mardi 30 janvier 2018

Les mots à l'oreille (23)

Les volets sont les ailes d'un aéroplane sans queue, au corps transparent, dont le vol brutal, arythmique et grinçant, se désespère de rester immobile et de subir la punition du vent.

Faits et dits enfantins (592)

A la fin d'un des nombreux acrostiches qu'elle s'amuse à composer avec les noms de ses amis et "ennemis", Marie (14 ans) écrit :
"Nous, les filles,
Garderons de toi,
Eternellement, une
Zizanie dans notre cœur."


Bastien (10 ans) va passer la journée, avec sa classe, au Parc Astérix. Comme il fait frais, je lui demande de mettre son blouson. "Pas question. J'ai pas l'intention d'avoir froid. D'ailleurs, tu peux être tranquille, j'ai mon K Way."

Estacadres (281)

Définition de l'âme, par Jacques de Bourbon Busset : "La basse continue de chaque être".

Figures médiatiques (120)

Son seul souci n'est pas l'intérêt de son œuvre, mais sa valeur sur le marché.
Dominique Viant et Bruno Vercier, La littérature française au présent, Bordas, 2005, p. 303.
(A propos de Christine Angot).

Alexandrins (79)

... Et la pauvre affliction qui point les cœurs miteux.

lundi 29 janvier 2018

Les mots à l'oreille (22)

Une belle voix a de l'huile et de l'eau. Elle est comme une infusion de la plus fine et de la plus aromatique mouture.

Faits et dits enfantins (591)

Marie (14 ans) : "Je ne me sens bien que quand je suis amoureuse."


Recevant des parents d'élèves, Françoise rencontre l'institutrice qui, deux fois par semaine, vient donner des leçons d'anglais à Bastien et à ses camarades du CM2. Celle-ci lui raconte comment, parfois, elle est bluffée par sa science. "L'autre jour, par exemple, je me demandais combien il fallait mettre de "p" à hippopotame, et comment les placer.
— C'est facile, a dit Bastien, hippos, le cheval, c'est deux "p" et potamos, le fleuve, un seul!"
[Il faut préciser que Françoise, sa mère, est professeur de grec ancien].

Estacadres (280)

L'idée d'une âme est un objet si grand et si capable de ravir les esprits de sa beauté que, si tu avais l'idée de ton âme, tu ne pourrais plus penser à autre chose.
Malebranche, Méditations.

Figures médiatiques (119)

On a surnommé Brialy "La Mère Lachaise". Parce qu'il va à tous les enterrements.

Alexandrins (78)

...Du sang des sacrifiés ravivent le soleil.

dimanche 28 janvier 2018

Faute d'amour (Andreï Zviaguintsev)

   Le regard d'enfant abandonné de ce film ne nous quitte pas. Les parents divorcent, s'insultent et, au rebours des séparations ordinaires, souhaitent l'un et l'autre s'alléger du fardeau que représente ce gamin qu'ils n'ont jamais vraiment aimé. C'est une situation déchirante. Aliocha fugue...*
   Les personnages avancent dans leur histoire comme des canards sans tête. Ils ne savent même pas qu'ils sont désespérés. Ils rêvent dans l'immanence. La Russie - comme le monde occidental - vit aujourd'hui dans un matérialisme qui n'a plus rien de dialectique. La vie y a perdu son "au-delà" et l'existence est devenue marécageuse. La dureté des rapports sociaux est la conséquence directe de cette déréliction. On ne peut pas aimer son prochain quand on ne s'aime plus soi-même.
   Poutine est plus matérialiste que Marx. Le marxisme était une métaphysique de l'histoire (le communisme comme destin de l'humanité). Marx était en cela un idéaliste. Le monde d'après la chute du communisme est un panier de crabes égoïstes, vidés de foi et de sentiments, d'espérance et de charité - pleins de haine.
   Et, comme dans Elena et Léviathan, alors que les hommes semblent vivre dans une pénombre chronique, le temps de la nature reste celui, immuable, des saisons. Qu'est-ce qui change dans le même paysage du début et de la fin, filmé comme un rideau qui s'ouvre, et se referme quand le drame est consommé? Rien, sinon la trace symbolique du passage de l'enfant, du passage éphémère d'une humanité éphémère: un ruban sur une branche, accroché naguère par Aliocha, qui flotte au vent au-dessus de l'eau...

* Ses  parents déclarent sa disparition à la police. Le fonctionnaire qui les reçoit a une voix étrangement grave, ironique contraste avec l'impuissance de son administration. Un état survirilisant son chef (Poutine jupitérien) avoue naïvement son impotence. En Russie, les organisations de citoyens - ici pour les battues et les recherches - sont plus efficientes, sinon efficaces - que les services publics.

Les mots à l'oreille (21)

Airelle est le mot le plus léger de la langue française.

Faits et dits enfantins (590)

Trouvailles de Marie (14 ans) : "On dansait sans les pieds" [ C'est-à-dire dans sa tête, en se contentant d'écouter la musique].
Et aussi (dans son roman): "... pendues au bras de beaux spécimens acnéiques..."


Bastien (10 ans) prétend qu'il ne s'intéresse pas aux filles, mais commence à dessiner des personnages suggestifs : fesses, nichons, craquette, face à une stylisation filiforme dont le seul élément saillant est une bite en érection ( ou un profil sans tête avec une longue bite pendante).

Estacadres (279)

L'univers est bâti sur un triangle, semblable et différent pour chacun : Dieu, diable, et notre âme.

Figures médiatiques (118)

Isild Le Besco, par Benoît Jacquot : "... un mélange d'Ingrid Bergman et de Lee Marvin."

Alexandrins (77)

Je remonte mon pantalon, mon chat sursaute.
Je le baisse, et sa chatte me saute sur!

samedi 27 janvier 2018

Les mots à l'oreille (20)

La vertu a l'odeur blanche des vierges et la transparence grise du formol.

Faits et dits enfantins (589)

Le chien accumule les bêtises. En une semaine il s'est échappé deux fois dans le village (une fois par la porte de la cour, à travers les jambes des enfants; une fois par le jardin, ayant forcé une haie et sauté un grillage). Il a, de plus :
- cassé une jardinière en sautant par la fenêtre.
- sauté trois fois sur la chatte Colette (la faisant chier de trouille, la troisième fois, sur le buffet, merde traînée sur l'édredon et le dessus de notre lit).
- mangé deux fois un gâteau attrapé sur la table et une boîte entière de chocolats prise sur la cheminée.
- chié innocemment sur le tapis du bureau, en notre présence, alors que toutes les portes étaient  ouvertes.
- griffé les peintures de plusieurs portes.
- pissé sur le canapé du salon.
- gratté mes plants de pommes-de-terre, cassé quelques fleurs, chié sur d'autres et sur l'oseille, etc.


Bastien (10 ans) lit sur un mur "Fuck White Power", et nous demande : "Pourquoi ils veulent enculer l'énergie blanche?"

Il a inventé une nouvelle expression : "Je m'en branlebite."

Il conjugue en images : "Dès qu'on me donne la personne, je vois  la terminaison."

Estacadres (278)

On continue à parler d'âme comme on parle de sous ou d'écus, longtemps après qu'ils ne sont plus frappés.
Marthe Robert, La vérité littéraire.

Figures médiatiques (117)

Sarkozy par lui-même : "Un coq de combat".
Et par François Gorin (ministre délégué à l'enseignement supérieur) : "Il est incapable d'admettre un avis différent du sien".

