dimanche 31 janvier 2016

Faits et dits enfantins (17)

"Quand je serai un chat, est-ce que je pourrai manger des croquettes?" (in Les herbes folles, d'Alain Resnais).

Marie qui descend une pente en courant. C'est un peu dangereux, alors ses yeux s'écarquillent, comme pour mieux voir. La beauté de son regard à ce moment-là, plus lumineux, d'une lumière qui émane des yeux pour éclairer tout le visage. Elle a ce même regard sérieux, attentif, teinté d'inquiétude aussi, quand elle monte sur un manège. Ce regard, qui a la fixité intense du regard vide - mais en plein - semble s'attacher moins à ce qu'il voit dehors qu'à ce qu'il sent dedans. C'est, comme si l'excitation l'embuait, le regard du rêve sur l'instant du plaisir.

Marie n'a pas entendu son réveil ce matin. C'est la première fois qu'elle va arriver en retard à l'école. Tout le monde sera assis, la leçon aura commencé, elle devra frapper à la porte, entrer et voir tous les regards se tourner vers elle. Alors elle pleure, chaudement, abondamment. Bastien (28 mois) la regarde, et tout à coup s'écrie : "Macumba!"


samedi 30 janvier 2016

Faits et dits enfantins (16)

A l'école, où je conduis Marie, nous rencontrons Catherine, la mère de son amie Maud.
"Elle a pas changé, Catherine", me dit Marie. Une telle réflexion chez une enfant de trois ans me paraît improbable, mais peut-être Marie se rappelle-t-elle que Catherine, avant d'être enceinte du petit frère de Maud, avait la même silhouette mince que celle qu'elle a retrouvée aujourd'hui? Je doute quand même, et lui demande : "Ah! et pourquoi elle a pas changé?
-- Elle a toujours son manteau vert!"

" Bastien [28 mois], est-ce que papa c'est un monsieur?
-- Oui.
--Et maman?
-- Une dame.
-- Et Marie [sa soeur]?
-- Une collègue!"

vendredi 29 janvier 2016

Faits et dits enfantins (15)

"Marie, est-ce que tu es intelligente?
--Oui.
--Qu'est-ce que ça veut dire "intelligente"?
-- Vieille."

"Bastien (28 mois), où es-tu né?
--A Saint-Pol.
--Où ça, à Saint-Pol?
-- Dans un magasin."

mercredi 27 janvier 2016

faits et dits enfantins (14)

Marie m'agresse. Pour me défendre, je lui souffle à la figure. "Ah non! ze suis pas une bouzie!"

 Bastien (28 mois) appelle "au clair de la lune" les objets de couleur mauve (la glace aux fruits des bois, par exemple) , parce qu'ils ont la même couleur qu'un petit disque de boîte à musique qui joue précisément "au clair de la lune"...

mardi 26 janvier 2016

Carol (Todd Haynes)

   Deux femmes se rencontrent et s'aiment. L'une, Carol, est une bourgeoise mal mariée, mère d'une fillette. L'autre, Therese, est une jeune fille qui travaille dans un magasin de jouets (l'amour ignore les frontières), en attendant de pouvoir vivre de sa passion, la photographie. La première est belle et pas très jolie, la seconde est belle et fraîche et jolie. La première est malheureuse, elle va divorcer et craint de ne plus revoir son enfant; la seconde est incertaine et indécise dans ses choix. Va-t-elle épouser le garçon obtus qui l'aime? Va-t-elle se laisser guider par l'instant, l'instinct?
   Carol est un film sur la dissidence. L'amour sépare les amants de la société qui les entoure. L'amour lesbien encore plus: à l'écart social s'ajoute l'écart moral, dans une société (Amérique des années 50) encore façonnée par les wasps de sexe masculin. L'enfer, c'est moins le froid et l'humidité de la période de Noël, que les autres. Que l'amour résiste aux hargneuses et permanentes attaques de l'infernale altérité, est un témoignage de sa force, et de son manque de "bon sens". Le bon sens est la caractéristique d'une société qui aime mieux être respectée qu'aimée. Par conséquent d'une société qui ne s'aime pas. Par sa "morale", elle se prive d'éthique, c'est-à-dire de la considération de l'autre. L'Autre, plutôt que l'Etre, idole abstraite de la bonne conscience occidentale.
   Qu'est-ce qui différencie l'amour unisexué de l'amour bisexué? Rien sur le fond, car l'amour ne peut être que l'amour. Sur la forme, l'homosexualité est un plus grand mystère que l'union des deux sexes, car s'y rencontrent non pas deux natures mais deux degrés du même, non pas l'autre et le même, mais le même en miroir. Entre un homme et une femme le même est autre, entre deux personnes pareillement sexuées, l'autre est le même, ce qui donne à la relation homosexuelle une sorte d'effet stéréoscopique. Freud n'affirmait-il pas qu'il y a plus d'amour de l'humanité dans la relation homophile, parce que l'érotisme y contribue à l'amitié? (1) Quoi qu'il en soit, il s'agit d'amour, d'une passion qui consent à sa blessure, dans un monde sans vraie pitié. Mais une vie sans caresses ni baisers est une vie criminelle. C'est la mort qui se glisse et s'installe dans toutes les failles de l'amour. Car l'amour n'est jamais que la vie rêvée dans l'Eden, comme le dit Novalis: "Tout objet aimé est le centre d'un paradis" (2)

