mardi 31 août 2021

Figures (2254)

 La phrase nominale chez Calet, "une phrase trop pauvre pour se payer un verbe." (Michel Volkovitch, in Quinz. litt. 939.)

Artiste (353)

 Danièle Sallenave (in Quinz. litt. 448 du 01/10/85) oppose Hugo à Flaubert: "A la mission de l'artiste, la mission d'être artiste."

lundi 30 août 2021

Figures (2253)

 C'est un écrivain à grosse carapace qui appartient à la famille des crustacés. Il avance de biais, , quand les autres vont droit. Il tourne le dos aux chefs-d'œuvre, quand il est commandé de les admirer. Il se cache derrière les rochers. Il ne la ramène jamais. Parfois, si on l'asticote, il mord. On dit alors qu'il est pince-sans-rire.
J. Garcin, parlant d'Henri Calet, in N.Obs. 2325.

Artiste (352)

 (Suite et fin du 350) - Avec leurs génies propres, Aron, Sartre et Cocteau ont incarné au vingtième siècle des types psychologiques universels: le savant, l'écrivain et l'artiste.
Roland Jaccard, in Le Monde des livres du 21/10/83.

dimanche 29 août 2021

Etymaginaire (49) -

 Digresser - Marcher toujours vers un ailleurs sans fin, pour rester svelte de corps et d'esprit.

Dicodrome (49)

 Taler son rosier - Maroufler ses soucis à sa porte pour feuilleter à loisir son herbier.

 Proutester - Rospéter.

Figures (2252)

... auteur d'un roman magnifique de simplicité (que certains imbéciles traitèrent d'arrondissementière) ...
Jérôme Garcin, parlant d'Henri Calet in N.Obs. 2537 du 20/06/2013.

Artiste (351)

  (Suite du 350) - Ce qui n'est pas le cas de Cocteau, pervers polymorphe ou panérotique comme on voudra, se laissant guider par le principe de plaisir, n'ayant aucun blocage idéologique, moral ou politique. Ce n'est plus l'adolescent révolté qui veut s'imposer, c'est l'enfant, c'est-à-dire l'artiste absolu qui charme son entourage par son seul être. Il ne peut croire qu'en un dieu qui saurait danser. Il ne donne pas de leçons. Sa loi: charmer ou disparaître. (A suivre).
Roland Jaccard, in Le Monde des livres du 21/10/83.

samedi 28 août 2021

Figures (2251)

 Cet homme était modeste, il parlait à voix basse. "Les idées dites métaphysiques lui étaient absolument étrangères; il était installé dans la vie comme dans un compartiment de 3e classe ( il y en avait encore) et il regardait le paysage, qui lui suffisait."
Marc Bernard, parlant d'Henri Calet in A hauteur d'homme.

Artiste (350)

 (Suite du 349) - Sartre, lui, c'est l'adolescent qui ne sortira jamais de sa révolte, qui conservera une vision manichéenne du monde, athée, certes, et révolutionnaire en politique, avec toutes les faiblesses aussi que cela implique. à commencer par celle d'avoir besoin d'un Surmoi extérieur à lui (Simone de Beauvoir, tel ou tel mouvement idéologique...). Il oscille entre le principe de réalité et le principe de plaisir. On le devine prodigue, aimant le jazz et le cinéma, mais peut-être pas la danse. Il préfère le flirt aux discussions entre hommes, mais sa sexualité reste finalement assez conventionnelle. (A suivre).
Roland Jaccard, in Le Monde des Livres du 21/10/83.

vendredi 27 août 2021

Figures (2250)

 (Suite du 2249) - "Il aimait se caresser le nez doucement, avec amour, et qu'on le plaigne, lui, Calet; que l'on sente bien tout ce que sa vie avait de gris et qu'il allait sous une petite pluie qui ne cesserait qu'à sa mort." (A suivre).
Marc Bernard, A hauteur d'homme.

Artiste (349)

 (Suite du 348) - On imagine Aron soumis au principe de réalité, conservateur, peu débordé par ses instincts, volontiers didactique, agnostique, préférant la philosophie à la musique et les discussions entre hommes aux flirts avec des filles. Parcimonieux également. Soit dit en passant: beaucoup de traits communs avec Freud. (A suivre).
Roland Jaccard, in Le Monde des livres du 21/10/83.

jeudi 26 août 2021

Figures (2249)

 (Suite du 2248) - Ses yeux étaient magnifiques, pareils à des marrons chauds; ils brillaient de tendresse à travers le verre étincelant de ses lunettes, et son sourire était parfois celui d'un enfant. (A suivre)
Marc Bernard, parlant d'Henri Calet, in A hauteur d'homme.

