Le rythme propre de l'écriture de Bonnefoy se modèle sur l'écoulement d'un fleuve, il aime l'adagio et l'ampleur. La lenteur et le déploiement de la chose - de la fleur - vers la lumière.
Antonio Prete, in Le Monde-des-livres du 12/11/10.
lundi 30 novembre 2020
Figures (1130)
Art (129)
"Cette puissante érosion des contours" dont parle Nietzsche, et sans laquelle il n'y a pas de parfaite œuvre d'art.
Gide
dimanche 29 novembre 2020
Figures (1129)
A Yves Bonnefoy: attention à ne pas faire de la poésie "l'arrière-cour" de la croyance, la servante de la religion, l'anse hilaire du funicule mystique ou, pour être tout à fait clair, la bonne de la foi.
Art (128)
Ce que je demande avant tout à une œuvre d'art, c'est que son programme - mais est-ce vraiment le mot adéquat? - ne m'inclue pas. Je ne veux pas voir ses objectifs mis en doute par une quelconque tentative pour me séduire, par une quelconque conscience de ma présence.
Denis Johnson, Le nom du monde.
samedi 28 novembre 2020
Figures (1128)
J'aime Yves Bonnefoy, à l'exclusion de son côté Alain Cuny. J'aime la voix et les chemin de ce qu'il appelle l'arrière-pays, pas les allées froides et caverneuses de l'outre-tombe.
Art (127)
Une œuvre d'art montre à la fois l'homme comme il est et comme il regrette de ne pas être.
vendredi 27 novembre 2020
Figures (1127)
Vous savez, Bonnard, le peintre, allait dans les musées avec une petite palette et, là, il faisait des corrections sur ses tableaux en surveillant si le gardien ne le regardait pas...
Claude Simon, interrogé par André Rollin in Le fou parle n° 29/30.
Art (126)
... peut-être, pour qu'un livre soit bien un livre et qu'il se transforme en rêve, peut-être faut-il qu'il y ait, comme en ce temps-là à Nuoro et dans toutes les bourgades, un menuisier, le maître du bois [...], lequel, les jours d'été, sur les deux heures de l'après-midi, délaissant sa scie et son rabot, attrapait son cornet, et ses roulades envahissaient les venelles en feu, pénétraient dans les maisons, toute la vie suspendue à ses notes. Les chiens eux-mêmes, étendus comme des cadavres le long de la courte marge d'ombre des maisons, remuaient leurs queues.
Pepino et Sebastiano, dans leur petite chambre à l'air raréfié, lisaient pour la même raison que Zerominu jouait de son cornet, c'est-à-dire sans la moindre raison, tout bonnement parce que les gens avaient un pertuis minuscule par où le mystère les pénétrait.
Salvatore Satta, Le jour du jugement.
jeudi 26 novembre 2020
Figures (1126)
Ces paysages [de Bonnard] devant lesquels on pense parfois aux plus belles pages du De natura rerum.
André Fermigier, in Le Monde du 07/03/84.
Art (125)
L'art est le débondoir du réel. Sa violence est symbolique, et protectrice. Les fantasmes sont faits pour ne pas être réalisés, sauf en art.
mercredi 25 novembre 2020
Art (124)
On est artiste à la condition que l'on sente comme un contenu, comme "la chose elle-même", ce que les non-artistes appellent la forme. De ce fait, on appartient à un monde à l'envers; car maintenant tout contenu nous apparaît comme purement formel y compris notre vie.
Nietzsche
mardi 24 novembre 2020
L'autre côté de l'espoir (Kaurismäki)
Les histoires à la Kaurismäki se ressemblent toutes: elles baignent dans le formol du désespoir, mais elles nous sourient.
L'autre côté de l'espoir est une énigme apparente. Comment entendre un tel titre? Que l'espoir a deux côtés (un bon, un mauvais?) ou que l'espoir peut basculer? Qu'il n'y a pas qu'une voie? Qu'on ne sait pas ce que l'horizon nous cache (des horreurs? Des merveilles?)? Ad libitum.
