jeudi 25 septembre 2014

Le Caïman (Nanni Moretti)

D'avoir vu successivement Transamerica, de Duncan Tucker, et Le Caïman, de Moretti, permet de faire la différence entre un bon film classique sur un sujet osé (la transsexualité) et un grand film d'auteur. Le premier raconte une belle histoire, le second nous met face au monde. Le Caïman est d'une densité telle qu'il est impossible à résumer autrement que par son argument: le protagoniste est un personnage a priori médiocre et ridicule, dont la vie privée est un foutoir et la vie professionnelle une ruine. Et pourtant ce loser(1) (interprété par le formidable Silvio Orlando) va se voir promu au rang d'homme universel, comme dans la grande comédie italienne, ou la grande comédie tout court.
Le pamphlet anti-Berlusconi n'est finalement qu'un prétexte ou un piment à ce film fascinant, fascinant parce qu'il est le miroir tragi-comique du monde dans lequel nous vivons. Et palpitons, à l'image de ce personnage à bille de clown qui assume sa propre dérision puisqu'elle est le prix à payer pour accéder à une sorte de rédemption et parvenir à la reconnaissance (et dans "reconnaissance" il y a "naissance").
(1) Métaphore de l'Italie?

mercredi 24 septembre 2014

3h10 pour Yuma

Pas trop attiré par le remake de 3h10 pour yuma ( quelle idée!) , mais, la critique étant plutôt bonne, j'y vais. L'admiration pousse à imiter, en même temps que l'amour propre tire pour se démarquer, ce qui déséquilibre toujours le projet de réinterpréter une histoire. Ce n'est donc jamais une bonne idée de vouloir refaire un chef-d'oeuvre. Au mieux, on fait aussi bien, c'est-à-dire moins bien puisqu'on vient après et qu'on n'a pas la prime(ur) (la fraîcheur) de l'originalité. Bref, le Mangold n'est pas un mauvais film, mais quel manque de légèreté, de finesse, de poésie, comparé à l'épure davesienne.
D'un côté les lourdeurs et les invraisemblances d'un "réalisme" appliqué et, paradoxalement, formaliste, la violence surlignée; de l'autre la coupure du noir et blanc, l'accablement symbolique de la lumière, la rigueur quintessenciée des plans, l'humanité de tous les personnages. D'un côté de bons acteurs au service d'un scénario efficace quoiqu'un peu surchargé; de l'autre, tout simplement la grâce.
Le chef-d'oeuvre de Daves est en réalité un anti-western, qui délaisse le souffle des cavalcades pour celui plus délicat de l'émotion qui fait trembler les âmes, rosir les joues, battre les coeurs. Le seul manichéisme du film vient du contraste violent entre soleil et ombre; pour le reste, c'est l'amour qui tend les hommes et les femmes vers une sublimité et une transcendance humaine (sans oxymore) totalement absentes du remake dont la fin, ineptement changée, dénote une grave incompréhension (ou, pire, un mépris) des intentions de l'original. Mangold a gaspillé son or, et le cochon souillé sa confiture.
Quand un édifice est parfait, à quoi bon chercher à lui ajouter sa mousse?