Raidie bite hoir - (expression masculine) - Légataire par voie filiale d'une propension à l'intumescence chronique.
Cas de figure - (expression masculine) - Fracture (ou salade) de museau.
Algorithmes - Calculs douloureux.
Vaginisme - (n.m.) - Trouble caractérisé par les mugissements d'un vagin trop étroit.
Convergence - (n.f.) - Somation superfine d'une mortaise et d'un tenon.
mercredi 24 juin 2015
Horizons (18)
Un matin, tandis que du haut de la terrasse je parcourais des yeux la Marina, ses eaux m'apparurent plus profondes et plus lumineuses, comme si, pour la première fois, j'eusse posé sur elles un regard non troublé. J'eus en cet instant même le sentiment presque douloureux du mot se séparant des choses, comme se brise la corde trop tendue d'un arc. J'avais surpris un lambeau du voile d'Isis de ce monde, et le langage à partir de cet instant me fut un imparfait serviteur. Mais en même temps c'était pour moi comme un nouvel éveil. Semblable aux enfants dont les mains vont tâtonnant, quand la lumière qui naît dans leurs yeux fait retour au monde extérieur, j'allais cherchant des mots et des images où saisir ce nouvel éclat des choses dont j'étais ébloui. Jamais auparavant je ne m'était même douté que parler pût à ce point nous tourmenter, et cependant je n'aspirais pas à retrouver une existence ingénue. Quand nous pensons nous envoler, notre bond maladroit nous est plus cher que la marche la plus sûre en un chemin tout tracé. Et j'explique ainsi la sensation de vertige qui souvent me saisissait au milieu de mon effort.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.
mercredi 10 juin 2015
Etymaginaire (10)
Raidie bite hoir - ( expr. masc.) - Légataire par voie filiale d'une propension à l'intumescence chronique.
Cas de figure - (expr. masc.) - Fracture de museau.
Algorythmes - Calculs douloureux.
Obséquieux - (adj.) - Bas du regard, comme en deuil de sincérité.
Flanelle - (n.f.) - Soutien paresseux (flâne aile) , turgescence laineuse, décollage poussif.
Cas de figure - (expr. masc.) - Fracture de museau.
Algorythmes - Calculs douloureux.
Obséquieux - (adj.) - Bas du regard, comme en deuil de sincérité.
Flanelle - (n.f.) - Soutien paresseux (flâne aile) , turgescence laineuse, décollage poussif.
mercredi 3 juin 2015
Taxi Téhéran (Jafar Panahi)
On sait depuis longtemps qu'on n'a pas besoin des plateaux d'Hollywood ou de Cinecitta pour faire du cinéma et ce film le confirme magistralement. Tout se passe dans un taxi ou du point de vue du taxi, et c'est passionnant. Le metteur en scène est au volant, et ses passagers successifs donnent une image vivante de ses compatriotes. Il y a bien un partisan de la peine de mort pour les petits voleurs et deux demi-cinglées qui veulent remettre à l'eau deux poissons rouges à un certain endroit à midi pile, mais les autres incarnent tous un même désir: vive la liberté !
Film engagé, film d'action militante, mais souriant, tolérant, sans esbroufe. L'absurde n'y est pas gratuit, il est le contretype de la normalité absente. L'Iran des mollahs est sourd à la raison, il faut donc augmenter le son: multiplier les films clandestins. Faire sourdre de partout des libertés irrépressibles. Entretenir l'esprit d'éveil, car tout ce qui profite à l'esprit profite à la liberté. A la liberté de "mal"penser même, car "bien" penser, c'est ce que tous les totalitarismes nous demandent. Panahi est un homme debout qui fait semblant de s'asseoir dans un taxi. Que veut-il? Mettre le monde à feu et à sang? Au contraire. Il veut faciliter les rapports humains en mettant de l'huile dans les rouages de la société.
Adresse aux censeurs: si une liberté vous paraît nuisible, n'en faites pas une martyre en l'enchaînant; encouragez-en une nouvelle, qui viendra l'équilibrer. Certaines libertés ne s'emballent que parce que leurs voisines sont tenues en bride ou en lisière. Pour ne pas être haïs de votre peuple, tolérez qu'il ne pense pas comme vous, paisiblement.
