Dragueur, bonne fourchette, à tu et à toi avec les "vraies gens" et les belles bêtes, la main sur le cœur et le langage troupier, tel était le Chirac aimé des Français: Astérix. (À suivre)
Mona Ozouf, in N. Obs. 2138 du 27/10/05.
dimanche 30 avril 2023
Figures (2659)
Baroque (8)
Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance,
Les roses sentir mal, les œillets sans couleur,
Les myrtes, les lauriers ont perdu leur verdeur,
Le dormir m'est fâcheux et long en votre absence.
Mais les lys fussent blancs, le miel doux, et je pense
Que la rose et l'œillet ne fussent sans honneur,
Les myrtes, les lauriers fussent verts; du labeur
j'eusse aimé le dormir avec votre présence,
Que si loin de vos yeux, à regret m'absentant,
Le corps endurait seul, étant l'esprit content:
Laissons le lys, le miel, roses, œillets déplaire,
Les myrtes, les lauriers dès le printemps flétrir,
Me nuire le repos, me nuire le dormir,
Et que tout, hormis vous, me puisse être contraire.
Agrippa d'Aubigné, Hécatombe à Diane.
Écrire (170)
J'écris parce que c'était écrit (de manière épigénétique, dirait-on aujourd'hui). 56.92
samedi 29 avril 2023
Figures (2658)
[Suite du 2657 et fin] - Convaincu qu'«invoquer la postérité est un discours aux asticots», ce personnage célinien n'arrive pas encore à se prendre au sérieux, comme en témoignent les extraits de l'autobiographie pleine d'autodérision que nous publions ci-contre. [cf N.Obs. 1210 du 15/01/88].
S'il reste toujours en lui quelque chose d'inachevé, c'est sans doute que, comme le disait Malraux, "il faut soixante ans pour faire un homme". Chirac a 55 ans.
Franz-Olivier Giesbert, Super-Janus.
Écrire (169)
Je n'écris pas pour être heureux, mais j'écris parce que quand je n'écris pas, je suis malheureux.
56.92
Allumettes
Le feu faisait un corps à l'allumette.
Un corps vivant, avec ses gestes,
son exaltation, sa courte histoire.
[...]
- en droite ligne, vite et la voile penchée
comme un bateau de régate -
parcourt tout le petit bout de bois,
Qu'à peine a-t-elle viré de bord
finalement elle laisse
aussi noir qu'un curé.
Francis Ponge, Lyres, L'allumette, 1932.
vendredi 28 avril 2023
Figures (2657)
[Suite du 2656] - Sous Mitterrand - qui a, il en convient, plus d'expérience et une plus grande maîtrise de son propos -, il a appris le recul. Au point qu'il n'arrive pas à s'émouvoir quand on lui rapporte les propos si sévères que le chef de l'État tiendrait à son endroit: "Si le président me haïssait autant qu'on le dit, plaisantera-t-il, il serait un monstre d'hypocrisie. Et moi un monstre de naïveté." (À suivre)
Allitérations (4)
Allitération - Travail de terrassement pratiqué par un Arabe, tellement harassant qu'il conduit directement au lit. 73.110
jeudi 27 avril 2023
Figures (2656)
[Suite du 2655] - Il y a quatre ans, recevant un groupe de jeunes députés rebelles du RPR, emmenés par Michel Barnier et Philippe Séguin, il leur avait tenu à peu près ce langage: "Faites gaffe. Si vous quittez le RPR, vous êtes fichus. Je viens de faire un sondage. Si je me présentais en Corrèze sans l'étiquette RPR, je serais battu. Je ne ferais pas 20% des voix." Les muscadins rigolèrent. Chirac ne pouvait évidemment avoir commandé une enquête d'opinion sur une hypothèse aussi sotte. Et l'eût-il fait qu'aucun esprit sensé n'aurait pu imaginer un instant que son appartenance partisane eût changé grand-chose au résultat d'une élection. (À suivre)
F.-O Giesbert, Super-Janus, in N. Obs. 1210 du 15/01/88.
Baroque (5)
Au contraire du classicisme stricto sensu, le baroque introduit le temps dans l'œuvre. VIII, 21.
Écrire (167)
J'écris parce qu'il n'y a pas d'autres salut (que le style): salutation, santé, sauvetage de l'âme. 56.92
mercredi 26 avril 2023
Figures (2655)
[Suite de l'article de Giesbert consacré à Chirac] - Pour lui, tout passe, tout casse, tout lasse. Et il est de ces hommes dont chaque mensonge est l'enchaînement de sincérités. (À suivre)
Baroque (4)
[Selon Robert Griffin] la génération poétique de la fin du XVIe siècle exprime une vision déchirée du monde, née des guerres de Religion et qui se traduit par le sentiment de la mort, le paradoxe comme moyen de peindre une réalité qui nous dépasse et le recours, devant l'impuissance de la raison, aux sens et aux sensations, pour exprimer l'élan religieux ou mystique*; la seconde époque baroque, qui a suivi le règne plus calme d'Henri IV, tout en conservant un sentiment d'insécurité, se caractériserait par moins de violence et de passion avec Théophile et Saint-Amant.
Henri Weber, in L'information littéraire n° 5.
