Marie (5 ans et demi) me demande : "Est-ce que tu peux manger sans boire de vin?
— Oui, mais je préfère avec un verre de vin.
— Ah! c'est ça les hommes! c'est çaaaa les hommes, et c'est saaaage les femmes! les femmes c'est sage et les hommes c'est fou."
Bastien (5 ans et demi) dit :"Quand on est à la retraite, on ne travaille plus. On réfléchit à un autre travail..."
samedi 31 décembre 2016
jeudi 29 décembre 2016
Faits et dits enfantins (277)
Marie ( 5 ans et demi) nous raconte son dernier rêve : "J'étais avec Maud [ son amie du même âge] dans la salle de sport [de l'école maternelle] et on s'est aperçues qu'on n'avait pas pris de petit déjeuner. Tant pis. Ça veut dire qu'il ne faut pas trop manger pour ne pas trop grossir."
Bastien ( 5 ans et demi) , après avoir vu le film Le Baron de Münchausen dans lequel une souris effraie un éléphant, demande : "Elle avait appris son texte, la souris?"
Bastien ( 5 ans et demi) , après avoir vu le film Le Baron de Münchausen dans lequel une souris effraie un éléphant, demande : "Elle avait appris son texte, la souris?"
mardi 27 décembre 2016
Faits et dits enfantins (276)
Marie ( 5 ans) emploie souvent l'expression "en faux" (opposée à "en vrai") pour indiquer qu'elle suppose, qu'elle imagine, que c'est un jeu, une fiction.
Bastien ( 5 ans) dit : " Avant, quand on était tous vivants, on était plus de cinq milliards."
Bastien ( 5 ans) dit : " Avant, quand on était tous vivants, on était plus de cinq milliards."
lundi 26 décembre 2016
Faits et dits enfantins (275)
Marie (5 ans et demi) : "Quand on s'embrasse, j'aimerais bien qu'il y aurait des cœurs, comme ça, tout autour."
Bastien (5 ans et demi) : "Ils doivent beaucoup s'ennuyer les pauvres."
Bastien (5 ans et demi) : "Ils doivent beaucoup s'ennuyer les pauvres."
dimanche 25 décembre 2016
Faits et dits enfantins (274)
Vadim (3 ans et demi) : "Tu as vu la fontaine elle est emprisonnière par les guirlandes!"
Le même : "J'ai vu Spiderman dans un dessin allumé."
Le même : "J'ai vu Spiderman dans un dessin allumé."
samedi 24 décembre 2016
Faits et dits enfantins (273)
Marie (5 ans) appelle le pénis un "jet d'eau". Elle dit "polistionner" au lieu de "postillonner".
Bastien ( 5 ans et demi) dit : "Ça serait pas bien si tout le monde s'habillait de la même façon. On se tromperait de gens."
Bastien ( 5 ans et demi) dit : "Ça serait pas bien si tout le monde s'habillait de la même façon. On se tromperait de gens."
vendredi 23 décembre 2016
Faits et dits enfantins (272)
En s'habillant (elle le fait seule depuis quelque temps) , Marie (5 ans) éternue. "C'est pour m'avertir que j'ai froid", dit-elle.
Bastien (5 ans et demi) sait faire du vélo sur deux roues. Au bout de deux leçons, il a appris à démarrer, tourner, s'arrêter seul. Il sait aussi se balancer, faire le cochon pendu, se déplacer avec les mains sur une échelle horizontale (comme un singe, ou "comme Tarzan").
Bastien (5 ans et demi) sait faire du vélo sur deux roues. Au bout de deux leçons, il a appris à démarrer, tourner, s'arrêter seul. Il sait aussi se balancer, faire le cochon pendu, se déplacer avec les mains sur une échelle horizontale (comme un singe, ou "comme Tarzan").
jeudi 22 décembre 2016
Faits et dits enfantins (271)
Marie (5 ans et demi) orne parfois ses dessins de "3" plus ou moins stylisés. Elle en ponctue aussi les quelques mots qu'elle sait écrire. Ces festons ne sont apparemment pas dus au hasard. Je relis dans La Psychanalyse des contes de fées, de Bruno Bettelheim : "Dans l'esprit de l'enfant, "2" représente généralement les parents et "3", l'enfant lui-même par rapport à ses parents [...] , quelle que soit la position de l'enfant parmi la descendance." (Laffont, 1976, p. 142)
Bastien (5 ans) dit : "J'ai mis mes bottes de courage.
— Pourquoi de courage?
— Parce qu'avec ces bottes, j'ai le courage de marcher dans les orties!"
Bastien (5 ans) dit : "J'ai mis mes bottes de courage.
