samedi 30 juin 2018

vendredi 29 juin 2018

les mots à l'oreille (143)

Dans le langage ordinaire, les mots servent à rappeler les choses; mais quand le langage est vraiment poétique, les choses servent toujours à rappeler les mots.
Joubert.

Estacadres (391)

Lorsque rien n'existait, l'amour existait; et lorsqu'il ne restera plus rien, l'amour restera. Il est le premier et le dernier.Il est le pont de la vérité; il est au-dessus de tout ce que l'on peut dire. Il est le compagnon dans l'angle du tombeau.
Les mille et une nuits.

Figures médiatiques (240)

Qu'avait de caractéristique la diction de Nixon? Il semblait avoir en permanence un gâteau de semoule coincé dans le gosier.

jeudi 28 juin 2018

Les mots à l'oreille (142)

Le poème, hésitation prolongée entre le son et le sens.
Paul Valéry.

Estacadres (390)

L'amour est le pont final de l'histoire du monde — l'amen de l'univers.
Novalis.

Figures médiatiques (239)

"En 1940, j'ai rejoint Londres, à seize ans et demi. Je n'ai jamais tenu compte que de l'intérêt général". (Charles Pasqua). "C'est le souffle de l'histoire qui passe, mêlé à des relents d'ail."
François Caviglioli, Le Nouvel Observateur, n° 2373.

mardi 26 juin 2018

Les mots à l'oreille (140)

Le mot madrépores, par homophonie ( ports, madriers) m'a toujours fait penser à des coquillages qui proliféreraient sous les pontons et les quais d'embarquement.

Estacadres (388)

Dans Le Monde-dimanche du 26 X 80, Patrick Grainville dit que "nos littératures amoureuses [s'engluent] dans le sirop du cœur et les morves du sexe." Pour ma part, je préfère le sirop du sexe aux morves du cœur.

Figures médiatiques (237)

 Piquante comme son prénom et trouble comme son nom, Ludivine Sagnier semble assignée aux rôles de gourdasse un peu sexy.

lundi 25 juin 2018

Les mots à l'oreille (139)

Le mot podagre me paraît toujours contenir bien plus que le pied enflé du goutteux, auquel pourtant son unique sens est lié. J'y sens une noirceur, une âcreté, tout un halo de choses douteuses et de méchancetés qui, par-delà le simple pied malade, me semblent impliquer la condamnation de l'homme tout entier. En ce sens toutefois je ne vais pas aussi loin qu'Arthur Adamov, qui n'a jamais voulu admettre qu'un visage glabre ne fût rien d'autre qu'un visage rasé; pour lui le glabre était lugubre et repoussant, un peu obscène, vaguement suspect.
Marthe Robert, La vérité littéraire, biblio essais, 1983, p. 35.

Estacadres (387)

S'il est difficile, voire impossible, de tout faire avec l'amour, ce n'est pas parce que l'amour ne suffit pas, c'est parce qu'il n'y a pas assez d'amour.

Figures médiatiques (236)

Novalis est le plus sublime et le plus kitsch des romantiques : à une certaine hauteur, l'un peut s'inverser en l'autre, tant le fil est périlleux, et le sublime des belvédères ou des éthers se dégonfle sur les montagnes à vaches quand la vision retombe.
Sans vouloir comparer la petite pianiste au grand poète, ni confondre charabia et inspiration (il s'agit non de style mais d'écriture, c'est-à-dire d'idiosyncrasie) on peut pointer la prétention au sublime d'Hélène Grimaud qui, parlant de Brahms, et voulant poéter plus haut que son luth, voit Phébus et se trouble et n'y voit que du feu (tiens, un alexandrin!) : "... ces notes ignées* qui teintent notre crépuscule, mieux que d'une* lumière d'or triste, d'un feu sans âge et sans fin". (Citation textuelle, relevée dans le Télérama 3139, p. 22).
* notzigné/mieuquedu, Godzilla/tagada.

dimanche 24 juin 2018

Les mots à l'oreille (138)

Alors que l'estoc estomaque, l'étoc (à l'origine le même mot) n'a pas cette connotation agressive. Il semble passif, fataliste, immobile, éteint. Mais il est - sournoisement - tout aussi dangereux.

Estacadres (386)

De même qu'il n'y a pas d'amour sans éblouissement du cœur, il n'y a guère de volupté véritable sans émerveillement de la beauté.
Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, L'homme qui a aimé les Néréides.

Figures médiatiques (235)

J'ai gagné en 97 ... Nous avons perdu en 2002.
Lionel Jospin.

vendredi 22 juin 2018

Les mots à l'oreille (136)

Je n'aime pas être arrêté par la forme. La manière doit être un péage, pas une barrière.