Alexandrins (76)

... Le mot s'approcha de l'idée. Elle y mordit.

vendredi 26 janvier 2018

Les mots à l'oreille (19)

Le truchement est un gros objet de velours à six poils, de forme oblongue bombée et verticale, au revêtement froncé et retroussé. On accède à son ouverture par un petit escabeau.

Faits et dits enfantins (588)

Marie (14 ans) insiste depuis tant d'années pour avoir un chien que la chose est enfin arrivée. Malheureusement, c'est un setter anglais (chien fugueur) qu'on appelle pour l'instant Capi* (c'est le nom du chien de Vitalis dans Sans famille), son ancien nom, Muppy, ne plaisant à personne. Les chattes en sont naturellement perturbées. Elles entrent dans la maison d'une patte circonspecte, osent à peine manger, dressent l'oreille à chaque coin de porte. Le soir et la nuit sont possibles, chattes et chien étant séparés. Ce qui n'a pas empêché Zézette tout à l'heure de venir se nicher dans un "lieu sûr" inédit : le grand tiroir entrouvert de mon bureau. Une demi-heure plus tard, je surprends Colette, sa mère, à vouloir faire la même chose. A la suite de quoi je retrouve Zézette roulée-tassée dans un placard de la salle de bain!
*puis Achille, puis Mouchet (il a la gueule mouchetée). Ce sera définitivement Achille.


C'est le dixième anniversaire de Bastien. Les cadeaux pleuvent. Evelyne un livre, Ta Do un jean, Marie une chaîne en argent, Françoise une montre; Mamie et Tonton ont donné de l'argent pour son voyage à La Réunion (Mamou en a envoyé). Pour ma part, je lui offre une paire de Boule et Bill, assaisonnée du petit quatrain qui suit : "Ça fait dix ans qu'on te supporte/ Tes pets, tes rots, tes cris d'idiot/ Mais on peut pas t'mettre à la porte/ Puisqu'on t'a fait, pauvre petiot."

Estacadres (277)

Et c'est cela qui m'attriste parfois, qui m'accable, qui me menace, de n'avancer que lentement vers ce progrès, d'être comme tout le monde distrait, faible, inconstant, d'être quelqu'un et le dernier et celui qui passera sans avoir fini son Ame.
Rainer Maria Rilke, Lettres à une amie vénitienne, 29/08/1909.

Figures médiatiques (116)

En présence d'une femme d'autorité [ la nouvelle présidente démocrate du Sénat] Bush junior redevenait le gamin à qui on a confisqué son chapeau de cow-boy.
François Gorin, Télérama 2967 du 22/1106.

Alexandrins (75)

... Prit ses jamb's à son coup et la poudre d'escampe...

jeudi 25 janvier 2018

Les mots à l'oreille (18)

Le mot tisane fait rougeoyer les humeurs sombres de l'hiver.

Faits et dits enfantins (587)

Marie (14 ans) écrit un roman dont l'héroïne (même âge) est amoureuse d'un jeune homme rencontré sous un pont ( ingrédients : drogue, fugue, "répression" des parents de la jeune fille, scènes de comédie - le jeune homme s'introduit chez elle "déguisé" en prof de maths - , etc.). Des clichés, certes, mais exprimés avec fraîcheur et conviction; et de l'invention dans l'agencement des scènes. Marie songe à en faire un film.


Depuis trois jours, Bastien (10 ans) passe l'essentiel de son loisir à potasser des tours de carte ( dont il nous accable). Il établit même des combinaisons mnémotechniques du genre :"Le souverain et sa femme, devant leur fenêtre, regardaient se battre, dans les fleurs, le valet à l'esprit pointu avec l'as au cœur d'or." Traduction : Roi, dame, carreau, trèfle, valet, pique, as, cœur.

Estacadres (276)

L'âme est le seul oiseau qui soutienne sa cage.
Victor Hugo.

Figures médiatiques (115)

Arielle Dombasle n'est pas affectée, elle est nativement factice, artificielle naturellement. Elle n'est pas une fausse femme mais une vraie poupée, une Barbimbo : à défaut d'être pénétrante, elle aime (de son propre aveu) être pénétrée.

Alexandrins (74)

Mourir comment? En épectase à 105 ans.

mercredi 24 janvier 2018

Les mots à l'oreille (17)

Le mot siccité évoque la matité totale, l'en soi pur, l'impasse métaphorique. "Sic", c'est ainsi, l'absence absolue de l'humide, de la femme, de l'espoir, de la vie même. C'est l'inconfort inimaginable.

Faits et dits enfantins (586)

J'écris à Marie ce petit rondeau pour son quatorzième anniversaire :

A Marie je cherche une rime,
Et je pense bien la trouver;
Non pas une rime sublime,
Une simple, c'est mon métier.

A Marie je cherche une rime
Qui soit faite pour la charmer;
Mais il est vain que je m'escrime,
Il n'en est qu'une, c'est aimer.

Bon Anniversaire!
 Papa.


Bastien (10 ans) s'enlève les peaux mortes des pieds en disant : "Je m'épelle ..."

Il dit :"Je crois que j'ai les fesses trop rapprochées, elles se serrent."

Ses grands plaisirs du moment : "regarder Zazie dans le métro ou Terminator jusqu'à plus soif, ou se cacher pour me surprendre et me faire peur (surtout depuis que je lui ai dit que ça me donnait la chair de poule).

Estacadres (275)

Mais celui qui porte en lui son âme,
Non pas comme vache pleine qui rumine sur ses quatre pieds,
Mais comme une jument vierge, la bouche embrasée du sel qu'elle a pris dans la main de son maître,
Comment saurait-il la serrer et la contraindre, la grande chose terrible qui crie, dans l'étroite écurie de sa volonté personnelle,
Alors que par les fentes de la porte avec le vent de l'aube arrive l'odeur de l'herbage?
Paul Claudel, La Ville, III.

Figures médiatiques (114)

Veuf depuis quelques années, Edgar Faure vient à fréquenter une femme que ses amis ne trouvent pas à la hauteur. Il en convient à demi mais proteste : "Eh bien, que voulez-vous, je suis quand même encore un peu en deuil.

Alexandrins (73)

Si l'apparence était l'essence il n'y aurait
Pas d'art ni de littérature, et rien de vrai.

mardi 23 janvier 2018

Les mots à l'oreille (16)

Louange - Ambiguïté d'un mot qui a ses crocs et ses plumes.

Faits et dits enfantins (585)

Marie (14 ans) a fabriqué pour son frère (6 ans) un petit carton réversible représentant un chien (ou un ourson?) debout, d'un côté, et assis, de l'autre. Les deux faces sont respectivement légendées : "Je pisse, 2 mn", et "Je chie, 15 mn". Bastien ne manque pas de l'accrocher à la porte des WC à chaque station.


Bastien (presque 10 ans) me dit : "J'aimerais bien être encore dans le ventre de maman, mais pas en bébé. Comme je suis, mais en plus petit, en lilliputien, avec mes livres, mon ordinateur, mes jeux, mes jouets, tout ça."

Comme tous les enfants, je rêvais d'être aviateur, explorateur, vedette de cinéma (pour embrasser les femmes). Bastien, pas du tout. Lui, ce qu'il voudrait être, c'est mathématicien, ou archéologue.

