dimanche 28 avril 2019

JJ Cale

Un article d'Hugo Cassavetti dans Télérama (n° 3615 du24/04/19) me donne envie de réécouter JJ Cale. C'est un classique, autant cité par les bluesmen que par les rockers. Le blues fait miauler sa guitare et le rock la fait parfois rugir. Blues? Rock? En fait mécano du tempo, de la cadence et du phrasé, JJ Cale accroche délicatement au train du rock un blues laineux et ronronnant, à moins que ce ne soit la loco sifflante et fumante du rock qui saisisse au détour de la voie la paisible berline du blues et l'emballe dans sa galopade ferroviaire. Guitar Man est son chef-d'œuvre.

Estacadres (614)

A la différence de l'amour, la haine ignore l'hypocrisie.
Mazarin.

Figures... (473)

Ce virtuose [Aragon] était capable de jouer, sur son  stradivarius, n'importe quoi: de l'Apollinaire, du Musset, du Barrès, de l'Alexandre Dumas, du Villon, de l'Agrippa d'Aubigné, du Zola, du Jean de Sponde, du Victor Hugo, et même du Déroulède... Nul mieux que lui n'a déhanché la phrase, ne l'a distendue, ne l'a fait déraper, ne l'a cassée. En le lisant, on suit les évolutions étourdissantes d'un patineur, on entend un pot pourri de toute la littérature française.
Patrick Modiano, in N.Obs. 947 du 01/01/83.

Mots de la fin (92)

Quand je laisse errer mes pensées, je ne trouve personne. [...] Le mieux, après tout, est la mort.
Lou Andréas-Salomé.

samedi 27 avril 2019

Estacadres (613)

La haine est-elle une perversion de l'amour ou l'amour une sublimation de la haine?

Figures... (472)

Aragon laissera derrière lui un sillage de mots - cette "cage de mots", comme il le disait - une cage dont il voulait sortir mais dont il demeure pour toujours prisonnier.
P. Modiano, in N.Obs. 947 du 01/01/83.

Mots de la fin (91)

"Tiens-toi droite, petite chèvre!"
Sa mère, mourante, à Virginia Woolf (13 ans).

vendredi 26 avril 2019

Estacadres (612)

Est-ce qu'on aime pour son bonheur? Le bonheur,ça peut-être de haïr.

Figures... (471)

Ne suffit-il pas, pour accabler sa mémoire, de rappeller une histoire encore tout humide du sang versé par les millions de victimes dont il [Aragon] a couvert les cris de ses ritournelles affectées?
J.-P. Garnier et Louis Janover, Laissons les momies enterrer leur mort, in Le Monde du 11/01/83.

Mots de la fin (90)

Eh bien, j'y vais.
Rousseau.

jeudi 25 avril 2019

Estacadres (611)

Si je n'avais pas mes haines, il manquerait quelque chose, je suppose, à mes amours.
Jean Paulhan.

Figures (470)

... jamais lassé, malgré la rime, de conjuguer liberté poétique et police politique.
J.-P. Garnier et Louis Janover, Laissons les momies enterrer leur mort, in Le Monde du 11/01/1983. (à propos d'Aragon).

Mots de la fin (89)

Plus on est intelligent, plus on est couillonné.
Giordano Bruno, sur son bûcher du Campo dei Fiori, à Rome, le 17 février 1600.

mercredi 24 avril 2019

Estacadres (610)

L'amour, pas la guerre. Belle connerie. L'amour, c'est la guerre. La guerre à soi, la guerre à l'autre, la guerre au monde. Et je ne parle (même) pas de l'amour de la patrie.

Figures... (469)