* Génération illustrée par d'Aubigné, Sponde, Chassignet.
mardi 25 avril 2023
Figures (2654)
[Suite du 2653] - Mais un simple farceur de pensionnat aurait-il le talent et l'autorité - bref, l'imperium - pour mettre dans sa poche les barons et les copains, les fils spirituels et les coquins qui ont fait le gaullisme? Inusable et increvable, Chirac ne cesse de se recréer en fonction des circonstances. C'est sa force. C'est aussi sa faiblesse. (À suivre)
Id, ib.
Baroque (3)
Le classicisme appartient au "baroquisme" dans la mesure où, s'il est litote dans la forme, il est hyperbole dans l'intention, dans son fond. La lettre de l'écriture classique est à ce point épurée, cristalline, qu'elle se révèle immédiatement, violemment esprit, à la manière d'un alcool. Cette distillation, cette essenciation fait que l'esprit de l'art classique est hyperbolique. Il n'est pas nouveau de dire que la pudeur (domaine de l'expression) est le punch du désir (domaine de l'intention). 7.238
Écrire (165)
J'écris pour arracher une à une les épines de mon envie, de mon chagrin, de ma bêtise. 56.92
lundi 24 avril 2023
Figures (2653)
[Suite du 2652] - Pascalien, Chirac? C'est plutôt un personnage de Dumas qui aurait été revu par Marivaux: ses arlequinades n'ont plus de secret pour personne. Tour à tour européen, anti-européen, travailliste, dirigiste ou libéral, il aura chevauché à peu près toutes les idées de son temps. C'est le politique le plus lipovetskien* de France, tant il évolue avec aisance dans l'empire de l'éphémère. (À suivre)
Id, ib. *Lipovetsky dénonce, dans L'ère du vide, l'hyperindividualisme contemporain.
Baroque (2)
... expression de l'insécurité matérielle et spirituelle du monde chrétien ayant perdu son unité.
Henri Weber, L'information littéraire, n°5.
Alliance (2)
Il n'y a plus de droit, il n'y a plus qu'une jouissance. Il n'y a plus d'alliance pour toujours entre la terre et l'homme, que le tombeau seul.
Paul Claudel, L'otage, III,2.
dimanche 23 avril 2023
Figures (2652)
[Suite du 2651] - Cet antimélomane qui s'endort au concert écrit des poèmes, chez lui, le soir. Ce faraud empesé qui rabroue méchamment les journalistes à la télévision ("Vous n'avez encore rien compris!...) met, pour blaguer, des verres d'eau au-dessus de la porte de Claude, sa fille cadette. Bref, un Chirac peut toujours en cacher un autre. Mais, comme disait Pascal, "la contradiction n'est pas marque de fausseté".
Id, ib.
Baroque (1)
Pour avoir mes soupirs, les vents lèvent les armes,
Pour l'air sont mes espoirs volagers et et menteurs,
La mer me fait périr pour s'enfler de mes larmes.
Agrippa d'Aubigné, Hécatombe à Diane, premier sonnet.
samedi 22 avril 2023
Figures (2651)
[Suite du 2650] - Qu'on en juge. Ce mangeur de tête de veau connaît Saint-John Perse sur le bout des doigts. Cet orateur solennel est capable de dire en riant à la cantonade, son discours terminé: "J'ai été encore plus mauvais que d'habitude." Cet abonné des réceptions officielles n'est heureux que quand il siffle ses Kronenbourg, en fin de journée, les pieds sur son bureau. Ce paillard franchouillard prie volontiers entre deux bombances - mais en cachette, cela va de soi. (À suivre)
Id,ib.
Barbe-Bleue (3)
[Suite du 2 et fin] - Debemur morti nos nostraque* - nous sommes dus à la mort, nous et "nos choses". Nos nostraque: nous et toutes nos affaires; nous, mais aussi Phidias et Shakespeare. Ce qui meurt est bien moi, mais aussi tout ce dont ce moi a été instruit et nourri.
Clément Rosset, Le réel, traité de l'idiotie.
*Horace, Art poétique.
Écrire (162)
Je n'écris ni pour exécrer ni pour obsécrer. Pour ce faire, il me faudrait croire. 56.92
L'Allemagne et les juifs
... va naître chez lui un sentiment étrange et douloureux: il lui semble découvrir que le pays de sa langue préférée, en se déjudaïsant, se dégermanise en même temps. Pour lui, l'Allemagne sans les juifs allemands ne peut plus être l'Allemagne. Ce n'est pas tant le judaïsme qui l'intéressait chez les juifs que leur exceptionnel degré de germanité. À vrai dire, aucun des juifs allemands qu'il respecte, ni Heine, ni Einstein, ni Freud, ni Hofmannsthal, ni Walter Benjamin, ni Paul Celan, ni Elias Canetti n'a été particulièrement intégré dans le judaïsme. Mais ils ont constitué le fleuve étincelant d'une germanité universelle. Jean Daniel, La troisième patrie de Jorge Semprun, in N.Obs. 2432 du 16/06/2011.
vendredi 21 avril 2023
Figures (2650)
[Suite du 2650] - [...] Chirac est toujours en train de faire - ou de penser - deux choses à la fois. S'il est vrai que les hommes politiques sont des Janus, Chirac est, lui, un super-Janus. À la fois meilleur et pire qu'on ne l'imagine.. Il n'est pas double: il est sa propre contradiction. (À suivre)
Id, ib.