Estacadres (274)

Anima est une ignorante et une sotte, elle n'a jamais été à l'école, tandis qu'Animus sait un tas de choses, il a lu un tas de choses dans les livres, il s'est appris à parler avec un petit caillou dans la bouche, et maintenant, quand il parle, il parle si bien que tous ses amis disent qu'on ne peut parler mieux qu'il ne parle. On n'en finirait pas de l'écouter. Maintenant Anima n'a plus le droit de dire un mot, il lui ôte comme on dit les mots de la bouche, il sait mieux qu'elle ce qu'elle veut dire et au moyen de ses théories et réminiscences il roule tout ça, il arrange ça si bien que la pauvre simple n'y reconnaît plus rien.
Claudel, Positions et propositions, I.

Figures médiatiques (113)

Je me souviens de Georges Bidault, qui, dans un geste méprisant des bras, écartait la foule enthousiaste lors de la descente des Champs-Elysées par de Gaulle à la libération de Paris, et qui, un peu plus tard, arracha un vote à l'Assemblée grâce à cet aphorisme bien trouvé : "Il vaut mieux se laver les dents dans un verre à pied que de se laver les pieds dans un verre à dents."
Gérard Genette, Bardadrac, p. 417.

Alexandrins (72)

Le travail fantasié est le fruit de l'otium,
La peine organisée l'effet du negotium.

lundi 22 janvier 2018

Les mots à l'oreille (15)

J'admire ces phrases gorgées d'une eau que l'avarice du monde leur refuse, qui trouvent en elles la ressource de leur sève, et qu'on pourrait appeler succulentes comme ces plantes du désert comblées d'une chair qui n'attend rien du ciel. Le voyageur à la plume égarée fond de désir à leur approche. Nul ne peut les écrire. Leur immanence est transcendante.

Faits et dits enfantins (584)

Opérée ce matin (23/12/91) des amygdales, Marie (13 ans) communique avec nous par écrit. Bastien (5 ans) demande : "Elle comprend ce qu'on lui dit?" Puis : "Est-ce qu'un jour elle va reparler?"


Bastien (presque 10 ans) m'invente cette histoire : "Un chien rencontre un autre chien et lui demande : "Ça va?
— Non, j'ai un chat dans la gorge!
— Ah bon! moi, à ta place, je serais content."

Une des "feintes" de Bastien : "Dis-moi O.K. sinon je te mets K.O."

Estacadres (273)

Et la plupart ont su si bien rétrécir et luter toutes les fissures
Que leur âme n'est en eux prudemment que le foyer de leur température.
Claudel, Sainte Thérèse.

Figures médiatiques (112)

Je me souviens d'Edgar Faure, qui n'avait qu'un cheveu, mais sur la langue, qui inventa pour le Maroc le concept oxymorique d'indépendance dans l'interdépendance, et pour l'Université française celui d'autonomie octroyée, qui voyait bien Mme Coty en "mannequin chez Olida", qui affirmait sans modestie mais non sans vraisemblance : "La Révolution française, seuls deux hommes auraient pu l'empêcher : Turgot, mais il était mort, et moi, mais ze n'étais pas né", et qui, faute d'avoir empêché Mai 68, sut le faire rentrer dans ses amphis, en supprimant (momentanément) les amphis.
Gérard Genette, Bardadrac, p. 404.

Alexandrins (71)

Avenir et passé imaginent la vie,
Le présent inouï vit l'imagination.

dimanche 21 janvier 2018

Tentation

   Par sa morphologie déjà le mot tentation nous méduse. C'est un polygramme polypo-reptilien, qui possède des tentacules et procède par reptation.
La tentation est le contraire du coup de foudre. Elle est molle d'apparence, elle est sournoise, elle s'approche mielleusement. C'est une hypocrite qui n'a l'air de rien mais la puissance de tout; par dessous, magnétiquement. Elle s'empare de nous insciemment. Notre volonté n'y peut rien. "Je peux résister à tout, disait Oscar Wilde, sauf à la tentation." Elle nous prend les doigts, considère nos ongles, et hop! le bras y passe, et bientôt le reste.
"La faim (même pas), l'occasion (pas sûr), l'herbe tendre (peut-être) et je pense Quelque diable aussi me poussant (eh oui! c'est ça!)...
La tentation est moins le fruit de la convoitise que la subséquence (ou la séquelle) de l'abandon, du desserrement de la conscience qui permet la faille...


Les mots à l'oreille (14)

Le fonds de commerce de l'écrivain est a priori la moins commerciale des valeurs : sa forme.

Faits et dits enfantins (583)

Marie (13 ans) sérieusement me dit : "Tu sais, maintenant je crois que je suis prête pour un rapport sexuel : j'ai mis mon premier tampon, sans difficulté."


Bastien (bientôt 10 ans) part ce soir pour Antibes, avec sa mère, où ils vont passer 10 jours. Il me quitte après une courte étreinte et ces quelques mots : "Bon! je sais qu'tu t'ennuieras pas. Mais je peux te faire confiance de penser à moi?" (Il fait allusion à toutes les émissions - dessins animés surtout - que je dois lui enregistrer sur le magnétoscope).

Estacadres (272)

MAIS [cf  estacadres 271]
L'homme [possède] une seconde âme, toujours innocente.
Robert Musil, L'homme sans qualités, II.

Figures médiatiques (111)

Je me souviens d'Antoine Pinay, qui avait une tête d'électeur et un nom d'emprunt, et de Giscard d'Estaing, qui avait lui aussi un nom d'emprunt, à double titre, mais tout sauf une tête d'électeur.
Gérard Genette, Bardadrac, p. 403.

Alexandrins (70)

 Tous les accroche-cœurs sont-ils des hameçons?

samedi 20 janvier 2018

Les mots à l'oreille (13)

VIE - Regardez-la passer : viiiie, comme une flèche!

Faits et dits enfantins (582)

Marie (13 ans) et ses amours (suite). Elle est donc toujours amoureuse, mais jamais du même. L'objet présent de son amour ne lui donnant pas signe de vie, elle erre dans la maison, l'air absent - présent ailleurs, la tête langoureusement inclinée ( c'est drôle comme les inclinations donnent souvent des inclinaisons), tel un zombie égaré dans un hôtel.
Elle rêve, ne répond pas ou répond mal, s'éthère par-là, obscénise par-ci. "Mais enfin, Marie, Il n'y a pas que "ça" dans la vie!
— Si!"


Bastien (bientôt 10 ans), qui a toute la collection des Tintin, me dit que ses préférés sont
1) Les 7 boules de cristal et Le temple du soleil.
2) Tintin au Congo et Tintin en Amérique.
3) Objectif Lune et On a marché sur la Lune.

Estacadres (271)

Tout homme, avec le temps [...] dissout son âme en raisonnements, en morale, en grandes idées, selon un processus irréversible.
Musil, L'homme sans qualités, II.
                                                                   [MAIS] ... cf demain Estacadres 272.

Figures médiatiques (110)

Je confonds souvent Marie Gillain et Virginie Ledoyen.

Alexandrins (69)

... Et le soleil jaillit des caves achérones
Comme un œil rubescent soudain désorbité.

vendredi 19 janvier 2018

Les mots à l'oreille (12)

Une voix dit que la vie n'a pas de sens, mais son timbre profond est l'écho de ce sens.
Claudio Magris, Utopie et désenchantement.

