dimanche 30 septembre 2018

Langue française (24)

... langue souple et rassurante, la langue de la connivence, qui permet d'échanger bien des choses non dites cachées sous les mots, [ ...] dont l'une des propriétés est peut-être de tout de suite se situer dans l'intimité corporelle de celui qui parle.
[ ...] La brièveté, la précision du style, cette façon d'aller droit au but, c'était comme une antimatière de tout ce que je connaissais, cela allait vite, c'était incisif et fluide. C'est par le français que je fis connaissance avec la concentration, qu'on confond si volontiers avec l'abstraction.    
[ ... ] Les mots français, je ne sais pourquoi, m'impressionnaient, ils ressemblaient à ces personnes d'un certain âge qui ont une longue expérience et ont vu beaucoup de gens et bien des choses. Ils avaient tous un côté adulte et bien élevé que les mots allemands n'avaient jamais, plus immédiats, plus charpentés et plus enfantins à la fois. Les mots allemands, c'était les choses elles-mêmes, en français elles étaient enveloppées d'une sorte de noli me tangere, de mise à distance.
G.- A. Goldschmidt, La traversée des fleuves, autobiographie.

Estacadres (451)

L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même.
Stendhal, De l'amour.

Figures médiatiques (300)

François Busnel, lou ravi de l'étable à livres.

samedi 29 septembre 2018

Langue française (23)

[Souvent l'allemand] ne tient pas un discours à la française qui se referme sur lui-même en vue d'une conclusion; c'est un flux qui progresse sans retour, ce qui empêche de l'appréhender à travers quelques notions claires.
Jacques Lonchampt, in Le Monde du 01/01/83 (à propos d'Adorno).

Estacadres (450)

 Nous ne parlions pas de nous, nous nous parlions. Nous nous caressions, et nous caressions l'âme aussi en lui disant des choses légères.

Figures médiatiques (299)

Trump brille sous les spots comme un miroir de bordel.
Philippe Boulet-Gercourt, L'Obs 2657 du 08/10/15.

vendredi 28 septembre 2018

Langue française (22)

La langue allemande ne procède pas comme le français, elle voit en creux là où le français voit en relief, elle décrit un geste, une forme où le français ne s'intéresse qu'au résultat, au sens de ce geste.
Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur et préfacier de Bienvenue au conseil d'administration, de Peter Handke.

Estacadres (449)

Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :
Mon amour m'entraînait; et je venais peut-être
Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître.
Racine, Bérénice, V,6, Titus.

Figures médiatiques (298)

Sofia Loren est trop sexuée pour qu'avec elle on puisse penser à autre chose ...

jeudi 27 septembre 2018

Langue française (21)

Charles Quint [ ...] disait que le français était fait pour parler avec les amis, l'italien avec les amantes, le hollandais avec les serviteurs, l'allemand avec les soldats, l'espagnol avec les rois, le latin avec Dieu et le hongrois avec le diable!
Chico Buarque, in Le Nouvel observateur 2106 du 17/03/05.

Estacadres (448)

L'objet de l'amour est une transparence opaque. Transparent, il n'est pas aimé pour lui-même puisqu'on ne le connaît pas; opaque, ce pourquoi nous l'aimons ne nous est pas clair. On traverse l'être aimé pour tenter de saisir quelque chose qu'il porte (semble porter, ou porte passagèrement) et qu'on n'aperçoit pas. L'amour dure tant que cette tentation mystérieuse subsiste. Ensuite vient l'attachement ou le détachement, l'affection ou la désaffection.