(1) Ainsi pourrait-on dire peut-être  qu'entre l'amitié et l'amour,  il y a l'homosexualité.
(2) Dans son précédent film, Todd Haynes s'en prenait aux conventions et préjugés mortels qui stigmatisaient une relation amoureuse "indigne" entre une femme blanche et un homme noir... et ce film s'intitulait précisément  Loin du paradis. Un beau mélo situé dans un monde écoeurant de bien pensance fluo et d'écrasante insouciance. C'est ainsi que le diable aurait fait l'enfer s'il avait voulu lui donner les attraits du paradis : une société pseudo- naturelle (naturalisée par sa coutume) figée dans les artifices d'une beauté étouffante, d'où toute réflexion semble bannie, où le moindre signe de différence est l'objet de phobies. La vie y est simplement gelée par le conformisme.

lundi 25 janvier 2016

Faits et dits enfantins (13)

"Tout à l'heure, papa, quand t'as accroché le linge, y'avait du vent. Alors le vent a séché le linge. Et maintenant le linge est sec, et y'a pus d'vent. Alors le linge a séché le vent."

Bastien (26 mois) : "Qu'est-ce que tu fais, papa? -- Je cherche des clous. -- Des clous Debussy? "
"Bastien, tu préfère le soleil ou la pluie? -- Préfère le soyeil. -- Qui c'est qui préfère la pluie? Les légumes? -- Non, le parapluie."

dimanche 24 janvier 2016

Horizons (25)

Tous les hommes riches considèrent la richesse comme une qualité personnelle. Tous les pauvres de même. Tout le monde en est tacitement convaincu. La logique seule fait quelque difficulté à l'admettre. [...]
Il n'est pas un nez d'homme qui ne flaire immédiatement, immanquablement, le subtil parfum d'indépendance, d'habitude de commander, d'habitude de choisir partout ce qu'il y a de mieux, de légère misanthropie, de responsabilité consciente, qui s'exhale d'un revenu solide et considérable. A sa seule apparence, on devine le riche alimenté et quotidiennement renouvelé par un choix des meilleures substances cosmiques. l'argent circule sous sa peau comme la sève dans une fleur; il n'y a là ni qualités empruntées, ni habitudes acquises, rien qui soit indirect ou de seconde main : supprimez compte en banque et crédit, et l'homme riche non seulement n'a plus d'argent, mais n'est plus, du jour où il l'a compris, qu'une fleur fanée. Aussi frappante qu'auparavant la qualité de richesse, apparaît maintenant en lui l'indescriptible qualité de néant, avec l'odeur de roussi de l'insécurité, de la caducité, de l'inactivité et de la misère. La richesse est donc une qualité simple, personnelle, qu'on ne peut analyser sans la détruire.
Robert Musil, L'Homme sans qualités, II.

Faits et dits enfantins (12)

Marie (deux ans et demi) et Christophe, son cousin (trois ans et demi) se chantent pouilles. les ressources de la mémoire finissant par s'épuiser, il faut trouver l'injure finale et définitive, l'insulte, ou faire appel à l'imagination. c'est alors que Marie, la plus pauvre en savoir, invente : "Et toi,Tito, t'es une pomme de te... une pomme de... une pomme de... beauté!"
Huit jours après, Marie n'admet toujours pas qu'on lui adresse ce compliment -- elle l'a créé comme une insulte.

"C'est le cheval à bascule", dis-je à Bastien (deux ans), qui proteste : "A Bastien!"

