samedi 30 septembre 2017

Faits et dits enfantins (486)

"Marie, si je te demandais de choisir entre Lucien [son chien en peluche préféré] et moi?
— Ce serait dur...
— Mais Lucien n'est pas vivant!
— Ça ne fait rien. Je vous aime à égalité. D'ailleurs, j'ai dit hier soir à Lucien : "J'aimerais bien que tu sois un vrai chien." (8 ans).

Bastien (7 ans 1/2) dit, sur le ton ad hoc : "Je vous préviens que quand je suis en colère, je ne ris pas beaucoup."
Depuis qu'il a revu Princess Bride, il serine : "Bonnyourr. Yo m'appelle Inigo Montoya. Tou a toué mon' pèrrre, prréparre-toi à mourrrir!"
 

Figures médiatiques (14)

Selon le journaliste Bob Woodward, la C.I.A. aurait découvert que Khadafi aime se maquiller et porter des talons aiguilles... "Si seulement on pouvait lui transmettre le sida", aurait suggéré George Schultz (ministre des Affaires étrangères américain). (1987).

Estacadres (175)

Ils cherchent des sentiments pour les accommoder à leur vocabulaire.
Henri Davray, cité par Ezra Pound, A.B.C. de la lecture.

vendredi 29 septembre 2017

Faits et dits enfantins (485)

 Marie, ou la philosophie expliquée aux parents. Je lui demande : "Marie, tu préfères les mots ou les choses?
— Je préfère les choses quand elles sont agréables, et je préfère les mots quand les choses sont désagréables." (8 ans).

Bastien (7 ans 1/2) compose successivement deux petites BD. Dans l'une, un petit lapin est réveillé à 8 h par sa maman, prend son petit-déjeuner, s'en va à l'école, pleure parce qu'il ne retrouve pas son ami, se console ensuite parce qu'il l'a retrouvé.
Dans l'autre, intitulée Superforce 1111, le héros s'adresse à son ennemi : "Je vais te tuer.
— C'est faux!
— Oh puting c'est qu'il est fort
— Tiens, mange.
— Ah!
— Yahhh!!!
— C'est fou ce qu'il est léger.
— Oh doucement! [Il est jeté sur un tigre].
— Oh lache-moi de tes oreilles.
— Au revoir ducond."

Figures médiatiques (13)

... Marcel Jullian [...] sert depuis longtemps de courrier entre les Muses et le grand public. [Il] semble toujours sortir d'un film de Sacha Guitry où il aurait joué le rôle d'un Bourbon débonnaire...
B. Frank, Digressions ( Le Monde du 01/07/87)

Estacadres (174)

Les affaires humaines ne valent pas qu'on les prenne au sérieux.
Platon, Les Lois.

jeudi 28 septembre 2017

Faits et dits enfantins (484)

Marie (8 ans) sort du bain et met une culotte (qu'elle croit) propre, et qui sent bon, puisqu'elle a séché au soleil. Mais, tout à coup : "Ah! y a un oiseau qui a fait caca dans ma culotte!"

Comme je le félicite de la rapidité de son calcul mental, Bastien (7 ans 1/2) me répond : "J'ai une calculatrice dans la tête. Mais je ne m'en sers pas toujours..."

Figures médiatiques (12)

"Dis-donc, vieux, quand tu te mouches, t'as pas l'impression de serrer la pogne à un pote?" (Saillie de Gabin à Robert Dalban, affligé, comme on sait, d'un sacré tarin).

Estacadres (173)

Les affaires? C'est bien simple : c'est l'argent des autres.
Dumas fils, La Question d'argent,II,7.

mercredi 27 septembre 2017

Faits et dits enfantins (483)

Marie (8 ans) écrit : "Je suis peut-être première.
J'en ai marre d'être à côté de Coralie Lecat. Une fois elle me casse un bout de dent après elle regarde un dessin que j'ai fait pour la fête des pères et me dit : il est moche et après elle me dit je ne te parle plus pour aucune raison et en peut-être dernier elle donne un coup de bras sur mes étiquettes pas collées et les renverse."

Bastien (7 ans 1/2) dit : "Achille [notre chien], on aurait dû l'appeler Achite.
— Pourquoi?
— Parce que ça rime avec bite!"
 Il dit aussi : "Je pense que je suis intelligent, mais pas très intelligent."

Figures médiatiques (11)

Michel Bouquet a ce matin le costume strict des bourgeois qu'aima lui faire jouer Chabrol au cinéma, notables pervers et glacés, lèvres cousues sur un secret, une souffrance méchante. [Il dit de son visage qu'il est] neutre, comme un masque.
Nita Rousseau, Nouvel Obs 1116 du 13/03/87.

Estacadres (172)

"... affairés comme des fourmis à qui on a pris leurs œufs."
Balzac, Ursule Mirouet.

mardi 26 septembre 2017

Faits et dits enfantins (482)

Marie (8 ans) m'a offert ce petit poème pour mon anniversaire :
"Mon papa à moi
tu es le plus bel
homme sur terre. La
femme te cherche et
t'aime. Mon papa à
moi, je t'aime et je
le montre." (27 mai 1986).
Bigre!

Bastien (7 ans 1/2) a décidé d'apprendre un nouveau mot chaque jour. Les premiers sont pléthore, archipel, impavide, palmipède, point du jour, châtiment, convive, etc.
Poussant la porte d'un coup en marche arrière, il dit : "J'ai d'la force dans l'cul."

