A la campagne, on s'ennuie moins quand on travaille ensemble, on se "prête la main" en se donnant de la compagnie. C'est ainsi qu'un jour un voisin de Serge Orru (à moins qu'il ne s'agisse de Pierre Rabhi) (1) est venu l'aider à couper son bois pour l'hiver. A la fin de l'après-midi, les deux hommes ont bien billonné et empilé bûche sur bûche. Le soleil se couche, et la contemplation de cette merveille familière est un délassement. Côte à côte, tels deux témoins de l'humanité face à la nature, ils rappellent un peu Kohl et Mitterrand face à l'histoire au fort de Douaumont. Sur le ciel rouge, turquoise et vert, en ombre chinoise, un arbre seul se dresse, magnifique, monumental. A la fois plongé dans l'extase de la fatigue, et recueilli devant le spectacle du monde, le narrateur, sans même se tourner vers son compagnon, dit alors: "Regarde comme c'est beau..." Son voisin hoche lentement la tête, semble réfléchir et, enfin, répond : "Ouais, c'est vrai...Là, tu vois, t'as au moins dix stères!"
(1) Le second est un grand écologiste sur lequel le premier a écrit un livre, intitulé Pierre Rabhi, le fertile.
mardi 27 août 2013
dimanche 25 août 2013
Dicodrome (6)
Convaincatif (adj) - Qui cherche à convaincre (emporter le morceau) de manière agressive.
A la sauvagette - D'une manière pas très franche, pas très "cool", pas très civilisée. A la sauvage et à la sauvette en même temps.
Pudibondieuserie (nf) - Honte dévotieuse des choses du sexe.
Pudibondieux, se (adj) - Sujet de (à) cette honte.
Frérocité (nf) - Concept inventé par J.-B. Pontalis pour résumer en un mot l'expression fratelli coltelli ("frères", "couteaux").
Onirection (nf) - Erection provoquée par le sommeil paradoxal.
A la sauvagette - D'une manière pas très franche, pas très "cool", pas très civilisée. A la sauvage et à la sauvette en même temps.
Pudibondieuserie (nf) - Honte dévotieuse des choses du sexe.
Pudibondieux, se (adj) - Sujet de (à) cette honte.
Frérocité (nf) - Concept inventé par J.-B. Pontalis pour résumer en un mot l'expression fratelli coltelli ("frères", "couteaux").
Onirection (nf) - Erection provoquée par le sommeil paradoxal.
lundi 19 août 2013
Le corps et l'esprit
Dire que "la chair est faible" est commettre une métathèse logique (inversion et interversion de sens), car si la chair triomphe, s'accomplit, s'assouvit, se contente, c'est qu'elle est forte, en tout cas plus forte que l'esprit qui ne parvient pas à l'endiguer. Si la chair était si faible qu'on le dit, on ne mettrait pas tant d'"acharnement" à la combattre. Je ne résiste pas à la tentation (presque charnelle) de citer ce passage d'un des meilleurs livres de Montherlant (Un voyageur solitaire est un diable) : "La chair était un lion qui tournait dans sa cage. La pensée est un écureuil qui tourne dans sa cage. On dit que la chair est triste. Oui et non. Mais l'esprit est triste. La vie de l'esprit, cette mort.. "La gloire, ce deuil éclatant du bonheur." La pensée, ce deuil grisâtre du bonheur. On dit que la chair est poussière. Et les constructions de l'esprit, non? Leur poussière nous cache le monde qu'elles prétendent montrer."
Le corps n'est pour l'esprit ni une prison ni une forteresse, il est (pardon du pléonasme) une incarnation, c'est-à-dire la condition même de son existence et, mieux encore, la conduction de toutes ses impressions, sensations, sentiments, rêves et pensées. Qu'il soit fort ne doit pas effrayer l'esprit: c'est un challenge.
François d'Assise, qui le traita pourtant si mal (et c'est peut-être le seul reproche qu'on puisse lui faire) n'appelait-il pas son corps "mon frère"?
la voix de la sagesse passe par la bouche de Montaigne: "C'est raison que le corps ne suive point ses appétits au dommage de l'esprit : mais pourquoi n'est-ce pas aussi raison que l'esprit ne suive pas les siens au dommage du corps?"
Le corps n'est pour l'esprit ni une prison ni une forteresse, il est (pardon du pléonasme) une incarnation, c'est-à-dire la condition même de son existence et, mieux encore, la conduction de toutes ses impressions, sensations, sentiments, rêves et pensées. Qu'il soit fort ne doit pas effrayer l'esprit: c'est un challenge.