— Pourquoi de courage?
— Parce qu'avec ces bottes, j'ai le courage de marcher dans les orties!"
mercredi 21 décembre 2016
Faits et dits enfantins (270)
Marie (5 ans) : "Quelquefois je fais un gentil rêve délicieux, et alors un méchant rêve arrive!"
Bastien (5 ans) : "Le père Noël va mourir un jour.
— C'est pas possible, les enfants n'auront plus de cadeaux?
— Si, parce qu'un monsieur se déguisera en père Noël. Et quand ce monsieur sera mort, un autre se déguisera, etc."
Bastien (5 ans) : "Le père Noël va mourir un jour.
— C'est pas possible, les enfants n'auront plus de cadeaux?
— Si, parce qu'un monsieur se déguisera en père Noël. Et quand ce monsieur sera mort, un autre se déguisera, etc."
mardi 20 décembre 2016
Faits et dits enfantins (269)
Nine au salon de thé, beurrant ses scones (c'est une première) : "J'ai l'impression d'être une reine." (7 ans).
lundi 19 décembre 2016
Faits et dits enfantins (268)
Marie (5 ans et demi) me parle de ses camarades et de ses ami(e)s. "J'aime untel, il sent bon; unetelle, elle sent bon." Elle ne me dit pas s'il y a une relation de cause à effet. "J'adore Maud, j'aime toute son odeur. J'aime toutes les odeurs des gens que j'aime... sauf leur caca, bien sûr!"
Bastien (5 ans) me dit :"Tu sais, Gérard, qu'on peut respirer par les oreilles!" (C'est, en fait, que sa tante lui avait expliqué qu'en avion, pour se déboucher les oreilles, il fallait se boucher le nez, gonfler les joues et, ainsi, "souffler par le oreilles.")
Bastien (5 ans) me dit :"Tu sais, Gérard, qu'on peut respirer par les oreilles!" (C'est, en fait, que sa tante lui avait expliqué qu'en avion, pour se déboucher les oreilles, il fallait se boucher le nez, gonfler les joues et, ainsi, "souffler par le oreilles.")
dimanche 18 décembre 2016
Faits et dits enfantins (267)
Nine (7 ans) est à table avec ses deux grands-mères. Annie veut se lever pour aller chercher quelque chose à la cuisine. "Ne bouge pas", dit Françoise. "Ne bouge pas, renchérit Nine. Toi, tu es l'invitée, et mémé est la servante."
samedi 17 décembre 2016
Faits et dits enfantins (266)
Marie (5 ans et demi) vide son bol de chocolat. Le dépôt brunâtre fait comme une langue qui descend le long de la paroi jusqu'au fond. Marie dit que c'est un pétale.
Bastien (5 ans) entend dire qu'on a tiré plusieurs coups du canon antigrêle pour transformer les grêlons en pluie et éviter la destruction des futures récoltes. Alors il infère : "Et si on tire encore le canon, ça va transformer la pluie en soleil!"
Bastien (5 ans) entend dire qu'on a tiré plusieurs coups du canon antigrêle pour transformer les grêlons en pluie et éviter la destruction des futures récoltes. Alors il infère : "Et si on tire encore le canon, ça va transformer la pluie en soleil!"
jeudi 15 décembre 2016
Faits et dits enfantins (265)
Nine (7 ans) pleure parce qu'elle voudrait tout de suite une table pour jouer à la dînette, mais une table "pour toute la vie."
mercredi 14 décembre 2016
Faits et dits enfantins (264)
Marie (5 ans) dit : "Il est plus souffle. [ plus souple]."
Bastien (5 ans) et son cousin Nicolas (6 ans) jouent aux "explorateurs", "aventuriers", etc. ( les escaliers sont "escaladés") avec sac au dos, boussole, chapeau, à travers maison, cour et jardin. Ils s'inspirent d'une mappemonde accrochée au mur, traversant tantôt l'Alaska en raquettes, tantôt l'océan à la nage, tantôt le Sahara en rampant ( pour s'éloigner davantage du soleil?). Ils sautent de Djakarta à Sidney, et j'en passe, bien sûr.
Bastien (5 ans) et son cousin Nicolas (6 ans) jouent aux "explorateurs", "aventuriers", etc. ( les escaliers sont "escaladés") avec sac au dos, boussole, chapeau, à travers maison, cour et jardin. Ils s'inspirent d'une mappemonde accrochée au mur, traversant tantôt l'Alaska en raquettes, tantôt l'océan à la nage, tantôt le Sahara en rampant ( pour s'éloigner davantage du soleil?). Ils sautent de Djakarta à Sidney, et j'en passe, bien sûr.
mardi 13 décembre 2016
lundi 12 décembre 2016
Faits et dits enfantins (262)
Marie (5 ans et demi) a appris ce poème à l'école :
" La petite pomme s'ennuie
De n'être pas encore cueillie.
