vendredi 30 novembre 2018
Langue française (67)
Il est presque grisant - voire envoûtant - de crier, comme font les Italiens, dans une langue où l'accent tonique porte généralement sur la pénultième ou l'antépénultième: bravo! Lucignolo! En français, la pointe étant toujours à l'extrémité de la flèche, c'est épuisant.
Estacadres (496)
Celui qui parle de l'amour parce qu'il est amoureux et celui qui en parle sans l'être ne devraient pas s'entrelire.
jeudi 29 novembre 2018
Langue et langage (1)
Chaque regard en réinventant le monde réinvente chaque fois le langage.
Pierre Guiraud, La stylistique, p. 31.
Pierre Guiraud, La stylistique, p. 31.
Estacadres (495)
Pour qu'une femme soit désirable, elle doit se désirer elle-même. Le narcissisme est un des attraits de l'amour, et non le moindre. C'est un mimétisme. Comment pourrais-je convoiter ce corps, avoir soif de cette âme si celle qui en vit n'en meurt pas d'amour elle-même? Nul n'aspire à jouir d'un être inhabité. Pas de séduction sans autoséduction.
Figures médiatiques (344)
A New York, où il a monté et interprété Writer' Block, composé de Riverside Drive et de Old Saybrook, deux pièces en un acte, Woody Allen est ainsi brocardé : "Une mise en abyme où l'on avait l'impression qu'une star de l'architecture avait accouché d'une cabane de jardin."
Cold War (Pawel Pawlikowski)
En 2014, Ida nous faisait ressentir la médiocrité d'une vie sous l'étouffoir communiste, la tautologie des jours, une vie semblable à l'ectoplasme du destin, une vie sans venue ni repousse, une vie dont la gravité et le centre sont ailleurs, une vie poussiéreuse et boueuse, un sédiment du possible, une vie succédanée, une vie de ménage, une vie rétrécie par la grande lessive des cervelles, une vie scellée dont la clé rouille au fond du puits de la mémoire, une vie de défaites quotidiennes, sans ombre ni soleil, hivernale et stérile jusqu'au cœur de l'été. Une vie au désespoir désespérant, un désespoir jamais complet, un désespoir sans plénitude. Alors? Pourquoi ne pas retourner à l'anéantissement de la vie communautaire en Dieu? Même sans Dieu...
En 2018, après avoir subi En liberté et I feel good, nous pouvons voir enfin un vrai film, du même Pawlikowski, qui nous change du gros cinéma de ficelles. Dans Cold War le scénario est tissé de fils de soie. L'humanité en clair-obscur. Exaltation de la beauté, dégoût des compromissions. Brûlures et lassitudes de l'amour. Alternance - "folie circulaire", disait Gide; "forteresse et jardin", disait Montherlant - du ciel et de l'enfer, car l'amour est divin mais la vie vient du diable. Un couple que les ans n'attiédissent doit sans fin se déchirer et se recoudre, se brocher, se débrocher. Pour finir infiniment. Tentation- répulsion, joie et souffrance dont les amants ne se libèrent qu'en s'enchaînant dans la mort.
En 2018, après avoir subi En liberté et I feel good, nous pouvons voir enfin un vrai film, du même Pawlikowski, qui nous change du gros cinéma de ficelles. Dans Cold War le scénario est tissé de fils de soie. L'humanité en clair-obscur. Exaltation de la beauté, dégoût des compromissions. Brûlures et lassitudes de l'amour. Alternance - "folie circulaire", disait Gide; "forteresse et jardin", disait Montherlant - du ciel et de l'enfer, car l'amour est divin mais la vie vient du diable. Un couple que les ans n'attiédissent doit sans fin se déchirer et se recoudre, se brocher, se débrocher. Pour finir infiniment. Tentation- répulsion, joie et souffrance dont les amants ne se libèrent qu'en s'enchaînant dans la mort.
mercredi 28 novembre 2018
Langue française (66)
L'acculturation du colonisé est à la fois une aliénation et une chance. Derrida écrit: "Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne." Il aurait pu aussi écrire que cette langue lui donnait prise sur le monde et son propre destin. Et lui donnait le moyen d'infléchir ou enrichir cette nouvelle langue. Vingt siècles après la colonisation romaine, le latin s'est transformé en français. Paraphrasons la formule de Derrida: nous n'avons qu'une langue, et ce n'est pas la nôtre - le latin.
Estacadres (494)
L'amour est une figure de l'oxymore*. Quoi de plus éloigné de moi que cet autre sexe et quoi de plus proche que cette intelligence et cette complicité? Terre étrangère en apparence pour l'ivresse du dépaysement, paysage intérieur fait de la même étoffe de rêve, du rêve rassurant qui m'accompagne depuis le giron maternel. Car pour aimer je dois être étendu entre l'autre et moi-même; et sur ce pont de l'aventure essentielle je vais et viens sans cesse, cherchant l'autre en mon miroir et mon image en l'autre. Tu es moi, mais si tu n'étais que moi pourquoi te voudrais-je encore? Tu es autre, mais si tu n'étais qu'autre pourquoi ne te fuirais-je pas?