"L'alexandrin résistant", "l'emphase à tout prix", l'hugolâtrie", "la voix hypermaniérée", "l'élégance", "la vulgarité", "la démagogie spontanée", "le vaudeville charnier des Productions Goulag et compagnie", "l'inexistence pure et simple si l'on pense à Artaud", "le néant plein d'entourloupettes si l'on s'avise que Céline a eu lieu", "l'incroyable provincialisme franco-soviétique si l'hypothèse que les romans de Faulkner ont bien été écrits devenait fiable", "le XVIIIe siècle au service du béton", "la surdité musicale", "le bon point qui consiste à nous avoir épargné des pièces de théâtre", "un somnifère" ...
  On aura reconnu Aragon, vu par Philippe Sollers (N.OBS, 947 du 01/01/1983), qui conclut cependant: "Les morts sont-ils assez indifférents? Ou vont-ils lui régler son compte? L'enfer? Le purgatoire?
   Le purgatoire, in extremis, pour avoir écrit ce qui suit: "Il m'arrive de perdre soudain tout le fil de ma vie: je me demande, assis dans quelque coin de l'univers, près d'un café fumant et noir, devant des morceaux polis de métal, au milieu des allées et venues de grandes femmes douces, par quel chemin de la folie j'échoue enfin sous cette arche, ce qu'est au vrai ce pont qu'ils ont nommé le ciel. Ce moment que tout m'échappe, que d'immenses lézardes se font jour dans le palais du monde, je lui sacrifierais toute ma vie, s'il voulait seulement durer à ce prix dérisoire. Alors l'esprit se déprend un peu de la mécanique humaine, alors je ne suis plus la bicyclette de mes sens, la meule à aiguiser les souvenirs et les rencontres. Alors je saisis en moi l'occasionnel, je saisis tout à coup comment je me dépasse: l'occasionnel c'est moi, et cette proposition formée je ris à la mémoire de toute l'activité humaine. C'est à ce point sans doute qu'il y aurait de la grandeur à mourir, c'est à ce point sans doute qu'ils se tuent, ceux qui partent un jour avec un regard clair. Qui est là? Ah, très bien: faites entrer l'infini." (Extrait de Une vague de rêves)".

Mots de la fin (88)

Ça devrait être autrement.
Malraux.

mardi 23 avril 2019

Estacadres (609)

Lorsqu'ils sont en quelque beau voyage de guerre, et qu'ils sont parmi les plus chaudes presses de l'ennemi, le cœur leur double et accroît quand ils songent à leurs dames, à leurs faveurs qu'ils portent sur eux, et aux caresses et beaux recueils qu'ils recevront d'elles au partir de là, s'ils en échappent; et, s'ils viennent à mourir, quels regrets elles feront pour l'amour de leur trépas. Enfin, pour l'amour de leurs dames et pour songer en elles, toutes entreprises sont faciles et aisées, tous combats leur sont des tournois, et toute mort leur est un triomphe.
Brantôme, Les dames galantes.

Figures... (468)

Aragon est une aporie. Ce type-même de l'anti-écrivain est capable d'écrire, quand il s'oublie, des textes magnifiques, étrangement, mystérieusement inspirés.

Mots de la fin (87)

Salue le monde pour moi.
Richard Strauss.

lundi 22 avril 2019

Estacadres (608)

La guerre, on ne la fait pour de bon que lorsque, au milieu des lances pointées, on entrevoit une bouche de femme, et que toutes choses, blessure, poussière, odeur de chevaux, n'ont plus que le seul goût de ce sourire.
Calvino, Le chevalier inexistant.

Figures... (467)

Quoi, un littérateur qui s'accompagne à l'accordéon, ça existe donc?
Pierre Bénichou, in N.Obs. 947 du 01/01/83.
(A propos d'Aragon).

Mots de la fin (86)

J'aime la vérité... beaucoup... J'aime la vérité.
Tolstoï.

dimanche 21 avril 2019

Estacadres (607)

A la relecture des Lettres de la religieuse portugaise, l'agacement le cède au plaisir. Grande prose rhétorique, certes, mais à la démesure de la haute couture des sentiments qu'elle exprime. Comment a-t-on pu imaginer que ces lettres étaient authentiques? "Je ne puis suffire à mes maux" est une phrase d'amoureuse romanesque. De même que "je ne me suis laissé aucune disposition de moi-même". Et " j'ai éprouvé que vous m'étiez moins cher que ma passion."
"Vous m'avez consommée par vos assiduités, vous m'avez enflammée par vos transports, vous m'avez charmée par vos complaisances, vous m'avez assurée par vos serments, mon inclination violente m'a séduite, et les suites de ces commencements si agréables et si heureux, ne sont que des larmes, que des soupirs, et qu'une mort funeste, sans que je puisse y porter aucun remède." Cette phrase, si adroitement charpentée, n'a pu être bâtie que par un écrivain.

Figures... (466)

"Aragon fut souvent aussi exemplaire dans l'abjection qu'admirable dans ses écrits."
(Bernard Frank, in Le matin  du 05/01/81).
Voilà une formule sobre qui résume tout. Il n'y a que sur l'adverbe qu'on pourrait chipoter. Plutôt que "souvent", je serais tenté de dire quelquefois, et même quelques fois - autant pour l'une que pour l'autre des propositions.