Figures médiatiques (10)

Claude Contamine, 57 ans, en s'installant à Antenne 2, a réclamé un ascenseur pour lui tout seul afin de ne pas se mélanger avec le personnel. Toute la rédaction le surnomme Oiseautamine, à cause de cette histoire : un jour, il doit remettre un prix à Chaval pour son ouvrage Les oiseaux sont des cons. Claude Contamine lit le titre : Les oiseaux sont des... Il hésite, se racle la gorge, puis lâche : Les oiseaux sont des oiseaux. Chaval prend la parole, remercie "son père, sa mère et monsieur... monsieur... Oiseautamine." La blague court les couloirs d'Antenne2 en toute liberté.
Serge Raffy, N.Obs. 1159 du 23/01/87.

Estacadres (171)

Certains crabes, quand on leur arrache une patte, ont la faculté d'en fabriquer une plus grosse.

lundi 25 septembre 2017

Faits et dits enfantins (481)

Quand les disputes avec Marie (7 ans 1/2) se terminent par des larmes, c'est bon signe. Ça veut dire que les réparations vont s'effectuer en monnaie de bisous.

Comme sa grand-mère vient de lui annoncer que sa cousine Marion (plus jeune que lui) passe en cours d'année du CE1 au CE2 (ce qu'il souhaite en vain pour lui-même dans sa classe de village), il descend de la chambre en proie à une rage mi-vraie, mi-affectée, et donne un coup de tête dans la porte-fenêtre du salon . Bilan : un carreau cassé.

Figures médiatiques (9)

Michel Simon et ses "déhanchements de danseur éprouvant l'envie de se gratter." (Jacques Siclier, Le Monde du 26/06/87).

Estacadres (170)

Il faut que le hasard renverse la fourmi pour qu'elle voie le ciel.
Proverbe arabe.

dimanche 24 septembre 2017

Sempé (1)

