jeudi 22 janvier 2015

Dicodrome (14)

Tlilt -(n.m.) - Terme breton du vocabulaire de la danse folklorique. Tlilter, c'est, entre deux mouvements, opérer une ou plusieurs rotations du pied levé. (Inventé en rêve).

Crailloubot - (n. ou adj.) - Le contraire de l'anodin. (Antithèse inventée en rêve).

Quinquille - (n.f.) - Mot rêvé pour désigner un objet qui ressemblait à un moulin à poivre, mais, dans mon rêve, je savais que ça n'en était pas un. Sens à déterminer.

Circonspectif - (adj.) - D'une circonspection longue et méandreuse, attentive à la prudence, d'une précaution redondante, active et engagée dans l'examen des alentours de la démarche (ouf!).

Téléfoune - (n.m.ou f.) - Néologisme impossible puisqu'il signifie "cunnilingue à distance". Cette aporie ou vue de l'esprit ne serait envisageable qu'avec un fourmilier ou un caméléon...

Etymaginaire (6)

Moelle - (n.f.) - Velours de l'extase spineuse sur lequel tout ego embarque et prend le vent, grand largue, voile ronde et moussée, laissant dans sa houache émois et alarmes.

Oeillade - (n.f.) - Fleur noire et veloutée née d'un éclair noyé, destinée à chaffrioler sa mouche.

Vénéfices - (m.p.) - Gains empoisonnés, obtenus par la mise à l'encan de ses charmes, le grugeage d'autrui, le concubinage avec le diable et l'indélicatesse envers Dieu.

lundi 19 janvier 2015

Démons me turlupinant (Patrick Declerck/Antoine Laubin/ Thomas Depryck)

  Le narrateur du livre est représenté sur la scène par deux personnages perdus sur ce qui ressemble à une décharge de livres, en réalité un champ de bataille entre littérature et psychanalyse. Et je peux dire tout de suite que, malgré les apparences et les oediperies finales, c'est la littérature qui triomphera. Symboliquement, mais aussi matériellement, parce qu'avec tous ces livres et d'autres enfermés dans des cartons, notre duo va bâtir une oeuvre picturale.
  Antoine Laubin est comme un hamster dans sa cage qui ferait toujours tourner la même crécelle: le petit tonneau de la paternité. Déjà dans L.E.A.R et Les langues paternelles il se débattait sous ce thème écrasant. On n'en finit apparemment jamais.
  Mais le père du narrateur est ici peu maltraité...et peu maltraitant. C'est plutôt une énigme, une présence-absence, un morceau d'ailleurs. Je doute que le mythe d'Oedipe puisse apporter la moindre résolution de cette énigme. Mais il est bon à rappeler.
  Le défi de toute oeuvre, c'est l'affranchissement, avec ce que ce mot apporte d'ambigu: ici, par exemple, la paternité affranchit le narrateur en le "timbrant" tout autant qu'en le libérant. Elle permet au fils de dépasser l'image que celui-ci se faisait du père, et de rejoindre celle qu'il se faisait de lui-même, de l'autre côté du miroir. Le père est un tremplin qui se présente d'abord comme un cheval de frise!
  Mais Laubin, comme Declerck, n'oublie pas les femmes: si le portrait de la mère est tout en réserve  et en douce retenue, celui de la grand-mère paternelle est croquant! Declerck évoque ses deux grands-mères dans le livre, Laubin escamote la bonne pour nous régaler de la méchante, la plus pittoresque, la seule qui donne matière à la misogynie de son petit-fils.
  Un peu misogyne donc, mais moins misanthrope que dans le livre, tel apparaît le héros bifide de ce spectacle harmonieusement partagé entre deux excellents acteurs dont l'un (Hervé Piron) crache la douleur et la violence, et l'autre (Brice Mariaule) vient iriser le récit d'anecdotes et de drôleries.
  On ne peut pas en vouloir au metteur en scène d'avoir gommé la violente misanthropie du romancier. Son but n'était pas - comme Declerck- de choisir entre l'homme et l'animal (c'est par amour de l'innocence- animale par définition- que Declerck est misanthrope). Mais finalement les hommes ne sont pas pires que les rats: "ils font ce qu'ils peuvent en attendant la mort. O sainte fraternité du vivant! "
  Declerck a longtemps entretenu son désespoir par la psychanalyse, non pour le réduire, mais pour le démultiplier. A côté de Patrick Declerck, Schopenhauer et Céline sont Sainte Claire et Saint François.
  Laubin a gardé les échappatoires, les bouffées de salut terrestre (ou plutôt maritime!): les bateaux. Tout petit l'auteur du livre assista à la construction d'un "snipe" qu'avait commandé son père: 50 ans après, il est toujours ému par le glissement du moindre esquif sur l'eau: "chaque sillage est une promesse d'infini..."
  Embarquer pour fuir le dégoût: "ce n'est pas pour me vanter, mais je soupçonne que je ne voulais pas naître." Et il raconte sa triste naissance avec des excitations de style un peu puériles. Quand il s'énerve, Declerck écrit moins bien, il vulgarise, il argotise, se pose en histrion; il perd sa hauteur et son mépris.
  Le spectacle a failli se terminer sur son chapitre le plus ennuyeux (à mon goût) consacré à l'oedipe. C'est du psychanalysme cousu de chanvre. [cf gerardplaine littérature et psychanalyse]
  Le chapitre suivant nous éclaire sur l'intention de la mise en scène: l'oeuvre picturale qui s'est bâtie en même temps que s'est construite devant nous l'oeuvre dramatique apparaît, métaphore de la condition de l'artiste à l'interface de deux mondes.
  Ce n'est pas tout à fait le fin mot de l'histoire. Certes le narrateur hante les confins de la folie, parfois, et en vient à préférer les morts aux vivants. Quand il retombe dans le morbide refus de lui-même, son écriture se relâche, le style fait escale, on est dans l'émotionnel, dans l'émotionnant.
 La beauté vient de l'amour, pour son chien, son parrain, sa fille, et même son père.
  Laubin s'y arrête. Il ne fait pas -comme Declerck- du pessimisme un fonds de commerce (même si, ne se ménageant pas, il en fait un commerce équitable!). Si Declerck déteste fondamentalement l'humanité, sans faire beaucoup d'exceptions, le metteur en scène de l'étonnant spectacle que le Rideau de Bruxelles m'a offert le 18 janvier 2015 n'éteint pas tous les quinquets. Antoine Laubin croit lui en La bonté humaine, l'altruisme, l'empathie, la générosité (c'est le titre d'un essai de Jacques Lecomte paru en 2012 chez Odile Jacob). Compatissant à la souffrance du narrateur, il l'arrache finalement à son propre désespoir. La solidarité du duo narratif est plus contagieuse que la panique.           P.-S. Un grand coup de chapeau à renouveler chaque soir à la régie (Olivier Vincent). Les spectateurs de la pièce comprendront pourquoi....