Les grosses pommes sont parties,
Petite pomme est sans amie.
Comme il fait froid dans cet automne!
Les jours sont courts! il va pleuvoir.
Comme on a peur au verger noir
Quand on est seule et qu'on est pomme!
Je n'en peux plus; viens me cueillir,
Tu viens me cueillir, Isabelle?
Comme c'est triste de vieillir
Quand on est pomme et qu'on est belle.
Prends-moi doucement dans ta main,
Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Et tu me mangeras demain."
Bastien (5 ans) dit "s'agenouïr". Dit d'une mouche qui n'en finit pas d'agoniser : "Elle est inmortable." Il sait siffler, ce qu'il ne manque pas de faire toute la journée."
" La petite pomme s'ennuie
De n'être pas encore cueillie.
Les grosses pommes sont parties,
Petite pomme est sans amie.
Comme il fait froid dans cet automne!
Les jours sont courts! il va pleuvoir.
Comme on a peur au verger noir
Quand on est seule et qu'on est pomme!
Je n'en peux plus; viens me cueillir,
Tu viens me cueillir, Isabelle?
Comme c'est triste de vieillir
Quand on est pomme et qu'on est belle.
Prends-moi doucement dans ta main,
Mais fais-moi vivre une journée,
Bien au chaud sur ta cheminée
Et tu me mangeras demain."
Bastien (5 ans) dit "s'agenouïr". Dit d'une mouche qui n'en finit pas d'agoniser : "Elle est inmortable." Il sait siffler, ce qu'il ne manque pas de faire toute la journée."
dimanche 11 décembre 2016
Faits et dits enfantins (261)
Nous sommes à table. Nine, ses grand-mères, ses grands-pères, sa grand-tante... Nine sort tout à coup : "Y'a qu' des vieux autour de moi!" (7 ans).
samedi 10 décembre 2016
Faits et dits enfantins (260)
J'ai revu Les Temps modernes, avec Marie (5 ans et demi), qui a souffert pendant tout le film. Elle n'a ri qu'en se forçant, tellement ici tout est loin du burlesque. C'est le fond de malheur qui impressionne au premier degré. Marie ne supportait pas de voir Charlot sans argent pour vivre. Elle ne reconnaissait pas le personnage insouciant des années dix, farceur et bondissant. Le cœur serré d'angoisse, les joues rouges, elle me dit après le film : "Pourquoi c'est pas des suites de Charlot qu'on voit? Des épisodes? Pourquoi c'est toujours nouveau? " Et encore : "Les gens pauvres sont plus gentils et plus beaux que les riches!"
Bastien (5 ans) ne veut pas me parler ce matin, parce que, dit-il, "j'ai assez parlé [d'] hier."
Bastien (5 ans) ne veut pas me parler ce matin, parce que, dit-il, "j'ai assez parlé [d'] hier."
vendredi 9 décembre 2016
Faits et dits enfantins (259)
Au moment où je les embrasse pour leur dire au revoir, je demande à Nine et à Lucien ( 7 & 11 ans) , séparément, si je sens bon. L'un et l'autre me répondent, exactement : "Oui, tu t'es lavé?"
jeudi 8 décembre 2016
Faits et dits enfantins (258)
La directrice de l'école maternelle (qui est aussi, à mi-temps, la maîtresse de Marie) fait à Françoise des compliments sur sa fille. Marie, qui a entendu de loin les propos, rapporte: "Madame a dit que j'avais beaucoup de force dans le cœur, ça se voit dans mes dessins!"
Bastien (5 ans) regarde le dessin d'une mouette rieuse, qui a les pattes et le bec rouges, et dit : "On le voit pas, parce que c'est caché, mais les pattes et le bec se rejoignent à l'intérieur du corps."
Bastien (5 ans) regarde le dessin d'une mouette rieuse, qui a les pattes et le bec rouges, et dit : "On le voit pas, parce que c'est caché, mais les pattes et le bec se rejoignent à l'intérieur du corps."
mercredi 7 décembre 2016
Faits et dits enfantins (257)
Nine (7 ans) dit :" Est-ce que tu crois que je suis capable d'allumer la lumière avec mes pieds?
— Non?
— Eh ben si! Regarde."
Et elle fait le poirier contre le mur où se trouve l'interrupteur, et, d'un geste de l'orteil, allume et éteint.
— Non?