Quelque philosophes, Quelques enfants, Quelques manifestants. Le monde de Sempé comme celui de Tati, est un monde pré-poujadiste, qui a la naïveté de l'évidence, qui aurait cette naïveté sans le regard vif de son créateur. Sempé se délecte à dessiner au crayon fin des miniatures, mais,quand il a fini, on l'entend soupirer : comme c'est petit!
Petit? Une épithète bien ambiguë , dont nous reparlerons. (voir sur mon blog, à la date du 10/06/09, l'article intitulé Tous pascaliens, dans lequel je donne mes impressions sur l'album Sentiments distingués).
Enfances (entretiens avec Marc Lecarpentier) est tout de suite bouleversant de beauté douloureuse. Sempé a vécu une enfance inversée. Il ne fut jamais, comme disait Ghehenno, "un dieu qu'on offre à l'amour du monde". Il ne fut jamais "doué de tous les bonheurs", car ça se bagarrait chez lui, et les torgnoles établissaient le contact. Son enfance, il a fallu qu'il se la donne, à contretemps, la nuit, par exemple, en écoutant la radio, puis ailleurs, à l'école, au patronage, puis après en volant de ses propres ailes, à un âge où beaucoup d'oisillons tardent à quitter la tiédeur du nid.
Cette enfance, il continue à la cultiver, à l'enrichir, à l'arroser comme une fleur délicate longtemps maltraitée et dont la délicatesse native s'est compliquée d'une fragilité contractée.
Il raconte qu'il était médium et pré-voyait les disputes de ses parents, et leur retombées...sur lui.Il les aimait, il les plaignait, mais ils lui faisaient honte, et l'obligeaient à leur mentir et à mentir sur eux.
Sa mère l'appelait parfois pour qu'il la protège de son père, et l'accusait ensuite d'avoir voulu frapper son géniteur! Ce qui se soldait par une punition exemplaire : plusieurs jours seul dans la cabane à outils du jardin!
La mort d'une guêpe, d'un papillon, d'une fourmi, tout l'affectait, tout le faisait pleurer.Il était (il est toujours) d'une sensibilité qu'il qualifie lui-même de maladive et ridicule. C'est parce qu'il a la joie d'être qu'il en éprouve, de manière aiguë, la souffrance. "Inconsolable et gai", cette formule d'Anouilh, il la fait sienne (p.43). Et l'enfant malheureux, devenu adulte, n'a voulu dessiner que des enfants heureux, même s'ils sont parfois tristes, des enfants heureux mais non pas inconscients, heureux de la joie qu'ils portent en eux, mais qu'ils savent fragile, "heureux malgré eux" (p. 44).
A l'école il était heureux d'échapper au carcan familial. Il chahutait gentiment et les punitions lui paraissaient légères. Il bégayait, clignait des yeux, mais il était d'une politesse exquise (comme à la radio qu'il écoutait chez lui). On l'appelait "de" Sempé. La radio, c'était aussi la gaieté des orchestres (Ventura*, Barelli, Adison).
Toute son enfance a été adoucie, enjolivée, exaltée par le mensonge, la mythomanie créatrice. Mentir pour vivre mieux, vivre tout court parfois. Allumer les lampes intérieures. La beauté des femmes n'est-elle pas aussi un mensonge tellement vrai? Ou une vérité fulgurante et fugace? "Parfois, j'étais sur le point de m'évanouir", au passage d'une jolie fille. (p.71)
"Je souffrais beaucoup pour elles", nous confie-t-il. Enfant, il les croisait, jeunes amoureuses dans le jardin public, puis, peu à peu, les voyait se dégrader : enceintes, mères, bobonnes...
Sensible au charme et à son évanouissement, le petit Jeannot (ainsi l'appelait-t-on) est lui-même tourmenté par son propre déclin, parce que sa mère clame à la ronde : "Petit, il était très mignon, mais maintenant il se défait"(p.73).
 Autre blessure : il n'est pas le fils de M.Sempé. Au cours d'une dispute, il entend sa mère dire : "Tu ne l'aimes pas!" et son beau-père répondre : "Mais écoute, il n'est pas normal!" Et dans le langage paysan et bordelais, "pas normal cela voulait dire "ce n'est pas le mien, ce n'est pas mon fils légitime." Moi qui ne savais pas la signification de cette expression, j'avais pris ça... pour un diagnostic de mon état mental." (p.75)
Jeannot quitte l'école après son certif ' pour trouver un travail (" Il fallait que je rapporte un peu d'argent à la maison"). Livreur à bicyclette, payé trois fois moins que le SMIC! Quand il rapporte à sa mère sa première paye, il reçoit cette parole d'encouragement : "Ben, tu vois, ça n'est pas beaucoup plus que les allocations familiales que je touchais quand tu ne travaillais pas!" (p.79).
A 18 ans il s'engage dans l'armée : "J'y ai appris la terreur. Une forme de terreur. J'étais toujours en prison mais pas en temps que forte tête, pas du tout, mais par distraction simplement, pas par indiscipline, mais parce que j'avais la tête ailleurs..." (p.80).
Ses premiers dessins humoristiques sont publiés dans Sud-Ouest dimanche en 1950. A 17 ans il rencontre Chaval qui, le voyant si pauvrement habillé, lui dit : "Ne faites pas ce métier, c'est trop difficile, il vous faut un métier fixe." (p.85)
Quand Lecarpentier lui parle de la violence d'un de ses dessins les plus célèbres, celui où un bébé déboule dans le salon où ses parents regardent la TV et ne le voient ni ne l'entendent, et annonce (dans le vide) : "Je marche ...", Sempé réagit curieusement : "C'est un très mauvais dessin."
— Pourquoi?"
— Il est bête, parce que c'est trop facile. C'est un dessin racoleur. C'est un dessin, comment dire, fabriqué. Oui. On ne peut dire que ça : "Ah, regardez ces parents qui n'ont pas observé leur petit gosse qui marche." D'ailleurs, je ne sais pas s'ils parlent avant de marcher, les enfants, mais enfin peu importe. Eh, non, il ne me plaît pas ce dessin. Je ne me plais pas quand je fais ça.
— Parce que vous en dites trop? Vous enfoncez le clou, vous devenez militant?
— C'est lourd. C'est lourd. C'est très bête. Oui, les parents regardent la télévision mais quelle est l'histoire de ces parents? Et peut-être que ce petit gosse est un infâme petit gosse, peut-être que c'est un petit affreux... Il y a un livre de Siri Hustvedt, qui est la femme de Paul Auster, et qui a écrit Tout ce que j'aimais. C'est l'histoire d'un petit gosse qui incarne le mal et aux Etats-Unis un enfant qui incarne le mal, il faut être courageux pour fair ça, eh bien oui, ce petit gosse fout tout en l'air, c'est épouvantable, il va détruire des tas de choses, il incarne le mal, c'est une petite ordure... Voilà. Donc mon petit mec, là, qui dit "Je marche", peut-être que c'est un petit monstre, et peut-être que les parents sont tellement désespérés qu'ils n'ont plus rien dans la vie que leur poste de télévision foireux. Non, non, je ne l'aime pas du tout ce dessin, bien qu'il ait eu un certain succès et qu'on m'ait souvent félicité..."(p. 86-87).
Sempé est resté l'enfant hypersensible qu'il a toujours été. Si ce dessin était passé inaperçu, peut-être n'en aurait-il eu qu'un remords léger, mais sa célébrité le met sous les projecteurs, et qu'y voit-on? Des parents, ses parents, qu'il aimait et dont il avait honte, offerts à l'anathème planétaire. Il s'imagine, lui, comme ce petit con qui parle avant de savoir marcher, et il ne supporte pas de voir la honte qu'il avait dans son quartier étendue à la terre entière, dévoilée aux yeux du monde, sans plus aucun endroit pour se cacher : la honte pour lui, la peine pour ses parents. Il lui faut renier ce dessin, pourtant génial.

Préfère-t-il dessiner les petits garçons ou les petites filles? Les petites filles, bien sûr, plus gracieuses, plus curieuses, plus inventives, plus surprenantes... souvent. Mais la grâce n'est pas une exclusive féminine. Un petit footballeur peut être gracieux.