Mots de la fin (85)

Adieu, adieu, je vais mourir... Laissez verdure...
George Sand.

samedi 20 avril 2019

Estacadres (606)

Une déclaration de guerre est comme une déclaration d'amour. On devient l'égal de l'ennemi et on s'élève ou s'abaisse avec lui. On reproche à l'ennemi les mêmes énormités  insupportables que - une fois amoureux - nous sommes plus que prêts à accomplir nous-même, et on les reproche pour le même motif d'humanité lésée.
Pavese, Le métier de vivre, I.

Figures (465)

Aragon confie qu'en écrivant Les Communistes il n'était pas dans son assiette: "J'étais la proie en même temps de cette certitude qui était ma vie, et d'un doute affreux, qui venait je ne sais d'où."

Mots de la fin (84)

Et on dit que Puvis de Chavannes, ce n'est pas beau!
Rodin.

vendredi 19 avril 2019

Estacadres (605)

Le spectacle épouvantable du carnage n'endurcit pas le véritable guerrier. Au milieu du sang qu'il fait couler, il est humain comme l'épouse est chaste dans les transports de l'amour.
Joseph de Maistre, Les soirées de Saint-Petersbourg, 7e entretien.

Figures... (464)

L'impudence et l'impudeur ne sont pas les moindres défauts d'Aragon. Ce "prince" avait une vocation de fille publique de la littérature. Il a souillé son génie sans nécessité, par une sorte de veulerie sentimentale, de débauche démagogique de son art. Il pouvait peut être faire du Shakespeare, à tout le moins du Hugo. Il a fait du Ferrat et du Ferré. Par un manque répugnant de dignité et d'exigence.

Mots de la fin (83)

J'aimerais rentrer maintenant.
Van Gogh.

jeudi 18 avril 2019

Estacadres (604)

L'amour, pas la guerre. La raie vulvaire, pas le revolver!

Figures... (463)

Le "clair génie français" que dans sa jeunesse Aragon voulait mettre à bas, il a fini, dans la douleur d'une répétitive parturition, par le mettre bas.
Michel Waldberg, in T.E.L. n° 13 du 30/12/82.

Mots de la fin (82)

Que Dieu ne m'abandonne jamais.
Pascal.

mercredi 17 avril 2019

Estacadres (603)

                   L'Amour et la Folie
                      (Fable-sonnet)

L'Amour et la Folie jadis étaient amis.
Cette amitié n'y prenait garde; c'était celle
Des nues, des fleurs, des innocents, des tourterelles,
Et des enfants, - au paradis encore admis.

L'Amour d'alors, aux yeux de pervenche pâlie,
D'un doux regard baignait un monde originel
Où la fine Folie mettait un peu de sel;
Rien n'excédait ce pas: douceur et fantaisie.

Or il advint qu'un jour, dans le hasard d'un jeu,
La Folie, s'animant, d'Amour creva les yeux!
La Nature s'émut à ce haut fratricide.

Némésis et les dieux, débattant, firent choix
D'une réparation. La plus sage. On le croit:
Depuis lors à l'Amour la Folie sert de guide.

Figures... (462)

D'un Arlequin on fit Polichinelle,
D'un Aragon on fit un Harengon!

Mots de la fin (81)

Les événements dans lesquels je me trouve enveloppé vont probablement m'éviter les inconvénients de la vieillesse.
Lavoisier, avant d'être guillotiné.

mardi 16 avril 2019

Estacadres (602)

On croit aimer sa mère, parce qu'on a besoin d'elle pour le lait et la chaleur, mais sa tendresse exclusive fomente en nous par jalousie un éloignement de toutes les femmes qui nous retourne un jour, armé de sept poignards, contre son cœur [...] Comment supporter sans lâcheté que ma mère prenne dans ses bras l'inconnu que je suis devenu pour elle.
Jouhandeau, Algèbre des valeurs morales.

Figures... (461)

Le célébrissime auteur du Fou d'Irène et du Con d'Elsa, Harengon (comme l'appelait Céline dans Rigodon) est mort à 85 ans le 24/12/1982. Cinquante ans trop tard quant à l'écrivain. Car l'auteur du Paysan de Paris (je veux dire Aragon) est mort, lui, en 1928.

