dimanche 24 juin 2012
Littérature et psychanalyse
Sur le plan de l'expression (à la fois critique et empathique) de la complexité humaine, la littérature est infiniment plus armée que la psychanalyse. La poésie répond à l'attente invisible du réel, une attente à la fois patiente et impatiente, l'attente d'une métamorphose par l'écriture, par l'alchimie du style. Même la tête de Méduse, par la grâce de l'artiste, peut alors accéder à ce qu'on peut bien appeler un salut, et se découvrir une séduction. Car l'alchimie du dire est la puissance vraiment divine, sans dieu, sans idoles, avec une plume, simplement. La littérature n' idéalise pas le réel, elle le rêve. Les hommes et le réel, la vie si l'on veut, tout peut se discuter, pas le rêve, pas les oeuvres. La littérature vaut mieux que la vie, car, loin de l'empêcher, elle l'exalte. MAIS il serait vain d'écrire la vie si on ne vivait pas l'écriture.
Je ne nie pas l'utilité de la psychanalyse. Mais quel intérêt esthétique a-t-elle? Quel intérêt de savoir la trivialité des choses (ce que veulent dire les actes et les rêves) quand leur charme (comment elles se disent) veut bien nous aimanter?
La psychanalyse est une trop courte échelle pour l'artiste.
lundi 11 juin 2012
Le Ruban blanc (M. Haneke, 2012)
Haneke ne déteste pas donner des titres ironiques à ses films. Après Funny games, voici Le ruban blanc. Certes il est question de porter un ruban blanc dans la famille centrale du film (celle du pasteur), afin de se rappeler à la "pureté" (ou plutôt de rappeler la "pureté" à soi ) , mais ce qu'il faudrait mettre sur le coin de l'écran, c'est un crêpe noir! Noir, la couleur du sentiment que ce film diffuse de son début jusqu'à sa fin, comme de l'encre sur une mare. La fin n'étant elle-même que l'ouverture de la première grande catastrophe du 20e siècle, la guerre.
Une conception perverse du Bien engendre le Mal. La recherche de l'auréole aboutit au cercle infernal. Plus la vertu est contrainte à s'afficher, plus le vice vrille et tord les boyaux. Le mal court, souterrainement.
Brider l'innocence revient à canaliser l'énergie du jeune sang dans la veine du mal et les multiples ramifications de la cruauté. Le vide d'amour laisse toute la place aux exhalaisons de la haine.
Brimer les corps revient à empoisonner les esprits.
L'entrave des consciences fait déborder l'abjection.
Sur quoi le Diable met-il le doigt? Sur l'absurdité du Bien. Sur l'absurdité d'un Chaos dont le Bien voudrait nous convaincre qu'il est rationnel. Rationnel le puritanisme castrateur? Rationnelle la guerre mondiale?
Mais le pessimisme de Haneke n'est pas total. Il le serait s'il ne montrait pas que s'affrontent ( à armes inégales) le bien et le mal (avec des minuscules). Si le mal, à la fin d'un processus entropique, régnait seul, dirait-on encore que le monde est mauvais? Il y a des lueurs d'amour et de générosité, des îlots de candeur vraie dans cet océan méphitique. Le narrateur est important car, de cette histoire qu'il raconte, il fut un acteur du bien. Grâce à lui, au regard à la fois lucide, réfléchi et sensible qu'il porte sur son monde, on ne dira pas qu'entre le mal et le bien il n'y a pas de différences. Le mal aurait vaincu et l'humanité ne serait plus qu'un souvenir (dans quelles mémoires?). Après deux guerres mondiales (et combien de génocides?) peut-on encore parler d'humanité? On le pourra tant que les broyeurs de cervelles ne les auront pas toutes malaxées. On le pourra parce que le mal implique sa propre mort : la douceur des rapports humains évase les coeurs, la dureté les resserre et les racornit. Les ondes du mal sont concentriques à l'infini et travaillent à son anéantissement.
Une conception perverse du Bien engendre le Mal. La recherche de l'auréole aboutit au cercle infernal. Plus la vertu est contrainte à s'afficher, plus le vice vrille et tord les boyaux. Le mal court, souterrainement.
Brider l'innocence revient à canaliser l'énergie du jeune sang dans la veine du mal et les multiples ramifications de la cruauté. Le vide d'amour laisse toute la place aux exhalaisons de la haine.
Brimer les corps revient à empoisonner les esprits.
L'entrave des consciences fait déborder l'abjection.
Sur quoi le Diable met-il le doigt? Sur l'absurdité du Bien. Sur l'absurdité d'un Chaos dont le Bien voudrait nous convaincre qu'il est rationnel. Rationnel le puritanisme castrateur? Rationnelle la guerre mondiale?
Mais le pessimisme de Haneke n'est pas total. Il le serait s'il ne montrait pas que s'affrontent ( à armes inégales) le bien et le mal (avec des minuscules). Si le mal, à la fin d'un processus entropique, régnait seul, dirait-on encore que le monde est mauvais? Il y a des lueurs d'amour et de générosité, des îlots de candeur vraie dans cet océan méphitique. Le narrateur est important car, de cette histoire qu'il raconte, il fut un acteur du bien. Grâce à lui, au regard à la fois lucide, réfléchi et sensible qu'il porte sur son monde, on ne dira pas qu'entre le mal et le bien il n'y a pas de différences. Le mal aurait vaincu et l'humanité ne serait plus qu'un souvenir (dans quelles mémoires?). Après deux guerres mondiales (et combien de génocides?) peut-on encore parler d'humanité? On le pourra tant que les broyeurs de cervelles ne les auront pas toutes malaxées. On le pourra parce que le mal implique sa propre mort : la douceur des rapports humains évase les coeurs, la dureté les resserre et les racornit. Les ondes du mal sont concentriques à l'infini et travaillent à son anéantissement.
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