Faits et dits enfantins (581)

Marie (13 ans) a besoin de théâtre et d'amour, de concerter aventures et sentiments. Elle invente des scènes qu'elle joue avec son amie Fanette, improvise avec son petit frère (5 ans), qu'elle houspille parfois parce qu'il ne se montre pas à la hauteur de son enthousiasme, ou pas bien au fait de l'intrigue. Le pauvre, bien sûr n'a jamais droit au premier rôle.
Pour l'amour, c'est aussi un théâtre; la distribution est toujours à moitié faite, mais toujours à moitié à refaire : le rôle du garçon est souvent vacant - les acteurs déçoivent,place au suivant. (C'est plus proche de l'audition que de l'engagement). Cœur qui roule...


 Bastien (bientôt 10 ans) dit : "T'as remarqué que sur les dessins, les personnages ne sont jamais affublés de bites?"

Il dit : "Puisqu'on dit les matières fécales, on devrait dire fécaler."

Il dit : "Est-ce que t'as remarqué que les vieux clignent moins des yeux que les jeunes?"

Je lui demande : "Parmentier, tu sais qui c'est?
— Attends. Parmentier?... Ah oui! c'est celui qui a découvert...euh... inventé... le hachis!"

Estacadres (270)

Les idéaux et la morale sont le meilleur moyen de combler ce grand trou qu'on appelle l'âme.
Robert Musil, L' homme sans qualités, I.

Figures médiatiques (109)

Poutine, par Saakachvili, président de la Géorgie : "Lilipoutine".

Alexandrins (68)

Dans le sillon des errements il est bien tard,
Mais le soleil éclôt sur les chemins de l'art.

mercredi 17 janvier 2018

Les mots à l'oreille (11)

Kris Kristofferson, par Marine Landrot (Télérama 2374 du12/07/95) : "Son nom sonne comme un double coup de feu qui s'éterniserait dans un ciel orageux."

Faits et dits enfantins (580)

Marie (13 ans) a pris l'avion ce matin 24 juillet 1991, pour Nice, avec Bastien (5 ans). Comment peut-on laisser monter ses enfants sans appréhension dans des mastodontes qui volent?


Bastien (10 ans bientôt) dit : "Moi, quand je déglutine [sic], j'ai l'intérieur des oreilles qui explose et qui se remet, plusieurs fois de suite, comme un cœur qui bat.

Estacadres (269)

L'âme, des yeux du ciel, voit au ciel l'invisible.
D'Aubigné, Les Feux, in Les Tragiques.

Figures médiatiques (108)

France Huser ressemble à Marie Laforêt, avec un moins joli nez mais un plus beau sourire.

Alexandrins (67)

... Une part du mystère est ambiguïté.

mardi 16 janvier 2018

Les mots à l'oreille (10)

Dans écarlate il y a  écart et cœur, éclate [ éc(ar)late] aussi. C'est pourquoi dans l'expression "rouge écarlate" j'ai toujours entendu "rouge cœur éclaté".

Faits et dits enfantins (579)

Marie (13 ans) sur la scène de la salle des fêtes de Saint-Pol, face aux parents, aux notables, jouant Arlequin dans Arlequin, serviteur de deux maîtres, de Goldoni. Elle court, saute, gambade et joue de l'œil à chaque réplique. Elle donne de la jambe et du bras sans compter, comme pour chasser l'embarras, le trac, la gêne que lui collent tous ces yeux tournés sur elle : faire fuir la gêne et déployer le plaisir.


Bastien (bientôt 10 ans) vient de passer 3 jours en Bretagne, avec sa mère, chez des grand-oncle et grand-tante qu'il ne connaissait pas. Le quatrième jour, chez sa tante Do, sa mère lui fait remarquer qu'il est insupportable. Il rétorque : "Fini la comédie d'être sage, ça fait 3 jours que je la joue!"

Il dit : "Un fou qui s'évade, c'est qu'il était pas fou."

Il dit, à propos du footballeur Lizarazu (petit et fluet) : "Il est fébrile [sic]".Ça commence comme faible et finit comme fragile (épicènes).

Estacadres (268)

Hors son âme, il n'a point d'étoile.
Swinburne.

Figures médiatiques (107)

J'ai été longtemps un jeune conformiste. Et sans doute "formiste"
 est-il de trop.
François Bayrou.

Alexandrins (66)

Celui qui me caresse et me remplit la panse
Est un dieu à qui je dois obéissance,
Dit le chien. Mais le chat, ravalant l'assistance,
Dans sa divinité s'installe avec aisance.

lundi 15 janvier 2018

Les mots à l'oreille (9)

Mégalomane : au grand galop sur son petit dada.
Ou encore : à grandes guides avec son petit moi.

Faits et dits enfantins (578)

Zézette, la chatte de Marie, tousse : elle émet un sifflement tremblé qui ressemble au bruit qu'on fait quand on souffle dans une feuille d'herbe tenue entre les pouces pour "faire de la musique".


La tranche de pain a deux faces, et Bastien (bientôt 10 ans) a toujours voulu qu'on lui tartine la plus large. L'autre jour, je me trompe. Alors, frappant du plat de la main sur la table, il me lance : "Tu ne vois pas que tu gâches de l'espace!"

Estacadres (267)

L'âme, c'est ce qui refuse le corps. Par exemple, ce qui refuse de fuir quand le corps tremble...
Alain, Définitions.

Figures médiatiques (106)

Chirac à Sarko, à propos de Bayrou : "Un centriste, ça se roule dans la farine et ça se fait frire."

Alexandrins (65)

La boussole du chien est l'odeur de son maître,
Le chat se rassérène à celle de son être.

dimanche 14 janvier 2018

Les mots à l'oreille (8)

Dans Bavière, il y a bave et bière.

Faits et dits enfantins (577)

Marie (13 ans) souffre du pied gauche depuis un mois. Après radios, on constate qu'elle a les pieds "creux". Soins kinés et peut-être semelles orthopédiques. En tout cas, elle peut abandonner les béquilles avec lesquelles elle se promenait ostensiblement dans toute la maison un quart d'heure par jour.


Bastien (9 ans 1/2) me dit : "As-tu remarqué qu'on dit toujours 23 h trente et jamais 23 h et demie, alors qu'on peut aussi bien dire 11 h et demie et 11 h trente."

Il discute avec son copain Aurélien. Celui-ci prétend qu'un arbre coupé est mort et n'a plus de sève.
"Pas du tout, dit Bastien, si tu compares avec un homme, tu vois qu'il peut être mort, et pourtant avoir tout  son sang dans ses veines."

Estacadres (266)

Si je voulais partager le monde en deux, il me faudrait porter la hache en moi-même.
Kleist.

Figures médiatiques (105)

Ségolène Royal par Peter Sloterdijk : "Il y a du saint Paul en elle. Dans l'épître aux Romains, vous trouverez cette formule : Etre tout pour tous."

Alexandrins (64)

Seul l'esprit nous sépare et de l'âme et du corps.

samedi 13 janvier 2018

Les mots à l'oreille (7)

Laquais est un mot qui claque comme la noire lanière d'un fouet verni.

Faits et dits enfantins (576)

Marie (bientôt 13 ans) a une réelle passion pour son apparence et sa mise en représentation. Sans être affectée ni minaudière, elle aime à produire un effet sur ceux qui la regardent. C'est une séductrice naïve, c'est-à-dire vite acquise à ceux qu'elle séduit. En attendant de pouvoir faire sérieusement du théâtre et du cinéma, elle se fait photographier dans toutes les poses et tous les atours et envoie les clichés à des recruteurs de modèles pour catalogues.