* D'où il s'ensuivrait que si l'oxymore nous trouble tant, c'est qu'il est une figure de l'amour.
* D'où il s'ensuivrait que si l'oxymore nous trouble tant, c'est qu'il est une figure de l'amour.
Figures médiatiques (343)
Hollywood ending est une comédie plaisante. Ni génial ni profond, le cinéma de Woody Allen nous séduit dans les vieilles couches de notre inconscient et nous renvoie au temps fabuleux de l'enfance: la désuétude du climat ravive notre nostalgie; le petit homme timide qui se débat pour survivre dans la jungle des affairistes, c'est nous; rater pour réussir et (re)gagner l'amour de sa belle, c'est nous aussi, le rêve du petit dans le monde des grands; et, enfin, le feu d'artifice des mots pour aveugler les incrédules et éblouir les "créatures", c'est ce qui nous reste, à la réflexion... Serviteur volontaire de la série B, Woody Allen est parfait.
mardi 27 novembre 2018
Pierre Salvadori
Il y a une filiation entre de Broca et Rappeneau. Salvadori, qui les considère comme des maîtres, n'a pas leur profonde légèreté (pas d'oxymore).
Cible émouvante (92)... et molle, est gentil, mais sans vrai rythme ni vraie nouveauté. De toutes petites audaces. Le meilleur du film est dans son titre.
Pour Les apprentis (94), on s'attriste de ne pas aimer davantage ce film d'une légèreté... évanescente. Un bon passage: quand Fred déclare sa flamme à Agnès et qu'elle répond qu'elle consent à faire l'amour avec lui, mais sous les yeux de son amant voyeur. Le reste est (agréablement) mollasson.
En réalité, ses comédies ne font pas rire. Comme elle respire (98) respire un ennui insidieux, dont on voudrait se défendre car on devine un auteur intelligent et sensible. Alors on sourit parfois, poliment.
Quoiqu'assez artificiel, Après vous se laisse regarder, mais ce n'est quand même pas du Lubitsch.
Hors de prix confirme l'impression générale: ennui modéré mais persistant, essentiellement dû à la faiblesse de l'action, au manque de rigueur dans ses enchaînements et aux caractères flous des personnages; ils ne sont pas eux-mêmes indécis, mais leurs traits sont mal dessinés. Nous n'avons avec eux qu'un contact abstrait. Dire qu'il s'agit d'un film inconsistant serait méchant, insaisissable serait trop élogieux. Existe-t-il un terme intermédiaire? Atonique? Lymphatique? Impalpable? Fuyant?
Le dernier en date, En liberté, a les mêmes défauts que les autres: gags lourds et répétitifs, facticité (c'est du cinéma hors sol) et manque d'originalité dans la réflexion. A cela s'ajoute - c'est nouveau - une grande violence dans les scènes d'action. On sait que c'est "pour rire", mais les enfants non.
Les réactions, presque toutes positives, de la critique sont pour moi mystérieuses. Passons sur l'absurdité de l'histoire. C'est son traitement qui cloche. Les personnages que le réalisateur nous vend comme incroyables sont tout simplement incrédibles, malgré l'indéniable qualité des acteurs principaux. On sourit parfois, on est touché, mais quelle absence de bulles! Ce n'est pas du champagne, c'est du Red Bull.
Cible émouvante (92)... et molle, est gentil, mais sans vrai rythme ni vraie nouveauté. De toutes petites audaces. Le meilleur du film est dans son titre.
Pour Les apprentis (94), on s'attriste de ne pas aimer davantage ce film d'une légèreté... évanescente. Un bon passage: quand Fred déclare sa flamme à Agnès et qu'elle répond qu'elle consent à faire l'amour avec lui, mais sous les yeux de son amant voyeur. Le reste est (agréablement) mollasson.
En réalité, ses comédies ne font pas rire. Comme elle respire (98) respire un ennui insidieux, dont on voudrait se défendre car on devine un auteur intelligent et sensible. Alors on sourit parfois, poliment.
Quoiqu'assez artificiel, Après vous se laisse regarder, mais ce n'est quand même pas du Lubitsch.
Hors de prix confirme l'impression générale: ennui modéré mais persistant, essentiellement dû à la faiblesse de l'action, au manque de rigueur dans ses enchaînements et aux caractères flous des personnages; ils ne sont pas eux-mêmes indécis, mais leurs traits sont mal dessinés. Nous n'avons avec eux qu'un contact abstrait. Dire qu'il s'agit d'un film inconsistant serait méchant, insaisissable serait trop élogieux. Existe-t-il un terme intermédiaire? Atonique? Lymphatique? Impalpable? Fuyant?
Le dernier en date, En liberté, a les mêmes défauts que les autres: gags lourds et répétitifs, facticité (c'est du cinéma hors sol) et manque d'originalité dans la réflexion. A cela s'ajoute - c'est nouveau - une grande violence dans les scènes d'action. On sait que c'est "pour rire", mais les enfants non.
