mercredi 29 octobre 2008

noir

Le mot "loirnoque", en louchébem, pour "noir" c'est-à-dire "café", est un mot fabuleux, millenoctien: il donne à la fois la nuit et sa couleur, l'hypnose du rongeur et le ronge de l'Ex hypnos.

impudence

La plus obsessive, la plus guignolante, la plus cramponnante est palpablement celle du Sarkozys vulgaris et de sa dégaine de dégoiseur qui n'a pas sa langue de bois dans sa poche revolver.

mardi 28 octobre 2008

Shakespeare is dead

C'est le titre d'un des spectacles donnés en octobre auThéâtre National de Bruxelles. Excellente pièce, qui évite les deux écueils auxquels se heurtent parfois les textes contemporains, à savoir le snobisme (ou l'art creux) et le pseudo-intellectualisme (la platitude tarabiscotée) sans jouer de la facilité que pourrait donner l'aisance d'un style complexe et maîtrisé. Du riche texte de Paul Pourveur, Philippe Sireuil a réalisé une mise en scène vivante, colorée, biseautée, et les interprètes, tous magistraux malgré leur jeunesse ( les débutants Olivia Carrère et Yvain Juillard, et les déjà-confirmés Marie Lecomte-- sublime Célimène de l'an dernier-- et Vincent Minne-- étonnant Tartuffe) nous font jubiler durant deux heures. Bref, la vie, l'amour, la mort, les illusions létales ou nécessaires, l'essentiel et le futile, tout est traité avec la politesse du désespoir dans ce spectacle "kalos/eidos/skopikon" (kaléidoscopique), spéculaire et spectral à la fois (ce que Musil aurait qualifié de "tour de force ontologique").

lundi 27 octobre 2008

A saisir!

L'occasion est dangereuse mais le danger est rarement un rossignol.

Figure médiatique(TF 1 et consorts)

Le patron de TF 1 et LCI, un certain Jean-Claude Dassier, déclare:"Si on élit Obama, je mange un rat." Hardi Barack! et prions! (A moins qu'il ne veuille dire:"Je mange un pauvre"!)

Rencontres

Mon cerveau est un paysage où des idées cheminent ou furètent, où des mots sautillent ou roupillent. Par accident, il arrive qu'une idée vive réveille un mot pataud, qu'un mot, dans sa galipette, bouscule une idée flâneuse. Voilà, parmi d'autres, des rencontres où l'aventure est déterminante, où le hasard se fait bien obligeant. C'est ainsi aussi que se commande une part de l'écriture.(1)
(1) Une autre part vient de ce lent mâchouillage qu'on appelle la méditation.

dimanche 26 octobre 2008

l'aventure quotidienne

"Il n'y a pas de petit profit" est une petite devise. "Il n'y a pas de petit plaisir" en est une grande. Et il n'y a pas de petite mesquinerie (pléonasme). Comment ne sentons-nous pas que l'économie d'un plaisir n'est pas un gain mais un gaspillage? C'est la négligence ou la perte d'une aventure sensorielle.

lundi 13 octobre 2008

Appaloosa

L'essence des grands westerns est la nostalgie, ce sentiment de tragique définitif, de désuétude irréparable, et de mort préalable (presque préparatoire) de toute image et de toute réalité de ce que l'écran donne à voir. En ce sens, Appaloosa n'est pas un grand western. Mais. Il contient tout ce qui concourt à réussir un bon western classique (ce qui n'est un pléonasme que depuis les baroqueries léoniennes) : la rusticité et la sauvagerie des moeurs et du décor; l'apparente simplicité (et la réelle complexité) du héros et des principaux personnages; l'intensité d'une action cependant codifiée; la survivance mythifiée d'une geste; un certain ruminement du passé contrebattu par la vision d'un avenir individuel apaisant; l'obsédance d'un dilemme dont les arguments ont des séductions contraires et d'égales déplaisances. Contenant tout cela, Appaloosa jouit au surplus du charme quasi gémellaire de ses presque impeccables héros et de dialogues pesés dans les balances de Marivaux. C'est du pur, c'est du raide, du bourbon hautement titré. Rien de ce frelatage mangoldien qui eût dû s'évaporer de honte, comparé au chef-d'oeuvre dont il fut l'involutionnante resucée (1).