Artiste (348)

 Raymond Aron (...) a dominé la rentrée littéraire (avec ses Mémoires), ainsi que Sartre (avec ses Lettres au Castor), et Cocteau (avec son Journal intime). Ils ont occupé toute la place dans les médias. Pour le psychologue, ils sont complémentaires: Raymond Aron, c'est l'esprit de sérieux - le chameau, dirait Nietsche, - Sartre, l'esprit de révolte, et Cocteau, l'esprit d'enfance. (A suivre).
Roland Jaccard, in Le Monde-des-livres du 21/10/83.

mercredi 25 août 2021

Figures (2248)

 Calet et son "sourire intérieur". Il savourait ses joies en secret. (A suivre).

Artiste (347)

 Il y a des gens qui sont des survivants de naissance ou des non-existants à force d'être: les grands artistes, les grands politiques et autres grands témoins-prophètes... Tous ces individus-là sont d'immenses malades athlétiques auxquels la société arrache du Beau, du Grand, du Message.
Pierre Guyotat, in Le Monde-dimanche du 21/03/82.

lundi 23 août 2021

Figures (2246)

Dans Peau d'ours, deux jours avant de mourir, Henri Calet écrit: "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes."

Artiste (345)

 Les artistes sont les moines de l'âge bourgeois. En eux, l'homme commun voit se réaliser cette vie de contact avec l'éternel, cette ascèse, que les vilains des XIIIe-XVe siècles voyaient dans le moine.
Pavese, Le métier de vivre.

dimanche 22 août 2021

Figures (2245)

 "Lope est la vigne, Calderon le vin", dit Bergamin dans L'Espagne en son labyrinthe, expliquant comment le théâtre "national" de Lope de Vega s'est fait "notionnel" avec Calderon.

Artiste (344)

 L'artiste est intrinsèquement un moi à la dérive, sans amarres.
Anton Ehrenzweig, L'ordre caché de l'art.

samedi 21 août 2021

Figures (2244)

 Attachée à la glaise depuis des siècles, la sculpture-légume se fait oiseau. Volupté des mouvements caressants, les cimaises deviennent les murs d'un boudoir, d'une alcôve. Le mobile réconcilie l'art et la caresse.
Pas d'angle dans le mobile.
"La vertu des femmes est intimement liée à l'angle droit", écrit Balzac dans ce bréviaire du mouvement qu'est La théorie de la démarche. Plus encore: " Toutes les femmes qui ont fait ce que l'on nomme des fautes sont remarquables par la rondeur exquise de leurs mouvements."
La volupté du mobile.
Ayant perdu le corps de la Femme, les beaux-arts retrouvent lasciveté et majesté par le biais de ses mouvements.
"Et pourtant elle bouge" — mais ce n'est plus de la terre qu'il s'agit.
Pol Bury, parlant des mobiles de Calder in N.Obs. 1008 du 02/03/84: les féminités du courant d'air.

Artiste (343)

Qu'appelons-nous donc artiste, créateur ou non? sans le savoir, tout homme à qui un art est NECESSAIRE.
Malraux, L'homme précaire et la littérature.

vendredi 20 août 2021

Figures (2243)

 Une tête d'idiot, de poivrot de village? C'est ce qu'on dit. Oui mais, cette tête-là, il a mis des années à se la faire: la paupière flasque, l'œil vitreux, le verbe embarrassé. Parlez-lui culture, il tombe endormi sur la table... Seulement, voilà qu'il ouvre un œil - bleu vif, terriblement futé-, il a tout entendu: "Tinguely, vous dites, mon successeur? Dites plutôt que quand j'ai pris le virage, il est tombé de la voiture..." Et vlan! Gâteux, Calder? Allez-y voir. Ce rideau de somnolence qu'il interpose entre la vie et lui, c'est pour qu'on lui foute la paix.
Christiane Duparc, Le Grand horloger Calder, in N.Obs. 2307 (avril 69)

Artiste (342)

 L'artiste [...] a l'idée fixe [...] de recréer le monde, à seule fin, m'apparaît-il, de restaurer l'homme dans son innocence.
Henry Miller, Le monde du sexe.

jeudi 19 août 2021

Figures (2242)

 Calaferte, entre Amiel le rétracté et Léautaud le rechigné. En revanche, il n'aime pas Sartre (parce qu'il ne voit pas son âme?)

Artiste (341)

 Le plus grand artiste est celui qui arrive à vaincre le romantique en lui.
Henry Miller, Printemps noir.

mercredi 18 août 2021

Figures (2241)

 Calaferte, dans Le chemin de Sion (Carnets 1956-1967), se plaint qu'on "sape les valeurs"; que ne sale-t-il un peu ses vapeurs! Belle âme (im)pure... ou Paix (pais), l'âme en bure.

artiste (340)

 Les lettrés, les érudits, les savants montent à des échelles; les poètes et les artistes sont des oiseaux.
 Victor Hugo

lundi 16 août 2021

Etymaginaire (48)

  Oisif - Oiseau perché sur un arbre pointu. Doucement perplexe.