"Papa, est-ce que, quand tu souris, tu arrêtes la pluie?" demande la fille de l'urgentiste Patrick Pelloux.

samedi 23 janvier 2016

Horizons (24)

Une odeur de Temps flottait dans l'air ce soir-là. Il sourit et retourna cette idée dans sa tête. Que pouvait bien sentir le Temps? La poussière, les vieilles horloges et l'odeur des hommes. Et si on se demandait quel bruit pouvait évoquer le Temps? C'était un ruisseau courant dans une grotte obscure, des appels entrecroisés, de la terre tombant sur des coffres vides, la pluie. Et pour aller plus loin, à quoi ressemblait le Temps? Le Temps ressemblait à la neige tombant sans bruit dans une pièce sombre ou à un vieux film muet dans un cinéma d'autrefois, des millions de visages pleuvant comme ces ballons du Nouvel An, sombrant, sombrant dans le néant.
Ray Bradbury, Chroniques martiennes.

vendredi 22 janvier 2016

Faits et dits enfantins (11)

Marie (2 ans et demi) me demande: "Pourquoi y a des portes, papa? Pourquoi y a des portes dans la cuisine et à ma chambre?"

Bastien (25 mois) est toujours aussi toqué de la lune et de Vénus. En plus, il s'est entiché des fleurs de pissenlits, qu'il cueille dans le jardin ou dans les promenades; et, surtout, des églises, avec leur clocher pointu et leur coq en girouette. Il en voit même  parfois où il n'y en a pas ( beffrois, châteaux d'eau...), et prétend toujours que "la cloche va sonner".

jeudi 21 janvier 2016

L'homme irrationnel (Woody Allen)

   Un thriller existentiel à la hauteur de Match Point.
   Un meurtre peut-il être moral? Tuer un être nuisible peut-il sortir un homme de la déprime en donnant un sens à sa vie? Faut-il qu'il y ait du sang pour qu'il y ait du sens? Cesser de tuer le temps, en tuant tout court, mais de manière désintéressée, c'est être existentialiste au-delà de toute théorie philosophique. Qu'il n'y ait rien, et qu'on fasse quelque chose de ce rien, justifie qu'on vive.
   Les acteurs principaux du film, Joaquin Phoenix et Emma Stone, sont parfaits. La narration est dense, grâce à l'atmosphère qui baigne les héros dès le générique: à cette intensité ambiante vient bientôt se greffer un suspense qui l'alourdit, ou plutôt l'aggrave. Et le spectateur s'implique de plus en plus dans cette histoire. Il se demande s'il doit se reconnaître dans ce héros qui confond l'utilité et le sens.
   La vie est une puissance sans acte. Tout acte intentionnel ne participe pas simplement de la vie mais donne à cette vie un sens qu'elle ne réclamait pas. L'acte est donc une échappatoire ou une manifestation de l'orgueil qu'on prend pour une nécessité. Au surplus, aucun acte n'est isolé. Et c'est l'enchaînement des actes qui transforme un acte ordinaire ou extraordinaire en tragédie.
   On cherche un sens quand on est malheureux, mais on est encore plus malheureux quand on cherche un sens. Il ne peut y avoir de vie vraie dans un monde faux. Seulement une vie possible. A chacun son accommodement. L'avancée en âge et en expérience diminue souvent la libido sociale. Le héros de L'homme irrationnel la retrouve (en même temps que la libido tout court) grâce à une sorte d'acte magique que le hasard lui suggère: le désir renaît d'une contingence, donc toute vie, jusqu'au désir même, est contingence. Qu'est-ce qui appartient à l'homme? Qu'est-ce qui dépend de sa liberté? L'usage qu'il fera de cette contingence. Mais qui dit que cet usage "réfléchi" n'est pas aussi contingent? L'amour lui-même est-il essentiel ou accidentel? C'est la question qui se posera aux deux héros de cette histoire, qui les conduit plus qu'ils ne la conduisent, jusqu'à sa conclusion aléatoire. Hasard de la Nécessité, ou Nécessité du hasard? L'humanité, vraiment, est irrationnelle. Un film existentialiste.

Faits et dits enfantins (10)

Arrachant un morceau de couverture à son livre, Marie dit : "J'enlève la croûte!"

Bastien (2 ans) dit curieusement "messe" quand il voit une piscine ou "nage" dans l'eau de son bain. Est-ce parce que Marie se baigne avant d'aller à la messe?

mercredi 20 janvier 2016

Faits et dits enfantins (9)

L'expression favorite de Marie (31 mois), actuellement, est "parseuqueu". Elle n'entre pas forcément dans une réponse, ni ne la constitue à chaque fois tout entière. C'est comme une formule magique qui permet l'économie d'un raisonnement ou d'une explication : elle tient lieu en fait d'introduction à une explication, d'explication même, et de fin d'explication. C'est le sésame du comportement, qui donne à celui-ci toute l'importance, tout le champ; c'est la clé du behaviorisme enfantin : l'illusion de la liberté et de la gratuité, de l'invention, de l'improvisation, opposées au déterminisme frustrant de l'environnement et répondant aux mécanismes non élucidés qui régissent le monde adulte.