La grâce, c'est ce qui nous sauve un peu de la bêtise. Sans ignorer le monstre, Sempé préfère la merveille, "sans ça, je serais très triste." (p.99). Son enfance a été soucieuse, il ne peut donc pas la quitter : il la laisse s'épanouir dans son âge mûr. "Je crois n'avoir jamais été insouciant. Et j'ai toujours été d'une stupidité remarquable. J'avais l'impression que quand je changeais d'endroit, j'abandonnais la bêtise ou la cruauté et qu'ailleurs ce serait mieux. J'ai toujours eu cette impression et je me demande même si ça ne continue pas..." (p.99). Comme Vassili Grossman, dit-il, il croit en la bonté. Il y croirait même encore si on lui prouvait qu'il se trompe..
Irréaliste? Il est vrai que Sempé a toujours eu un rapport et un commerce décalés avec la réalité. C'est un rêveur congénital : "Il suffit que je passe devant une boutique où il y a des instruments de musique, et aussitôt j'entends de la musique, et je suis ailleurs..." (p. 106). Ravel, Debussy, Stravinsky, Duke Ellington. "Et je peux loucher sur le piano ou sur la trompette pendant un quart-d'heure." (p. 107).
Et Sempé se fait philosophe : "La vérité ne m'ennuie pas, mais la réalité, oui. Et le réel n'est que l'apparence de la vérité." (p. 108).
Kant venant à son secours, Sempé dit qu'il a toujours choisi dans le réel offert la part de ce réel qui ouvrait l'âme au vrai, au beau, au bien.
Jeune adolescent, il était fou de jazz nouveau : "Et quand je travaillais pour un courtier en vin, à Bordeaux, le vélo que j'utilisais pour mes livraisons grinçait fort des pneus. En actionnant par trois fois le frein avant, j'obtenais les trois notes suraiguës de Duke Ellington, Cat Anderson. Il me suffisait, pour obtenir l'accompagnement rythmique de glisser ma semelle entre les rayons. La cicatrice que j'ai sous le menton, c'est la trace du concert que j'ai donné dans les années cinquante au coin de la rue Sainte-Catherine et du cours de l'Intendance, à Bordeaux.
Savez-vous comment je me suis mis à aimer Debussy? Pour moi, c'est une merveille. Il y avait une émission de Ray Ventura et son orchestre et quand le chef Ventura parlait, il y avait le pianiste qui meublait par quelques petits trucs et à un moment donné j'entends une mélodie que je trouve merveilleuse, je me dis qu'est-ce que c'est que cette chanson mais c'est formidable! Je ne savais pas ce que c'était... Quelques jours après, en trifouillant mon poste de radio, je tombe sur la Radio Nationale et là, il y avait une interview de Samson François, qui parle de la "Suite bergamasque" et on passe un extrait de son disque, le Clair de Lune de Debussy, et je reconnais la mélodie..." (p. 109).
De son enfance, donc, qui fut loin d'être idéale, Sempé a du mal à parler et, en même temps, y prend un certain plaisir, parce que lui reviennent des images, des odeurs, des espoirs merveilleux, "cette impression que, quand on allait grandir, tout allait s'arranger." (p. 111).
L'enfance qui à jamais demeure chez le vieil homme n'est pas qu'une inclination à la rêverie, un état d'esprit baigné d'innocence, c'est aussi la tentation toujours chatouillante d'un enfantillage, d'une "bêtise", comme il dit : "Je confesse qu'il m'est arrivé de faire des choses idiotes uniquement pour me faire rire!" (p. 114). Son côté Salavin ( qui fut renvoyé pour avoir touché l'oreille de son patron, dans La confession de minuit, de Duhamel) le pousse à des actes pour le moins non-conventionnels : "Un jour, je me suis trouvé devant un type assez prétentieux et docte dans ses propos. Pendant qu'il me parlait, je me suis juré que j'allais lui tordre le nez avant la fin de notre conversation. Et je n'ai pu résister. Je l'ai fait! Il a été, je crois, un peu surpris. Mais j'étais bien content!" (p. 114). Un enfant, vraiment! "Redevenir gamin, l'espace d'un instant." Ça n'est pas un programme, c'est une soupape. Ponctuer sa vie d'enfance. Ce n'est pas de la dissipation mais de l'évasion, une sorte de marronnage hors de l'esclavage des convenances. Il peut y avoir de la poésie dans ces "petites échappées du réel"
(p. 114). Un jour Sempé rencontre Darry Cowl dans une gare italienne, qui lui dit :"Regarde!" "Et il avait traversé la gare en marchant, d'une telle façon, sans rien exagérer, que tout le monde riait. Ses pas étaient seulement étranges, pas caricaturaux. Mais ce petit homme à lunettes avait fait rire tout le monde en se décalant du réel." (p. 114).
Ce que Sempé regrette de l'enfance est l'insouciance mais non l'inconscience, non l'ignorance. Ce qui rend l'esprit d'enfance quasi miraculeux à l'âge adulte c'est sa persistance malgré tout, malgré le savoir, le poids du réel sur une conscience nourrie d'alertes et d'angoisses.
Quand ce n'est pas l'angoisse, c'est l'agacement : "Je m'agace prodigieusement parce que je soliloque tout le temps. [...] Et je me trouve prétentieux, je me trouve grossier, lourd, balourd." Mais vous faites des efforts pour vous corriger, lui dit Lecarpentier. "Oui. Oui. Des efforts qui ont la remarquable faculté de ne jamais êtres couronnés de succès. Jamais. Mais mettons que je n'ai rien dit!" (Fin du texte sur un clin d'œil et une citation de Paulhan que Sempé emploie souvent, bien qu'elle l'agace!).
Suivent quelques dizaines de dessins qui mythifient et démystifient l'enfance. Sempé dit tout avec rien, ses traits sont des litotes. L'inspirateur de Sempé c'est Dufy. La ressemblance est criante sur les dessins colorés les plus riches en détails ténus. Des détails qui pourtant suggèrent plus qu'ils ne décrivent. Comme Dufy, Sempé privilégie le mouvement sans sacrifier la couleur. L'aquarelle permet de l'appliquer en taches souples, en flashes légers. Beaucoup de jaunes chez Dufy, et de verts chez Sempé, les sujets sont gais, clairs, vivants. "Vivant" est un des mots préférés de Sempé.
Si on croit, quand il considère ses dessins, l'entendre soupirer : "Comme c'est petit!", on voudrait pouvoir lui répondre : mais c'est petit comme l'innocence farceuse ou la plaisanterie naïve. Et ce n'est pas petit quand l'enfant, délaissant la blague, se penche vers les émotions promises, en oubliant ses jeux familiers.

*Il aura plus tard l'occasion à Paris de "rencontrer Ray Ventura : "...mais il était dans mon dos et je me suis dit : "Si je me retourne pour lui dire bonjour, je vais éclater en sanglots." Et il n'a rien fait...