Figures médiatiques (297)

Il est si rapide que le coq n'a pas le temps de chanter une première fois qu'il s'est déjà renié.
Martin Hirsch, parlant de Laurent Wauquiez.

mercredi 26 septembre 2018

Langue française (20)

Au XXIe siècle, ce n'est pas tant la langue (la française et tant d'autres) qui est menacée, mais la part d'absolu qui réside dans le Verbe. Les débats sur l'école, en France, où une minorité cherche à préserver la Poésie (on dit, par pudeur, "littérature"), se trompent parfois d'adversaire. Le danger n'est ni l'hermétisme, ni le formalisme du nouveau roman, ni le nombrilisme ou la naïveté, ni la linguistique, mais la paresse, le dégoût d'apprendre, la croyance collective soit en l'argent, soit dans quelque  religion  mortifère, l'appétit pour la distraction sotte et le rire gras. Si le pouvoir laisse les médias, d'essence publicitaire, construire la personnalité enfantine, l'école ne peut plus être que thérapeutique. Ce serait à un "ministère de la Santé mentale" de s'en occuper. En trichant avec les forces de la "geste" mondiale, avec la sale Histoire, l'institution en confirme les effets et la "chanson" devient inaudible. Plus encore que la mort d'une langue, catastrophe collective identitaire, il faut craindre celle des valeurs de l'anti-destin, qu'André Malraux identifiait à l'art et qu'on aimerait centrer sur la "chanson", l'art du langage poétique.
Alain Rey, L'amour du français, Denoël, p. 233.

Estacadres (447)

C'est bigamie d'aimer et de rêver.
Ulysse Elytis.

Figures médiatiques (296)

Farrah Fawcett a en outre de belles dents.

dimanche 23 septembre 2018

Langue française (19)

Au 18e siècle encore, la moitié des Français ne parlaient pas le français, et 20% seulement savaient lire et écrire, mais en latin!

Estacadres (446)

L'amour, cette absence de mémoire, ne retient de nous que notre éternité
Péguy, Ordonne ton amour.

Figures médiatiques (295)

Le président Coty est mort, c'était un brave et honnête homme qui avec son nom de parfum s'évapora littéralement devant le général de Gaulle au moment du 13 mai.
Roger Rudigoz, Journal.

samedi 22 septembre 2018

Langue française (18)

Ça n'a aucun sens de dire, par exemple : un tel écrit parfaitement l'allemand. Ça n'a aucun sens. Même pas l'anglais. [ ...] C'est un concept qui est strictement français.
Cioran, Entretiens, Arcades/Gallimard, p. 76.

Estacadres (445)

L'amour ne reçoit pas de réponse. L'amour se verse infiniment dans un tonneau sans fond. Et il faut battre le rappel des cœurs.

Figures médiatiques (294)

Michael Douglas n'a rien hérité de l'énergie solaire de son père (seulement la mâchoire - chez lui factice) : il a autant de sex-appeal qu'une troussoire et d'élégance qu'une pince à sucre!

jeudi 20 septembre 2018

Langue française (17)

Le français au XVIe siècle, selon Lucien Febvre : " ... langue longue, verbeuse, dépourvue de rythme trop souvent et d'allure; langue de paysans qui parlent rarement - mais, quand l'occasion leur en est donnée, qui parlent intarissablement, se noient dans les explications et les incidentes, dans les détails et les circonstances.
Le problème de l'incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais. ( Cité par Philippe Muray in Le portatif, p. 19).

Estacadres (444)

De fin'amor dizirada.    De fine amour désirée.
Marcabru.

Figures médiatiques (293)

Ursula Andress vue par François Forestier in Le Nouvel Obs 2598 du 28/08/14 : "A côté d'elle Lady Gaga est un tas de mâchefer, et Rihanna un bouton de porte. Plus belle, on n'a pas encore inventé.

mercredi 19 septembre 2018

Langue française (16)

