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dimanche 16 octobre 2011
Les rugbymen français
mardi 4 octobre 2011
In Vitrine (par le collectif Rien de Spécial)
Alice, Marie, Hervé,
Je n’ai pas franchement ri, ou plutôt je n’ai pas ri franchement au spectacle d’In Vitrine. Ne vous alarmez pas, cela ne signifie pas que je ne l’ai pas aimé, au contraire. Mais il m’a mis mal à l’aise, comme il mettra plus ou moins mal à l’aise tous ceux qui le verront, même au premier degré (car on ne peut pas le voir intégralement au premier degré). Et le malaise qu’on éprouve forcément décontenance, voire dérange. Vous aurez deux sortes de réactions : la première sorte (la plus rare j’espère) sera celle des gens qui n’aiment pas qu’on leur gâche la « fête » (enfin, les amusements, plaisirs et conforts qui ne satisfont que les aspirations superficielles), qui n’aiment pas qu’on les inquiète. La conscience est un tourment. Faire prendre conscience aux gens du vide qui les habite (et qui est proportionnel au trop-plein dont ils sont entourés –dont ils s’entourent comme des mouches qui s’enrouleraient elles-mêmes dans les soies de l’araignée) n’est pas forcément une action gratifiante : vous savez bien qu’autrefois on sacrifiait les messagers porteurs de mauvaises nouvelles. Donc soyez préparés à ça (vous avez d’ailleurs essuyé quelques crachats symboliques…) mais sachez n’y voir qu’une écume ou qu’un relent. Votre spectacle est un loukoum géant qu’il est impossible de digérer : ne vous étonnez pas des éructations qu’il provoque.
Mais ce loukoum contient son antidote. Il est tellement écoeurant qu’il ne peut pas faire envie. Et la plupart des intelligences et sensibilités seront affectées de manière critique, c'est-à-dire au sens propre que leur jugement sera sollicité. Je crains quand même un peu que ces derniers ( que j’espère nombreux) ne soient déjà des consciences alertées. Mais, pour alerté qu’on soit, il n’est pas mauvais d’être rappelé aux facteurs de l’alarme, aux motifs du malaise qui, au fond, n’est provoqué par votre spectacle que parce qu’il est déjà inscrit en nous. Le malaise est latent, et le mérite d’In Vitrine est de le rendre patent. La « vraie vie » (pauvre Rimbaud !) serait-elle toujours ailleurs ? C’est la question que vous nous posez dans un style délibérément formulaire : cliché, photo, tic-tac, voilà figée la vie, comme un bol alimentaire soudain gelé, qu’aucun estomac humain ne transformera jamais en sucs, en sève, en substances vitalisantes.
Attendez-vous à quelques grincements. Mais soyez rassurés malgré tout : vous avez mis le doigt sur la plaie de nos sociétés, mais pas seulement. Même si les conditions idéales d’une vie en commun étaient miraculeusement réunies, il resterait…quoi ? Eh bien, il resterait la métaphysique. C’est peut-être un concept philosophique, ça n’en reste pas moins une notion commune. Et la métaphysique, c’est lourd à porter, enfin, disons plutôt que ce n’est pas la métaphysique qui pèse, mais la métaphysique sans Dieu, sans la consolation d’une vraie croix sur l’épaule. Car la croix invisible est bien plus…métaphysique : c’est le mystère accablant de la vie en général et de chaque existence en particulier.
Mais n’est-ce pas ce qui nous fait humain ? Nous qui existons, « que serions-nous (disait Valéry) sans le secours de ce qui n’existe pas ? »
In Vitrine nous rappelle que la métaphysique est plus érotique que le Quick Lunch !
Je vous salue cordialement.