Le sourire de l'artiste n'est jamais béat. Et "désespéré" n'est pas synonyme de "pessimiste". Le bien, le mal, sont de vieilles catégories. Invétérées. On ne peut en tirer, aux yeux du cinéaste, une quelconque philosophie. Ses films ne prêchent ni ne dénoncent, ils font tourner devant nos yeux une boule à facettes: l'humanité. L'humanité est l'ensemble des vivants (on peut y inclure des animaux, comme ici et comme souvent chez Kaurismäki, un chien); c'est aussi une manière de se conduire avec les vivants. "Il est plus facile d'être vivant que d'être humain" disait naguère le réalisateur. Voilà pour le désespoir: l'amitié et l'amour ne triomphent qu'à Hollywood, la haine aveugle est aussi sourde que dépourvue de tact et d'odorat. Ne parlons pas du goût. La haine est l'universelle infirmité. Mais non l'universelle seigneurie. C'est ainsi que dans le cœur de certains hommes - dont Kaurismäki et la plupart de ses personnages font partie - règne une palpitante bénignité. Cette bénignité ne contredit pas la déréliction existentielle, elle la compense: "Quand il n'y a pas de place pour l'espoir, il n'y en a plus pour le pessimisme. J'ai été heureux le jour où j'ai compris que nous avions perdu la partie, je devais avoir dix ans..."
Figures (1124)
Bonaparte - le nom le plus grand, le plus glorieux, le plus éclatant de l'histoire, sans en excepter celui de Napoléon, général de la République française, né à Ajaccio (île de Corse) le 15 août 1769, mort au château de Saint-Cloud, près de Paris, le 18 brumaire, an VIII de la République française, une et indivisible.
Grand Larousse du XIXe siècle, tome 2, p. 244.
Art (123)
Une œuvre d'art n'est pas un objet de représentation et je n'existe pas à me la représenter. Elle n'est soluble dans aucune représentation qu'on puisse se donner d'elle. Son existence se dérobe à toute activité consciente et libre qui en revendiquerait la responsabilité. Son altérité irréductible, opposable à son auteur tout autant qu'à son récepteur, est la marque de sa transcendance. Mais cette altérité soustraite à notre pouvoir n'est pas opaque comme celle de la chose. C'est une altérité rayonnante au point de disparaître dans son propre rayonnement.
Henri Maldiney, Ouvrir le rien, l'art nu.
lundi 23 novembre 2020
Figures (1123)
... Bonaparte - le nom le plus grand, le plus glorieux, le plus resplendissant de l'histoire, sans en excepter celui de Napoléon - ...
Pierre Larousse
Art (122)
L'art est une obsession. Celle de l'autoportrait poussa Géricault à se servir de sa main droite pour faire le dessin de sa main gauche, sur son lit de mort.
dimanche 22 novembre 2020
Figures (1122)
Il est là!... Sous trois pas un enfant le mesure!
Lamartine, parlant de Napoléon en son tombeau, in Les nouvelles méditations, 7e.
Art (121)
L'art n'est pas constitué d'objectivités irréelles, mais de réalités inobjectives.
Henri Maldiney, Ouvrir le rien, L'art nu.
samedi 21 novembre 2020
Figures (1121)
Ses vices nous ont sauvés de ses talents.
J. de Maistre, parlant de Napoléon in Lettre au prince Korlowski, Saint-Petersbourg, octobre 1815.
Art (120)
Il n'y a pas dans l'art de vérité universelle. Dans l'art, une vérité est ce dont le contraire est également vrai.
Oscar Wilde, Aphorismes.
vendredi 20 novembre 2020
Figures (1120)
Qui a écrit: "Comme tous les hommes, il avait le désir du bonheur et n'avait encore trouvé que la gloire"?
Napoléon Bonaparte, dans un roman de jeunesse intitulé Clisson et Eugénie.
jeudi 19 novembre 2020
Figures (1119)
C'est un gentillâtre de beaucoup d'esprit et de beaucoup de savoir, érigeant en doctrines ses premiers préjugés.