Les réactions, presque toutes positives, de la critique sont pour moi mystérieuses. Passons sur l'absurdité de l'histoire. C'est son traitement qui cloche. Les personnages que le réalisateur nous vend comme incroyables sont tout simplement incrédibles, malgré l'indéniable qualité des acteurs principaux. On sourit parfois, on est touché, mais quelle absence de bulles! Ce n'est pas du champagne, c'est du Red Bull.
lundi 26 novembre 2018
Langue française (65)
Fascinés par l'origine, les humanistes n'ont que mépris pour la langue vulgaire, alors que Rabelais se moque de l'origine comme de la nouveauté; sa fascination ou plutôt sa délectation est le langage: "L'os et la moelle ne font qu'un dans un corps vivant." (P. Lepape, Le pays de la littérature, p. 77).
Estacadres (493)
Si je te suis, Amour, c'est pour que tu me sois un frein contre les vices et un sentier charmant vers les vertus.
Pierre de Vic, moine de Montaudon.
Pierre de Vic, moine de Montaudon.
Figures médiatiques (342)
Woody Allen par lui-même : "Il y a un mythe qui me colle à la peau. On pense que je suis un intellectuel parce que je porte des lunettes et que mes films perdent de l'argent. En fait, le cerveau est mon deuxième organe favori... Mais je ne suis pas du tout un intellectuel, pas du tout! Je suis le gars qui rentre chez lui, qui regarde le basket à la télé en buvant une bière. Je ne suis jamais rentré chez moi pour lire Isaiah Berlin. Je n'ai jamais été un bon élève, je préférais faire du sport. On me voit comme un rat de bibliothèque, mais rien n'est plus éloigné de la vérité. Je n'ai jamais lu un livre avant 18 ans. Je ne lisais que des BD. Puis j'ai commencé à sortir avec des filles qui ne s'intéressaient pas du tout à des types incultes. J'ai commencé à lire par nécessité. Je commençais à sortir avec une fille, et d'un seul coup elle citait William Faulkner, et moi, je ne savais même pas qui c'était. Lire, c'était une question de survie, juste pour faire la conversation ou pour faire des plaisanteries. Si elles m'avaient parlé de tricot, je me serais documenté sur la laine."
Propos recueillis par François Forestier in N.O. 1958 du 16/05/02.
Propos recueillis par François Forestier in N.O. 1958 du 16/05/02.
dimanche 25 novembre 2018
Langue française (64)
Un art a fabriqué une langue : Le serment de Strasbourg au IXe siècle, a créé la langue française. C'est pourquoi Pierre Lepape a intitulé son livre Le pays de la littérature.
Estacadres (492)
Ah, l'amour nous déshabitue de ses joies, comme la mère sèvre l'enfant en se passant la poitrine à l'absinthe.
Kleist, Correspondance complète, p. 217 (Gallimard).
Kleist, Correspondance complète, p. 217 (Gallimard).
Figures médiatiques (341)
Quand il est en forme, c'est-à-dire sous antidépresseur, Woody est capable de nous emballer : il s'oublie et ça nous vaut une agréable comédie policière comme Le sortilège du scorpion de jade, par exemple.
samedi 24 novembre 2018
Langue française (63)
Héraut du pays et de sa littérature, du Bellay est qualifié par Pierre Lepape, de "soldat mélancolique de la langue française". (p. 112 du Pays de la littérature).
Estacadres (491)
L'amour est comme la racine de gingembre qu'on met dans le derrière des chevaux anglais pour qu'ils aillent plus vite.
Abbé Mugnier, citant Valéry dans son Journal de l'Abbé Mugnier.
Abbé Mugnier, citant Valéry dans son Journal de l'Abbé Mugnier.
Figures médiatiques (340)
"Imaginer la naissance, dans le quartier juif de Brooklyn, d'un gamin à chevelure d'écureuil, dont le père ressemble à Fernandel et la mère à Groucho Marx (sans la moustache); évoquer le traumatisme d'un enfant de trois ans qui découvre les sections interdites d'un livre pornographique en braille; comprendre comment le souvenir de l'holocauste amène un jeune admirateur de Charlie Parker et Sydney Bechet à troquer le saxophone pour la clarinette, moins encombrante à emporter en cas de pogrom; [...]", c'est trois façons d'esquisser le portrait d'un Woody Allen, comme le fait Jean-Luc Douin in Télérama 2123 du 19/09/90.
lundi 19 novembre 2018
Langue française (62)
Le français est une fabrication de la littérature.
Pierre Lepape, Le pays de la littérature, Points, p.23.
Pierre Lepape, Le pays de la littérature, Points, p.23.
Figures médiatiques (339)
Je n'aurais pas peiné Woody Allen en lui disant que je n'avais pas aimé son Manhattan. Lui-même l'a détesté tout de suite :"Après l'avoir fini, j'avais proposé aux producteurs de tourner un autre film pour rien s'ils m'autorisaient à détruire le négatif..."
dimanche 18 novembre 2018
langue française (61)
Les Américains narrent*, le Français écrivent.