Bastien (bientôt 10 ans) se rappelle que, lorsqu'il était au CP, il s'était permis de faire remarquer à son institutrice qu'on ne doit pas dire un "ouagon" (régionalisme) mais un "vagon". "Ah oui! lui avait-elle répondu, on dit aussi un "valibi", peut-être?"

Je lui apprends qu' amour, délice et orgue sont masculins au singulier et féminins au pluriel.
"Ah bon! c'est comme les escargots alors?
— ?
— Ben oui! les escargots sont mâles quand ils sont jeunes et femelles quand ils sont vieux."

Estacadres (265)

...Elle les avait démasqués de loin les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vue de dot.
Pierre Lemaître, Au-revoir là-haut, p. 161.

Figures médiatiques (104)

Le gratin hollywoodien vu par Billy Wilder (in Conversations avec Billy Wilder, de Cameron Crowe) : Cary Grant sympa mais radin, Raymond Chandler, bon dialoguiste "mais sans doute impuissant", Marilyn, horripinante (c'est moi qui invente ce mot-chimère), etc.

Alexandrins (63)

...Et sa bouche assoiffée engoula mon godet.

vendredi 12 janvier 2018

Les mots à l'oreille (6)

Camille Doucet, chat somniférant, mettait de la gentillesse et de la bonté jusqu'à dans son prénom.

Faits et dits enfantins (575)

Marie (12 ans) est abonnée à un hebdomadaire pour fans et groupies où l'on traite de l'adolescence à coups de tubes et de stars, et qui s'appelle O.K. Ce magazine a organisé un concours et Marie y a gagné un voyage en train jusqu'à Paris, nuit dans un hôtel 4 étoiles (plus restaurant soir et midi), et surtout soirée au Zénith (salle parisienne) où doit se produire une "idole des jeunes", un certain Florent Pagny, qui n'est pas le chanteur préféré de Marie, mais qu'elle ne déteste pas. Soirée précédée de photos et suivie d'un "pot" avec la vedette. Le tout pour deux personnes. Devinez qui doit se dévouer pour accompagner Marie, et qui en est "ravie"? Sa mère...


Après la collection des Tintin et des Lucky Luke, Bastien s'attaque maintenant à celle des Astérix.

Emule ingénu de Montaigne, il confie à sa sœur que, deux fois, il a fait sonner son réveil en pleine nuit "parce qu'après c'est vachement agréable de sentir qu'on se rendort".

Il fait claquer aux oreilles d'Achille son revolver à amorces, ce qui fait que notre (pourtant) chien d'arrêt se réfugie dans la salle de bain en tremblant comme une feuille.


Estacadres (264)

Il faut viser la lune, car, même en cas d'échec, on atterrit toujours dans les étoiles.
Oscar Wilde.

Figures médiatiques (103)

Dominique de Villepin, selon Marc Lambron (Mignonne, allons voir si la rose), "a le goût de la haute poésie et de la basse police". Le même Lamron donne à Ségolène Royal le surnom de "Zappaterreur de Poitou-Charentes"...

Alexandrins (62)

Tandis que ses cochons glandent dans la chênaie
Le glandeur se repose à l'ombre de la haie.

jeudi 11 janvier 2018

Les mots à l'oreille (5)

Dans bidet il y a bide, c'est pourquoi on imagine un cheval lourd.

Faits et dits enfantins (574)

Marie (12 ans) écrit un roman à épisodes intitulée Histoire de Marion, avec une héroïne qui lui ressemble. Elle m'en a livré le premier chapitre à mon anniversaire et le second à Noël. Ce second chapitre, plus court, m'a paru nettement meilleur, beaucoup moins convenu, plus nerveux, d'une émotion et d'un humour vrais. Même si les faits narrés sont exagérés, les effets, au contraire, sont parfaitement mesurés. Cette enfant est étonnante.

S'il est d'humeur entreprenante quand il se réveille seul, Bastien (bientôt 10 ans) nous traite méchamment quand nous devons l'obliger à se lever. Il me fait penser à Léautaud, qui disait : "Le matin, j'irais me foutre à l'eau!"

Il dit : "Ça t'arrive aussi à toi, papa, de sentir ton cœur dans ta bite?"

Estacadres (263)

Quand je serai jockey, je serai grand.
(Titre d'un documentaire télévisuel de Jackie Bastide et Homéric)

Figures médiatiques (102)

Sarkozy (dixit) imagine pour la France "un avenir à la hauteur de son histoire". Il ne faudrait pas, ironise Patrick Besson (in Marianne du 22/07/06) "que Sarkozy ait une histoire à l'avenir de sa hauteur."

Alexandrins (61)

"La vie comme un sourire (...) aux lèvres de la mort.
Florence Noiville, Le Monde des Livres du 15/04/16.

mercredi 10 janvier 2018

Les mots à l'oreille (4)

Dans bidet il y a bide, c'est pourquoi on y fait la toilette du bas-ventre.

Faits et dits enfantins (573)

Marie (12 ans) voudrait être actrice "plus tard". Elle s'est inscrite au club théâtre de son collège et trépignait en attendant un rôle "intéressant". On vient de lui attribuer le rôle principal de la pièce qu'ils joueront ("elles", plutôt, car il n'y a que des filles dans cette troupe!) au mois de mai, une fois devant les classes, une fois devant les parents et amis. Depuis deux jours, et pour quelques mois encore, nous répétons. Marie biche, Arlequin "joli brunet" d'Arlequin, valet de deux maîtres, de Goldoni.


Le maître de Bastien (9 ans 1/2) a copié au tableau le début d'une poésie à apprendre. C'est un extrait des Pauvres gens ("L'homme est en mer..."). Bastien me fait lire ce texte, qu'il a noté sur son cahier : des membres de phrases sont déplacés ou inversés, ni le rythme ni la rime ne sont respectés. Je le fais remarquer à Bastien, et lui montre le texte, tel que Hugo l'a écrit. Il est convaincu, et décide, malgré mes réticences (j'ai peur que son maître se vexe), d'emporter le livre et de le montrer à "monsieur".

Estacadres (262)

En normand, ambition signifie la douleur d'être séparé, un chien peut mourir d'ambition.
Annie Ernaux, Une femme, p. 25.

Figures médiatiques (101)

Entendu à la radio : Camille Laurens est la Christine Angot du riche. Autre supériorité : ce qu'elle écrit ne tourne pas uniquement autour de son nombril. Josiane Savigneau (Le Monde des livres) : "Angot est insupportable".

Alexandrins (60)

... Et ces petits sillons qui nous rident le cul
Et nous font au miroir des niches ridicules...

mardi 9 janvier 2018

Les mots à l'oreille (3)

Inconsciemment, en pensant Cafres, je voyais des petits hommes à la peau verte (câpres).

Faits et dits enfantins (572)

Alors que je pars au boulot, Marie (12 ans 1/2) me rattrape et me dit : "Gérard, écoute, j'vais t'dire un truc : chuis contente que vous m'ayez faite comme ça!"


Bastien (9 ans 1/2) passe et repasse sur la chaîne de Marie, La ballade de Sacco et Vanzetti, et, le reste du temps, nous la serine à tue-tête et en anglais : "Here's to you, Nicolas and Bart..." Surdose.