Joubert, parlant de De Bonald.
Art (118)
La vérité que cherche l'œuvre d'art, c'est la vérité universelle de ce qui est singulier.
Michel Deguy
mercredi 18 novembre 2020
Figures (1118)
Les mots arrivent à bien dire ce que l'on pense quand on pense peu. Mais la pensée approfondie s'énonce moins aisément que la liste des courses à faire. "Clairement" est un adverbe à jouer à la trompette. Et pour le luth il faudrait inventer un autre adverbe. Comment traduire ce qui ne se conçoit que poétiquement? Hein, Boileau?
mardi 17 novembre 2020
Figures (1117)
Boileau, par ailleurs si académique, était cependant capable d'apprécier "un beau désordre". Il fallait, il est vrai, que ce fût "un effet de l'art".
Art (116)
Qu'est-ce que les écrivains (et les artistes en général) sacralisent en France (et plus ou moins en Europe)? Au Moyen Age, c'est Dieu; au XVIe siècle, l'homme; au XVIIe, la morale; au XVIIIe , la raison; au XIXe, l'artiste lui-même; au XXe, le texte.
lundi 16 novembre 2020
Figures (1116)
C'est étrange, le cas de Boileau: tout le monde le méprise, mais tout le monde le sait par cœur.
Borges, in Le matin du 29/10/83.
Art (115)
Vouloir vivre pour l'art, pour ce qu'il y a de plus beau en l'homme, c'est-à-dire pour l'humanité même de l'homme (ou pour sa "divinité", au choix), c'est, insolublement, accepter de mourir socialement ou physiquement. Hors de tout compromis, l'artiste est dans ce dilemme: l'art tue l'homme, ou l'homme tue l'art. C'est ainsi que, de toute façon, l'art fait entrer la mort dans la vie.
dimanche 15 novembre 2020
Figures (1115)
Boiardo est un adroit poète narrateur. Ses adjectifs sont des épithètes, c'est-à-dire des petits blocs lyriques qui transparaissent dans le courant du récit comme des objets et non comme des sensations. Ses dialogues, ses exclamations sont des fenêtres mélodiques, bien délimitées, des modulations (pourrait-on dire) préexistantes, qui, elles aussi, font bloc comme des choses avec le courant. Après avoir lu un épisode, on se rappelle des gestes et des actions, et non des sensations.
Pavese, Le métier de vivre.
samedi 14 novembre 2020
Figures (1114)
On raconte que Matteo Maria Boiardo, l'auteur du Roland amoureux, faisait sonner à toute volée les cloches de Scandiano (bourg dont il était le seigneur) quand il trouvait un beau nom pour les personnages de son poème.
Leonardo Sciascia, in Le Monde-des-livres du 31 mai 1985.
Art (113)
Si le jeu oubliait de défaire, il se confondrait avec l'art, qui d'ailleurs est bien une espèce de jeu; le jeu, ironique en cela, ne laisse jamais vivre bien longtemps sa propre illusion... Il n'en est que plus indispensable de distinguer la Fiction, qui est artiste, et la Feinte, qui est artificielle; celle-là qui est une œuvre, celle-ci qui est une manœuvre; celle-ci conduite, mimique ou opération pure, celle-là fable, roman, mythe ou statue. Son côté destructeur ou révocateur place décidément l'ironie en marge de l'art.
V. Jankélévitch, L'ironie.
vendredi 13 novembre 2020
Figures (1113)
Dans le rôle-titre [du film Le rebelle] , King Vidor aurait bien vu Humphrey Bogart, à cause de son air "retors, intello et indécrottablement citadin." Trop tard, La Warner avait déjà signé avec son contraire: Gary Cooper, échassier placide élevé au grand air d'une Amérique saine et fière de l'être.
Marine Landrot, in Télérama 2915 du 23/11/05.