Bastien (21 mois) appelle le papier hygiénique "mouchoir à cul" et dit systématiquement, en riant,"saloperie" pour "salopette".

mardi 19 janvier 2016

Faits et dits enfantins (8)

Marie se gargarise et Bastien l'imite. Elle dit "putain", il le répète. Elle dit "purée"...

A la fin d'une histoire "morale" qu'elle vient de lui lire, Françoise dit à Bastien: "Les méchants sont toujours pu...
--...tains!"

jeudi 14 janvier 2016

Faits et dits enfantins (7)

Marie crie à Bastien: "Lucignolo!" [Loutchignolo]. C'est le compagnon de mésaventures de Pinocchio. Et Bastien (22 mois) répète : "Loussinegolo!"

Bastien [21 mois] nous retire nos lunettes en prenant les verres à pleines mains, et dit : "Ouvrir zieux" (je vous ouvre les yeux).
Il dit exprès "mouton" pour "bouton", pour nous faire rire.
Je lui montre une image : "ça, c'est un croco...? -- chon!" conclut-il.

mercredi 13 janvier 2016

Faits et dits enfantins (6)

Marie (3 ans) a résolu aujourd'hui un problème que les naturalistes et les philosophes n'ont cessé de se poser depuis qu'ils existent, un problème dont les racines touchent - pourrait-on dire - aux abysses de la métaphysique elle-même. A la question : "Pourquoi le chat il a une queue?", elle a répondu : " Pour la remuer!"

Bastien (18 mois) , manches retroussées, main dans la poche, le crayon sur l'oreille : un petit menuisier qui aurait mis ses copeaux sur sa tête.

mardi 12 janvier 2016

Au-delà des montagnes (Jia Zhang-Ke)

J'ai beaucoup aimé Still Life (2007) et un peu moins Au-delà des montagnes, du même réalisateur, en 2015. La mélancolie du premier était contagieuse. Elle s'infiltrait en nous, au-dedans de notre dedans, comme une mouche noire dans un bocal sale. Celle du second est plus épaisse, plus lourde, plus banale. Les scènes du début ont l'air surjouées. La suite ressemble à un poisson qu'une queue surabondante empêche de se mouvoir et d'avancer. L 'histoire stagne et ne maintient son intérêt que grâce aux personnages de la maman, du fils adolescent et de la maîtresse. Le premier soupirant -le plus touchant- a été laissé en route, et le second est trop expressionniste.
Ce film, encensé par la critique, manque à mes yeux de finesse, de fluidité, de grâce et de profondeur. Le principal reproche que je lui fais cependant est moral (et n'entache en rien son esthétique ): il concerne premièrement le choix que fait l'héroïne (mais on ne peut en tenir rigueur au réalisateur) et, deuxièmement, l'abandon par le réalisateur (et on peut lui en tenir rigueur) de son premier héros.
Cette dénonciation du matérialisme consumériste est elle-même contaminée par le matérialisme de sa représentation.

faits et dits enfantins (5)

Marie plie une feuille d'artichaut pour en faire deux valves, et s'écrie : "un coquillaze!

L'ubiquité est une éventualité qui ne gêne pas les bébés. Je couche Bastien en lui disant que je suis derrière la cloison (où se trouve en effet mon lit) et, alors que je suis encore auprès de lui, il tape avec sa paume sur ladite cloison, en appelant "papa!" "papa?"

dimanche 10 janvier 2016

Faits et dits enfantins (4)

Cette façon d'osciller la tête qu'ont les nourrissons maintenus en position assise; comme si leurs fesses posaient sur la bosse d'un dromadaire, en route pour la traversée du désert...de la vie!

Un des moments les plus intimes et les plus familiers. Il se répète chaque jour, avant le bain, quand le bébé, assis, totalement nu, se gratte rêveusement des deux mains. c'est une sorte d'abandon, à la fois animal et délicat, une fragilité tranquille, une parenthèse offerte au peintre.

Faits et dits enfantins (3)

Dans la série "Marie et ses métaphores" ( elle appelle par exemple la mine la pointe de son lacet ) , voici la plus ancienne : elle dit train à chaque fois qu'elle voit une inscription qui figure à la hauteur de ses yeux sur l'évier de la cuisine. A y bien regarder, les lettres s'y accrochent par de petites boucles - comme des wagons.
La dernière : alors que nous caressions les petits genoux bien lisses et bien ronds de ses jambes repliées, elle les saisit elle-même comme - Marie dixit - deux baballes.