François d'Assise, qui le traita pourtant si mal (et c'est peut-être le seul reproche qu'on puisse lui faire) n'appelait-il pas son corps "mon frère"?
la voix de la sagesse passe par la bouche de Montaigne: "C'est raison que le corps ne suive point ses appétits au dommage de l'esprit : mais pourquoi n'est-ce pas aussi raison que l'esprit ne suive pas les siens au dommage du corps?"
mercredi 14 août 2013
Progrès de l'art
La question tabou du progrès en art pourrait remettre en question le parallèle classique entre ontogenèse et phylogenèse. Comment expliquer, sinon, qu'un artiste puisse "progresser" alors qu'il est universellement admis que l'idée de toute compétition artistique entre époques ou civilisations différentes est absurde? Les artistes d'aujourd'hui ne sont ni meilleurs ni plus habiles que ceux du néolithique, alors les "progrès" qu'ils accomplissent, ils ne les accomplissent que par rapport à eux-mêmes; et le fruit qu'ils en obtiennent est absolu et non transformable en usufruit. Chaque artiste est une impasse autant qu'un chemin.
dimanche 11 août 2013
Dicodrome (5)
Cintre (en) - (n.m. précédé de la préposition "en") - Expression imagée désignant la forme du ventre féminin pendant la période la plus avancée de la grossesse. [cf. parenthèses (entre)]
Parenthèses (entre) - ( expr. imagée) - Enceinte de plusieurs mois. Physiquement par la silhouette, et symboliquement par une sorte de moratoire charnel (une suspension d'"attrait(s)"), la grossesse figure la femme en une apparence de parenthèse décalée. Tour de magie de Dame Nature: Elle prend une femme -qui n'est qu'une parenthèse ouverte (l'arrondi des fesses) - , enfle son ventre pour fermer la parenthèse : c'est une mère. Mais la métamorphose heureusement est réversible. Fermez les yeux, Nature rouvre la parenthèse : la femme est de nouveau une femme!
Enthropie (n.f.) - Moyenne de l'humanité. Tendance à ramener les hommes à leur plus petit dénominateur (synthèse d'entropie et d'anthropie).
Parenthèses (entre) - ( expr. imagée) - Enceinte de plusieurs mois. Physiquement par la silhouette, et symboliquement par une sorte de moratoire charnel (une suspension d'"attrait(s)"), la grossesse figure la femme en une apparence de parenthèse décalée. Tour de magie de Dame Nature: Elle prend une femme -qui n'est qu'une parenthèse ouverte (l'arrondi des fesses) - , enfle son ventre pour fermer la parenthèse : c'est une mère. Mais la métamorphose heureusement est réversible. Fermez les yeux, Nature rouvre la parenthèse : la femme est de nouveau une femme!
Enthropie (n.f.) - Moyenne de l'humanité. Tendance à ramener les hommes à leur plus petit dénominateur (synthèse d'entropie et d'anthropie).
mercredi 7 août 2013
Dicodrome (4)
Balayache et ramonache sont les deux mamelles du ménache. - Proverbe misogyne, péjoratif et redondant.
Branlebiter (s'en).- (v. pron.) - S'en moquer. "Je m'en branlebite" signifie "cela m'est égal", "je m'en fous".
Branlebitage (n. com.). - Travail bâclé, ouvrage salopé, réalisation imparfaite : "C'est du branlebitage!"
Ecrivhomme (n. m.). - Cas rare où l'homme qui vit et l'homme qui écrit sont inséparables. Exemples : Paul Léautaud, Amiel, etc.
Branlebiter (s'en).- (v. pron.) - S'en moquer. "Je m'en branlebite" signifie "cela m'est égal", "je m'en fous".
Branlebitage (n. com.). - Travail bâclé, ouvrage salopé, réalisation imparfaite : "C'est du branlebitage!"
Ecrivhomme (n. m.). - Cas rare où l'homme qui vit et l'homme qui écrit sont inséparables. Exemples : Paul Léautaud, Amiel, etc.
Horizon (s) (9)
Quand Ulrich croisait un passant, l'écho de ses pas le précédait d'abord un long temps comme l'annonce d'un événement majeur. On pouvait avoir dans cette nuit le sentiment d'une action théâtrale. On sentait qu'on était une apparition dans le monde; quelque chose qui fait plus d'effet qu'elle ne le mérite. Cela résonne, et quand cela passe dans une flaque de lumière, c'est accompagné de son ombre comme d'un bouffon puissamment vacillant qui se redresse et l'instant d'après rampe de nouveau humblement à vos talons.
Robert Musil, L'Homme sans qualités, 2.
Robert Musil, L'Homme sans qualités, 2.
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