Art (112)
J'aime, en art, ce qui, loin du lyrisme d'une part, loin de l'intellectualisme d'autre part (ni Eluard ni Robbe-Grillet), ce qui donne de l'expérience humaine, dans sa réalité et sa totalité, une expression (musicalement) juste (Proust, Céline, Kundera...).
jeudi 12 novembre 2020
Thierry Metz
"... Que l'avoir d'un homme, si peu soit-il, doit inquiéter son être, que seuls ses mots l'encerclent."
Voilà ce qu'écrit Thierry Metz dans Le journal d'un manœuvre, qui est une suite de réflexions et de notations elliptiques sur son travail manuel, son travail intellectuel, sur la vie dans ses esquisses, le drôle de monde. A part "pelle", "pioche" et "chantier", les mots qu'il emploie le plus souvent sont "oiseau", "main", "arc-en-ciel".
Soir après soir, ces notes, en apparence prosaïques, , soulagent le corps fatigué, redonnent de la force à l'âme. Elles résonnent comme des poèmes, elles sauvent la journée.
"J'aime à croire qu'un jour, peut-être, un dieu sans nom s'assoira sur ce petit tas de terre, prendra place dans la tombe éclairée de mes gestes, avec les mots de tous les jours, simples passereaux. Il soufflera un instant puis repartira vers ce qui a lieu, dans les déserts où sont les hommes et leurs chantiers".
Thierry Metz s'est suicidé en 97, après la mort accidentelle d'un de ses enfants.
Quand on aime à la fois l'homme et l'artiste, on aime encore plus l'artiste et encore plus l'homme. Parce que l'homme est alors du même côté que son œuvre, non celui de l'avoir mais celui de l'être. L'infusion réciproque agit comme une circulation vertueuse: l'art s'y charge d'une densité humaine absolue et le créateur sauve le pauvre homme qu'il est en justifiant universellement sa singulière présence au monde.
Figures (1112)
Pour son rôle de La mariée était en noir, Truffaut ne donna qu'une indication à Jeanne Moreau: "Joue comme Humphrey Bogart."
mercredi 11 novembre 2020
Figures (1111)
La carrure de jockey fatigué, le sourire narquois en joute avec une lèvre supérieure stoïque, la gorge tapissée par les "clous du cercueil", comme il surnommait ses indispensables cigarettes... Sanglé dans son éternel Aquascutum trempé, il joue avec sa chère et tendre une belle partie de fléchettes verbales, dont la cible est très souvent sexuelle.
Marine Landrot, parlant de Bogart, in Télérama du 20/09/00.
mardi 10 novembre 2020
Figures (1110)
"Don't Bogart it!", disaient les hippies, à ceux qui avaient tendance à fumer leur joint jusqu'au mégot.
Art (109)
Jacques Taminiaux - Vous connaissez sa* remarque: "Il n'y aura plus de peintres, mais des gens qui peignent." Cela pousse à son terme l'idée de transparence dont nous parlions plus haut. Or nous avons appris à nous défier de ce registre, et l'art contemporain exprime plutôt une altérité toujours renouvelée. Dans le rebondissement permanent des formes contemporaines, les maîtrises sont rongées. Il semble que l'art actuel relève plus d'un perspectivisme qui s'appuie sur un fond d'opacité fondamentale.
in Le Monde-aujourd'hui du 11/12/83.
* de Marx.
lundi 9 novembre 2020
Suger Man
La réalité est souvent plus humble et parfois plus noble que la légende. C'est vrai pour Sixto Rodriguez, dont le Suédois Malik Bendjelloul raconte l'histoire, sous forme d'enquête, dans Sugar Man. Cette histoire m'a fait pleurer (mais le sel des larmes n'irrite pas les yeux). A cause de la longue injustice qu'a subie le grand Songwriter en comparaison de qui Bob Dylan n'était qu'un petit salé, à cause surtout de l'immense stature de ce grand sage indien qui travailla comme un manœuvre* toute sa vie, sans rechigner, alors qu'il était une étoile dans le ciel de l'art, mais une étoile qui ne brillait qu'aux yeux des voyants. A cause enfin d'un face à face avec un Destin venu à résipiscence, mais qui ne le fait pas ciller: la gloire à sa porte, il retourne à sa charrue, je veux dire à Detroit ( Cincinnati aurait été parfait, pour jouer un peu avec la légende), dans sa cabane en planches, à l'ébahissement de tous , sauf de ses amis ouvriers qui connaissent déjà la simplicité de l'homme et découvrent enfin la beauté du musicien. Cet homme et musicien est le héros doublement magnifique de ses filles qui a su opposer à l'aveugle humiliation son éclairante modestie.