Mots de la fin (80)

Lamartine aurait souhaité  "mourir sur le cœur de sa bien-aimée". Avant de s'éteindre, il eut juste la force de mettre sa tête contre l'épaule de sa nièce.

lundi 15 avril 2019

Estacadres (601)

L'amour des adultes, passé la jeunesse lumineuse, est un amour qui s'avertit du temps et du monde. Du temps qui dégrade et du monde qui disperse. Il craint les signes qui altèrent, la vie soumise en crescendo à l'outrage. Dont l'irréparable mène l'amour adulte aux confins du désespoir. L'amour qu'on voue à un enfant, tout au contraire, est par essence optimiste. Marie est née. Puis elle a bu des centaines de biberons, dormi des milliers d'heures. Son visage s'est déplissé, son corps s'est dégauchi. Elle sourit déjà plus qu'elle ne pleure, elle gazouille et babille. Demain elle rira, parlera, chantera, marchera, courra, dansera. L'avenir est clair, sous nos horizons. Il est le "lieu" où l'on embellit, s'épanouit, se transforme, en mieux, toujours. L'avenir d'un enfant n'est qu'espoir et le quotidien la fête constante de cet espoir. Aujourd'hui est la merveille, et promet l'émerveillement de demain et toujours. Le bonheur croît et cette croissance se multiplie à l'infini.

Figures... (460)

Vu qu'ils sont maintenant privés de compagne et de compagnon, pourquoi nos deux routiers littérateurs ne se mettraient-ils pas en ménage? Je veux parler de Simone de Beauvoir et Louis Aragon... (1981).

Mots de la fin (79)

Le premier pas vers la philosophie, c'est l'incrédulité.
Diderot.

dimanche 14 avril 2019

Estacadres (600)

 L'amour filial au cours des ans passe du plus grand égoïsme au plus grand altruisme. L'amour parental, au contraire, participe des deux jusqu'au bout.

Figures... (459)

Un grand poète a parfaitement le droit de se faire communiste, ou de se faire tatouer, mais s'il devient alors un poète communiste, un poète tatoué, un poète cul-bénit ou un poète cul-de-jatte, c'est un traître. C'est un poète qui a trahi la poésie pour le commerce. C'est un transfuge: il échange sa voix, son audience, son inquiétude surtout, contre une patente. L'équilibriste s'est ficelé. Aragon, par exemple.

Mots de la fin (78)

Eh bien, nous nous en sommes bien tirés. Le soir de ma vie est le jour de ma gloire, et je dis, en empruntant les mots de Shakespeare: "Messieurs, bonjour, éteignez les flambeaux, le brigandage des loups est terminé."
Schopenhauer.

samedi 13 avril 2019

Estacadres (599)

Nous ne voyons jamais les êtres chéris que dans le système animé, le mouvement perpétuel de notre incessante tendresse, laquelle, avant de laisser les images que nous présente leur visage arriver jusqu'à nous, les prend dans son tourbillon, les rejette sur l'idée que nous nous faisons d'eux depuis toujours, les fait adhérer à elle, coïncide avec elle.
Proust, Le côté de Guermantes.

Figures... (458)

Aragon me déçut dès le premier jour. Il n'était ni fou ni intelligent. J'ai souvent eu peur de l'avoir ainsi jugé parce qu'il eut d'abord avec moi l'attitude d'un écrivain admiré en face d'un homme insignifiant. Mais il m'amusait. Je croyais saisir ses travers d'esprit. Il y avait en lui beaucoup de naïveté puérile et un bonheur de séduction qu'il eut le besoin de contrarier. Il aspirait fort honnêtement au sérieux et se prêtait une envergure qu'il n'avait pas. Je crois qu'il joue au grand homme de la même façon qu'à dix ans je galopais en pensée devant des Sioux.
Georges Bataille.

Mots de la fin (77)

"Que sentez-vous, M. de Fontenelle?
— Je sens une difficulté d'être."
(Il a cent ans).

vendredi 12 avril 2019

Estacadres (598)

Une des preuves de l'excellence du caractère de cette aimable femme est que tous ceux qui l'aimaient s'aimaient entre eux.
Rousseau, parlant de Mme de Warens in Les confessions, I, 5.

Figures... (457)

L'ancien commissaire politique du stalinisme littéraire finit dans la caricature d'un cocteau chichiteux.
Angelo Rinaldi, parlant d'Aragon in N.Obs. 783 du 12/11/79.

