mercredi 8 janvier 2014

Mots-manie (68)

The Secret Life of words (2005), un très beau film d'Isabel Coixet, met en scène la rencontre de deux êtres blessés qui vont panser leurs plaies en soignant celles de l'autre. La cicatrisation des plaies psychiques étant lente et aléatoire, les images ne nous les montrent pas (à quoi bon montrer ce qu'on ne peut voir?), elles nous les disent par le biais souverain des mots. Il y a autant d'amour dans les mots que de mots dans l'amour, et peut-être plus. les mots vivent secrètement, non pour eux-mêmes, mais au sein des consciences blessées, où ils agissent aussi mystérieusement, certains creusant la douleur, d'autres y mettant du sucre ou du miel. "Words" et "palabras" ne sont pas totalement synonymes: les paroles sont des mots incarnés, passés par le filtre de la voix humaine, d'une certaine voix dont le grain est unique. Comme si les mots les plus beaux, les plus forts, n'étaient que des fleurs japonaises qui ont besoin de l'eau de la com-passion amoureuse pour s'épanouir. Mes paroles passent par les grottes humides de ma gorge et de ma bouche avant de quitter mes lèvres et de faire vibrer l'air jusqu'aux tympans de leur destinataire. Alors elles se métamorphosent, se désagrègent et se prolongent en fins réseaux jusqu'aux fibres les plus sensibles qui mènent à la cible du coeur.
  Nomina numina. Le sens des mots naît de leurs résonances. Ils ne se disent qu'en faisant trembler les ondes qui nous entourent. Les mots ont toujours la forme que leur donne la parole, et la finesse et le velours de leur farine sont commandés par la voix. Un certain accord d'humeurs fait le charme des voix harmonieuses, même celles qui disent la souffrance. Une voix belle est une voix juste, qui n'abuse pas de sa séduction mais au contraire la soumet au soin de l'autre. Le beau souci d'une voix belle est de caresser l'autre et de le soulager une à une des pellicules de sa douleur.
   Liquida Vox. C'est la voix mélodieuse qui m'ôte les épines du coeur. Elle est une image sonore de la compassion. L'homme et la femme ont deux épiphanies: leur visage et leur voix. Ce film nous enseigne que le premier ne précède pas toujours la seconde. Et si le visage n'appelle pas la voix, la voix appelle toujours le visage.  

lundi 6 janvier 2014

The Immigrant (James Gray, 2013)

Je suis d'autant plus déçu par ce film que j'avais beaucoup aimé Two Lovers (cf mon blog). Ce n'est pas que ce mélo charbonné manque de chair - mais la chair est opaque - ni même d'âme - mais c'est une âme au tombeau. Ce n'est pas non plus que le thème en soit usé, ce n'est pas que les acteurs soient mauvais (Joachim Phoenix en rajoute quand même un peu, surtout vers la fin ), c'est tout simplement que la mise en scène n'est pas charpentée ou, plutôt, que sa charpente soit si molle qu'elle se déforme sous le poids de la panade bilieuse qu'elle devrait in-former et soutenir. Quand la chair n'est pas du muscle mais du plomb, aucune charpente ne peut l'armer ni l'animer.