*En littérature, il serait comparable à Thierry Metz, qui connut, hélas! une autre fin.
Figures (1009)
Le cerveau de Huston était marqué du même rictus que les lèvres de Bogart.
Alain Riou, TéléObs 1601 du 13/07/95.
Art (108)
Jacques Taminiaux - Notre époque n'a pas fini de méditer sur sa* phrase: "Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité." L'art n'est pas intégrable. Il manifeste des limites, il n'assèche pas le sens. Pour Marx, l'art avait - comme pour Hegel - atteint son apogée chez les Grecs. L'art relevait d'une jouissance de soi dans l'autre. Or, une fois que nous aurions atteint l'individu total, nous serions censés avoir réalisé la jouissance parfaite. Alors l'homme se reconnaîtrait dans tout ce qu'il ferait, il n'y aurait plus lieu de faire des œuvres.
in Le Monde-aujourd'hui du 11/12/83.
*de Nietzsche.
dimanche 8 novembre 2020
Figures (1008)
[ Dans Le faucon maltais ] Peter Lorre et Sydney Greenstreet campent des personnages excentriques dont le jeu au second degré donne à celui de Bogart cette si particulière réticence dont il n'a pas manqué de se souvenir dans les rôles qui ont suivi.
Olivier-René Veillon. Le cinéma américain. Les années cinquante.
Art (107)
Chez Nietzsche, l'art était une figure qui ne totalisait pas. Dionysos n'abolit pas Apollon.
Christian Descamps, in Le Monde-aujourd'hui du 11/12/83.
samedi 7 novembre 2020
Figures (1007)
La crispation de sa mâchoire évoque irrésistiblement le rictus d'un cadavre gai, l'expression dernière d'un homme triste qui s'évanouirait en souriant.
C'est bien là le sourire de la mort.
Robert Lachenay, parlant de Bogart (vers 1941).
Art (106)
Christian Descamps - Kant et Hegel nous permettent donc de déchiffrer l'art contemporain.
Jacques Taminiaux - L'art contemporain refuse kantiennement la connaissance, la jouissance et la fonctionnalité. Mais, par ailleurs, je crois aussi qu'on peut interpréter de nombreuses œuvres à partir de ce que Hegel appelle le dépérissement de l'art.
in Le Monde aujourd'hui du 11/12/83.
vendredi 6 novembre 2020
Figures (1006)
Quand il entre dans le film, c'est déjà l'aube blême du lendemain, dérisoirement victorieux du macabre combat avec l'ange, le visage marqué par tout ce qu'il a vu et la démarche lourde de tout ce qu'il sait.
André Bazin, parlant de Bogart.
Art (105)
Christian Descamps - Pour Kant on n'épuise donc jamais l'œuvre d'art. Hegel, lui, tente d'intégrer l'ensemble de l'histoire de l'art dans un mouvement de l'Esprit qui totaliserait le sens.
Jacques Taminiaux - Pour Hegel l'art est une première forme de l'Esprit absolu. Il relève d'un sens pénétrable. Historiquement, Hegel relègue la perfection de l'art dans le monde grec. Toutefois avec la marche de l'esprit on va dépasser tout cela. Pour lui, l'art a été essentiel quand l'esprit se cantonnait au niveau de la sensibilité. Mais toute l'évolution du réel - et du rationnel - moderne va faire de l'art une occupation marginale."
in Le Monde-aujourd'hui du 11/12/83.
jeudi 5 novembre 2020
Figures (1005)
Sa grande qualité de base était une splendide rugosité. Même quand il était parfaitement soigné, j'avais l'impression de pouvoir gratter une allumette sur sa joue. Il connaissait à fond son métier, et pourtant, il était impossible de ne pas avoir le sentiment que son âme était ailleurs, comme un mystérieux instrument de recherche en train de frapper à des portes encore inconnues, même de lui.