Estacadres (261)

Je vis avec une ambition si grande qu'elle me rend humble. Je préfère la cacher et n'en avouer aucune.

Figures médiatiques (100)

Sa démarche de bûcheronne scandinave et ses airs de ménagère n'altèrent en rien sa divine beauté.
Marlène Amar, parlant d'Ingrid Bergman, in TéléObs 2179 du 12/08/06.

Alexandrins (59)

...Une aphérès' qu'on aurait dit une apocope!

lundi 8 janvier 2018

Les mots à l'oreille (2)

Empédocle, un nom en boucle de sandale.

Faits et dits enfantins (571)

Marie (12 ans 1/2) me demande : "Comment on fait pour trouver son écriture d'adulte?"


Bastien (9 ans 1/2) dit :"Quand tu pousses, que la crotte est grosse, et qu'elle ne sort pas facilement, est-ce que tu n'as pas l'impression que tes joues se creusent?"

Estacadres (260)

L'ambition est de toutes les âmes; elle mène les petites, les grandes la mènent.
Chateaubriand, La vie de Rancé.

Figures médiatiques (99)

Parler avec Robert De Niro, c'est convoquer le silence. il aime l'obscurité, cherche l'ombre, évite les questions, se présente toujours de trois quarts. Ses réponses sont inaudibles, ses explications truffées de points de suspension. Entre ses mots, il y a des vols d'hirondelles. Qui est De Niro? Un fantôme. Faire une interview de ce personnage brumeux est un cauchemar. [...]
Robert De Niro a toujours été fasciné par la banalité, l'absence. Acteur stakhanoviste, il est doué d'une extraordinaire faculté de dissimulation: il a pris la succession de Marlon Brando dans Le Parrain 2, a été le monstre de patchwork dans Frankenstein, ou le suiffeux Al Capone des Incorruptibles. Il a grossi de 50 kilos pour Raging Bull, maigri d'autant pour Les nerfs à vif, se fond dans les rôles. Il pourrait être Jean-Luc Delarue, Jean-Paul II, Dalida ou Hirohito. Transformiste à vue, il a pourtant un défaut : sa lenteur. Chaque geste nécessite une concentration infernale. Dire une réplique aussi compliquée que "C'est entendu" demande une demi-journée d'autoanalyse. Avant chaque plan, chaque mouvement, chaque intonation, De Niro doit s'imprégner. De quoi? "Je cherche... Je ch...", dit-il. [...]
Son ambition. Il chuchote : "Etre... personne."
François Forestier, Le Nouvel Obs 2225 du 28/06/07.

Alexandrins (58)

...Pour la couleur du son et le dessin du sens.

dimanche 7 janvier 2018

Faits et dits enfantins (570)

Marie a ses premières règles le samedi 25 août 1990, à 12 ans, 5 mois et 6 jours. Sa mère lui offre un collier... d'hématites.


Bastien (9 ans 1/2) dit à sa mère : "Engueule-moi, si tu veux, mais ne gueule pas trop, s'il-te-plaît."

Il dit, à propos des "scènes" entre Marie et le garçon qu'elle fréquente : "A force de casser et de renouer, bientôt ils n'auront plus qu'un tout petit bout de corde."

Estacadres (259)

Je mettrai à nu le fond de la mer.
V. Woolf.

Figures médiatiques (98)

Dieu et Sarkozy -
Jean-Marie, Ségolène et le petit Nicolas sont aux portes du paradis. Et Dieu les interroge : "Que croyez-vous? — Je crois, dit Jean-Marie, que la France sera sauvée! — Bien, dit le Tout-Puissant, assieds-toi à Ma Droite, Jean-Marie. Et toi, Ségolène, que crois-tu? — Moi, je crois tout ce que Vous voulez, du moment que Vous votez pour moi! — Viens Ségolène, assieds-toi à ma gauche! Et toi, Mon petit Nicolas, que crois-tu? — Excusez- moi, mais je crois que Vous êtes assis à ma place!"
Pierre Deusa (internet), 2007.

Alexandrins (57)

Manger les fruits d'un arbre est acte naturel,
Mais manger l'arbre entier serait irrationnel.

samedi 6 janvier 2018

Estacadres (258)

L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses; c'est ainsi que l'on grimpe dans la même position que l'on rampe.
Swift, Pensées.

Faits et dits enfantins (569)

Marie (12 ans) me demande ce que signifie "sodomiser".


Marie (17 ans) nous ayant "quittés" pour "vivre sa vie" avec un jeune homme, elle a prêté sa "chaîne" à Bastien (9 ans 1/2), sur laquelle il écoute tous ses disques (à elle). "T'en a pas marre , Babasse?
— Nan, j' m'en mets plein les oreilles!"

Figures médiatiques (97)

 Cet air benêt qu'il prend lorsqu'il déclame lui a-t-il été inspiré par l'air de la campagne qui souffle dans les Fables ? Après avoir massacré Baudelaire, mis l'infini Céline à la portée des cadres commerciaux, saupoudré au petit bonheur points et virgules sur la phrase de Flaubert, on se demandait quel écrivain allait être besogné par Fabrice Luchini. C'est La Fontaine qu'il assassine, dans un CD où l'acteur s'illustre moins en lecteur qu'en équarrisseur. La Tortue et les deux canards, L'Ours et l'Amateur des jardins, La Mort et le Bûcheron, Les Femmes et le Secret : Luchini croit que hurler, c'est bien dire. Tandis que le vers agonise, l'acteur multiplie les arrêts inopinés, les pauses inexpliquées, les coups de Klaxon tonitruants et les soudains démarrages pied au plancher. La Fontaine, lui, demande grâce. Car Luchini ne lit pas. Il bêle.
Didier Jacob, Le Nouvel Obs. 2197 du 14/12/06.

Alexandrins (56)

...Car Nietzsche* est un soleil, et nous ses héliotropes.
* Gracq, Proust [ ou Musil, en supprimant le "car"].

Les mots à l'oreille (1)

Changer de langue, c'est changer de façon d'être, sentir différemment. Je ne donnerai qu'un exemple : en français, la solitude est intime, on dirait même que les lèvres veulent dissimuler, en le prononçant, le mot qui la nomme; en espagnol, la soledad est immense, on est dans la solitude plus que l'on ne se sent seul. On peut être désespéré dans une langue et à peine triste dans une autre - j'exagère à peine.
Hector Bianciotti.
Cf sur mon blog "Mots-manie" (17).

vendredi 5 janvier 2018

Faits et dits enfantins (568)

Marie (12 ans) vient d'avoir, dix jours après son frère, une varicelle carabinée (dans le vagin, dans la bouche, dans la gorge, autour des yeux, etc.) qu'elle supporte très mal. Bastien (4 ans), regardant les cratères que forment les vésicules sur sa peau, lui dit : "T'as vu, Marie, tes boutons i' font "o"!"


Bite-au-cul (suite). En me récitant dans l'ordre alphabétique les 9 planètes du système solaire, Bastien (9 ans 1/2) s'arrête sur l'avant-dernière : Uranus. Je lui en donne l'étymologie (controuvée) et il conclut : "Eh ben! c'est bite-au-cul!" Et il chante maintenant : "Uranus, Mme Bertrand, etc."

Estacadres (257)

L'ambition véritable rejoint finalement le dénuement. Ne rien posséder est une fascination. Etre le plus nu possible, être tout tourné vers l'intérieur.