*Pas d'adverbes ni d'adjectifs, préconise R. Moody.
*Pas d'adverbes ni d'adjectifs, préconise R. Moody.
Estacadres (489)
C'est l'honneur des hommes de faire passer, avant toute chose, leur amour.
Pierre Herbart, La ligne de force.
Pierre Herbart, La ligne de force.
Figures médiatiques (338)
[Woody Allen] remporte d'autant plus de succès qu'il donne du juif l'image d'un pitoyable névrosé, petit, laid, fragile, et de l'écriture un simulacre consommable par tous ceux qui ne savent rien de l'écriture.
S. Zagdanski, in Le Monde des livres du 23/0499.
S. Zagdanski, in Le Monde des livres du 23/0499.
vendredi 16 novembre 2018
Langue française (60)
Se franciser, pour lui, c'était quitter les marécages du teutonisme pour la raison universelle.
André Gorz, Le traître.
André Gorz, Le traître.
Estacadres (488)
Et l'amour, alors? La jeune paysanne se tord carrément de rire: "Vous autres, Blanches non excisées, vous n'avez pas froid aux yeux parce que vous connaissez le plaisir. L'amour, chez nous, c'est une corvée comme les autres." Ainsi pense Awa, au sexe mutilé et qui s'en félicite: elle est persuadée que si un nouveau-né touche le clitoris de sa mère pendant l'accouchement, il meurt immédiatement. Fait divers de la brousse: enceinte de huit mois, une femme qui avait miraculeusement échappé à l'excision a demandé elle-même la mutilation par peur de mettre en danger la vie de son bébé. L'opération rituelle s'est terminée dans un bain de sang. Ni la femme ni l'enfant n'ont survécu. "C'est Dieu qui l'a voulu."
Chantal de Rudder, African Queens au Burkina Faso, in N.O. 1118 du 11/04/86.
Chantal de Rudder, African Queens au Burkina Faso, in N.O. 1118 du 11/04/86.
Figures médiatiques (337)
... As de la dépression enjouée...
Aurélien Ferenczy, à propos de Woody Allen, in Télérama 3064 du 01/10/08.
Aurélien Ferenczy, à propos de Woody Allen, in Télérama 3064 du 01/10/08.
jeudi 15 novembre 2018
Langue française (59)
L'acculturation du colonisé est à la fois une aliénation et une chance. Derrida écrit : "Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne." Il aurait pu aussi écrire : "La langue que je parle n'est pas ma langue mais elle est le moyen d'avoir prise sur mon destin." Et de faire évoluer cette nouvelle langue. Vingt siècles après la colonisation romaine, le latin s'est transformé en français. Paraphrasons la formule de Derrida : nous n'avons qu'une langue et ce n'est pas la nôtre - le latin.
[cf Jean Birnbaum, Le monde des livres du 04/05/2012.
[cf Jean Birnbaum, Le monde des livres du 04/05/2012.
Estacadres (487)
Etre amoureux, c'est se créer une religion dont le dieu est faillible.
Borges, Neuf essais sur Dante.
Borges, Neuf essais sur Dante.
Figures médiatiques (336)
Vétéran de la déprime. [...] Soudé à son apparence comme une huître à son rocher, il se lamente, se hait - narcissiquement. [...] Une métaphore asthénique du rêve américain. [...] Contre -symbole à l'usage d'une société survitaminée. [...] Avec ses comédies endogames, avec ses faunes asservies par leur propre libération, par leur psycho-verbiage radical-chic, l'Allen-touch spéculait d'abord [sur la déréliction]. [...] D'où Allen, couvert d'amour, de respect, ivre d'une affection universelle peut-il tirer des traits vraisemblables sur la détresse - [...] ? Dans le bazar du stress contemporain, l'allenisme est désormais en solde.
Jean-Paul Enthoven, N.O. 983 du 09/09/83.
Jean-Paul Enthoven, N.O. 983 du 09/09/83.
mercredi 14 novembre 2018
Figures médiatiques (335)
Le pathétique de Woody Allen tient à l'insistance acharnée de l'auteur à appuyer sur ce qui lui fait mal : la médiocrité de son personnage.Il tient peut-être encore plus à l'obstinée médiocrité de ses films.
mardi 13 novembre 2018
Figures médiatiques (334)
... Woody Allen échappe de moins en moins à l'enlisement de l'unanimité* publicitaire. Il dessine avec un soin et un savoir d'où, curieusement, tout humour a disparu, les ornements de son tombeau.
Louis Seguin, Quinz. litt. 427 du 01/11/84.
*le "totalitarisme de l'opinion".
Louis Seguin, Quinz. litt. 427 du 01/11/84.