— Eh ben si! Regarde."
Et elle fait le poirier contre le mur où se trouve l'interrupteur, et, d'un geste de l'orteil, allume et éteint.
mardi 6 décembre 2016
Faits et dits enfantins (256)
J'essaie mon costume de mariage, dans lequel je me sens naturellement étriqué. Au moment où je boutonne le gilet, Marie (5 ans et demi) me lance : "On dirait un monsieur qui sert les apéritifs!"
Bastien ( 5 ans) raconte que sous sa classe de l'école maternelle il y a une cave pleine de serpents; qu'un jour, sans que personne le sache, il y est descendu avec un couteau, en a vu deux, et les a tués en leur tranchant la tête. Mais chut!
Bastien ( 5 ans) raconte que sous sa classe de l'école maternelle il y a une cave pleine de serpents; qu'un jour, sans que personne le sache, il y est descendu avec un couteau, en a vu deux, et les a tués en leur tranchant la tête. Mais chut!
lundi 5 décembre 2016
Faits et dits enfantins (255)
Nine (7 ans) est en pleurs ce samedi matin. Elle doit préparer sa dictée : "Ma mamie mange la framboise de son jardin." On essaie de la persuader de s'y mettre, pour avoir son dimanche tranquille. Sa grand-mère ajoute : "Ce sera vite fait, il n'y a que 8 mots." Nine explose : "Mais il y a trop de lettres!"
Quand j'étais petit, je disais que je voulais être "docteur, pour voir les femmes toutes nues." (1)
(1) En grandissant, je me suis aperçu qu'être médecin n'était pas nécessaire... et qu'on pouvait choisir!
Quand j'étais petit, je disais que je voulais être "docteur, pour voir les femmes toutes nues." (1)
(1) En grandissant, je me suis aperçu qu'être médecin n'était pas nécessaire... et qu'on pouvait choisir!
dimanche 4 décembre 2016
Faits et dits enfantins (254)
Marie (5 ans) parle à son chat Missouri et plaint son ignorance. "Moi, je sais tout, dit-elle, mes parents m'ont tout appris, quand j'étais gosse..."
Bastien (5 ans) : "Ça serait bien si j'avais deux papas; un qui travaillerait mais qui n'habiterait pas avec nous, et un qui resterait toujours avec nous, avec moi, et çui-là, ça serait toi."
Bastien (5 ans) : "Ça serait bien si j'avais deux papas; un qui travaillerait mais qui n'habiterait pas avec nous, et un qui resterait toujours avec nous, avec moi, et çui-là, ça serait toi."
samedi 3 décembre 2016
Faits et dits enfantins (253)
De temps en temps, Tippi, la chienne de Nine, s'amuse à rassembler dans un coin toutes ses balles et les petites pommes que je lui fais rouler dans la cour."C'est sa réserve ou son trésor? demandè-je à Nine (7 ans).
— C'est sa réserve de jeu et son trésor de guerre!"
"C'est drôle, dans le pied, le pouce, c'est le plus long, et dans la main, c'est le plus petit."
— C'est sa réserve de jeu et son trésor de guerre!"
"C'est drôle, dans le pied, le pouce, c'est le plus long, et dans la main, c'est le plus petit."
vendredi 2 décembre 2016
Winter Sleep (Nuri Bilge Ceylan )
Vivre est une tragédie que la médiocrité humaine rendrait presque comique. Mais aussi : les hommes seraient bien comiques si toute vie n'était en réalité une tragédie. Voilà pour la métaphysique. A cela s'ajoute qu'il faut vivre ensemble , chacun étant ouvert au jugement des autres qui, chaque jour, volontairement ou non, instruisent notre procès. Ainsi vivre est-il en permanence devoir se justifier ou, si l'on renonce, accepter la double condamnation.
Il n'y a qu'un écrivain capable de creuser l'être jusqu'à la perforation et, presque en même temps, de le recoudre en laissant voir les cicatrices : c'est Tchekhov.
Nuri Bilge Ceylan a magistralement saisi l'univers du grand Russe, et l'Anatolie en hiver est un paysage mental tchékhovien. Quelque chose me gène pourtant dans ce film magnifique : Tchekhov plus Schubert, c'est un peu trop. Ce que je dis là n'est pas objectif, c'est mon sentiment.
