dimanche 27 mai 2012

mots-manie (56)

Le fin du fin de la rhétorique : le mariage de la métaphore avec l'antimétabole. Le désir de la métaphore n'est que la métaphore du désir, et l'accouplement de l'antimétabole sera toujours l'antimétabole de l'accouplement.

lundi 14 mai 2012

mots-manie (55)

   Vaut-il mieux dire "Il (elle) se transforme" ou "Elle (il) se métamorphose"? Si le changement est rapide ou brutal : "transforme". S'il est laborieux ou progressif : "métamorphose". C'est évident (vaut-il mieux dire "évident" ou "clair"? Si...).

vendredi 11 mai 2012

Barbara (Christian Petzold, 2012)

   C'est un film d'amour d'une délicatesse infinie. Le coeur du spectateur est saisi par ses deux anses et, très très lentement, soulevé de terre. Empoigné à droite et à gauche d'un seul élan imperceptiblement élastique. Embrassé. Les raisons de cela? Son égal attachement pour l'émouvante beauté blessée de Barbara et l'émouvante beauté réticente et oursonne  d'André. On sait, avant eux-mêmes, qu'ils appartiennent à la même fleur de l'humanité et qu'ils ne pourraient  se manquer sans que le "gâchis" soit immense.
   Comme la merveille que fut naguère le film argentin Dans ses yeux, le film allemand Barbara est une histoire d'amour invisible qui crève les yeux du coeur.
   Barbara a un secret, ce qui fait qu'elle a un mystère. Mais le mystère humain dépasse de loin notre "misérable tas de secrets". Le mystère humain est bien plus poignant que le mystère divin, ne serait-ce que par sa gratuité. Dans le regard de la femme mystérieuse, la vérité flotte. Elle est ici et pourtant elle est ailleurs.
   André aussi a un secret, mais déjà amorti par une vie sinon résignée, du moins concrètement dévouée. Il a dépassé la révolte. Son mystère? Celui de l'humanité généreuse. Pourquoi faire le bien dans un monde où le mal est la norme?
   Le mal est ici incarné par la police de la RDA des années 80. Mais le "mal" lui-même peut souffrir. La femme du policier qui persécute Barbara se meurt d'un cancer. André va la soigner chez elle, adoucir ses derniers jours. Traquée, humiliée, Barbara est à vif et demande à André s'il visite aussi les salauds:  "Wen Sie krank sind", répond-il  ("seulement quand ils sont malades").
   Pour meubler l'absurde et le vide, André délivre les richesses de son coeur, ce que Barbara sentira venir jusqu'à elle peu à peu, dans un marivaudage dramatique où le tragique menace jusqu'au bout.
   La dernière scène porte l'émotion à son comble, où les eaux dérobées de l'amour baignent enfin les coeurs affligés des mortels.
   Ce film est encore une preuve que les surfaces sont trompeuses, puisque le mystère n'en a pas, une preuve aussi qu'un monde que le rêve ou le mystère ne viendrait pas colorer n'aurait aucun attrait. Nous y vivrions comme dans une RDA sans fin, sans cesse recommencée, une mécanique perpétuelle de la vie que la perversion humaine (le contraire du mystère) aurait vidée de sa substance.
  Dira-t-on qu'aimer qui l'on aime est résigner sa liberté? D'une certaine façon, oui. Mais c'est aussi chasser l'angoisse, en permettant au coeur de dessiller nos yeux. Et c'est surtout ouvrir la porte à l'infini.

dimanche 6 mai 2012

Casablanca

Combien de fois avons-nous vu Casablanca ? Et pourtant, à la minute même où Sam rejoue As time goes by, on frissonne. Je frissonne même de l'écrire.