Dicodrome (48)

 Amulassant - Oiseusement, pesamment et fastidieusement distrayant.

 Se la couiller douce - Testiculer ses travaux et ses jours pour y faire entrer et témoigner un peu de valse et de carole.

Figures (2239)

  A quelqu'un qui lui demandait s'il écrivait "lyonnais", Calaferte aurait répondu: "Oui, oui, j'écris "lyonnais", avec un saucisson dans le cul!"

Art (338)

Il n'y a guère qu'en musique que je n'ai jamais connu de doutes.*
Paul Klee
* Le génie est toujours singulier, mais les talents sont parfois multiples.

dimanche 15 août 2021

Figures (2238)

 Coïncidence singulière qui ne vaut sans doute pas qu'on épilogue, mais littérature et solitude sont les deux mots qui m'ont le plus intrigué lorsque je les ai entendus pour la première fois.
Louis Calaferte.

Art (337)

 J'ai hérité d'un tableau et d'un violon qui se sont révélés être un Rembrandt et un Stradivarius. Malheureusement Rembrandt faisait des violons qui ne valaient rien et Stradivarius était un peintre médiocre.
Tommy Cooper.

samedi 14 août 2021

Figures (2237)

Fleuve issu de la mer après s'y être jeté, Alphée n'est plus à ce moment un fleuve comme les autres, mais un fleuve inverse et, pourrait-on dire, symétrique: je l'imagine coulant à rebours, vers sa propre source, ou plus exactement vers la réplique de sa propre source, perdant peu à peu en débit, mais gagnant en limpidité. C'est ce qui m'est arrivé: j'ai opéré moi aussi un retour à mes propres sources, après un long détour par l'océan du savoir. J'ai désormais refermé l'énorme parenthèse culturelle qui a commandé et noyé toute ma vie. Comme le fleuve Alphée, qui s'amenuise à mesure qu'il s'approche de la fissure où il s'engloutira enfin, je me débarrasse du tourbillon des livres que j'ai lus ou écrits, je me retrouve lentement moi-même, décapé, ténu: en somme, je cours à ma perte. Mais convaincu de me retrouver, au terme symétrique de ma course, tel qu'à l'origine: l'esprit à nouveau vierge de tout ce que j'ai charroyé et qui m'a dévoré. Tous ces livres, toutes ces pages, tous ces bavardages savants...
Roger Caillois, répondant à Jean-Louis Ezine in Les écrivains sur la sellette.

 

Art (336)

 L'écriture c'est passer le temps*. La musique c'est le faire passer. La peinture c'est l'effacer.
Georges Perros
* Passer le temps au filtre des mots, au "népenthès des tropes".

vendredi 13 août 2021

Figures (2236)

 J'en suis venu, non à prêter un langage aux pierres, mais à chercher dans le langage la sérénité des pierres: une sérénité qui tient à leur dureté, à leur transparence, à leur pureté, trois qualités qui en imposent à ma propre écriture et la modèlent, dans la limite du possible. Ce qui m'a aidé à acquérir un peu cette simplicité minérale, c'est que je n'ai pas de vie intérieure, ou alors très pauvre. Bien sûr, elle m'assaille de temps à autre: comme une nuée de mouches que je m'empresse toujours de chasser.
 Roger Caillois, répondant à Jean-Louis Ezine in Les écrivains sur la sellette.

Art (335)

 L'art nous aide à supporter la trahison du présent. Le présent, c'est la vie, nous vivons tout et toujours au présent. Mais ce présent qui est toute notre vie nous échappe continûment, comme une immense chambre à air qui invisiblement se dégonfle. C'est au présent que nous sommes jeunes, c'est au présent que nous sommes vieux. Ce que nous avons été, ce que nous serons n'existe pas. Pour pouvoir sourire malgré cette fuite permanente de nous-même, nous avons inventé l'art qui nous distrait de la vérité de notre malheur et du malheur de notre vérité: l'art ne dit pas la vérité mais il aide à l'accepter; Nietzsche dit que "l'art existe pour nous empêcher de mourir de la vérité", parce que, ajoute Céline, "la vérité c'est la mort". Le présent c'est la vie, mais pour l'art le passé et le futur comptent, et même le conditionnel. L'art nous suspend dans le temps comme au manège. Il nous distrait de la vie* en nous accrochant, le temps d'un tour, à l'éternité. L'art nous inscrit sur le registre immortel de l'humanité.
*Il faut en art de la distance et du détour, mais il ne faut pas que l'esthétique soit transcendante, c'est-à-dire en solution de continuité avec le réel, car elle se prive alors de l'immanence de l'émotion — qui est son filigrane.