Winter Sleep est d'abord un paysage d'une implacable beauté, et ce paysage est une scène muette sur laquelle se débattent quelques êtres malheureux. Situation absurde? Oui, si la tristesse elle-même est absurde. "Je ne sais pas", disait Tchekhov, Ceylan reprend ce doute à son compte, non pour s'en satisfaire, mais pour continuer à interroger le cœur humain - comme on disait encore il y a un siècle, de même que créature humaine. L'homme (c'est-à-dire l'humanisme) a pu paraître désuet au temps de l'intelligence artificielle. Grave erreur, que nous rappelle Ceylan. Nous avons toujours le même cerveau, avec la même configuration. "Nous sommes néanmoins des êtres humains", disait aussi Tchekhov. Riches comme pauvres; l'argent, quoique indispensable, étant, au regard de la dignité, considéré comme une souillure.
L'ensemble des personnages du film forme un tableau vivant des corps, dans un clair-obscur indécidable, et un dessin invisible mais sensible des âmes. On y retrouve toute la généreuse tristesse du grand malade que fut le médecin Tchekhov.
Chez Ceylan comme chez Tchekhov, la vie est comme la maladie : elle nous rapproche parfois jusqu'à la fusion de ce noyau de désespoir que nous enserrons tous, plus ou moins âprement; et le désespoir, en retour, est une maladie qui envahit notre être entier. Dans les deux cas, il ne peut y avoir de guérison, mais un compromis. Le bâton de la vie est à la fois droit et cassé. Il y a une réfraction du désespoir, une réfraction de la maladie, une façon de voir qui place la vie dans une perspective déviée et, en même temps, extraordinairement droite. Qu'est-ce que notre vie en ce monde? Une ruine ou un chantier? la tristesse est alors belle deux fois : elle est un beau chemin, tout en étant le chemin du beau.
Car elle est belle la mélancolie qui laisse ouverte la porte de l'espoir. "Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter"(Cioran). Il n'y aurait plus de dedans du dedans.
Il n'y a qu'un écrivain capable de creuser l'être jusqu'à la perforation et, presque en même temps, de le recoudre en laissant voir les cicatrices : c'est Tchekhov.
Nuri Bilge Ceylan a magistralement saisi l'univers du grand Russe, et l'Anatolie en hiver est un paysage mental tchékhovien. Quelque chose me gène pourtant dans ce film magnifique : Tchekhov plus Schubert, c'est un peu trop. Ce que je dis là n'est pas objectif, c'est mon sentiment.
Winter Sleep est d'abord un paysage d'une implacable beauté, et ce paysage est une scène muette sur laquelle se débattent quelques êtres malheureux. Situation absurde? Oui, si la tristesse elle-même est absurde. "Je ne sais pas", disait Tchekhov, Ceylan reprend ce doute à son compte, non pour s'en satisfaire, mais pour continuer à interroger le cœur humain - comme on disait encore il y a un siècle, de même que créature humaine. L'homme (c'est-à-dire l'humanisme) a pu paraître désuet au temps de l'intelligence artificielle. Grave erreur, que nous rappelle Ceylan. Nous avons toujours le même cerveau, avec la même configuration. "Nous sommes néanmoins des êtres humains", disait aussi Tchekhov. Riches comme pauvres; l'argent, quoique indispensable, étant, au regard de la dignité, considéré comme une souillure.
L'ensemble des personnages du film forme un tableau vivant des corps, dans un clair-obscur indécidable, et un dessin invisible mais sensible des âmes. On y retrouve toute la généreuse tristesse du grand malade que fut le médecin Tchekhov.
Chez Ceylan comme chez Tchekhov, la vie est comme la maladie : elle nous rapproche parfois jusqu'à la fusion de ce noyau de désespoir que nous enserrons tous, plus ou moins âprement; et le désespoir, en retour, est une maladie qui envahit notre être entier. Dans les deux cas, il ne peut y avoir de guérison, mais un compromis. Le bâton de la vie est à la fois droit et cassé. Il y a une réfraction du désespoir, une réfraction de la maladie, une façon de voir qui place la vie dans une perspective déviée et, en même temps, extraordinairement droite. Qu'est-ce que notre vie en ce monde? Une ruine ou un chantier? la tristesse est alors belle deux fois : elle est un beau chemin, tout en étant le chemin du beau.
Car elle est belle la mélancolie qui laisse ouverte la porte de l'espoir. "Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter"(Cioran). Il n'y aurait plus de dedans du dedans.
jeudi 1 décembre 2016
Faits et dits enfantins (252)
Marie (5 ans et demi) : "Je suis très contente du prénom que vous m'avez donné. Je l'aime beaucoup."
Bastien (5 ans) : "Est-ce que Dieu i' travaille?
— Non.
— Alors si i' travaille pas, i' surveille."
Bastien (5 ans) : "Est-ce que Dieu i' travaille?
— Non.
— Alors si i' travaille pas, i' surveille."
Inscription à :
Articles (Atom)