Figures médiatiques (96)

Zidane, un héros? Zizou le souhaiterait peut-être, mais son inconscient ne le veut pas. C'est le "ça" de Zizou qui lui a dicté son coup de boule à la fin de  la Coupe du Monde 2006. Un homme, oui, une icône, non.

Alexandrins (55)

...Que les mots sont mes os et leur tissu ma chair.

jeudi 4 janvier 2018

L'Homme des vallées perdues/ L'Homme qui n'a pas d'étoile.

Classique et insolite, un peu hollandais, Shane est le chef-d'œuvre de George Stevens. J'aime ce film davantage après chaque vision.Sa lenteur intimement nostalgique, la modestie, la tendresse des couleurs forment un fond quasi onirique à cet appel des lointains incarné par le chevalier clair, jusque dans l'écho final renvoyant à l'infini le cri du gosse amoureux de cet ailleurs fascinant : un homme sans attaches, sans limites. Le thème du film est d'ailleurs celui de la déchirure : Starett (Van Heflin, magistral aussi dans 3h 10 pour Yuma, le meilleur western de de Delmer Daves) est partagé entre son goût de la tranquillité familiale et ce besoin de justice qui le pousse à se battre, sa femme (Jean Arthur) lutte contre son amour pour Shane, le petit Jacky (Brandon de Wilde) ne sait plus lequel il préfère de ses deux héros - son père et Shane (Alan Ladd). Shane enfin doit rompre les liens qu'il avait noués avec une famille selon son cœur - pour ne pas trahir cet ami dont il aime l'épouse; et ce héros apparemment solide et sûr, est en réalité la victime d'un destin qui l'oblige à fuir tous les havres - le repos serait pour lui une fatalité trop douce, et il est condamné à se perdre éternellement dans des vallées toujours nouvelles, et toujours ouvertes...
Joué sur la pédale sourde, ce beau western naïf et archaïque, hyper-symbolique, n'est pourtant pas manichéen (le mal lui-même ne peut s'y commettre sans délégation). Et puis Alan Ladd m'émeut.

Je m'étais amusé autrefois (les ayant revus successivement) à comparer L'Homme des vallées perdues à L'Homme qui n'a pas d'étoile (de King Vidor). Alan Ladd est un ange froid qui s'humanise à la chaleur du monde, alors que Kirk Douglas est un démon bouillant, une présence physique et une intelligence en acte qui ne se refroidit qu'en se trempant. Alan Ladd serait le rêve des hommes, leur hôte imaginaire, Kirk Douglas leur conscience, leur dérangeur* intime. Dans ses limites , Dempsey (Kirk Douglas), malgré les apparences, est plus optimiste que Shane. Il ne descend pas de l'échelle céleste et, s'il voyage à l'horizontale, c'est parce qu'il n'est aussi qu'un homme, et c'est en homme justement qu'il montre aux hommes qu'ils peuvent se passer des dieux (donc des anges). Parabole sans doute antimaccarthyste. Shane n'a qu'une étoile, et si Dempsey n'en a pas, c'est qu'il est marqué d'un sceau tragique. N'appartenant pas à la cité, il s'y intéresse avec le désintéressement de l'ingénu voyageur qui meuble sa solitude en prenant une part active au destin de ses congénères.
Shane n'est pas de ce monde, Dempsey en est trop, et c'est pour ces raisons inverses qu'ils doivent partir.

Faits et dits enfantins (567)

Si les enfants se contentaient de rapporter des poux, ce ne serait rien. Mais ils reviennent à la maison chargés de toute la pollution mentale du dehors : les mal-parlures, les ragots, les histoires gnangnan, grasses ou abjectes et surtout, le plus entêtant, les "musiques", c'est-à-dire les airs à la mode. Difficile de repousser ce charroi. Longue haleine! Ils sont le défaut de la cuirasse qu'on a mis des décennies à sécréter, la brèche par laquelle l'ennemi pousse son museau. Colmater, jour après jour, jusqu'à ce qu'enfin sortis du charme maléfique du siècle, les enfants travaillent à nos côtés. Hein! Marie?


Bastien (9 ans 1/2) a pris la curieuse habitude de se coiffer le soir, glace en main, après s'être enduit les cheveux de gel parfumé. Je lui demande si c'est pour mieux séduire les filles de ses rêves...

A Françoise, qui me dit de ne pas donner de sauce de ravioli au chien, "parce qu'il aura les babines rouges pendant deux jours", Bastien répond : "On n'a qu'à lui mettre du démaquillant!"

Estacadres (256)

Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même.
La Bruyère.

Figures médiatiques (95)

Marcel Achard, en 1959, par Mauriac : "Il ne se démaquille jamais. Impossible de savoir si celui qui se promène comme un gros chat familier dans les coulisses de Paris depuis tant d'années vote à gauche ou à droite, comment il a réagi aux différentes heures tragiques de l'histoire son pays, s'il croit à diable ou à Dieu, on dirait plutôt qu'il s'en moque comme de colin-tampon."
Commentaire de Mikhael de Montzlon in TéléObs 2197 du 14/12/06 : "...sa people-isation le gadgétise, cela apparaissait déjà aux yeux de l'écrivain-vigie."

Alexandrins (54)

Voltinageant Sollers versus littérature,
Tituscillant Solex versus motocyclure.

mercredi 3 janvier 2018

Les seins et la chatte

La chair ne nous appelle pas d'une seule voix. La pulsion érotique est dissonante, oxymoresque, voire antipathique, à cause de ce qui sépare, oppose même, les seins et la chatte. Les premiers nous rapprochent du paradis, la seconde nous donne un avant-goût de l'enfer. Les seins nous gîtent et nous nourrissent, la chatte nous cueille et nous dévore. Les seins sont les mamelles de la sensualité, la chatte est la pince brûlante du sexe. Nichons nichant, vulve goulue. Les seins sont le bon et le beau et le bien, la chatte est le mal délicieux qui nous fascine, nous aspire, nous suce et nous engloutit. Les seins sont gentils, la chatte est méchante et suscite notre masochisme. On aime bien les seins, on est fou de la chatte : ensagement, affolement. A chaque plongée en elle, nous exorcisons notre peur. C'est pourquoi nous aimons tant la regarder quand elle se repose, quand elle prend son air doux et velouté. Nous espérons alors l'apprivoiser - ou nous mithridatiser.

Faits et dits enfantins (566)

Marie (12 ans) dessine une série de filles nues (dont elle cache le sexe) et les place dans une chemise qu'elle intitule "NOTRE CATALOGUE :
- à partir de 200F (sans faire l'amour)
- en le faisant à partir de 300F
(pour chambre seule, supplément de 200F)."


N'osant trop souvent m'appeler "crétin", car je proteste (et parfois en lui bottant les fesses), Bastien (9 ans 1/2) crie  : "Fressin, va!" Car nous sommes allés l'autre mois à vélo jusqu'au village natal de Bernanos, et cette balade l'a marqué.

Estacadres (255)

La fenêtre est, symboliquement, une double ouverture : le passage du sujet vers l'objet et vice-versa.

Figures médiatiques (94)

L'Amérique a connu deux catastrophes, Pearl Harbor et Pearl Buck.
Orson Welles.

