jeudi 29 janvier 2009

Vivant

Quand je dis "Vivant!" j'entends vivant dans l'inséparation du plaisir sensuel organique(qui tient au parfait huilage de la mécanique au travail-ergon) et du plaisir spirituel immanent, car si la vie matérielle est, par nécessité, processionnelle et plafonnée, la vie de l'esprit est, par grâce, mystérieusement inépuisable.
Mais, l'esprit étant inscrutable et insaisissable, il n'est pas vraiment mystérieux qu'on ne puisse l'assigner: il relève de l'illusion pure, du leurre aux oiseaux, de la rêverie prestidigitatrice et, pour tout dire, de l'auto-enchantement.

mercredi 28 janvier 2009

In the cut (2003) Jane Campion

Nouvelle énigme de la critique: des bravos partout, avec multiplication de coeurs, de T, d'étoiles, saluant ce film chichiteux et incompréhensiblement snob pour une réalisatrice qui n'a pourtant plus rien à prouver. Seul (ou presque), Pascal Merigeau(N.Obs) sauve l'honneur en dénonçant le manque de simplicité et de sobriété de l'entreprise. Même François Forestier s'est laissé empurer par la bourtouillade; l'ébriété de la mise en scène le transporte: "esthétique superbe" (c'est pompièrement esthétisant), "couleur d'automne" (kitsch), "flous partiels" ( total brouillard) et "tons pastels" (cucuteries mode). Pour Frédéric Strauss, de Télérama, après moult précautions de réserve, c'est Eros- et -Thanatos- sont- dans- un -bateau, Thanatos tombe à l'eau...Etc. En résumé, "une sorte d'appel au meurtre, considéré comme un des beaux-arts".

In the Cut
peut vouloir dire: dans le coup, ou dans la coupure, ou à vif (c'est le titre du roman dont le film est tiré), mais comment ne pas y voir aussi une allusion à "cunt", mot d'argot pour le sexe féminin (notre "con"). La "chatte" serait-elle le personnage central de ce "thriller féministe" (?!). Comment faire coïncider sa chounette et son coeur, son appétence et son aspiration, afin qu'ils ne forment qu'un seul désir? C'est la question que posent la plupart des films et des romans d'amour. Jane Campion y répond en tournant (sa caméra) autour du pot: c'est la girie autour du giron. Arabesques frénétiques ou ralenties, images en boucles et en mèches (c'est fou ce qui pend du plafond dans les chambres de filles!), multiprises de vue qui finissent par déconnecter (sans jeu de mots) le regard de ce qu'on voudrait lui montrer et qui, croyant électriser la réflexion, la paralysent. Jane Campion veut trop bien faire, elle use de sa caméra comme ferait un reporter
"qui, sous prétexte que les occupants d'une automobile sont soumis aux secousses du terrain, suppose qu'ils ne peuvent avoir qu'une vision chaotique du paysage, alors que tout au contraire la vue compense les soubresauts"...(dixit le regretté Louis Seguin, autre honneur et exception de la critique). Trop de plans, trop de mouvements. Comme on le sait, tout excès aboutit à un manque. Ce qui manque au film de Jane Campion, c'est la maîtrise d'un instrument, d'une technique par laquelle elle se laisse déborder. Un film est un regard sur le regard du spectateur, lequel est un regard sur ce regard, en retour et à l'infini. Si le spectateur est ébloui comme un lapin par une mise en scène trop clinquante, "il ne voit plus ce qu'il regarde" (Louis Seguin) et reste englué dans la redondance visqueuse des procédés d'imitation du réel.

Critiquer, autrement dit juger, autrement dit se montrer irrespectueux par déontologie devrait être la règle. C'est malheureusement l'exception. Déférence et panurgisme sont les deux mamelles ballantes de la critique-aux-yeux-dans-le-dos, c'est-à-dire au sens propre, respectueuse.