Mots de la fin (76)

Que dit-il avant de mourir? Ou que venait-il de voir? D'entendre? toujours est-il que l'Arétin mourut dans un éclat de rire. Une fin à son image.

jeudi 11 avril 2019

Estacadres (597)

Elle nous aimait véritablement, elle aurait eu plaisir à nous pleurer.
Proust, Du côté de chez Swann.

Figures... (456)

Aragon n'est ni à droite ni à gauche, mais à l'est.
Léon Blum.

Mots de la fin (75)

Derniers mots dictés par rené Daumal à sa femme Véra: "Je n'ai aucune force, mais intérieurement ça va très bien."

mercredi 10 avril 2019

Estacadres (596)

L'estime qu'il avait pour elle allait jusqu'à lui faire condamner le dessein de lui plaire, sans pourtant lui en ôter le désir.
Jacques Laurent, Le petit canard.

Figures... (455)

Aragon, ce tartineur de poésie a, par ailleurs, dans Le paysan de Paris, écrit quelques unes des plus belles pages de la littérature française.

Mots de la fin (74)

Ma propre position dans le ciel, par rapport au soleil, ne doit pas me faire trouver l'aurore moins belle.
Gide, Journal, 13 février 1951 (Six jours avant sa mort).

mardi 9 avril 2019

Estacadres (595)

Une femme dont nous avons besoin, qui nous fait souffrir, tire de nous des séries de sentiments autrement profonds, autrement vitaux qu'un homme supérieur qui nous intéresse.
Proust, Le temps retrouvé.

Figures... (454)

Même sous de fausses couleurs de simplicité, le grandiloquent et l'ampoulé ne cesseront jamais d'être la marque du style héroïcomique, c'est-à-dire la pâture des petits*, à l'inverse du burlesque auquel les grands seuls peuvent prétendre.
* à propos d'Aragon.

Mots de la fin (73)

La fin du dernier poème de Saint-John Perse: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses."

dimanche 7 avril 2019

Estacadres (593)

Le psychotique vit dans la crainte de l'effondrement (dont les psychoses diverses ne seraient que les défenses). Mais "la crainte clinique de l'effondrement est la crainte d'un effondrement qui a déjà été éprouvé (primitive agony) [...] et il y a des moments où un patient a besoin qu'on lui dise que l'effondrement dont la crainte mine sa vie a déjà eu lieu." (Winnicot, La crainte de l'effondrement, 75).
De même, semble-t-il, pour l'angoisse d'amour: elle est la crainte d'un deuil qui a déjà eu lieu, dès l'origine de l'amour, dès le moment où j'ai été ravi. Il faudrait que quelqu'un puisse me dire: "Ne soyez plus angoissé, vous l'avez déjà perdu(e)."
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (452)

Aragon labilum!* il fait des vers comme un billier ferait des billes.
*Sic pour "l'habile homme". Arago labilitor.

Mots de la fin (71)

Au moment de mourir, Prévert se serait appelé avec angoisse: "Jacques, où es-tu? Que fais-tu?"

samedi 6 avril 2019

Estacadres (592)

Ce que je pleure, ce n'est pas l'être aimé, c'est le monde qu'il m'avait ouvert, et sans lequel je ne sais plus où me mettre.
J. Birnbaum, Le Monde des livres du 10/01/14.

Figures médiatiques (451)

Cette mobilité formelle [dans L'âne d'or, d'Apulée], ce décousu, ce pot-pourri de genres, de tons, ce brassage d'événements et de personnes, répondent à la nature même du sermo milesius*. L'instabilité universelle, dont sont responsables à la fois la versatilité des métaphores, les caprices de la Fortune et les variables humeurs des dieux, détermine un remue-ménage qui s'inscrit d'abord dans la géographie. Les inquiétudes de l'amour, les plaisirs et les chagrins du cœur tourmentent assurément,, mais ce sont les pérégrinations qui secouent. Ballotté d'exil en exil, chacun s'y retrouve solitaire: voilà la véritable épreuve.
Jean-Louis Bory, Tout feu tout flamme, Pour Apulée.
*Récit à la fois fantaisiste, réaliste et satirique.

Mots de la fin (70)

Fontenelle, voyant arriver un prêtre, s'insurge et se tourne vers un ami pour lui souffler dans l'oreille: "Je vais faire semblant de ne pas mourir".