Barbe-Bleue (2)
[Suite du 1] - [...] L'avertissement de Barbe-Bleue était justifié: si vous percez ce secret, il n'est rien que vous ne deviez attendre de ma colère, - si vous connaissez cela, vous ne connaîtrez jamais plus aucun bonheur. (À suivre)
Id, ib.
Écrire (161)
C'est seulement quand j'écris ou quand je lis (mais je lis un crayon à la main) que je me sens humainement exister. Sinon, j'existe encore, mais mécaniquement, animalement, sentimentalement, mortellement. 56.92
Allemagnes
Touristanthrope - Dès novembre 1989, un jeune Berlinois de l'Est avouait son désespoir à un journaliste: "C'est foutu, mes copains vont vouloir voyager, ils vont donc avoir besoin d'argent. Pour avoir de l'argent, il faudra qu'ils deviennent agressifs, compétitifs; nos rapports vont s'espacer, nous allons perdre cette connivence née de l'immobilisme et de la répression de l'État."
Philippe Muray, Le portatif, Mille-et-une nuits, p.83.
jeudi 20 avril 2023
Barbe-Bleue (1)
Le secret qu'il ne faut pas connaître, et que l'épouse de Barbe-Bleue finit par connaître malgré elle en pénétrant dans la chambre interdite est tout d'abord, et tout simplement, la mort. (À suivre)
Clément Rosset, Le réel, traité de l'idiotie.
Figures (2649)
"Chirac est un officier de cavalerie. On lui donne un ordre. Il saute sur son cheval. Et il oublie l'ordre." C'est la parabole que racontait naguère Alexandre Sanguinetti, ce prince du bon mot. Elle résume très bien l'image que Chirac, ce hussard bleu, a fini par donner de lui-même entre deux cabrioles. (À suivre)
F.O. Giesbert, in N.Obs. 1210 du 15/01/88.
Allemands/Allemagne (33)
[Suite du 32 et fin] - Aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle, plus de 40% des immigrants étaient des Allemands, et ils n'ont laissé aucune trace de germanité ... Ils ont changé leur nom de Müller en Miller, de Schmidt en Smith, voilà. Au bout d'un moment j'ai compris que plus je cherchais à m'assimiler, plus je redevenais allemand, et c'est là que j'ai décidé de faire des films. Déjà, quand je travaillais comme assistant, à Paris, je ne craignais pas de jouer les adjudants: si c'est ça que vous attendez d'un teuton, vous allez être servi! Et passer pour un dur m'a rendu très populaire auprès des cinéastes! Mon premier film, Les désarrois de l'élève Törless est très allemand, Le tambour aussi revendique une certaine sauvagerie. Cinquante ans après, tout cela me paraît très limpide.
Volker Schlöndorff, in N.Obs. 2346 du 22/10/09.
mercredi 19 avril 2023
Barbe (2)
L'ombre de barbe soigneusement défrichée sur son visage de paraffine semblait une ombre de sa conscience.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.
Figures (2648)
Dans ce monde Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac ne peuvent évidemment jouer un rôle qui serait churchillien. Le premier ministre est un grand-père né, le président un chef scout en devenir. Le premier pratique l'art d'être grand-père selon Victor Hugo: il ira tout de même "porter des confitures". Le second sermonne avec une autorité de composition et une compassion de nature. Ils font de leur mieux, ce qui n'est pas suffisant pour être à la hauteur. Contraints de chantonner la berceuse des illusions rassurantes, ils s'essoufflent à conjurer la panique redoutée, faute de pouvoir maîtriser les dangers qui la provoquent.
Jean Daniel, édito du N.Obs. 2025 du 28/08/03
Écrire (159)
[Suite du 158 et fin] - Je suis dans une sorte d'empathie avec mon moi quand j'écris, mais mon surmoi qui me lit ricane, en jetant les éclairs bleus d'une hache qui passe et repasse au milieu de ma tête, dont je suis la victime, et dont je suis le balancier. Cette dichotomie probablement schizophrénique m'empêche de jouir de ma littérature. M'empêche d'en jouir comme j'en jouissais à onze ans, quand j'écrivais mon premier "roman". J'étais alors, face à la page, comme un animal sans complexe. Depuis, j'ai lu ceux qui savent vraiment écrire... Alors j'écris pour appuyer là où ça fait mal: ma pensée et mon style.
Allemands/Allemagne (32)
- Vous écrivez que "rien n'indiquait qu'un jour viendrait où j'abandonnerais presque complètement ma culture pour adopter celle de la France".