Estacadres (394)

Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu'on aime quelqu'un d'amour, c'est quand son visage vous inspire plus de désir physique qu'aucune autre partie de son corps.
Michel Tournier, Des clés et des serrures.

Figures médiatiques (233)

Deux traits pour un portrait : Margaret Thatcher par François Mitterrand : "La bouche de Marilyn et le regard de Staline."

mercredi 20 juin 2018

Les mots à l'oreille (135)

Pour écrire, il ne faut pas seulement penser les sentiments et les idées, mais tout autant, sinon plus, les mots qui les expriment, c'est-à-dire les (re)présentent. Car penser c'est peser.

Estacadres (393)

Il est cent façons de vénérer la vérité, seul l'aimer est impossible, parce qu'elle se dissout dans l'amour.
Musil, L'homme sans qualités.

Figures médiatiques (232)

J'ai du mal à poser ma main sur la joue d'une femme, alors que je peux traverser le décor une plume dans le cul.
Benoît Poelvoorde.

mardi 19 juin 2018

Les mots à l'oreille (134)

Le style est la corde à sauter que la pensée doit prendre pour pénétrer dans le royaume de l'écriture.
Walter Benjamin, Fragments.

Estacadres (392)

la réalité est l'absence apparente de contradictions.
Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel.
L'amour est un état de confusion du réel et du merveilleux. Dans cet état, les contradictions de l'être apparaissent comme réellement essentielles à l'être.
Aragon, Le paysan de Paris.

Figures médiatiques (231)

Benoît Poelvoorde, "une bombe à fragmentation émotionnelle..."
Jacques Mandelbaum, Le Monde du 12/02/2010.

lundi 18 juin 2018

En guerre (Stéphane Brizé)

"Le capital est du travail volé", disait Blanqui dans sa Critique sociale.
Il n'y a pas de différence de nature, quoi qu'en pensent les socio-démocrates, entre le capitalisme et le capitalisme financier, entre le libéralisme et le néo-libéralisme, seulement une différence de degré.
Si le capitalisme vole le fruit du travail des hommes qu'il exploite, la religion actionnariale va plus loin, elle leur vole la possibilité même d'exister, c'est-à-dire non seulement leurs moyens mais aussi leurs fins. Appelés crûment mais justement "variables d'ajustement" les travailleurs sont le lest qu'on balance à la mer quand on veut trafiquer léger. Du cynisme marchand de l'évangile libéral, on est passé au cynisme marchant (sur les têtes) du bréviaire néo-libéral. Le renard libre dans le poulailler libre ne se contente plus de croquer, il recrache. La main invisible du marionnettiste a les gros doigts du dieu pognon.
Au temps du capitalisme "moral", les dominés pouvaient ensemble faire face, éventuellement faire plier ici ou là un dominateur trop rapace. Ce temps "humain, trop humain" est révolu. "Dans une société qui fait entièrement système, le révolté lui-même devient un rouage, écrivait déjà Jean-Marie Domenach il y a quarante ans (Le Nouvel Observateur n° 506). Dans un monde purement économique, il n'y a pas de luttes de classes mais seulement des concurrences et des partages selon des opportunités et des alliances variables." Ainsi le néo-capitalisme s'annonçait, et aujourd'hui il triomphe, puisqu'il n'y a plus d'utopie des fins (tous les régimes communistes s'étant effondrés par explosion - l'URSS, etc - ou implosion - la Chine, etc.)
Mammon fait ventre de tout : chair et terre. L'argent n'est plus le crottin du diable (Saint-François), il n'est plus le sang du pauvre (Léon Bloy), il se bâtit sur l'anéantissement de la main-d'œuvre désaffectée.
Stéphane Brizé, dans une fiction magnifique - qui, dans un siècle ou davantage, témoignera mieux qu'un documentaire, de la violence symbolique et de la violence réelle de l'homo avidus de notre époque - illustre avec une dramaturgie exceptionnelle le désespoir des hommes et des femmes étranglés par l'Avarice, cette maladie banalisée qu'Adorno dénonçait dans ses indispensables Minima moralia (1944). A la page 31 de l'édition Payot de 1980, il stigmatise ce qu'il appelle en français "la nouvelle avarice". Le film de Stéphane Brizé participe de la même pensée. Il s'intitule En guerre parce que l'oppression de l'aliénant sur l'aliéné a perdu de son "intelligence" et de sa "souplesse". Il n'y a plus le moindre jeu qui laisse un peu d'air aux pauvres. C'est la guerre ou l'asphyxie. Si nous nous battons, nous pouvons perdre, se disent les salariés menacés de licenciement "pour raisons économiques" (leur usine rapporte de l'argent, mais moins qu'attendu par les actionnaires), mais si nous ne nous battons pas, nous avons déjà perdu : cette citation de Brecht figure en épigraphe.
C'est ce qu'on appelle l'énergie du désespoir, un désespoir jusqu'au-boutiste pour le héros (interprété par un Vincent Lindon plus qu'inspiré, extraordinaire, comme en transe parfois, tant la colère de ce fils de bourgeois par hasard est sincère)*, un désespoir sacrificiel : si la dignité des hommes est piétinée, que vaut ce qu'il leur reste de vie ? Mais le film n'est pas construit sur un seul destin tragique, le héros n'est que le cœur palpitant d'une révolte collective, un Spartacus des temps post-modernes à la tête d'une insurrection vitale, avec ses espoirs, ses défections, ses débordements, sa détresse. Faut-il mourir pour vivre, ou subsister dans l'ombre de sa vie?
"Licenciement boursier", dites-vous? Mais en prenant la bourse les néo-bandits prennent aussi la vie.
Qui peut voir ce film sans vibrer, sans enrager, n'a pas de tripes. Des quatre films que Brizé a réalisés avec Lindon, c'est le plus fort.