Faits et dits enfantins (480)

Marie (8 ans) , après le baiser du soir, alors que je viens d'éteindre sa lampe et m'apprête à la quitter: "J'aime bien m'endormir la tête pleine de tes paroles. Il n'y a plus de place pour rien d'autre, c'est bien."

Bastien (7 ans 1/2) dit : "Quand une femme va avoir un bébé, il ne faut plus qu'elle fasse pipi, sinon son bébé pourrait tomber dans les WC."

Figures médiatiques (8)

Pauwels châtie son langage comme on fouette un esclave. Il n'a pas une langue maternelle mais un parler domestique.
Alain Schifres, Vive le français libreN.Obs. 1159 du 23/01/87.

estacadres (169)

L'adjectif est le "dire" du désir, disait Barthes. On pourrait ajouter qu'il est idiosyncrasique, puisqu'il accroche au sapin du langage aussi bien ses diamants que ses boules de Noël.
Quant aux adverbes, "ces chenilles de la phrase", selon Yves Berger, on pourrait y voir plutôt "la prise de conscience de la langue" (F. Dard).

samedi 23 septembre 2017

Faits et dits enfantins (479)

Marie (8 ans) : "Moi, je n'ai pas besoin d'aller me confesser ( ce qu'on ne lui a jamais demandé, pas plus que de croire à Dieu ni en Dieu), je n'ai jamais commis de péché.
— Mais tout le monde fait des péchés, grands ou petits, lui dit sa mère."
Alors Marie fond en larmes...

Bastien (7 ans 1/2) a décidé de suivre les conseils de Télérama junior (son magazine TV) pour répartir son temps de jeu sur disquettes : 22 mn par jour ordinaire et 50 mn le mercredi, 48 mn le dimanche et 46 le samedi. En tout : 4 heures.
Il compose pour le piano. Ses mesures sont justes...

Figures médiatiques (7)

Le parler de Marchais est moqué : on sent bien que sa langue de bois fut verte en son printemps.
Alain Schifres, Vive le français libre!  Nouvel Obs. 1159 du 23/01/87

Estacadres (168)

Chez les peuples qui ont des mœurs, les filles sont faciles et les femmes sévères. C'est le contraire chez ceux qui n'en ont pas.
Rousseau

vendredi 22 septembre 2017

Faits et dits enfantins (478)

"On est comme ça quand on vient de faire l'amour, me dit Marie (8 ans), en dénudant son épaule; et on est toute échevelée. C'est malin, après il faut refaire le lit!"

Bastien (7 ans 1/2) dit : "J'aime bien vivre.
— Même quand t'as des fessées?
— Oui, parce que si je vivais pas j'aurais pas de bonheur. Alors je préfère rester fidèle à la vie."

Figures médiatiques (6)

Dans la dramaturgie sociale, le secrétaire général de F.O. [André Bergeron] joue le rôle du chœur antique; il est le titulaire inamovible du ministère du bon sens...

Estacadres (167)

Etre adulte, c'est avoir compris ses parents et leur avoir pardonné.
Freud.

jeudi 21 septembre 2017

Faits et dits enfantins (477)

Marie (8 ans) fait un lapsus : elle entend le prêche du dimanche à la radio et dit : "Ça se passe en train?" au lieu de "C'est en train de se passer?" (C'est en direct).

Quelques jours après sa petite fessée, Bastien (7 ans 1/2) me confie : "Vous êtes des parents presque parfaits. J'aimerais pas en avoir d'autres, parce que ça me paraît très difficile de trouver mieux.
— Et pourquoi on n'est pas des parents parfaits? Parce qu'on ne veut pas t'acheter de console [ pour jeux vidéos. Il y joue déjà sur ordinateur]?
— Non, c'est parce que vous me tapez quelquefois. Y a qu'ça. Arrêtez, et vous serez parfaits.

Figures médiatiques (5)

André Bergeron* - "Cet homme dont le nom et la physionomie semblent sortir tout droit d'un roman d'Anatole France..." (Bernard Frank, Digressions, in Le Monde du 14/01/87).
*Fait aussi penser à bourgeron, petite casaque d'ouvrier.

Estacadres (166)

L'adulte est un pervers monomorphe.

mercredi 20 septembre 2017

Faits et dits enfantins (476)

Marie (8 ans) : "Quand quelqu'un m'agace ou m'ennuie, je fais comme ça [elle tourne son pied vers l'intérieur], je serre les fesses, et je dis dans ma tête : "produit désinfectant!"

Bastien (7 ans 1/2), en larmes après une (petite) fessée : "Pour vous je suis qu'un truc où i' faut qu'on tape dessus, c'est tout!"
Quelques minutes plus tard, en montant se coucher : "Si vous n'arrêtez pas de me taper, les voisins vont croire que j'suis battu, voilà!"

Estacadres (165)

Le fond de tout, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes.
Malraux, La condition humaine.

Figures médiatiques (4)

Charles Pasqua, ministre de l'intérieur, vu par Philippe Boucher, dans Le monde du 20 décembre 1986 comme un "toréador empâté" [en pâté?].

mardi 19 septembre 2017

Faits et dits enfantins (475)

Pour s'amuser, Marie (8 ans) dit "coquettes" pour "chaussettes".

Comme nous nous apprêtons à "faire pipi" tous les deux, je dis à Bastien (7 ans 1/2) : "Attention, le petit oiseau va sortir." Il me répond :"Oui, toi un aigle, moi un oiseau-mouche!"

Estacadres (164)

L'âge d'homme est l'âge de la survie. L'adulte honteux survit à l'enfant mort.