Volker Schlöndorff. - Cela vient du choc causé par Nuit et brouillard, et des débats que le film a provoqués. En fait, les élèves étaient beaucoup moins intéressés que leurs parents, qui tous me posaient des questions. Quand l'obstacle vous paraît insurmontable, la fuite est généralement la solution la plus simple, et peut-être la plus saine. Et fuir, pour moi, c'était m'assimiler à un point tel que je ne serais plus allemand. Sans me rendre compte que c'est justement ça, qui est typiquement allemand, de vouloir s'assimiler. (À suivre)
Propos recueillis par F. Armanet et P. Mérigeau, in N. Obs. 2346 du 22/10/09.
mardi 18 avril 2023
Barbe (1)
La longueur de la barbe a toujours marché avec la barbarie. [La police devrait l'interdire]
Schopenhauer
Écrire (158)
J'écris comme un masochiste. Et ce masochisme ne m'est pas clair. Car ce qui me pousse à écrire, c'est le sentiment de mon peu de valeur, dans lequel il faut nécessairement comprendre mon peu de valeur comme écrivain. Mais je ne puis sortir de ce sentiment autrement qu'en écrivant, parce qu'autre chose, je ne sais pas le faire. Mais en sortant de ce sentiment par l'acte d'écriture (qui seul à mes yeux peut justifier mon existence), je m'y enfonce plus encore par le bilan de cette écriture. (À suivre) 56.91
Allemands/Allemagne (31)
[Suite du 30 et fin] - Cela, les Allemands ne le possèdent pas. Ils forment une nation inconstante, molle, dépourvue de squelette. Le mois de mars 1933 en a fourni la preuve. À l'instant du défi, quand les peuples de race se lèvent spontanément comme un seul homme, les Allemands, comme un seul homme, se sont effondrés; ils ont molli, cédé, capitulé - bref: ils ont sombré par millions dans la dépression.
Le résultat de cette dépression généralisée fut le peuple uni, prêt à tout, qui est aujourd'hui le cauchemar du monde entier.
Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, p. 203.
lundi 17 avril 2023
Barbarie (3)
Deux reporters du Figaro (28/12/2006), de retour de Colombie, racontent que "les paysans des zones en butte à la guérilla continuaient à vivre terrés dans la terreur, les champs, les arbres, les chemins étant farcis de mines qui leur interdisent quasiment de sortir de chez eux et les coupent chaque jour un peu plus de leurs voisins. Le détail, rapporté par les reporters, qu'il eût été dommage de ne pas à son tour rapporter: de la matière fécale est mêlée à la grenaille par les guerilleros pour que les blessures de leurs victimes s'infectent. On croit toujours qu'on a tout lu."
Delfeil de Ton, in N.Obs. 2201 du 11/01/07.
Figures (2646)
Chirac, il parle comme un strapontin.
J.-M. Gourio, Brèves de comptoir, 98-2000, p. 295.
Écrire (157)
Je n'écris pas pour décrire le printemps (sauf s'il était menacé de disparaître). J'écris pour dire ce qui a été et ne sera plus, les émotions, les êtres, un certain matin, un certain printemps, une certaine fraîcheur de l'air, le cri des premières hirondelles, l'air étonné de mon chien, les dégâts de vaisselle de ma chatte, un étonnement, une douceur, un beau passage littéraire, une scène de film, un air de musique...
Allemands/Allemagne (30)
Ce qui caractérise les Allemands de l'entre-deux-guerres, c'est l'absence totale de ce qu'on nomme, chez un peuple comme chez un individu, de la "race": à savoir un noyau dur, que les pressions et les tiraillements extérieurs ne parviennent pas à ébranler, une forme de noble fermeté, une réserve de fierté, de force d'âme, d'assurance, de dignité, cachée au plus intime de l'être et que l'on ne peut, précisément, mobiliser qu'à l'heure de l'épreuve. (À suivre)
S. Haffner, ib.
dimanche 16 avril 2023
Barbarie (2)
Selon Lévi-Strauss (et Montaigne avant lui), le barbare est celui qui croit qu'il y a des barbares. 76.121
Figures (2645)
Chirac est un moteur nerveux, brillant même, mais qui chauffe en côte; Barre un diesel increvable mais qui manque de reprise, et Giscard un cabriolet élégant et désuet, dont la tenue de route laisse à désirer.
Jacques Julliard, in N.Obs. 1075 du 14/06/85.
Écrire (156)
Le plus spécifiquement humain s'exprime par l'écriture. Alors j'écris pour transformer les hasards du réel en nécessité humaine. 56.81
Allemands/Allemagne (29)
[Suite du 28] - Seule une élite cultivée -relativement nombreuse, mais bien sûr minoritaire - trouvait et trouve encore de quoi meubler et réjouir son existence dans les livres et dans la musique, dans une pensée autonome, dans l'élaboration d'une philosophie personnelle. Des échanges d'idées, des conversations sérieuses devant un verre de vin, quelques amitiés préservées et cultivées avec constance et un brin de sentimentalité, sans oublier une vie de famille profonde et intense, voilà les valeurs qui étaient celles de cette élite. La décennie 1914-1924 a presque tout bouleversé, presque tout détruit.
Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, p. 110.
samedi 15 avril 2023
Barbarie (1)
La longueur de la barbe a toujours marché de pair avec la barbarie [la police devrait l'interdire].
Schopenhauer
Figures (2644)
[Suite du 2643 et fin] - De cette expérience de feuilletoniste Chevillard a tiré deux romans désopilants, Défense de Prosper Brouillon et Prosper à l'œuvre (Noir sur blanc), textes composés de vraies phrases issues des "très mauvais livres" qu'il a pu lire Et le retour de bâton? "Je n'ai pas eu trop à faire à la vindicte des auteurs", dit-il. Le seul avec qui j'ai eu des problèmes, c'est Yasmina Khadra. Je me suis retrouvé avec lui dans un salon du livre. Il m'a dit:"Comment avez-vous pu écrire tant de mal d'un livre aussi extraordinaire?" Si je suis parti en guerre contre ces écrivains, c'est parce qu'ils font du tort non seulement aux choses qu'ils nomment, mais aux sentiments en les galvaudant." Il ne faudrait pas qu'à son tour la littérature devienne une espèce menacée.