 "Bastien [un an] , où il est ton petit nez? " Il sort l'index de son poing fermé et le fait ramper jusqu'à ... sa braguette!

samedi 9 janvier 2016

Faits et dits enfantins (2)

Alors que je la fais rouler et tanguer dans notre grand édredon blanc, Marie (2 ans) s'écrie : "Bain mout' " [mousse] . La blancheur, le moelleux, la sensation de légèreté ont-ils suffi pour l'association, ou s'y est-il ajouté le sentiment inconscient d'une navigation?

Pauvre Bastien (2 mois), il s'améliore. Affublé comme un saucisson pas franc d'une tenue ni bleue ni verte, il a ravalé sa jaunisse et perdu son regard de grenouille. Le menton sort un peu des bajoues, qui remontent et, s'il n'a pas encore la bouche en gondole, l'accent circonflexe cède la place au chapeau de gendarme. Pour le reste, rien à signaler. J'attends impatiemment la naissance des fesses.

vendredi 8 janvier 2016

Faits et dits enfantins (1)

Marie (22 mois) pratique avec le langage une sorte d'économie homonymique : dans son jasement, par exemple, tiète signifie tiède, serviette, assiette, sieste, etc.  veut dire chaud, trop, gâteau, et quoi encore? j'estime approximativement son lexique à 100 mots, et sa sémantique à plus du double.

Bastien assis dans ma main, le menton sur le sternum, la tête enfoncée jusqu'aux oreilles dans son absence d'épaules : un air de petit bossu. Ce n'est pas Amour mais Pitié, Pitié avec une majuscule et la proximité de son doublet Piété. sans rien de divin, bien sûr, mais dans les dimensions totale et ultime de l'humain.


lundi 4 janvier 2016

Horizons (23)

Rien n'est digne de pitié comme le froment lorsque par la mégarde du semeur, il a été exilé sur le chemin ou dans la haie. Epis semés sans intention, seuls devant l'ouragan. Ils sont demeurés verts longtemps comme si quelque espoir immense les eût animés, et les derniers soleils les ont desséchés. Ils étaient de bonne sorte, et ils ont vécu parmi les herbes folles. Ils ont cherché le sillon et n'ont pas pu l'atteindre. Ils sont restés méconnus des passants, de ceux qui s'imaginent que la grandeur noble des midis vient du silence des blés immobiles et non de la détresse humblement consentie par chaque épi surchargé.
Jean Gaulmier, Terroir.

vendredi 1 janvier 2016

Etymaginaire (15)

Suissesse - Outre qu'il évoque la blancheur onctueuse du petit suisse (encore plus onctueuse d'être féminine(1) ), le charme de ce mot tient à ce qu'il contient presque tout du plaisir sexuel procuré par une femme : la "suce", la "cuisse", la "glisse", la "fesse", et la terminaison en "esse", comme on disait "gonzesse", "méquesse", en pensant "pécheresse". (2)
(1) Les femmes ont deux fois plus de gras que les hommes.
(2) A quoi s'ajoute la connotation de secret, d'interdit, de contrebande.

Circonflexe - (adj) - Jeune accent souple dont la spectaculaire acrobatie consiste à faire une moue assomptionnelle sur des voyous mamellifères.

Vergetures - Lampyres de la chair, rampant, feux éteints, sous l'écorce crémeuse des belles en cuisses.

Cachottier - 1. Gardien de clapet.
                      2. Gardien de clapier.

Dicodrome (17)

Sollersine (liquidambar) - Chrême importé du Cathay et destiné aux écriages autolâtres d'un Fils du Ciel guyennais, lequel, après chaque onction dudit aliboufier s'ébouffe : Sollers cinabrins! (Ce qui, en français, veut dire : "Brillons Narcisse!).

Etiquet - Mâle de l'étiquette. Comme le tiercelet chez l'épervier, ce mâle est beaucoup plus petit que sa femelle. Maigre, pauvre, d'une envergure étriquée, insuffisant au point d'être ignoré, il symbolise le secret autant que la modestie.

Renégâtisme - Psychodrame au cours duquel un personnage fragile, généralement âgé, abjure son ancienne croyance pour "renaître" à une nouvelle, dans un acte d'immersion lustrale symbolique tellement immane que, saisi par l'émotion, il souille soudain ses draps.