C'est le plus grand accident qui puisse arriver à un écrivain, le plus dramatique. Les catastrophes historiques ne sont rien, à côté. J'ai écrit en roumain jusqu'en 1947. Cette année-là, je me trouvais dans une petite maison près de Dieppe, et je traduisais Mallarmé en roumain. Soudain, je me suis dit : "Quelle absurdité! A quoi bon traduire Mallarmé dans une langue que personne ne connaît?" Alors, j'ai renoncé à ma langue. Je me suis mis à écrire en français, et ce fut très difficile, parce que, par tempérament, la langue française ne me convient pas : il me faut une langue sauvage, une langue d'ivrogne. Le français a été pour moi comme une camisole de force. Ecrire dans une autre langue est une expérience terrifiante. On réfléchit sur les mots, sur l'écriture. Quand j'écrivais en roumain, je le faisais sans m'en rendre compte, j'écrivais, tout simplement. Les mots n'étaient pas alors indépendants de moi. Lorsque je me suis mis à écrire en français, tous les mots se sont imposés à ma conscience; je les avais devant moi, hors de moi, dans leurs cellules, et j'allais les chercher : "Toi, maintenant, et maintenant, toi."
[ ... ] En changeant de langue, j'ai aussitôt liquidé le passé : j'ai changé complètement de vie. Même à présent, il me semble encore que j'écris une langue qui n'est liée à rien, sans racines, une langue de serre.*
Cioran, Entretiens (Arcades/Gallimard, p. 28-29).
* Mais, pour un écrivain, même écrire dans sa propre langue, n'est-ce pas aussi écrire dans une langue étrangère ? La littérature n'est jamais la simple expression.

Estacadres (443)

C'est seulement dans la plénitude des états amoureux que la majeure partie de la libido se trouve transférée à l'objet et que ce dernier prend, dans une certaine mesure, la place du moi.
Freud, Abrégé de psychanalyse, 10.

Figures médiatiques (292)

Jean-François Copé, vu par François Reynaert in Le Nouvel Obs 2585 du 22/05/2014 : " ... Il traîne tant de casseroles qu'il n'hésite jamais à taper sur tous les tambours qui passent, dans l'espoir de couvrir le son de tout ce qui le suit."

mardi 18 septembre 2018

Langue française (15)

Une langue d'une si fluide classicité qu'on la suce comme un sorbet d'orange sur un café brûlant.

Estacadres (442)

L'amour qui est fini s'éloigne dans un autre monde à la façon d'un vaisseau spatial qui cesse de clignoter : l'être aimé résonnait comme un vacarme, le voici tout à coup mat ...
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (291)

... Comme il y avait cette image de fille sous les bananiers, je tenais à quelque chose d'érotique. L'idée m'est venue de cette scène où elle se redresse dans le lit. J'argumente auprès de Catherine : c'est important qu'elle soit seins nus, elle vient de faire l'amour avec Montand, la scène sera courte, etc. elle a cette jolie formule : "Ce sera comme un coup d'éventail." Je fais vider le plateau. Ne restent que moi et mon chef opérateur, Pierre Lhomme. Elle arrive en peignoir.. Ça va , Catherine? Allez, on tourne! Parfait. Juste une deuxième prise, au cas où? Moteur! Bravo. Coupez! Elle remet son peignoir, sort du lit et ... s'évanouit. D'émotion. Comme disait Jean Renoir : "Le cinéma est l'art de faire de jolies choses à de jolies femmes."* Filmer la beauté de Catherine Deneuve ou, aujourd'hui, de la merveilleuse Marine Vacth, c'est une joie, une illumination. Là, je peux vous dire que j'ondule!
Jean-Paul Rappeneau, parlant de son film Le sauvage in Télérama 3429 du 30/0915.
*C'est Truffaut qui dit que le cinéma est "l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes."

lundi 17 septembre 2018

Langue française (14)

... ce doux français fluide du siècle de Versailles, qui donne aux moindres mots la grâce attardée d'une langue morte.
Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat.

Estacadres (441)

L'amour que l'on nous vante comme la cause de nos plaisirs n'en est plus que le prétexte.
Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses. (Mme de Merteuil).

Figures médiatiques (290)

François Busnel, bateleur de la production littéraire et avaleur des grenouilles de l'industrie plumassière.

dimanche 16 septembre 2018

Langue française(13)

Le français est une fabrication de la littérature.
Pierre Lepape, Le pays de la littérature (Points, p.22).

Estacadres (440)

Un mandarin était amoureux d'une courtisane. "Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre." Mais, à la 99e nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (289)

A l'Olympia Carla Bruni a chanté une chanson de John Prine (All the Best) en duo avec Marianne Faitufull : "Quand l'ex top-model s'éraille avec joliesse, [la légende du rock anglais] le fait avec profondeur."
S. Davet, in Le Monde du 13/03/14.

mercredi 12 septembre 2018

Langue française (10)

Borges disait qu'un livre est le dernier brouillon avant sa traduction en français, qui constitue en quelque sorte sa version définitive.
J.-P. Bernès, Le Nouvel Obs. 2387 du 05/08/2010.