Elisabeth Philippe, in L'Obs 2987 du 20/01/22.
Écrire (154)
Optimisme: j'écris pour que le monde existe.
Fatalisme: j'existe pour que le monde soit écrit. 56.81
Allemands/Allemagne (28)
J'eus plus tard l'occasion d'observer en France et en Angleterre, avec un certain étonnement et non sans envie, que l'intelligence et l'esprit qu'il met à boire et à manger, la joute oratoire entre hommes, l'amour qu'il cultive en esthète païen procurent au Français un bonheur aussi profus qu'inaltérable et une intarissable source de distractions, et que l'Anglais trouve la même satisfaction dans ses jardins, son amour des bêtes, les nombreux jeux et autres hobbies auxquels ils s'adonne avec le sérieux d'un enfant. L'Allemand moyen n'a rien de comparable. (À suivre)
Sebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, p. 110.
+++++++++
vendredi 14 avril 2023
Figures (2643)
Chevillard a toujours pris la littérature au sérieux. Sans esprit de sérieux, sa bête noire. Pendant six ans, de 2011 à 2017, il a ainsi tenu le feuilleton dans Le Monde des livres, égratignant nombre de ses congénères. À son tableau de chasse: David Foenkinos et sa "littérature pavillonnaire", Anna Gavalda, Michel Onfray, mais aussi Patrick Modiano - "Ses romans ne sont pas des livres mais des aérosols: ambiance Modiano", quelques semaines seulement avant que l'auteur de Dora Bruder reçoive le prix Nobel. Ce qui avait suscité l'ire de Pierre Bergé, alors coactionnaire du Monde. (À suivre)
E. Philippe, in L'Obs 2987 du 20/01/22.
Allemands/Allemagne (27)
[Suite du 26 et fin] - ... ces Hohenzollern qui, de burgraves de Nuremberg qu'ils étaient, devinrent margraves, puis princes électeurs de Brandebourg, puis rois de Prusse, puis empereurs d'Allemagne, et enfin citoyens de la République fédérale. Et comme souvent dans les familles, le grand homme peut être une femme, c'est une évocation de la reine Louise de Prusse qui s'intercale entre deux. Elle qui était une Mecklembourg fut seule à oser tenir tête à Napoléon Ier...
Raphaël de Gubernatis, Les "Hauts douaniers", in TéléObs 2198 du 21/13/06. À propos des documentaires Les Hohenzollern, une dynastie prussienne et La Prusse, l'irrésistible ascension, diffusés sur Arte fin décembre 2006.
jeudi 13 avril 2023
Figures (2642)
[Suite du 2641 et fin] - Un an plus tard, le régiment du jeune Gabriel est à Sarrebruck, il défile. Une femme au balcon désigne son ventre en disant: "Bedit Franzose!"
"Tu crois pas, dit un homme, qu'on nous a bourré le crâne avec la "haine des races"?"
Gabriel Chevallier, La peur, Poche, p. 409.
Écrire (152)
Je ne dirai pas, comme Manganelli, que j'écris parce que je ne sais pas lacer mes chaussures, mais il y a de ça. J'écris peut-être parce que je ne sais pas faire le saut périlleux. 56.81
Allemands/Allemagne (26)
[Suite du 25] - Mais seul un Hohenzollern pouvait encore faire scandale à Berlin en se réclamant d'un privilège ancestral qui accordait au seul chef de la maison régnante le droit de passer sous l'arche centrale de la Porte de Brandebourg, quand aujourd'hui ce privilège est dévolu ... aux autobus. (À suivre)
Id, ib.
mercredi 12 avril 2023
Banque (1)
L'invention du Purgatoire a permis de légitimer le capitalisme. Le profit s'y expie et le Paradis reste ouvert aux riches. "Les fidèles voient donc s'ouvrir devant eux les carrières de la banque." Emmanuel Leroy- Ladurie, in N. Obs. 884 du 17/10/81, à propos du livre de Jacques Le Goff, La naissance du Purgatoire.
Figures (2641)
[Suite du 2640] - Des hommes tombent, s'ouvrent, se divisent, s'éparpillent en morceaux. Des éclats nous manquent, des souffles tièdes nous dominent. On entend les chocs des coups sur les autres, leurs cris étranglés. Chacun pour soi. Nous courons, cernés. La peur agit maintenant comme un ressort, décuple les moyens de la bête, la rend insensible. (À suivre)
Id, ib.
Allemands/Allemagne (25)
[Suite du 24] - Sans uniforme chamarré ni casque à pointe empanaché, sans diadème ni robe de cour, le Hohenzollern se fond dans la masse de ses anciens sujets, comme l'ensemble des autres princes allemands. Seuls les distinguent leurs passeports portant leur titulature puisqu'en Allemagne fédérale les titres de Prinz ou Prinzessin, comme tous les titres d'ailleurs, font désormais partie du patronyme. (À suivre)
mardi 11 avril 2023
Banlieue
À Bon-Secours [Quartier pauvre de Marseille], quand on tend l'oreille, on entend toujours un enfant pleurer. On se demande si on ne l'entend pas au fond de soi-même.