*le "totalitarisme de l'opinion".
lundi 12 novembre 2018
Langue française (56)
Alors que l'expansion d'un idiome a pour support une situation historique, une puissance, des actions violentes ou non (guerre et commerce, colonisation...), on prête à son succès des causes rationnelles tirées de ses caractéristiques, prétendues ou observées. Pour le français, l'étonnant Rivarol et son portrait en gloire use à merveille de cette rhétorique; pour l'anglais aujourd'hui, on célèbrera l'efficace, l'économie, la souplesse, la créativité, alors que ce sont les beaux restes du Commonwealth britannique et l'hyperpuissance états-unienne qui ont décidé de tout."
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.
.
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.
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Estacadres (484)
Le docteur D. prétend que la religion serait magnifique, s'il n'y avait pas ceux qui la pratiquent et ceux qui en vivent. On pourrait dire la même chose de l'amour.
Marcel Jouhandeau, Chronique d'une passion.
Marcel Jouhandeau, Chronique d'une passion.
Figures médiatiqueq (333)
A partir du moment où un auteur décide de parler de lui, rien que de lui, sans plus se donner la peine de déguiser, comme dans Annie Hall ou Manhattan, la question de l'intérêt public devient oiseuse.On aime ou non les* confidences. On s'identifie ou pas...
M. Mardore, N.O. 839 du 08/12/80.
*Je dirais "ses".
M. Mardore, N.O. 839 du 08/12/80.
*Je dirais "ses".
dimanche 11 novembre 2018
Langue française (55)
Cette langue est unifiée, élégante, se veut claire et logique, ce qui paraît justifier une prétention à l'universalité. C'est [...] le thème du fameux concours de l'Académie de Berlin, en 1784, où s'illustrera Rivarol.
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.
Estacadres (483)
L'amour chez les enfants, comparé à l'amour chez les adultes. Selon une enquête, des enfants ont répondu : "L'amour des enfants est plus clair."
"L'amour des enfants est un amour débutant, l'amour des adultes est un amour professionnel."
"Pour les parents, c'est un jeu. Pour nous, c'est sérieux."
"L'amour des enfants est un amour débutant, l'amour des adultes est un amour professionnel."
"Pour les parents, c'est un jeu. Pour nous, c'est sérieux."
Figures médiatiques (332)
Si les films de Woody Allen plaisaient tant aux paumés des années 80, c'est parce qu'ils flattaient leur défaite et la roulaient lentement dans le berceau de l'art : ils leur proposaient de se barricader dans leur mélassier existentiel, et de hisser le pavois : de consommer en somme, et sans rougir, leur maso-narcissisme.
samedi 10 novembre 2018
Horizons (44)
Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Métis. Le dîner fini, Pénia, voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivré de nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit. Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de mettre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle se coucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'il fut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphrodite est belle.
Etant fils de Poros est de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile; sans jamais avoir d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance.
Platon, Le banquet, discours de Socrate.
Etant fils de Poros est de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile; sans jamais avoir d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance.
Platon, Le banquet, discours de Socrate.
Langue française (54)
[Pour Vaugelas et consorts] , de même que l'homme-Christ est en Dieu, et Dieu dans cet homme, qu'il est cet homme, le français est dans la pensée, dans la raison, qui sont dans cette langue. Le français est raison; la raison, comme la clarté, est française. Il fallait un signe matériel de ce mystère, comme il y a dans le mystère chrétien une "transsubstantiation" de la chair et du sang christiques en pain et en vin. Ce sera un ordre, celui qui permet à la chaîne de mots de devenir phrase, support de jugement, et donc de pensée.
Alain Rey, L'amour du français, p. 103.
Alain Rey, L'amour du français, p. 103.
Estacadres (482)
Si l'amour est une interrogation perpétuelle, personne ne nous aime autant que la police.
Milan Kundera.
Milan Kundera.
Figures médiatiques (331)
Dans Manhattan, Woody ne nous sert que des tronches pâles et geignantes de zigotos nombrilistes qui passent le plus sombre de leur temps à faire du rodéo autour de leurs états d'âme et de leur trou du cul.
vendredi 9 novembre 2018
Le grand bain (Gilles Lellouche)
Un (grand) film ne se résume pas à son anecdote, donc il ne se raconte pas. Les critiques le font, c'est suffisant. Il ne se raconte pas mais il donne à sentir, à penser et à dire. Je le dis: Le grand bain n'est pas un simple feel good movie, c'est un chef-d'œuvre, un grand embrassement d'humanité. Un embrasement aussi, qui n'a pas besoin de briller pour éclater, qui rayonne comme un réacteur de "générosité du principe de vie", aurait dit Bergson.
Et si le mot "chef-d'œuvre" est intimidant, alors "grande œuvre" fera l'affaire, car une grande œuvre ne se contente pas de décrire les hommes dans leur condition passagère - événementielle - , elle force le passage, outrepasse et revient témoigner du cœur du monde et du cœur des hommes, témoigner du moins qu'elle les a questionnés.
