vendredi 18 juin 2010

Champoreau (Chabrol bis)

Plus de bouillon que de vin dans la godaille chabrolienne. Que la bête meure, revu quarante ans après, m'a encore plus déçu que je ne le craignais. Le propos de Chabrol (de son propre aveu) n'est jamais de "faire" dans la nuance. Il charge, avec la lourde cavalerie d'un pseudo-behaviourisme aussi transparent que six couches de psychologisme. On veut bien croire à la convention de la coïncidence qui permet au père inconsolable de retrouver la trace de l'assassin de son fils. Une coïncidence est, par définition, un événement rare mais non pas impossible. En revanche il est impensable, au sens propre, c'est-à-dire inconcevable, qu'un être aussi grossier et violent, ab initio, que cet assassin, puisse avoir (été) épousé (par) une femme fine et sensible, une poétesse (qu'il moquerait à table devant des étrangers). A partir de cette invraisemblance absolue, le film est entaché d'un vice rédhibitoire et IL NE MARCHE PLUS. Ses chabots sont trop grolles. Si le monstre n'est pas séduisant, comment a-t-il pu séduire aussi la soeur, elle et tant d'autres? Ce désassortiment criant fait tourner la mayonnaise: film fantastique? Surréaliste? Si les valeurs s'inversent et que l'irrationnel règne, tout est forcément permis et, donc, n'importe quoi.
Il y a un cinéma de la consistance, qui fait des films dont tous les éléments tiennent ensemble, et un cinéma de l'inconsistance, dont les films sont bâtis sur des idées, des envies, des intentions hétéroclites ou contradictoires (hétérogènes), comme des palais mouvants sur plus de sable que de chaux. Celui de Chabrol en fait partie. Et ce n'est pas une question de genre, mais de vision. Le Grand sommeil a une magie que n'ont jamais effleurée les pseudo-polars concaves du "cave" un peu c...(disons "bonhomme") qui se prend pour un affranchi du cadre social. Comment dire? Chabrol est une sorte de camérière dont la rouerie pépère et dégagée a réussi à subjuguer plus qu'une frange, plus qu'une tranche, disons deux ou trois quartiers de la critique cinématographique qui, aujourd'hui encore, l'historialisent et le cérémonisent comme un camerlingue- et parfois comme le pape lui-même.

samedi 12 juin 2010

Lirécrire (2)

Il faut faire de la vie un jeu et de la littérature un enjeu, et non l'inverse.

Lirécrire (1)

Il n'y a pas d'écriture honnête possible sans un grand écart permanent entre la complaisance et la déplaisance: deux fronts sur lesquels il faut combattre en même temps, ce qu'on pourrait appeler le devoir de subobjectivation de l'écrivain.