jeudi 20 novembre 2014

Dicodrome (12)

Pipolarité - (n.f.) - Popularité jet set, paillettes et galipettes.

Eburné(en) - (adj) - Blanc castré.

Futilitaire - (adj.) - D'une utilité superficielle.
                     (n.m.) - Gadget.

Vagitateur - (n.m.) - Bébé militant et factieux.

Accidence et Enigmation - (n.f.) - "Il était une fois une coïncidence qui partit se promener avec un petit accident et ils rencontrèrent une explication, si vieille qu'elle était toute de travers et ressemblait davantage à une énigme. (Lewis Carrol, Sylvie et Bruno).

Etymaginaire (4)

Relance - (n.f.) - Relent rance.

Tuteur - (n.m.) - Téteur de legs.

Atrides - (n.p.pl.) - Nom propre de la haine (hatred, en anglais), laquelle lui confère une surdétermination grigneuse, une surdent symbolique acérée, férine, une broche de férocité. ( Le mot se prononce en deux temps, deux mouvements: la gueule s'ouvre largement pour engloutir [ha], puis la mâchoire se remeule pour broyer [tred] ).

Scandinave - (n.m. ou f.) - Grande rave nordique dont la peau cristallise et mordore au soleil du Midi.

Nuance - (n.f.) - 1) Vase grec à poignée.
                            2) Baie lisse et charnue née du croisement d'un coeur sagace et d'un esprit crémeux.
                            3) Pastellisation de la pensée.

lundi 10 novembre 2014

Et rien d'autre (James Salter)

  Il y a des voix, des tons, des démarches qui s'imposent sans esbroufe ni fausses précautions. Le dernier roman de James Salter, Et rien d'autre (Editions de l'Olivier) , embrasse son sujet avec une concision, un ramassement des faits, un sens de la synthèse rendu vivant par le choix parlant des métaphores. Pour résumer le nécessité des batailles de 44 où les Américains devaient reprendre chaque île que les Japonais occupaient, l'auteur écrit: "L'étreinte de la main de fer qui s'était refermée sur le Pacifique allait devoir être desserrée, en brisant avec fracas un os après l'autre."(p.10)
  Et la vista de l'écrivain est manifeste, lors de la description d'une attaque kamikaze, par exemple: "Tout semblait à deux vitesses: le tumulte et la précipitation désespérée des gestes à accomplir, mais aussi, infiniment plus lent, le tempo du destin, avec ses taches noires dans le ciel qui défiaient les canons." (p.17)
  Comment faire sentir plus vivement, plus"existentiellement" cette densité d'ombre et de lumière que contient chaque vie particulière, chaque "destinée", emportée dans le grand maelström du "Destin"?
  La difficulté va être de tenir la note jusqu'au bout du chant.
  Les yeux grand ouverts, chacun se doit de lire sa partition, tout en sachant le monde aveugle. La question ne se pose plus de savoir si la vie est une chose sérieuse ou un jeu. Il faut y naviguer à vue en tâchant d'éviter les écueils. C'est alors que les détails importent, ils forment un maillage humain solide et réalisent à chaque page un travail d'approfondissement du champ d'existence des personnages, qui donne à l'histoire qu'ils vivent une épaisseur que peu à peu elle leur rend, chargée des irisations du temps, cette quatrième dimension sans laquelle l'époque évoquée n'aurait pas plus de consistance que sur les doigts de l'amateur la poudre d'une aile de papillon.
  Ce roman n'exalte rien. Salter nous communique, à travers quelques figures mélancoliquement déçues par le caractère sinueux de leur chemin - déçues et ironiquement décevantes elles-mêmes, parce que la vie ordinaire est déceptive - , il nous communique un désespoir sans éclat, nous fait sentir la perte de substance d'êtres sans perspective, aspirés par le poisseux entonnoir du temps, l'écoeurante et douce fatalité de la pente. Vivre est une illusion caressante qui finit par écorcher, qui fait mal. Et de ce mal on ne voit pas le remède, sauf continuer à vivre, "et rien d'autre".

jeudi 6 novembre 2014

Magic in the moonlight (Woody Allen, 2014)

Ce film est d'un savoir-faire consommé. Tout y est parfait, léché, mesuré. C'est une comédie romantique classique éclairée. Trois siècles de raffinement s'y fondent, avec une préférence pour le siècle de Marivaux. Car c'est du théâtre, et c'est la dialectique seule qui fait avancer l'action, ce sont les dialogues qui débrouillent les idées et embrouillent les sentiments (et vice-versa). C'est frais pour l'âme et délicat pour l'esprit.
Comment une histoire d'amour improbable et pourtant nécessaire parvient-elle à se tricoter sans accrocs tels que l'inhibitoire deviendrait rédhibitoire? En poussant la sophistique jusqu'à l'absurde et le procès des sentiments jusqu'à l'usure du raisonnement. Le marivaudage, en son essence, est la neutralisation l'un par l'autre du raisonnement et de son extravagance. C'est quand l'illusion et la vérité coïncident, quand le sentiment, faufilé dans la ruse, finit par la dépasser et l'abandonner comme une vieille peau, quand il s'accorde avec le jugement et fait entrer deux coeurs dans un même élan spontané. Depuis trois siècles, le marivaudage essaie de nous dire qu'il n'a d'utilité que dans son effacement. Son rôle est fonctionnel: il adoucit par des mots la douleur d'aimer, il enrobe dans la chanson de son discours l'à-vif des sentiments. Il habille et peint le grand dévoilement des êtres, leur mue violente, leur nudité.

P.-S. On dit que Woody Allen n'apparaît plus dans ses films. Ici on croit le reconnaître à moitié dans deux demi-sosies: le magicien comparse et le beau-frère psychanalyste! Un demi-Woody plus  un demi-Woody égalent  un Woody.