Tout chef-d'œuvre, disait Brunschwicg, est une impasse. Dans le sens qu'il n'y a rien à y ajouter. Mais une grande œuvre, même une œuvre simplement réussie, est alors une impasse... large comme les Champs Elysées, puisqu'elle fera des enthousiastes et, forcément, des épigones. Le grand bain est une "impasse" large comme un millier de bassins olympiques (les Américains veulent déjà le refaire!).
Le grand bain atteste de l'humanité. Pas seulement de la camaraderie. La camaraderie a parfois la poitrine aussi étroite que l'esprit de corps (les jeunesses hitlériennes et les chemises noires étaient des "camarades"). L'humanité, au contraire, si elle englobe la camaraderie, reconnaît les altérités; elle nous donne à respirer l'univers. Elle est sensible à l'universel singulier. L'autre est un miroir de moi-même - mais jusqu'à un certain point: si l'autre me nie, le miroir se brise (très bel affrontement verbal entre le personnage principal et son "beauf"... qui se termine de manière peu civilisée).
Au moins autant que la natation synchronisée, les acteurs du Grand bain pratiquent ce que les philosophes appellent l'Einfühlung (pénétration d'une pensée étrangère).
Tout ça est bien beau mais ne nous dit rien de l'art du metteur en scène: c'est que l'art est un mystère - fait de science et d'humanité. C'est-à-dire de science et de conscience. (1)
L'épigraphe du film aurait pu être cette parole de Goethe: "l'homme n'est vraiment humain que lorsqu'il joue". C'est l'enfant qui fait l'homme.
La fin du film est grandiose. C'est un conte de fées. Le propre de l'humanité n'est-il pas de croire soi-même aux histoires qu'elle (se) raconte? (2)
(1) Il serait vain d'essayer d'expliquer l'art par la technique: l'art est une vision et une pénétration. Pourquoi l'amateur Lellouche est-il un grand réalisateur et le chevronné Lelouch un médiocre? Là est le mystère.
(2) J'ai oublié de dire que le film commence et finit par une métaphore sur le rond et le carré, leur possible ou impossible rencontre. Au-delà de la leçon "nodo-gordienne" de la résolution de la quadrature du cercle, il y a la démonstration par l'exemple que l'un est préférable à l'autre, mais qu'il ne peut se poser qu'en s'opposant: pas de plaisir sans douleur ni de joie sans peine ni d'amour sans tristesse. pas d'espoir sans désespoir. Dans cet ABC du rythme et de l'harmonie que constitue La théorie de la démarche, Balzac écrit: "La vertu des femmes est intimement liée à l'angle droit". Puis il ajoute: "Toutes les femmes qui ont fait ce que l'on nomme des fautes sont remarquables par la rondeur exquise de leurs mouvements". Serait-ce à dire que la sensualité est vicieuse, comme le cercle? Oui, mais on parle aussi de "cercle vertueux"...
Et si le mot "chef-d'œuvre" est intimidant, alors "grande œuvre" fera l'affaire, car une grande œuvre ne se contente pas de décrire les hommes dans leur condition passagère - événementielle - , elle force le passage, outrepasse et revient témoigner du cœur du monde et du cœur des hommes, témoigner du moins qu'elle les a questionnés.
Tout chef-d'œuvre, disait Brunschwicg, est une impasse. Dans le sens qu'il n'y a rien à y ajouter. Mais une grande œuvre, même une œuvre simplement réussie, est alors une impasse... large comme les Champs Elysées, puisqu'elle fera des enthousiastes et, forcément, des épigones. Le grand bain est une "impasse" large comme un millier de bassins olympiques (les Américains veulent déjà le refaire!).
Le grand bain atteste de l'humanité. Pas seulement de la camaraderie. La camaraderie a parfois la poitrine aussi étroite que l'esprit de corps (les jeunesses hitlériennes et les chemises noires étaient des "camarades"). L'humanité, au contraire, si elle englobe la camaraderie, reconnaît les altérités; elle nous donne à respirer l'univers. Elle est sensible à l'universel singulier. L'autre est un miroir de moi-même - mais jusqu'à un certain point: si l'autre me nie, le miroir se brise (très bel affrontement verbal entre le personnage principal et son "beauf"... qui se termine de manière peu civilisée).
Au moins autant que la natation synchronisée, les acteurs du Grand bain pratiquent ce que les philosophes appellent l'Einfühlung (pénétration d'une pensée étrangère).
Tout ça est bien beau mais ne nous dit rien de l'art du metteur en scène: c'est que l'art est un mystère - fait de science et d'humanité. C'est-à-dire de science et de conscience. (1)
L'épigraphe du film aurait pu être cette parole de Goethe: "l'homme n'est vraiment humain que lorsqu'il joue". C'est l'enfant qui fait l'homme.
La fin du film est grandiose. C'est un conte de fées. Le propre de l'humanité n'est-il pas de croire soi-même aux histoires qu'elle (se) raconte? (2)
(1) Il serait vain d'essayer d'expliquer l'art par la technique: l'art est une vision et une pénétration. Pourquoi l'amateur Lellouche est-il un grand réalisateur et le chevronné Lelouch un médiocre? Là est le mystère.