Figures médiatiques (3)

Sofia Loren : le corps d'une bimbo et la tête d'un mannequin de vitrine.

lundi 18 septembre 2017

Figures médiatiques (2)

Le Tony truand des Soprano (James Gandolfini) est doué d'une présence qui lui permet de faire admettre sans contradiction sa sensibilité (et sa fragilité) et sa cruauté (inflexible) comme un oxymore naturel. Un acteur à la Gabin*, c'est à dire sans coquetterie ou, plutôt, d'une coquetterie suprême : le naturel.
*"La seule entrée d'un Gabin densifiait tout l'espace". (J.J. Bernard).

Faits et dits enfantins (474)

Marie (8 ans) : "Parfois on dit des mots qu'on ne sait même pas écrire." (On venait de parler de cholestérol.)

Bastien (7 ans 1/2) regarde La belle et la bête. Au moment où la Belle monte sur le cheval blanc qui doit la conduire au château du monstre quand elle aura prononcé la formule magique ("Va où je vais le magnifique, va, va, va."), il dit : "C'est p't'être pas "le magnifique", c'est p't'être "le maléfique"?

Figures médiatiques (1)

Des actrices comme Anouk Grinberg ou Juliette Binoche ne nous laissent pas deviner leur sensibilité, elles l'affichent, elles la portent en écharpe, elles la répandent sur leur passage, elles en tartinent leur jeu.

Estacadres (163)

L'encens noircit l'idole en fumant pour sa gloire.
L.S. Mercier, Satire contre Boileau.

dimanche 17 septembre 2017

Faits et dits enfantins (473)

Marie (8 ans) se lave (presque) toujours les dents et ne mange (presque) jamais de sucreries. Elle a pourtant sa première carie. Elle pleure, bien sûr, de crainte que le plombage ne se voie, mais, surtout, même si ça ne se voit pas : elle pleure à cause de ce sentiment qu'elle a d'être atteinte dans son intégrité de manière définitive.* Cette carie n'est pas une petite piqûre à son amour-propre, c'est une brèche qui est faite à sa personne, une altération dans son corps. Et par cette brèche commence à s'engouffrer l'irrémédiable...
*Définitif, irrémédiable, pas tout à fait. Marie vient de se rendre compte (et moi aussi) que la carie avait atteint non pas une de ses nouvelles dents, mais une molaire qui est encore une dent de lait. Aussi reste-t-il une chance d'immaculature. Il n'est pas sûr que cette carie se transmette à la dent future, alors, en attendant, et comme pour conjurer le sort, Marie veut nier la réalité autant qu'il est possible, et nous interdit de parler de carie à qui que ce soit, même à sa grand-mère...

Bastien (7 ans 1/2), à qui je nettoie la main tachée d'encre avec un effaceur, dit : "Heureusement que j'ai un père... [et, Françoise étant en face]...et une mère!"
Il dit : "Mon fruit préféré c'est la fraise des bois."  

Estacadres (162)

Etre une fleur sur sa poitrine et un fil blanc dans ses cheveux.
Ahmed Rassim.

samedi 16 septembre 2017

Faits et dits enfantins (472)

"Quand j'étais petite, je me souviens que j'entendais mamou [sa grand-mère] dire à Do[sa tante] : "N'oublie pas ton pépin!" Je ne savais pas ce que ça voulait dire, et je ne l'ai jamais demandé..." (Marie, 8 ans).

Nous jouons au foot. tout à coup Bastien s'arrête et me demande : "Est-ce que tu crois que Papin me battrait?"
Questions qu'il me pose à 7 ans 1/2 :"Qu'est-ce que ça veut dire le chaosse? [chaos]
"Qu'est-ce que c'est un clameur?"

Estacadres (161)

J'avais 16 ans, et je n'avais d'autre solution que de chercher l'amour absolu.
Alexandra Pizarnik, poétesse argentine, suicidée en 1972.

vendredi 15 septembre 2017

Faits et dits enfantins (471)

Marie (8 ans) à la boucherie avec sa mère. Elle chuchote à la vue du garçon :" Regarde comme il est beau. On devrait le payer plus!"

Bastien (7 ans 1/2) : "Quand je serai grand je serai astronaute ou... attends, je ne me souviens plus... Ah oui! astronaute ou pharmacien!"

Estacadres (160)

[L'homme mûr] n'est pas aussi limité que le jeune-homme; je dirais qu'il est plus borné!
R. Musil, L'homme sans qualités, IV.

jeudi 14 septembre 2017

Conversation

Lorsque Jules Renard dit que "la conversation est un jeu de sécateur, où chacun taille la voix du voisin aussitôt qu'elle pousse", il veut parler de la discussion ou de la dispute.
La conversation est une forme de consolation extérieure, qui ne remplace pas la consolation intérieure que Dieu nous donne ( si on en croit Thomas A Kempis) mais qui flatte nos impatiences d'amour et d'amour propre.
La vie quotidienne est une mouillère baignée de brumes que la conversation dissipe comme une douce soleillée.
Comme j'aime le beau mot de "promenade" (même si je préfère la flânerie, qui rime avec rêverie) j'aime le son et le sens du mot conversation: les syllabes y sont en symétrie, et les voyelles se font face en miroir, on-è-a-on; paisible commerce dans l'intimité des personnes qui se tournent dans un même mouvement l'une vers l'autre pour relier leur humanité dans un échange non de sang (il ne s'agit pas d'une fraternisation) mais de sens. Les con-versants s'entre-tiennent.