* A la différence de chez Doillon (Rodin), chez Brizé Lindon n'est jamais inaudible, on comprend tout ce qu'il dit - et comment!


dimanche 17 juin 2018

Etymaginaire (29)

Considération - (n.f.) - Stupeur astrale dont nous frappe quotidiennement la crassa rusticitas.

Convenable - (adj.)Conforme à l'union charnelle safarienne.

Dicodrome (29)

Horrifrayant - (adj. et part. prés.) - Glaçant d'une épouvantation insinuante.

Oïl-live - (n.f.) - Huile œillère par excellence, que son tréma affirme et qui contient la vie dans sa désinence.

Buisseux - (adj.) - Epais et détritique, comme une odeur d'urine sèche et fragonnée.

Les mots à l'oreille (133)

L'orient évoque la douceur, le sourire, la vie coulée et continue; l'occident les saccades, la blessure, le hoquet, l'accident. Mais le premier fait craindre l'éblouissement, la dissolution, la perte; le second rappelle l'énergie des dents qui s'accrochent, se harponnent au monde.

Estacadres (391)

On a besoin, pour vivre, de peu de vie. Il en faut beaucoup pour aimer.
Joubert, Pensées.

Figures médiatiques (230)

Mod ou rocker? Jacques Dutronc est moqueur.
François Gorin, Télérama 3130 du 06/01/10.

samedi 16 juin 2018

Les mots à l'oreille (132)

Orient et occident : rising sun et mort sûre.

Estacadres (390)

Nous devinons un sentiment qui échappe à la caducité des autres. Il est devant nous comme une merveilleuse ombre immobile dans le mouvant. Mais, pour pouvoir durer, ne devrait-il pas arrêter le monde dans sa route? [...]  L'amour est-il un sentiment? Je crois que non. L'amour est une extase. Dieu lui-même, pour pouvoir aimer durablement le monde, y compris sa part achevée, comme un dieu artiste, devrait se trouver perpétuellement en extase.
Robert Musil, L'homme sans qualités, IV.

Figures médiatiques (229)

Eric Cantona par Sophie des Déserts : "le philosofooteux".

vendredi 15 juin 2018

Le bel Antonio (roman de Brancati, film de Bolognini).

Le roman de Vitaliano Brancati est une peinture de l'Italie fasciste tellement ressemblante qu'elle en paraît outrée. Un ton délibérément comique pour un propos sincèrement indigné (inhumanité de l'époque). L'art d'éviter le pathos dans l'énoncé tragique : le destin d'un peuple voué aux laveurs de cerveaux autant qu'aux voleurs d'âmes ("Oh! temps funestes, où la fierté même a la saveur pourrie de son contraire!"), aux concentrationnaires et aux bouchers, ce destin n'efface pas le destin personnel d'Antonio Magnano, beau comme un dieu, et impuissant; il le rehausse plutôt car, quand chacun prend un peu du malheur de l'Italie, Antonio est désespérément seul avec le sien. Et à son deuil social et psychologique s'ajoute un chagrin plus profond : la trouille animale d'une mort sans rémission (après une vie sans joie), c'est ça l'angoisse métaphysique.
Une idée domine le film qu'en a tiré Bolognini en 1960 : le marasme. Une Sicile d'abord généreuse, solaire, antique, qui, peu à peu, apparaît sous son vrai jour : la sécheresse d'idées, la petitesse de cœur, le préjugé, la solitude de l'infirme (au sens propre, le non-ferme). Tout est bâti sur le canevas du rétrécissement progressif : l'impuissance du héros, dont l'image, à la fin, est réfléchie dans le miroir de l'ombre, c'est l'impuissance d'amour des bourgeois de cette province maudite qui continuent à se réclamer de Dieu. Même moins intense que le roman (le film ne situe plus l'action au temps du fascisme)* la réalisation, surtout par l'interprétation de Mastroianni, n'en est pas indigne.
*La grossesse pseudo happy end de la servante ne figure pas chez Brancati.