Frédéric Valabrègue, Les Mauvestis.
Figures (2640)
La course à la mort de l'assaut est une chose si étrange qu'elle ne peut s'opérer sans une sorte de dédoublement: "L'âme se sépare du corps, l'accompagne comme un ange gardien impuissant, qui pleure. Le corps paraît suspendu par une ficelle, comme un pantin. Rétracté, il se hâte et trébuche sur ses petites jambes molles. Les yeux ne distinguent que les détails immédiats du terrain et l'action de courir absorbe les facultés." (À suivre)
Id, ib.
Écrire (150)
J'écris pour leurrer l'écriture: je trace des signes comme autant d'appeaux qui feront se poser sur ma page les vrais mots qui diront les vraies choses. Chaque signe est en puissance de métamorphose: celle-ci peut se faire dès que le mot s'écrit, ou plus tard, à la phrase, au paragraphe, au chapitre, à la fin du livre ou jamais. 56.81
Allemands/Allemagne (24)
[Suite du 23] - Aujourd'hui, les princes de la Maison de Prusse ont l'air de grands bourgeois et les princesses celui de placides ménagères allemandes. [À suivre]
Id, ib.
lundi 10 avril 2023
Figures (2639)
Quand le corps n'est plus que plaintes et ruissellement d'humeurs, "toutes les déchéances sont consommées, acceptées. Être homme est le comble de l'horreur."
Gabriel Chevallier, La peur, p. 303.
Allemands/Allemagne (23)
[Suite du 22] - Besogneuse dynastie de province, militaire et protestante, la moins brillante à l'origine de toutes celles qui se partageaient les Allemagne, Habsbourg, Wittelsbach, Brunswick, Wettin dans tous les duchés de Saxe, Wurtemberg, Hesse, Mecklembourg ou Zähringen à Bade... mais qui allait les supplanter toutes avec le IIe Reich en relevant le titre impérial allemand abandonné par les Habsbourg devenus empereurs d'Autriche, et toutes les ruiner en précipitant par la défaite de 1918 l'avènement de la république dans toutes les monarchies germaniques, Lichtenstein excepté. (À suivre)
dimanche 9 avril 2023
Bander/débander (3)
"Avoir l'oignon qui se décalotte" est une expression argotique qui signifie avoir de la chance.
Figures (2638)
[Suite du 2637 et fin] - J'ai trouvé une bouteille vide sous les sacs à terre de ma couche, un litre avec son bouchon, et ma lâcheté s'en est réjouie. Périodiquement, je me tourne sur le flanc et je pisse dans la bouteille, à petits coups, afin que personne ne surprenne mon manège inavouable. Mon souci dans la journée est de vider lentement l'urine, de la faire absorber à la terre. Ah! je suis un salaud!
La mort serait préférable à ce dégradant supplice... Oui, si cela devait durer encore longtemps, j'aimerais mieux mourir.
Gabriel Chevallier, La peur, p. 294.
Écrire (148)
J'écris parce que je ne suis ni heureux ni malheureux. Heureux, je chanterais. Malheureux, je pleurerais. 56.51
Allemands/Allemagne (22)
[Suite du 21] - Et avec Frédéric II, son père, Frédéric-Guillaume Ier, éloquemment appelé le Roi-Sergent, ignoble brute qui fit exécuter l'ami de cœur de son fils sous ses propres yeux afin de lui faire passer le goût de la révolte et des amours hors cadre. (À suivre)
Id, ib.
samedi 8 avril 2023
Figures (2637)
[Suite du 2636] - J'ai même interrompu les fonctions de mon corps: je ne suis plus obligé d'aller aux feuillées. Je passe mes heures de repos dans mon encoignure, dissimulé aux regards, à écouter les bruits du dehors, et je reçois dans la poitrine tous les chocs du bombardement. J'ai honte de cette bête malade, de cette bête vautrée que je suis devenu, mais tous les ressorts sont brisés. J'ai une peur abjecte. C'est à me cracher dessus. (À suivre)
Id, ib. p. 294.
Bander/débander (2)
... elle était bandatoire de naissance.Elle vous portait le feu dans la bite au premier regard, au premier geste. Ça allait même d'emblée bien plus profond, jusqu'au cœur pour ainsi dire, et même encore jusqu'au véritable chez lui qui n'est plus au fond du tout, puisqu'il est à peine séparé de la mort par trois pelures de vie tremblantes, mais alors qui tremblent si bien, si intense et si fort qu'on ne s'empêche plus de dire oui, oui.
Céline, Guerre, Gallimard, p. 87.