Peter Ustinov, parlant de Bogart.
Art (104)
Christian Descamps - Le jugement esthétique requiert que je sois individuellement impliqué.
Jacques Taminiaux - Pour louer ou pour admirer une chose, je dois être affecté par elle. Ainsi, une belle chose ne me livre aucun savoir, mon intelligence ne vise pas une explication, l'œuvre me plaît sans concept. On voit là comment le jugement esthétique diffère de la jouissance sensorielle ordinaire. De fait, je ne subordonne pas la chose à ma volupté. L'œuvre d'art n'est pas ramenée à mon bien-être, devant elle je suis désintéressé. Dans cette expérience j'échappe à mon exclusivisme égoïste, je me dépasse vers l'universalité. Emu par la beauté d'une œuvre, j'ai envie de faire participer les autres à cette découverte. Kant ne referme aucunement la subjectivité sur elle-même; en un sens il rompt avec la subjectivité classique.
in Le Monde-aujourd'hui 11/12/83.
mercredi 4 novembre 2020
Figures (1004)
Trois têtes qui se ressemblent, et qui profitent individuellement de leurs prestiges divers et réciproques: Bogart, Dillinger, Camus.
Art (103)
Pour que l'art relève de l'esthétique, il a fallu que naisse le je, le cogito, ces centres de référence du plaisir sensible. Pour un Grec, les règles de l'art relèvent essentiellement de l'ordre du cosmos et non pas d'une subjectivité. Mais c'est Kant qui va mettre en lumière l'attitude proprement esthétique. Cette attitude n'apporte pas un plaisir de type hédoniste, elle ne donne pas non plus de savoir et elle est rebelle à toute fonctionnalité. Kant découvre donc ce qu'il en est de l'intérêt pour la chose elle-même.
Jacques Taminiaux, répondant à Christian Descamps, in Le Monde-aujourd'hui du 11/12/83.
mardi 3 novembre 2020
Figures (1003)
Pour Bogart, "con" et "professionnel" constituaient les deux termes majeurs de la mythologie verbale. Homme très moral - en exagérant un peu, on pourrait dire guindé - il employait "professionnel" comme une médaille de platine décernée à ceux dont il approuvait le comportement; "con", à l'opposé, prenait dans sa bouche une note de mécontentement presque douloureux.
Truman Capote.
Art (102)
Chez les Grecs, on parle de belles choses, mais cette méditation est plus poétique qu'esthétique. L'esthétique, comme discipline, naît vraiment au XVIIIe siècle. Elle a pour ambition de saisir comment la perception sensible s'accompagne d'un plaisir.
Christian Descamps, in Le Monde aujourd'hui du 11/12/83.
lundi 2 novembre 2020
Figures (1002)
Bogart semble métaphysique. Homme, certes, mais comme figure morale, et sans connotations sexuelles ni sensuelles. Sa virilité est dans sa tête et son verbe. Il est une résolution en marche.
Art (101)
Il y a deux conceptions de l'art (plus toutes les autres) : la grasse et la maigre, l'humide et la sèche, la dispendieuse et l'économe. Bien que je me laisse parfois tenter par la première - une femme aux gros seins qui mouille - , je suis plus naturellement séduit par la seconde, plus froide mais mieux proportionnée. N'étant guère équilibriste, je me sens plus proche du calme Apollon que de l'exubérant Dionysos.
dimanche 1 novembre 2020
Figures (1001)
Toujours le même rôle, c'est vrai, mais il n'est rien de plus difficile à rendre sans cesse intéressant que la répétition.
Truman Capote, Humphrey Bogart, in Les chiens aboient.
Art (100)
La mégalomanie culturelle, dit Nietzsche, est une conséquence naturelle du rétrécissement de l'art.
Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary.