aussi celle qui médite et fait méditer). Il est ici et il est là-bas. Où ? Mystère. Et c'est ce mystère qui rend Buster Keaton fascinant. Sous ce jour, rien de surprenant que sa meilleure amie soit une vache (ils ont presque le même regard) et qu'il l'installe dans une automobile aussi naturellement que lui pouvait dormir à l'étable ou bellurer naguère sur un lit à roulettes. C'est socialement absurde mais humainement cohérent. Absurde ? L'est-ce davantage qu'un ordonnancement soumis aux convenances, à la famille et à l'argent ? En matière et en manière d'absurdité, l'Ordre dit "moral' rend objectivement bien des points à la fantaisie keatonienne. A sa légèreté. La souplesse naturelle du petit homme lui donne un corps si fluide qu'il peut épouser les reliefs du monde. Mais. Cette plasticité, cette sensibilité muette, réduite parfois aux frémissements tactiles, presque abstraite à force de ductilité (jusqu'au point où la forme n'est plus qu'un état passager du mouvement), cette humilité métamorphique ne semble pas réjouir notre innocent héros. Encore une fois, Buster est un être qu'un éclair d'orage a dû un jour traverser : en lui s'est pétrifiée la foudre, s'est glacé le sourire, est morte la promesse du bonheur. Sous le masque impassible (et non pas impavide), derrière le regard ou dérive l'émouvante stupeur des bêtes, stagne une obscure affliction, l'humus noyé du malheur immémorial, du deuil natif, de la misère métaphysique.
Chaplin est devenu riche en jouant magnifiquement les pauvres (c'est pourquoi Charlot a fini par lui infuser sa tristesse). Pour Keaton, le dénuement était une essence, une discipline, et un destin.

jeudi 2 octobre 2008

Qui vive!

Qu'importe qu'on ait un courage mousse si une conscience aiguë vient le piquer aux fesses?
(On pourrait transformer cet aphorisme en proverbes:
-A courage émoussé conscience aiguisée.
-A courage mordu conscience mordante.
-A courage tranché conscience tranchante.
-A courage cuit conscience crue.
-A courage rentré conscience saillante. Etc.)

lundi 29 septembre 2008

Figure médiatique (Sarkozy, ou de l'inutilité du CERN)

Fantomatique le boson de Higgs ? Non point. Etait-il réellement nécessaire d'ébranler un grand collisionneur de hadrons pour espérer capter l'empreinte de cet entravant patouillage ? Suffisait de regarder Sarkozy Nicolas marcher. Partout où il passe, il bourbille dans le boson.

mercredi 24 septembre 2008

dimanche 21 septembre 2008

Gai savoir et triste ignorance

Le chansonnier montmartrois Jules Jouy mériterait la postérité pour cette seule petite invitation: "Voici l'été, épousez une femme ombrageuse."
La ministre de l'Economie, UMPière C.(1)L. (son nom entier souillerait cette page) mériterait le pilori symbolique pour cette autre: " Cessons d'opposer les riches et les pauvres."
Comment cesser d'opposer les pensées riches et les pensées pauvres? Les pensées du gai savoir et les pensées de la triste ignorance? Le cynisme et la générosité?

(1) : prénom: Christine. Pas l'Albanulle ministresse de la culture sarkozyenne (et réciproquement) qui, lors d'un officiel raout, demanda, à Jean Nouvel, "Qui êtes-vous, Monsieur?", l'Albanela crétinistresse de la cuculture qui déclara que le dessin "antisémite" (qu'elle vit en rêve) de Siné lui inspirait du dégoût, non, l'autre, la figure de proue au nez bronzé et au sourire de chaussure de plage.

Darcos et ses médailles...

... hochets, légions d'honneurs, manipules suants ou sanglants...

L'actuel ministre de l'Education, un certain Darcos, voudrait qu'on donnât une médaille aux bacheliers méritants. Ca me rappelle je ne sais plus quel gouvernement qui voulait remettre à Godard la médaille de l'ordre du Mérite. Celui-ci refusa, bien sûr: "De mérite, je n'en ai aucun. Quant aux ordres, je n'en reçois pas." C'est Chabrol qui le raconte avec jubilation, et se l'applique à lui-même. Que le Darcos relise Sartre, Breton, Canetti, et Barthes. L'honneur? disait ce dernier, dans son discours d'admission au Collège de France, "un déchet du pouvoir."
Honneur(s) et honte s'alignent pareillement sur un "hon" sourd qu'on reçoit comme une bûche sur le crâne.