Estacadres (437)

La poisse amoureuse est indissoluble; il faut ou subir ou sortir : aménager est impossible (l'amour n'est ni dialectique ni réformiste).
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (286)

Elisabeth Lévy est à la pensée ce qu'Annie Cordy est à la chanson.
Laurent Joffrin, Le Nouvel Obs. 2572 du 18/02/14.

mardi 11 septembre 2018

Langue française (9)

Le français est langue royale, il n'y a que foutus baragouins tout autour.
Céline.

Estacadres (436)

Dans tout homme qui parle, l'absence de l'autre, du féminin se déclare : cet homme qui attend et qui en souffre, est miraculeusement féminisé. Un homme n'est pas féminisé parce qu'il est inverti, mais parce qu'il est amoureux.
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (285)

Doillon. Dieu que de doigts dans les yeux, les oignons! dans les oreilles! que d'oreillons! Doillon vétéranise, à voir ses films nous douillons.

lundi 10 septembre 2018

Langue française (8)

L'idiome français, ce doux craquètement de pas sur les feuilles mortes, est une des seules langues au monde qui se parlent dans le masque. Pas de gorge profonde, de cris poitrinaux, même pas d'accent tonique, qui rythme la plupart des autres parlers humains. Juste un accent vocalique, l'accent d'intensité, qui marque avec grâce et légèreté les moments importants du discours.
L'anglais chante et parfois grince ou criaille, l'allemand martèle, l'italien vocalise, l'espagnol a la jota, et le swahili roucoule. Le français découpe la phrase, ordonne avec clarté la pensée. Ecoutez Bossuet : "Ce discours dont vous vous croyez les juges, vous jugera au dernier jour, et si vous n'en sortez plus chrétien, vous en sortirez plus coupables."
Vous imaginez cette phrase dite par nos actuels animateurs radio? Ils ne parlent plus, ils débitent les mots, pressés d'en finir. Je ne veux nommer personne, mais suivez mon oreille. Chacun s'efforce de jaser plus rapide que le voisin. C'est le concours des malheureux atteints de "colique verbale". Où croient-ils arriver plus vite? Au cercueil, au tombeau?"
Henri Brunel, Broc (Maine-et-Loire). In Courrier des lecteurs du Nouvel Obs. 2302 du 11/12/2008.

Estacadres (435)

Le dis-cursus amoureux n'est pas dialectique; il tourne comme un calendrier perpétuel, une encyclopédie de la culture affective (dans l'amoureux quelque chose de Bouvard et Pécuchet).
En termes linguistiques, on dirait que les figures sont distributionnelles, qu'elles ne sont pas intégratives; elles restent toujours au même niveau : l'amoureux parle par paquets de phrases, mais il n'intègre pas ces phrases à un niveau supérieur, à une œuvre; c'est un discours horizontal : aucune transcendance, aucun salut, aucun roman (mais beaucoup de romanesque).
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (284)

Sandra Bullock (actrice de Gravity) par Louis Guichard : "Il y a, dans son jeu, davantage de pesanteur que de gravité."
Télérama 3328 du 23/10/13.

dimanche 9 septembre 2018

Langue française (7)

... Le français comporte au moins deux millions de mots différents, [...] il s'y crée entre 20000 et 30000 mots nouveaux tous les ans.
P. Encrevé, Conversations sur la langue française.

Estacadres (434)

Clair et rapide amour, indifférence,
presque absence qui court,
entre ton trop d'arrivée et ton trop de partance
tremble un peu de séjour.
Rainer Maria Rilke, Vergers, poème 18.