(2) J'ai oublié de dire que le film commence et finit par une métaphore sur le rond et le carré, leur possible ou impossible rencontre. Au-delà de la leçon "nodo-gordienne" de la résolution de la quadrature du cercle, il y a la démonstration par l'exemple que l'un est préférable à l'autre, mais qu'il ne peut se poser qu'en s'opposant: pas de plaisir sans douleur ni de joie sans peine ni d'amour sans tristesse. pas d'espoir sans désespoir. Dans cet ABC du rythme et de l'harmonie que constitue La théorie de la démarche, Balzac écrit: "La vertu des femmes est intimement liée à l'angle droit". Puis il ajoute: "Toutes les femmes qui ont fait ce que l'on nomme des fautes sont remarquables par la rondeur exquise de leurs mouvements". Serait-ce à dire que la sensualité est vicieuse, comme le cercle? Oui, mais on parle aussi de "cercle vertueux"...
Langue française (53)
Dans L'amour du français, Alain Rey s'emporte contre la trinité sujet-verbe-complément, qui serait le Mystère du français, et qui n'est qu'une invention du XVIIe siècle!
Estacadres (481)
Les mortels le nomment Eros ailé
Et les dieux Ptéros, parce qu'il donne des ailes.
Homère.
Et les dieux Ptéros, parce qu'il donne des ailes.
Homère.
Figures médiatiques (330)
... bagou Guitry-Bretécher... [...]. Bref, il symbolise à merveille notre époque, notre génération qui ne veulent être dupes de rien, et qui pleurent de tout.
Michel Mardore, à propos de Manhattan, de Woody Allen, in N.O. 786 du 03/12/79.
Michel Mardore, à propos de Manhattan, de Woody Allen, in N.O. 786 du 03/12/79.
jeudi 8 novembre 2018
Langue française (52)
Dans L'amour du français, Alain Rey part de la source du français, en étudie les multiples affluents et dit ne pas craindre l'estuaire. Il s'attache aux méandres.
Estacadres (480)
Qu'il ait un beau teint, sa vie passée au milieu des fleurs l'indique assez; car Eros ne s'établit pas sur les objets sans fleurs ou défleuris; que ce soit un corps, une âme ou tout autre chose; mais là où il y a des fleurs et des parfums, là il se pose et demeure.
Platon, Le banquet, discours d'Agathon.
Platon, Le banquet, discours d'Agathon.
Figures médiatiques (329)
Dans L'outil, le mot, Werner Spies rappelle que les auteurs favoris de Duchamp étaient Alphonse Allais et Alfred Jarry. D'ailleurs, "Duchamp est mort dans sa salle de bains, d'une crise de fou rire provoquée par la lecture du passage d'un texte d'Allais."
mercredi 7 novembre 2018
Langue française (51)
Sévère mais non pas autoritaire, L'amour du français, d'Alain Rey, est un essai savant "contre les puristes et autres censeurs de la langue".
Estacadres (479)
Je t'aime sans jamais t'avoir vue que dans l'ombre.
[...]
Je t'aime et tu n'es pas encore sortie du nombre.
Pierre Reverdy, Ferraille, Le cœur tournant.
[...]
Je t'aime et tu n'es pas encore sortie du nombre.
Pierre Reverdy, Ferraille, Le cœur tournant.
Figures médiatiques (328)
... Asia Argento exhibe son aisselle aux poils noirs telle une réplique euphémisée et inféconde de L'origine du monde, de Courbet.
Fabrice Pliskin, N.O. 2274 du 05/06/08.
Fabrice Pliskin, N.O. 2274 du 05/06/08.
mardi 6 novembre 2018
Langue française (50)
Un poète français veut construire un ensemble non seulement cohérent, mais parfait, infrangible, incassable, comme la musique des sphères. Il y a des exceptions, comme Baudelaire, qui mélange les genres et les styles, le trivial et le sublime. Dans la poésie anglaise, il y a toujours une sorte d'humour qui affleure précisément pour dégonfler toute emphase. C'est en partie pour cela qu'il y a de la comédie dans toutes les tragédies de Shakespeare. Cet humour, on le trouve plus rarement dans la poésie française, comme chez Laforgue et Apollinaire.
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08.
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08.
Estacadres (478)
Mais il suffit d'aimer à la folie et d'entendre gargouiller ses intestins pour que l'unité de l'âme et du corps, illusion lyrique de l'ère scientifique, se dissipe aussitôt.
Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, p. 54.
Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, p. 54.
Figures médiatiques (327)
Gaudin et Le Clézio ont le même âge. L'un fait dix ans de plus et l'autre dix ans de moins.
lundi 5 novembre 2018
Langue française (49)
Un poète français veut construire un ensemble non seulement cohérent mais parfait...