Alexandrins (53)

D'un coup de dé Rimbaud fabula ses voyelles, 
Ma synopsie à moi est autrement réelle :
Mon a éclate en rouge, et l'e ne peut se voir,
Mon i jaune soleil illumine l'o noir,
Mon u enfin a la couleur des yeux des blondes,
Bleu marine ou azur, safre de Trébizonde.

mardi 2 janvier 2018

Faits et dits enfantins (565)

Marie (12 ans) dit : "La peinture moderne, ce n'est pas difficile. Tu peux faire n'importe quoi, à condition de savoir l'expliquer en détail."


La litanie présente de Bastien (9 ans 1/2) est : "Bite au cul..." (empruntée au fameux [?] refrain : 
"Bite au cul, Mme  Bertrand,
Vous avez des filles [diérèse] (bis)
Bite au cul, etc.
Vous avez des filles [synérèse]
Qui ont [synérèse] l'cul trop grand! ")
A la longue, c'est insupportable. Nous le menaçons. Alors il chante : "Quitte au but..." ou "...Tocu... trand... filles... filles... grand!"

Estacadres (254)

C'est le cardinal de Retz qui aurait dit que les hommes ne sortent de l'ambiguïté qu'à leur détriment.

Figures médiatiques (93)

Villepin est lyrique et verbo-moteur, il lui arrive de s'étourdir de son discours jusqu'à en oublier son interlocuteur.
Jacques Julliard, Nouvel Obs. 2166 du 11/05/06.

Alexandrins (52)

Le jour j'usin', le soir je dîn', la nuit je pine,
A l'aub' j'urine, et au matin j'alexandrine.

lundi 1 janvier 2018

Claude Sautet

Voir ou revoir un film de Claude Sautet me fait souvent le même effet qu'essayer de lire un roman de François Nourissier : une sorte d'ennui bourratif et distingué. Au "m'as-tu-vu" Lelouch fait pendant le "ne-m'as-tu-pas-vu" Sautet. Celui-ci étant le celui-là du riche : plus délicatement tactuel. Les choses de la vie est un Vivre pour vivre alluré et cossu. César et Rosalie un Jules et Jim bien nourri (Sautet est un Truffaut en tweed).*
Tout tourne habituellement autour du fric et des sentiments chez Sautet. Ça peut marcher quand ça déraille, comme dans Max et les ferrailleurs où Piccoli excelle en flic parano : c'est sa folie qui le fait gagner et son humanité qui le perd. Vincent, François, Paul et les autres donne l'estampille du cinéaste : spécialiste de la bourgeoisie sensible et intelligente. Avec un pas du côté de l'humour, à l'occasion, qui fait le charme de Garçon! par exemple (mais l'aventure sentimentale y est en trop, et Montand agace à la fin avec sa démarche de pantin et ses grimaces de vieux Chinois).
Ce qui irrite chez Sautet est que ses films sont plutôt bons alors qu'il est un burlador. Il nous abuse en croyant nous rassembler. Voyons Mado, par exemple : toujours les sentiments et le fric, et cet unanimisme chaleureux mais pénible - trop beau pour être vraisemblable, et trop moche (s'il était vrai que les bourgeois et les prolos puissent faire ami-ami sans arrière-pensée). Sautet voudrait, écartant quelques salauds indécrottables, réconcilier tout le monde. C'est une pute sincère dont le véridisme parvient à nous entraîner dans ses histoires tristes et douces, très soigneusement filmées. Mais après on s'en veut, on lui en veut un peu de nous avoir roulés dans sa fine farine.
Vincent, François, Paul et les autres est aussi une histoire d'amour et d'amitié qui semble venir "comme ça" au "fil" de la caméra (dont la fluidité fait le charme du cinéma de Sautet). Une tranche de vie bourgeoise confortablement taillée, avec un problème de gros argent et de gros problèmes de cœur. D'où malaise : c'est quand ils se brûlent que les bourgeois ont mauvaise conscience - non pas vis-à-vis d'eux-mêmes, ce qui reviendrait à dire vis-à-vis des hommes - mais seulement vis-à-vis de leur propre milieu. Ils n'ont pas de conscience sociale, ils n'ont qu'une conscience psychologique.
Mais il y a au moins deux films de Sautet que j'aime : Quelques jours avec moi, une réjouissante comédie qui vire au drame, pas poisseux, pas faussement simple, un film à peu près débarrassé de sa graisse sentimentalo-bourgeoise, d'une facture telle que le mélo y est transcendé par les acteurs. Et, surtout, son chef-d'œuvre : Un cœur en hiver, un beau film sans orages sur l'impossibilité psychologique (ontologique?) d'aimer. Un homme de glace attire en vain la flamme, son cœur gelé ne peut fondre, il se rétracte. Il n'est qu'une intersection abstraite, n'ayant pas "accès" (comme il dit) à l'amour ni à l'amitié, à l'alcool doux des sentiments. Le monde le regarde et il ne peut lui rendre le même regard. Seul à vivre comme nous sommes tous seuls à mourir, il ne serre jamais que sa propre main. L'isolé sur son île d'infinie solitude, le solipsiste absolu. Il appartient pourtant à la communauté des hommes, ils ont leurs chimères, il a les siennes. Mais chacun, comme lui, mais plus secrètement, est en exil. La différence, c'est qu'ils habitent l'adret de leur exil, et lui, anachorète involontaire, a les pieds ancrés à l'ubac. Et pour ne pas être totalement seul, il n'a qu'un choix : pactiser avec sa solitude, en faire une compagne amère mais présente et fidèle. La note d'espoir de la fin est légère : la compassion est-elle de l'amour? Suffit-il d'ouvrir ses volets pour être pénétré par le jour?
* cf sur mon blog L'Enigme du Chicago Express (17/01/2009).



Moi et les autres

"L'altruiste est un égoïste raisonnable", disait Rémy de Gourmont. Aimer son prochain était au contraire pour Nietzsche le signe d'un amour défaillant de soi-même. Il est vrai que l'altruisme, à moins d'être sanctimonieux ou apostolique, est un appauvrissement de l'amour. Mais peut-on séparer l'amour solaire de la vie de ce qui tourne dans son orbite?
Pour moi, le véritable altruisme est une sorte de "tendresse de pitié", comme disait Albert Cohen. Je n'aime pas forcément les hommes pour ce qu'ils sont, mais parce qu'ils sont : "La tête de ton voisin est un petit royaume et son cœur une forêt." (Proverbe peul).

Faits et dits enfantins (564)

Marie (presque 12 ans) dit : "Quand je pense principalement je confonds toujours avec personnellement. Pareil avec premièrement. Je dois même quelquefois chercher le mot [personnellement]."


Bastien (9 ans 1/2) lit un roman de la série des 6 compagnons où il est question de Marcoule et d'autres lieux. Il lui faut immédiatement des dictionnaires, atlas, cartes, etc. pour refaire les trajets indiqués dans le roman. Ne trouvant pas assez de renseignements dans le plus gros de dictionnaires, il cherche dans un petit puisque, dit-il, "je cherche de tous petits villages".

Estacadres (253)

Tu n'es qu'un mortel; aussi ton esprit doit-il nourrir deux pensées à la fois.
Bacchylide.

Figures médiatiques (92)

Quand je veux un conseil à propos de Saddam Hussein, j'écoute de la country music...
George W. Bush

Alexandrins (51)

Si la rime était la raison
Le Poitevin serait célèbre pour son vin,
Le Bordelais serait réputé pour son lait.