Allemands/Allemagne (21)
[Suite du 20] - Et plus loin encore, sans doute se rappellera-t-on Frédéric II, l'ami tyrannique de Voltaire et des philosophes, lui qui jouait si joliment de la flûte, mais dépeça cruellement la Pologne, et devant le tombeau duquel médita un jour Napoléon Ier, vainqueur de ses neveux. (À suivre)
Id, ib.
vendredi 7 avril 2023
Figures (2636)
(Suite du 2635) - Je crois que si j'avais assez de volonté pour sortir et traverser un barrage, cela me délivrerait de cette hantise, comme un vaccin très dangereux immunise pour un temps ceux qui le supportent. Mais je n'ai pas cette volonté, et si je la sentais en moi, je ne serais pas si accablé. Puis ce serait à refaire chaque jour. (À suivre)
Id.ib. p. 293.
Écrire (146)
J'écris car ma jambe et mon bras sont débiles. Je fais courir ma plume vers tous les horizons de la beauté. 56.51
Allemands/Allemagne (20)
[Suite du 19] - Ou la mine chafouine du Kronprinz, hideux rejeton du précédent, plus tard compromis avec les nazis. Peut-être, en remontant le temps, se souviendrait-on de Guillaume Ier, qui, après Sedan, arrivé roi de Prusse à Versailles, quitta le château empereur d'Allemagne, élu par l'ensemble des souverains allemands, de par la volonté féroce de Bismarck, et malgré la résistance désespérée de Louis II de Bavière. (À suivre).
Id, ib.
jeudi 6 avril 2023
Bande dessinée
... La raison de cette mainmise presque absolue d'Outre-Quiévrain sur la technique: il existe au-delà du Hainaut depuis les premiers temps du Moyen Âge, une guilde de Saint-Luc, patron des peintres et des graphistes, qui assure un enseignement pointu à tous les jeunes Flamands, Brabançons et Wallons qui manifestent un don pour l'art de dessiner. En son temps, Rubens fut un élève des écoles Saint-Luc, et Hergé en fut un autre 300 ans plus tard.
Alain Riou, in TéléObs du 17/09/03.
Figures (2535)
[Suite du 2634] - Je ne mange plus, j'ai l'estomac serré, et tout me répugne. Je bois seulement du café et je fume. Je ne sais plus, dans cette nuit perpétuelle, comment s'écoulent les jours. Je demeure devant ma planchette, penché sur des papiers; j'écris, je dessine et je veille une partie des nuits pour assurer une permanence. Des hommes passent et me bousculent, que j'aime mieux ne pas voir, et des blessés crient dans le coin où on les dépose provisoirement. Je m'absorbe dans des tâches vaines. Mais je n'écoute que les obus, et mon tremblement intérieur répond au grand tremblement du Chemin des Dames. (À suivre)
Id, ib.
Allemands/Allemagne (19)
Que savent les Français des Hohenzollern? Sans doute ont-ils en mémoire l'image de Guillaume II, dernier des empereurs d'Allemagne, la moustache agressive, le bras trop bref, qui s'habillait en grand amiral pour écouter le Vaisseau fantôme, un fanfaron dont une princesse de Bade disait qu'il n'était jamais qu'«un pet dans une baderne» et qui contribua allègrement à mettre l'Europe à feu et à sang en 1914. (À suivre)
Raphaël de Gubernatis, in TéléObs 2198 du 21/12/06.
mercredi 5 avril 2023
Figures (2634)
J'ai roulé au fond du gouffre de moi-même, au fond des oubliettes où se cache le plus secret de l'âme, et c'est un cloaque immonde, une ténèbre gluante. Voilà ce que j'étais sans le savoir, ce que je suis: un type qui a peur, une peur insurmontable, une peur à implorer, qui l'écrase... Il faudrait, pour que je sorte, qu'on me chasse avec des coups. Mais j'accepterais, je crois, de mourir ici pour qu'on ne m'oblige pas à monter les marches... J'ai peur au point de ne plus tenir à la vie. D'ailleurs je me méprise. Je comptais sur mon estime pour me soutenir et je l'ai perdue. Comment pourrais-je encore montrer de l'assurance, sachant ce que je sais sur moi, me mettre en évidence, briller, après ce que j'ai découvert? Je tromperai peut-être les autres, mais je saurai bien que je mens, et cette comédie m'écœure. Je pense à Charlet qui m'inspirait de la pitié à l'hôpital. Je suis tombé aussi bas que lui. (À suivre)
Id, ib. p.293
Bande
Les beaufs sont comme les harengs: ils pètent quand ils sont en bande.*
* Les harengs émettent un crépitement de l'anus afin de rester groupés.
Allemands/ Allemagne (18)
... Charles Quint [...] disait que le français était fait pour parler avec les amis, l'italien avec les amantes, le hollandais avec les serviteurs, l'allemand avec les soldats, l'espagnol avec les rois, le latin avec Dieu et le hongrois avec le diable!
Chico Buarque, in N. Obs. 2106 du 17/03/05.
mardi 4 avril 2023
Banalité/banalisation (2)
On dit des banalités pour apprivoiser l'autre, apprivoiser le monde, s'apprivoiser à l'autre et au monde. Quand on échange des banalités on se rassure. Les banalités sont le signe que tout va "comme il devrait", que la vie nous accepte dans ses grandes largeurs (et sa grande largesse), que nous l'acceptons aussi, que notre petit moi ne dépare pas le Tout. Mais le danger de la banalité prolongée serait qu'elle nous noie dans ce grand Tout accueillant. Banalité et ressemblance sont cousines et nous entraînent tranquillement vers l'entropie. [cf Banalité/banalisation (1)] 88.76
Figures (2633)
[Suite du 2632] - Il faut lutter contre la peur aux premiers symptômes, sinon elle vous envoûte, on est perdu, entraîné dans une débâcle que l'imagination précipite avec ses inventions effrayantes. Les centres nerveux, une fois détraqués, commandent à contretemps et trahiraient même l'instinct de conservation par leurs décisions absurdes. Le comble de l'horreur, qui ajoute à cette dépression, c'est que la peur laisse à l'homme la faculté de se juger. Il se voit au dernier degré de l'ignominie et ne peut se relever, se justifier à ses propres yeux.