Faits et dits enfantins (470)

Marie (8 ans) vient de créer ce petit poème :
                     La rosée
Le matin quand nous nous levons,
La rosée chatouille nos pieds nus.
Les oiseaux prennent leurs douches
Quelle belle journée commence.

Bastien (7 ans 1/2) me dit :"Je me souviens exactement du jour où j'ai lu pour la première fois. J'étais à côté de toi dans ton lit, et tu venais de me lire une histoire. Alors tu m'as demandé d'essayer de lire à mon tour, et j'ai réussi. J'avais trois ans et demi."

Estacadres (159)

D'après G.G. Simpson, l'ADN n'est pas le secret de la vie, mais la vie est le secret de l'ADN.

mercredi 13 septembre 2017

Faits et dits enfantins (469)

Choses nouvelles que Marie sait faire :
— Donner le biberon à son petit frère.
— Aller seule à la poste pour y faire expédier un colis.
— Aller acheter une pellicule chez le photographe.
— Composer de la musique.  (8 ans).

Bastien, à sa sœur qui se déshabille : "Marie, pourquoi tu te mets toute nue devant moi?
— Ça te dérange?
— Ben, tu sais, à sept ans et demi, ça commence..."

Estacadres (158)

Le retour fait aimer l'adieu.
Musset.

mardi 12 septembre 2017

Faits et dits enfantins (468)

Un jeune lecteur écrivit un jour à Hergé : "Je n'aime pas le capitaine Haddock au cinéma. Il n'a pas la même voix que dans les albums."

Marie (8 ans) : "Ce matin, j'étais assise, je regardais mes jambes et mes pieds, et, tout à coup, je me suis sentie une autre..."

Bastien (7 ans 1/2) dit : "Les jambes de baleine, ça pèse au moins une tonne?"
"Et les microbes obèses, est-ce qu'on peut les voir sans microscope?"

Estacadres (157)

Le oui qui se cache en vous est plus fort que tous les non et les peut-être...
Nietzsche, Le gai savoir .

lundi 11 septembre 2017

Etymaginaire (23)

Appalaches (n.f.pl.) - Américaines aux rondeurs amorties.

Bande molletière - Petite érection.

Arôme - Arum parfumé.

Consternée - La chatte entourée d'étoiles.

Dicodrome (23)

Distractation - 1. Diversion opérée par un comparse au cours d'une négociation délicatement entourloupée.
2. Spectacle d'accompagnement propre à tromper l'attente ou à pallier l'ennui d'un marchandage ou de pourparlers. (Souvent léger).

Faits et dits enfantins (467)

Marie (8 ans) dit fraction pour fracture.
Elle dit unibragiste pour manchot.

Bastien (7 ans 1/2) s'est retoqué depuis quelques jours de son punching-ball. Il s'y installe et tente chaque matin  de battre son propre record : plus de 3000 coups d'affilée à l'heure qu'il est.. Il gonfle son biceps et me demande d'en mesurer le tour : 19 cm. "Est-ce que demain j'arriverai à 20?"

Estacadres (156)

Adam et Eve... Tout ça pour une pomme véreuse!

dimanche 10 septembre 2017

Faits et dits enfantins (466)

Françoise (35 ans) : "Elle est bien nerveuse cette viande!
Marie (8 ans) : — Ah oui, elle est bonne!"

"Bastien, quelqu'un à qui on fait confiance, à qui on confie un secret, on dit qu'on le met dans la con..., la conf..., la confi...?
— Dans la confiture!"

Estacadres (155)

"Qu'est-ce que c'est que ça, une passivité active? [...]
— L'état d'un prisonnier qui attend l'occasion de s'évader."
R. Musil, L'homme sans qualités, II.

samedi 9 septembre 2017

Faits et dits enfantins (465)

Marie (8 ans) : "Et si maintenant on faisait une petite sœur? On aurait des allocutions [familiales]..."

"Si tu joues encore avec moi je te montrerai ma bite", dit Bastien (7 ans 1/2) à sa sœur (15 ans) qui (dixit) n'en a "rien à battre".
Il me dit : "Tu sais, moi j'ai déjà vu Ali Baba et les 40 voleurs, avec Fernandez (sic)."

Estacadres (154)

Le puits où l'on tire souvent a l'eau la plus claire.
Proverbe hébreu.

vendredi 8 septembre 2017

Faits et dits enfantins (464)

Les ruses de Marie (8 ans) : elle ne me demande pas de lui épeler un mot sur l'orthographe duquel elle hésite. Elle me dit : "Je te pose une devinette : est-ce qu'à hiver y a un t ou non?"

Comme je le laisse quelques jours chez ses grands-parents, je dis à Bastien (7 ans 1/2) en le quittant :  "Adieu, son père." Il se retourne brusquement pour me répondre : "Je déteste ce mot!
— Quel mot?
Adieu. On croirait qu'on va plus jamais se revoir."

Estacadres (153)

L'homme d'inaction, comme l'homme d'action, marche vers sa mort, mais d'un pas moins précipité.

jeudi 7 septembre 2017

Charme

Le charme est une séduction qui doit moins à l'apparence qu'au trouble d'une présence. C'est un mystère, donc une puissance plus métaphysique que physique.
En réalité le charme est comme la magie, il est tautologique, il renvoie toujours à lui-même; on n'en sort pas même pour le définir. C'est une fragilité qui impressionne. Une violette, une grâce au vent, une ombre en plein soleil, une lumière naturelle dans le noir. L'apparence de la simplicité composée de toutes les nuances de l'arc-en-ciel. Une manière de faire croire à la nécessité du monde et au bonheur désintéressé d'exister soi-même.
Le charme ne fait pas aspirer au paradis, il en est la preuve vivante.