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08
Figures médiatiques (326)
Pourquoi Hannah Arendt détestait-elle Adorno? A cause de l'attitude subtilement condescendante qu'il avait vis-à-vis de Walter Benjamin, son aîné? Poir une raison matérielle? Psychologique? Philosophique? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'elle disait à Günther Anders (son premier mari) : "Celui-là n'est pas près de mettre les pieds chez nous!"*
*Il y a cette raison aussi qu'Adorno, que le nazisme avait condamné à l'exil, ne supportait pas Heidegger (et ne supportera pas l'heideggerei [l'heideggererie] de l'intelligentsia française).
*Il y a cette raison aussi qu'Adorno, que le nazisme avait condamné à l'exil, ne supportait pas Heidegger (et ne supportera pas l'heideggerei [l'heideggererie] de l'intelligentsia française).
dimanche 4 novembre 2018
Langue française (48)
Un poème français a toujours une unité, alors qu'un poème anglais est une hétérogénéité... unifiée.
Michael Edwards, N. Obs 2284 du 14/08/08.
Michael Edwards, N. Obs 2284 du 14/08/08.
Estacadres (476)
Platon fait d'Eros non pas un dieu mais un daimon, un demi-dieu. S'il avait en partage la puissance et la perfection divines on ne saurait en effet comprendre qu'il personnifie l'amour, le désir, mais, d'autre part, s'il n'avait une connaissance du désirable, il ne pourrait y aspirer.
Christian David, L'état amoureux, ib. p. 205.
Christian David, L'état amoureux, ib. p. 205.
samedi 3 novembre 2018
Langue française (47)
La syntaxe anglaise ressemble aux chemins creux d'Angleterre, qui vous obligent à suivre les configurations du terrain, alors que la française évoque une montgolfière qui permet de dominer tout le paysage.
Michael Edwards, N. Obs. 2284 du 14/08/08.
Michael Edwards, N. Obs. 2284 du 14/08/08.
Estacadres (475)
L'état amoureux, dans sa phase critique en tout cas, comporte par nature cette contradiction d'être à la fois extase - poussée hors de soi, "mort du moi" - et projection du moi et de son idéal sur l'objet (sur la représentation que le sujet s'en fait) ...
[...] Un tel trouble, à son acmé, je l'appellerai volontiers orgasme mental.
Christian David, L'état amoureux, P. B. Payot, p. 125.
[...] Un tel trouble, à son acmé, je l'appellerai volontiers orgasme mental.
Christian David, L'état amoureux, P. B. Payot, p. 125.
Figures médiatiques (324)
Audiberti assurait qu'Adamov habitait dans ses sandales.
Jean Lacouture, N. Obs 909 du 09/04/82.
Jean Lacouture, N. Obs 909 du 09/04/82.
vendredi 2 novembre 2018
Langue française (46)
La langue anglaise nous oblige, par sa syntaxe, à passer d'un événement à l'autre, alors que la syntaxe française plane un peu au-dessus de l'événement, cherche à comprendre le sens exact de ce qui se passe et le dit avec un début, un milieu et une fin.
Michael Edwards, auteur de De l'émerveillement (Fayard), in L'Obs 2284 du 14/08/08.
Michael Edwards, auteur de De l'émerveillement (Fayard), in L'Obs 2284 du 14/08/08.
Estacadres (474)
L'amour est figuré dans le jaune des fleurs.
François George, Histoire personnelle de la France (1983).
François George, Histoire personnelle de la France (1983).
Figures médiatiques (323)
Le style Actor's Studio, dont le synonyme pourrait être pourriture et démesure, semble avoir été inventé tout exprès pour Tennessee Williams ...
jeudi 1 novembre 2018
langue française (45)
Vers la trentaine, Beckett affirmait qu'il lui était de plus en plus difficile d'écrire en anglais, et que le français s'imposait à lui, non pas comme langue plus littéraire, mais au contraire. En bon anglais, disait-il, "il n'est pas possible de ne pas écrire de poésie". En français, à l'inverse, langue peu littéraire, "il est plus facile d'écrire sans style." La langue française est "claire" et on n'y est écrivain, comme disait Sartre après Proust, qu'en écrivant "dans une langue étrangère", c'est-à-dire un français non-parlé. Rivarol n'affirmait-il pas déjà, en 1784, qu'il fallait "forcer le naturel" de notre langue pour la rendre "poétique"? Et le grammairien allemand Walter von Wartburg écrit en 1932 : "C'est là la rançon de l'incroyable clarté de la langue française. Elle est claire mais elle ne pénètre pas, elle s'interdit d'arracher à la pénombre de l'intérieur des sensations qui ne correspondent pas à l'intellect humain. Cette clarté empêche également la phrase française de se charger en musique."
Figures médiatiques (322)
... Il avait beaucoup fait rire un ami cinéphile en prétendant que l'actrice souffrait d'une déformation congénitale de la hanche. En réalité, Marilyn se faisait confectionner des talons de hauteur inégale pour mieux mettre ses charmes en valeur.
Marcel Cohen, Détails, p. 57-58.
Marcel Cohen, Détails, p. 57-58.
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