samedi 13 septembre 2008

"Hommage" aux Justes

Il est affligeant que l'hommage aux Justes qui figure dans la crypte du Panthéon soit entaché d'une impropriété que personne n'a vue ou n'a osé relever: on n'encourt pas des risques, on les court. Ce qu'on encourt, ce sont des peines, la peine du ridicule, en l'occurrence.

vendredi 12 septembre 2008

Le vin, miroir du monde

S'intéresser de près ou de loin à l'oenologie est facultatif pour apprécier Mondovino (03), du documentariste Jonathan Nossiter. Ce qui nous est (dé)montré par ce film, c'est non seulement que "le vin est mort" (cette fracassante nouvelle nous semble tout d'abord sortir de la bouche d'un vieil aigri) mais que, sous le rouleau compresseur arasant et parangonnant de ce qu'on appelle la "mondialisation", la vulgarisation du goût s'internationalise. Les aristocrates du vin, les rebelles du terroir (une poignée dans le monde) n'ont plus que leur tête à offrir aux industriels de la flavor. Ce n'est pas une simple péripétie du globalement correct : c'est le signe tangible, "tastable" de la fin d'une civilisation millénaire. Les "caractères", c'est fini, les disparates, à la trappe, les spécificités trop terroirisées, c'est du passé. Le monde entier veut (!) un vin puissant et parfumé tout de suite, un vin d' "attaque", fort en gueule et mou du bide. Pas un vin de vigneron (trop idiosyncrasique !), un vin de marque (de masque). Une vie de marque, un vin et une vie devenus non des destins mais des produits d'où sont exclus hasards et surprises. Cette nouvelle, que nous soupçonnions, nous bouleverse, car nous n'en mesurions pas l'ampleur. Aujourd'hui, la singularité n'attire que risée ou dédain, demain elle n'existera même plus. Le vin est un symptôme sensible, mais l'industrie alimentaire, l'industrie culturelle et les magnats de l'urbanisme exercent le même travail de "businessification", de marchandisation de la vie. Uniformiser pour vendre, uniformiser pour ne pas risquer de ne pas vendre. Il s'agit d'une guerre, dit un importateur new-yorkais, avec ses résistants et ses collabos. Mais les premiers n'ont pas d'avenir, car cette guerre ne s'achèvera pas par une libération mais par une "paix" normalisatrice. La grande pacification viticultrice (Rule Americana) tolèrera peut-être, pour "mémoire", quelques vieux closiers folklo, comme autant d'Indiens pittoresques dans leurs réserves, mais les vins ne seront plus des mondes, il n'y en aura plus qu'un : un monde, un vin, ein Volk, ein Führer; en toute gentillesse, bien sûr. Ce sera Huxley, pas Orwell.

P.-S. : Le vin, une affaire de goût ? Ce serait trop simple, ce serait banal. Tous les goûts ne sont-ils pas dans la culture ? Si ce n'était qu'une affaire de goût, ce ne serait pas une affaire. Après tout, libre à chacun d'aimer ou non le Coca-Cola. Non, c'est une affaire de liberté. Ce qu'on veut encuver dans nos têtes, c'est que les petits devraient se contenter de faire du raisin et laisser la viticulture aux pros, la vinification aux techniciens spécialisés. Vive la vie avec Mondavi! L'enjeu, c'est le choix. "Mourez! nous ferons le reste", disent les Pompes funèbres planétaires. Voilà l'anchois.

P.-P.-S. : La connerie remonte à la nuit des temps, mais jusqu'à hier elle n'était qu'artisanale. La médiocrité était pesante, sans avoir les moyens d'être offensive. Aujourd'hui elle a le pouvoir : le rabotage des intelligences et des sensibilités est en route : c'est l'entreprise objectivement conjuguée de l'hydre industrielle totalitaire qu'on appelle le capitalisme financier.

Pour finir, deux citations de Jonathan Nossiter :
"Pour moi le terroir est un scénario; le raisin, un comédien; le vigneron, un réalisateur qui sait les mettre en valeur. Et je n'ai pas envie d'un monde où il n'y aurait que des vins et des stars qui font de la gonflette."

"Dès l'instant où l'on dit être tous d'accord sur la manière d'éliminer les défauts, que l'on parle d'un vin ou d'un être humain, on sombre dans le fascisme! La beauté du terroir, c'est justement cette complexité qui tolère les défauts."