Figures médiatiques (283)

Beria était peut-être un second couteau, mais il l'avait entre les dents.*
Laurent Lemire, Le Nouvel Obs 2554 (octobre 2013).
[Comme quoi on peut à la fois être et avoir]
* Zeugma?

vendredi 7 septembre 2018

Langue française (6)

La langue elle-même est à mon avis plutôt laide. Les choses ont tendance à paraître triviales quand elles sont dites en français.
Borges.

Estacadres (433)

Nous croyons aimer une jeune fille, et nous n'aimons hélas! en elle que cette aurore dont leur visage reflète momentanément la rougeur.
Proust, La fugitive.

Figures médiatiques (282)

Charlotte Rampling et son sourire pseudo-mystérieux perpétuellement épinglé sur sa face énigmatique, occupe presque seule le film d'Ozon intitulé Sous le sable, et nous faisons comme l'autruche pour échapper à l'ennui ...

mercredi 5 septembre 2018

Langue française (5)

J'ai quelquefois le sentiment que, si la langue française continue à évoluer de façon naturelle (ce que je crois peu probable, à cause de la contamination anglo-saxonne toujours croissante) elle tendra vocalement à se rauciser. Le r est sa consonne la plus originale, et peut-être, de tout son registre, le son secrètement préféré par ses usagers. Aucune ne donne à la phrase prononcée des appuis et des étais plus assurés - aucune ne consolide mieux l'articulation du français : l'envie nous vient instinctivement de la prodiguer. Je suis bien souvent frappé par l'usage préférentiel qu'en fait Claudel, par exemple, dans le tri de son vocabulaire ( "Et le fleuve ... n'arrose pas une contrée moins déserte que lorsque l'homme, ayant perforé une corne de bœuf, fit retentir pour la première fois son cri rude et amer dans les campagnes sans écho" - Connaissance de l'Est). J'ai plus de plaisir à prononcer tartre que tarte, martre que Marthe*. Et ce n'est pas le Père Ubu - grand expert en matière de déformation  spontanée de la langue - qui me démentira.
Julien Gracq, En lisant, en écrivant, p. 254.
* Gracq ne va pas jusqu'à dire qu'il préfère Sartre à Sarthe!

Estacadres (432)

Comme la vue est un sens trompeur! un corps humain, même aimé, comme était celui d'Albertine, nous semble à quelques mètres, à quelques centimètres, distant de nous. Et l'âme qui est à lui de même. Seulement, que quelque chose change violemment la place de cette âme par rapport à nous, nous montre qu'elle aime d'autres êtres et pas nous, alors, aux battements de notre cœur disloqué, nous sentons que c'est, non pas à quelques pas de nous, mais en nous, qu'était la créature chérie.
Proust, Sodome et Gomorrhe.

Figures médiatiques (281)

... Ce ton  et cette diction inimitables, qu'elle* semble avoir directement appris auprès de Sarah Bernhardt ...
Renaud Machart, Le Monde du 12/07/2013.
* Arielle Dombasle. Théophile Gautier aurait dit qu'elle est une "symphonie en blanc majeur".

mardi 4 septembre 2018

Langue française (4)

Le français : idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques.
Cioran, Aveux et anathèmes, p. 145.

Estacadres (431)

On n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible, on n'aime que ce qu'on ne possède pas.
Proust, La prisonnière.

Figures médiatiques (280)

Dans une ambiance "Fahrenheit 451" à Neuilly-Auteuil-Passy, le vertueux acucudémicien s'emmêlasse lui-même dans son humanisme.
Fabrice Pliskin, à propos d'Eric Orsenna, auteur de La fabrique des mots.

Dogman (Matteo Garrone)