J'en suis là. (À suivre)
Id, ib.
Écrire (144)
J'écris, mais pourquoi m'interroger sur le pourquoi quand tout le monde n'est sensible qu'au comment? 56.51
Allemands/Allemagne (17)
Aujourd'hui l'Allemagne est devenue tellement habitable qu'elle est dirigée par une ménagère.
H.M. Enzensberger, in N.Obs. 2237 du 20/09/07.
lundi 3 avril 2023
Figures (2632)
La peur dans les bombardements est telle que la mort peut paraître préférable. Gabriel écrit: "Je ne connais pas d'effet moral comparable à celui que provoque le bombardement dans le fond d'un abri. La sécurité s'y paie d'un ébranlement, d'une usure des nerfs qui sont terribles. Je ne connais rien de plus déprimant que ce martelage sourd qui vous traque sous terre, qui vous tient enfoui dans une galerie puante qui peut devenir votre tombe. Il faut, pour remonter à la surface, un effort dont la volonté devient incapable si l'on n'a pas surmonté cette appréhension dès le début."(À suivre)
Id, ib. p. 292.
Banalité/banalisation (1)
La banalité est un pas vers l'entropie. Sarah Bernhardt dit dans ses mémoires que la première fois qu'elle vit le prince Napoléon elle pâlit et sentit son cœur s'arrêter: il venait de se produire sous ses yeux un phénomène de banalisation. "Il ressemblait tellement à Napoléon Ier que je lui en voulus tout de suite, car, en lui ressemblant, il le diminuait de tout son lointain, et il le rapprochait de tout le monde." 88.78
Allemands/Allemagne (16)
Entendu à la radio: "On ne peut pas couper la parole à un Allemand, parce qu'il faut attendre la fin de sa phrase pour savoir ce qu'il dit." 69.99
dimanche 2 avril 2023
Figures (2631)
[Suite du 2630 et fin] - Je me sens parfois au bord de cet envoûtement que donnent la lassitude et la monotonie, au bord de cette passivité animale qui accepte tout, au bord de la soumission, qui est la destruction de l'individu. Ce qui est en moi qui juge s'émousse, admet et capitule. L'habitude, le jeu des disciplines se passent de mon consentement et m'incorporent au troupeau. Je deviens un vrai soldat d'infanterie, l'intelligence "sur la couture du pantalon", exécuteur de corvées et fragment d'effectif. Tout le monde me commande, du caporal au général, a ce droit, qui est total et sans appel, et peut me rayer de la liste des vivants.
Id, ib. p. 261.
BAMAS (2)
Les bamas* chantent la messe. Tous les autres ne sont que les sœurs et frères convers de notre "communauté" sociale.
* bourgeois, aryen, masculin, adulte, solide (ou sain).
Allemands/Allemagne (15)
Mais la plus belle contrée d'Allemagne, celle à laquelle notre grand jardinier a visiblement travaillé con amore , ce sont les rives du Rhin de Mayence à Coblence, que nous avons suivies sur le fleuve même. Cette région ressemble à un rêve de poète...
Kleist, Correspondance complète, Gallim., 1976, p. 208.
samedi 1 avril 2023
Figures (2630)
[Suite du 2629] - Je comprends que les esclaves se soumettent si aisément, car il ne leur reste plus de forces disponibles pour la révolte, ni l'imagination pour la concevoir, ni l'énergie pour la concerter. Je comprends cette sagesse des oppresseurs, qui retirent à ceux qu'ils exploitent l'usage de leur cerveau, en les courbant sous des tâches qui épuisent. (À suivre)
Id, ib.
BAMAS (1)
Le White anglo-saxon Protestant (WASP) américain est incomplet. Tout ce qui n'est pas bourgeois, aryen, masculin, adulte et solide ou sain (BAMAS) est un cas social. 9.56
Allemands/Allemagne (14)
Je n'ai cette fois rien à dire de mon voyage. J'ai traversé Oranienburg, Templin, Prenzlow, mais n'ai rien à relater d'intéressant sur ces régions sinon qu'elles sont dépourvues d'intérêt. On n'y voit que du seigle sur du sable, ou des pins sur du sable, des villages misérables, des villes rassemblées en tas comme à coups de balai. Car autour des murs tout est propre et net, au point qu'on chercherait vainement un arbuste. On dirait que toute cette contrée septentrionale de l'Allemagne a été destinée par la nature à servir à jamais de fond marin et que la mer par mégarde s'en est retirée, laissant ainsi une bande de terre originellement plus propice au séjour des baleines ou des harengs qu'à celui des humains.
Kleist, Correspondance complète, Gallim., 1976, p. 67.