(1) 3h10 pour Yuma

Keaton et Chaplin

Je n'avais pas vu Go West (Ma vache et moi, 1925) depuis quarante ans, mais j'en avais gardé l'imprégnation poétique. Je le revois en compagnie de mon fils, qui me dit: "Buster a faim, mais il n'a pas l'air d'en souffrir, alors que Charlot crève la dalle pitoyablement." Il n'y a pas en effet d'ascétisme chaplinesque. Si l'un et l'autre sont bien des athlètes, Charlot est un athlète incarné et Buster un athlète intellectif. Le corps de Keaton est un signe, il n'en joue pas mais s'en sert d'une manière désintéressée, en artiste, comme ferait un calligraphe japonais ou un peintre chinois.
Charlot est un solitaire accidentel, un vagabond charnel et plein d'appétition, Buster est un insaisissable esseulé, un solitaire organique, un singulier, structuré comme Friendless (son nom dans Go West). A la fin, il devient un héros consacré mais il n'en reste pas moins à part, car il est - disons-le "pudiquement" - "différent" (sur la voie du solipsisme, ou de l'autisme...). Même aimé, il demeure un objet unique, toujours sidéré et étonné d'être au monde, ne s'y adaptant qu'à la façon presque animale, ou végétale, ou minérale, de l'eau, du lierre ou du gestopède (mime gestueux).
Il semble avoir vu la Gorgone coiffée de serpents et, depuis ce jour (mais c'était peut-être avant sa naissance), il est en état de méditation itinérante (car Méduse est aussi celle qui médite et fait méditer). Il est ici et il est là-bas. Où ? Mystère. Et c'est ce mystère qui rend Buster Keaton fascinant. Sous ce jour, rien de surprenant que sa meilleure amie soit une vache (ils ont presque le même regard) et qu'il l'installe dans une automobile aussi naturellement que lui pouvait dormir à l'étable ou bellurer naguère sur un lit à roulettes. C'est socialement absurde mais humainement cohérent. Absurde ? L'est-ce davantage qu'un ordonnancement soumis aux convenances, à la famille et à l'argent ? En matière et en manière d'absurdité, l'Ordre dit "moral' rend objectivement bien des points à la fantaisie keatonienne. A sa légèreté. La souplesse naturelle du petit homme lui donne un corps si fluide qu'il peut épouser les reliefs du monde. Mais. Cette plasticité, cette sensibilité muette, réduite parfois aux frémissements tactiles, presque abstraite à force de ductilité (jusqu'au point où la forme n'est plus qu'un état passager du mouvement), cette humilité métamorphique ne semble pas réjouir notre innocent héros. Encore une fois, Buster est un être qu'un éclair d'orage a dû un jour traverser : en lui s'est pétrifiée la foudre, s'est glacé le sourire, est morte la promesse du bonheur. Sous le masque impassible (et non pas impavide), derrière le regard ou dérive l'émouvante stupeur des bêtes, stagne une obscure affliction, l'humus noyé du malheur immémorial, du deuil natif, de la misère métaphysique.
Chaplin est devenu riche en jouant magnifiquement les pauvres (c'est pourquoi Charlot a fini par lui infuser sa tristesse). Pour Keaton, le dénuement était une essence, une discipline, et un destin.

jeudi 2 octobre 2008

Qui vive!

Qu'importe qu'on ait un courage mousse si une conscience aiguë vient le piquer aux fesses?
(On pourrait transformer cet aphorisme en proverbes:
-A courage émoussé conscience aiguisée.
-A courage mordu conscience mordante.
-A courage tranché conscience tranchante.
-A courage cuit conscience crue.
-A courage rentré conscience saillante. Etc.)