   Le malaise qu'on peut ressentir à la vision de ce film - que je considère comme un bon film - tient moins au "faire voir" qu'au "donner à voir": le réalisateur semble (surtout à la fin) ne pas résister à cette petite pulsion sadique qui consiste à montrer avec excès la violence qu'il est censé dénoncer. En quelque art que ce soit, la représentation prolongée et appuyée de la violence n'est pas innocente. Elle n'est pas une simple image du réel, elle en est une image exploitée. Particulièrement au cinéma: les paroles qui dénoncent n'ont pas l'impact ambigu, frelaté, des images. Dénoncer la guerre en la montrant complaisamment peut susciter (paradoxalement en apparence) des vocations militaires.
   Cette réserve faite, il faut reconnaître que Garrone (même s'il n'est pas comparable aux grands néoréalistes) donne de l'Italie de son temps une image authentique. Ses personnages sont des acteurs de la périphérie urbaine, des zonards d'aujourd'hui, des laissés-pour-compte. Ils vivotent, traficotent, surnagent dans un équilibre court. La brute goliathesque qui menace la précarité chronique du milieu où évoluent ces grotesques trouve finalement son maître en la personne même de son souffre-douleur, un avorton falot, voûté, désigné par la nature pour être tantôt le jouet, tantôt le repoussoir. "Il y a toujours dans un poulailler un individu brimé, battu, plumé, chassé des bons endroits", écrit Boris Cyrulnik*, Marcè est cet individu, d'abord toléré par ses voisins (en tant que tête de Turc attitrée de la Brute, il détourne sur lui la plupart des coups et leur sert de paratonnerre), il devient leur bouc-émissaire à la suite d'un événement (que je ne dévoile pas), et la machine "purgatorielle" se transforme en mécanique infernale dont l'issue voit le David triompher, mais d'une manière atroce.
   Deux morales à cette histoire.
   Si la faiblesse procède d'un excès de compréhension, la compréhension n'est jamais un excès de faiblesse.
   Première morale que vient corriger cette seconde: faiblesse n'est pas toujours moins de force ou force moindre, la faiblesse est aussi la force du moins. 
   Et pour finir,  la force du moins ne peut s'exprimer, à court d'arguments pacifiques, qu'en utilisant ce que F. Camon appelle une justice névrotique, c'est-à-dire la vengeance. La vengeance est l'ultima ratio humilium: un transfert de souffrance et un échange de culpabilités à la fois raté et réussi.

*in Mémoire de singe et paroles d'hommes.
  

lundi 3 septembre 2018

Langue française (3)

Se franciser, pour lui, c'était quitter les marécages du teutonisme pour la raison universelle.
André Gorz, Le traître.

Estacadres (430)

La curiosité amoureuse est comme celle qu'excitent en nous les noms de pays : toujours déçue, elle renaît et reste toujours insatiable.
Proust, La prisonnière.

Figures médiatiques (279)

Eugene Pallette, joli jockey dans sa jeunesse, était devenu énorme quand, en 1938, il interpréta Frère Tuck dans Les aventures de Robin-des-Bois. On le surnommait alors "Second couteau, première fourchette."

dimanche 2 septembre 2018

Langue française (2)

Apparemment leur langue (celle des Français) est si accomplie qu'elle parle toute seule. Chacun sait jouer de sa précision fleurie.
Martin Walser, Le monde-dimanche du 07/12/80.

Estacadres (429)

On peut avoir du goût pour une personne. Mais pour déchaîner cette tristesse, ce sentiment de l'irréparable, ces angoisses qui préparent l'amour, il faut - et c'est peut-être cela, plutôt que ne l'est une personne, l'objet même que cherche anxieusement à étreindre la passion - le risque d'une impossibilité.
Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Figures médiatiques (278)

 Du vécu à la petite semaine, du vécu heure par heure, du vécu non cuvé : tout le morceau dans son jus. La littérature, il faut la comprendre, a choisi de ne pas s'en mêler.
Eric Chevillard, Le Monde des livres du 18/05/2012, à propos de L'Anglais, de Denise Bombardier.

Langue française (1)

Idiome de l'amour, si doux qu'à le parler
Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire.
Musset, Premières poésies, Les secrètes pensées de Rafaël.

samedi 1 septembre 2018

Estacadres (428)

On serait à jamais guéri du romanesque, si l'on voulait, pour penser à celle qu'on aime, tâcher d'être celui qu'on sera quand on ne l'aimera plus.
Proust, Sodome et Gomorrhe.

Figures médiatiques (277)

Ce qui me gêne dans le physique de Brad Pitt fait peut-être partie de son charme : sa lippe en bec de broc.