Les mots à l'oreille (131)

Le Mêmisme qui vient toujours du mammisme ambiant.
Sollers, Vision à New York.

Estacadres (389)

L'amour est-il un sentiment? Au premier abord, cette question peut paraître absurde, tant il semble assuré que l'amour tout entier est un "sentir". La réponse exacte surprend d'autant plus : vraiment, le sentiment est ce qui importe le moins dans l'amour! Considéré comme un simple sentiment, l'amour est à peine aussi violent, en tout cas bien moins net qu'une rage de dents.
Musil, L'homme sans qualités, IV.

Figures médiatiques (228)

Julie Depardieu a une frimousse. Elle est notre Shirley McLaine.

jeudi 14 juin 2018

Les mots à l'oreille (130)

Sur le registre des mots pittoresques, récalcitrant parle physiquement. Même si on ignore son étymologie ( calx, calcis*> calcitrare**> recalcitrare***), le heurt des syllabes évoque une action désordonnée. On peut lui donner d'autres significations ou une autre signification combinée (et fantaisiste). Exemple :
Récalcitrant - Laissé pour compte et tête brûlée, un peu palmé sur les bordures, quoique herculéen, écorché, acide, incontrôlable et difficile à appréhender.
Comme adjectif on pourrait avoir :
Récalcitrant - Reconstituant du squelette à capacité hyménoplastifiante.****  Exemple : "Une érection récalcitrante".
* Talon.
** Repousser du talon, ruer, regimber.
*** "Re" est un préfixe à valeur intensive.
**** En argot, "se refaire un pucelage au citron" c'est se faire remodeler artificiellement un hymen.

Estacadres (388)

L'amour est le plus loquace de tous les sentiments, il est essentiellement loquacité. Quand l'individu est jeune, ces conversations universelles relèvent des phénomènes de croissance; quand il est adulte, elles sont sa roue de paon qui, quand même elle n'est plus faite que de tuyaux de plume, se déploie d'autant plus qu'elle le fait plus tard. La raison en est peut-être que la pensée contemplative est éveillée par les sentiments amoureux ...
Musil, L'homme sans qualités, IV.

Figures médiatiques (227)

Des actrices comme Anouk Grinberg et Juliette Binoche ne nous laissent pas deviner leur sensibilité, elles l'affichent, elles la portent en écharpe, elles la répandent sur leur passage, elles en tartinent leur jeu.

mercredi 13 juin 2018

Les mots à l'oreille (129)

L'étiquette est une petite morale bien maigre.

Estacadre (387)

Il rêvait [...] d'une femme absolument inaccessible. Elle flottait devant ses yeux comme ces journées d'arrière-automne à la montagne où l'air a quelque chose d'exsangue, d'agonisant, tandis que les couleurs brûlent à l'extrême de la passion. Il voyait ces bleuités lointaines, infinies dans leurs mystérieuses et riches nuances. Il oublia complètement la femme qui marchait réellement devant lui, il était loin de tout désir et peut-être près de l'amour.
Musil, L'homme sans qualités, III.

Figures médiatiques (226)

Guy Carlier : une baudruche en train de se dégonfler (plût à Dieu qu'il fût resté gros, et ne s'emberlucoquât de cette guimbarde de Nadine Morano).

samedi 2 juin 2018

Les mots à l'oreille (127)

Le serpentueux n'est pas le sinueux. [cf Mots-manie (42) du 31/10/2009]

Estacadre (385)

Il est des amoureux qui regardent l'amour comme on regarde le soleil, ils n'y gagnent que d'être aveuglés, et il en est qui découvrent pour la première fois, stupéfaits, la vie illuminée par leur amour : c'est à cette espèce qu'appartenait Agathe.
Musil, L'homme sans qualités, III.

Figures médiatiques (224)

Beigbeder par lui-même : "Je ne suis qu'une merde."