Faits et dits enfantins (463)

Marie(8 ans), au cours d'une action que je n'ai pas très bien saisie, me dit : "Attends, je recommence au ralenti."

Comme j'ai repeint l'extérieur de la maison, murs (champagne) et boiseries (bleu nuit), avec rayures alternées sur la double porte du garage, Bastien (7 ans 1/2) risque cette remarque : "C'est plus beau que chez les voisins!..."

Estacadres (152)

Aujourd,hui on ne manque pas d'hommes d'action, mais d'actions d'hommes.
Musil, L'homme sans qualités, IV.

mercredi 6 septembre 2017

Faits et dits enfantins (462)

Marie (8 ans) : "Les garçons courent plus vite que nous, mais on est plus malignes."

Bastien (7 ans 1/2) : "Moi je ne fais pas de la magie blanche ni de la magie noire. Je fais de la magie rouge, sur le portique."
Une amie de sa grand-mère étant morte, il veut aller la voir. Au retour, il est déçu : "Je n'ai pas vu sa tête."

Estacadres (151)

"Les hommes d'action ressemblent à des joueurs de quilles qui emprunteraient des poses à la Napoléon pour renverser neuf machins de bois!"
Robert Musil, L'homme sans qualités, lll.

mardi 5 septembre 2017

Faits et dits enfantins (461)

" Y a des gens qui aiment souffrir, me dit Marie (8 ans) parce qu'i' croient qu'ça fait plaisir à Dieu. I' croient qu'i' faut souffrir pour vivre. Moi, j'crois pas."

Bastien (7 ans 1/2) : "C'est drôle, depuis que maman est partie [ depuis deux semaines, en Grèce] j'ai parfois des émotions fortes : je pense souvent à elle."
Il dit aussi : "Si vous ne m'entendez pas péter, c'est parce que je fais des vessies [sic]".

Estacadres (150)

Densifier : rendre dru, feuillu, saturé, pilé, plein. Sobre et ramassé. Atteindre d'un coup la coquetterie suprême : le naturel. "La seule entrée d'un Gabin densifiait tout l'espace." (Jean- Jacques Bernard).

lundi 4 septembre 2017

La prisonnière du désert (John Ford)

   Entre La charge héroïque (1949) et La prisonnière du désert (1954) le western change d'époque. On passe du classique film de cavalerie, manichéen, naïf et sentimental (du bon gros John Ford en somme) à l'un des meilleurs films du réalisateur.
   Tout en réprouvant le rejet raciste d'Ethan (Wayne) on est sensible à son regard triste et son front obstiné, à sa silhouette gauche et douloureuse. Une musique souvent aigrelette, toujours poignante - bien loin du bruit des fanfares - , un peu blessée comme le cœur des héros, baigne de sa tiédeur souffrante et consolante à la fois l'atmosphère du film. Les couleurs sont d'une douceur à faire douter qu'elles sont celles d'un Texas qu'on imagine hérissé de cactus et de serpents. Le voilà peint avec la palette des maîtres hollandais. Et c'est toute la parabole du film: ce pays inhumain doit entrer dans la civilisation, il y est déjà s'il peut exprimer tant de beauté et si un homme dur comme Ethan Edwards peut enfin prendre dans ses bras sa nièce Debbie, "contaminée" par les mœurs des Comanches qui l'ont enlevée enfant, s'il peut la prendre dans ses bras après avoir voulu la tuer.
   C'est presque un western métaphysique: que sont nos croyances au regard de l'univers, de l'universel qui est peut-être Dieu? Il n'y a qu'un frein à l'humaine errance, un seul frein hors la foi, c'est l'amour. Sans la charité profonde de l'amour, l'homme ne vaut pas mieux que la poussière du désert, que le sable que foule le sabot de son cheval, et qu'il disperse au vent. John Ford a senti ça, qui lui a permis, enfin, de laisser tomber ses trompettes naïves. La prisonnière du désert est le western le plus gracieux du vieux bougon.

Faits et dits enfantins (460)

Nous parlons de la naissance, de ce passage obligé, à l'entrée de toute vie, sous les fourches caudines de l'animalité la plus crue. Cette humiliation initiale ("Entre la merde et le pissat", disait Saint Augustin), l'entrée au monde par les voies inférieures est peut-être la clé de l'humilité du vrai sage. Marie (7 ans 1/2) , qui a assisté à la conversation, conclut :"Donc, naître, c'est comme tomber dans les égouts!"

Bastien (7 ans 1/2) , se piquant d'étymologie, m'explique que crocodile est un mot qui veut dire que l'animal croque et vient d'une île ( donc qui peut vivre à la fois sur terre et dans l'eau).
Il me dit : "Quand je prends ta main pour m'endormir, ça me fatigue, alors je m'endors tout de suite."

Estacadres (149)

...Ce qui est aigre n'est plus doux, ce qui est acide n'est pas doux, ce qui est acerbe n'est pas encore doux.
T. Leguay & A. Duchesne, La nuance (Larousse).

dimanche 3 septembre 2017

Faits et dits enfantins (459)

Mari (7 ans 1/2) : "Et si les pompiers brûlaient?"

Bastien (7 ans 1/2) passe une partie de sa journée à faire du karaté, de la boxe, etc. Hier soir, comme il était endormi sur mon lit, je l'ai pris dans mes bras pour le transporter dans sa chambre. C'est alors que, sans se réveiller, il s'est mis à me boxer copieusement, et j'ai bien failli le poser par terre.

Estacadres (148)

Toute œuvre achevée est le masque mortuaire de son intuition.
Walter Benjamin.