P.-S. S'il est une oeuvre dépourvue d'anses et d'arrogance, c'est bien celle-là. La bonhomie de son réalisateur n'est pas bonasse pour autant. Elle est la force de la modestie, sa rondeur, son relief. La bonhomie est agissante, non qu'elle ne doute, mais l'humanité l'éclaire. "La bonhomie est une perfection." (Joubert)
Film engagé, film d'action militante, mais souriant, tolérant, sans esbroufe. L'absurde n'y est pas gratuit, il est le contretype de la normalité absente. L'Iran des mollahs est sourd à la raison, il faut donc augmenter le son: multiplier les films clandestins. Faire sourdre de partout des libertés irrépressibles. Entretenir l'esprit d'éveil, car tout ce qui profite à l'esprit profite à la liberté. A la liberté de "mal"penser même, car "bien" penser, c'est ce que tous les totalitarismes nous demandent. Panahi est un homme debout qui fait semblant de s'asseoir dans un taxi. Que veut-il? Mettre le monde à feu et à sang? Au contraire. Il veut faciliter les rapports humains en mettant de l'huile dans les rouages de la société.
Adresse aux censeurs: si une liberté vous paraît nuisible, n'en faites pas une martyre en l'enchaînant; encouragez-en une nouvelle, qui viendra l'équilibrer. Certaines libertés ne s'emballent que parce que leurs voisines sont tenues en bride ou en lisière. Pour ne pas être haïs de votre peuple, tolérez qu'il ne pense pas comme vous, paisiblement.
P.-S. S'il est une oeuvre dépourvue d'anses et d'arrogance, c'est bien celle-là. La bonhomie de son réalisateur n'est pas bonasse pour autant. Elle est la force de la modestie, sa rondeur, son relief. La bonhomie est agissante, non qu'elle ne doute, mais l'humanité l'éclaire. "La bonhomie est une perfection." (Joubert)
mardi 2 juin 2015
La Loi du marché (Stéphane Brizé)
C'est un très bon film avec un Vincent Lindon fabuleux de force et de fragilité. Entouré d'acteurs non professionnels dans une réalisation fluide et parfois asphyxiante. Même si certaines scènes sont d'une insistante sobriété, l'empathie que nous éprouvons pour le protagoniste nous aide à les supporter pour lui, avec lui. D'autant que par ailleurs le réalisateur utilise volontiers l'ellipse, pour compenser la charge émotionnelle qu'il nous impose lors des scènes qui durent. Mais l'ellipse est aussi parfois violente...Surtout, pour ne pas se complaire dans la noirceur et la dénonciation implicite, Brizé aère son sujet de manière inattendue en suivant à son cours de rock le couple que le héros forme indéfectiblement avec la mère de son fils handicapé. Un peu plus tard, on les verra danser dans leur salon devant leur fils enthousiaste... Ainsi la vie continue. L'histoire, au choix, finit mal ou finit bien, selon l'importance qu'on accorde à la dignité et à l'humanité.
L'exploitation de l'homme, à la lettre, néantise; elle retourne, comme disait Marx, le moyen contre la fin, assujettissant l'essence de l'homme à sa survie, c'est-à-dire à son existence. L'homme, matière industrielle au même titre que l'objet qu'il fabrique ou le matériau qu'il transforme, ou, pire, les produits qu'il surveille.
"L'homme ne sera-t-il toujours qu'une partie d'homme, un fragment, aliéné, mutilé, étranger à lui-même?" (Paul Nizan, Antoine Bloyé).
L'avidité des nantis un jour se retournera contre eux. Les privilèges financiers dont ils abusent sans frein ni vergogne finiront par devenir insupportables. Et alors, gare au sang!
Il y a deux sortes du cinéma du réel: le réaliste, qui mime la réalité, et le véridique, qui la restitue. Le premier est pléonastique, le second dense de sens. Chez Brizé ce n'est pas l'apparence qui compte (elle n'est qu'ersatz), c'est le traitement du son et de l'image qui restitue précisément ce que masquent les apparences. L'humiliation formelle du héros n'est jamais surlignée, laissant émerger l'iceberg d'humiliations qui le retient sous sa ligne de flottaison.
"Quelle chose étonnante -un dos qui s'éloigne- le dos s'un être injustement blessé qui s'en va pour toujours. Il y a en lui une espèce d'impuissance, une faiblesse qui réclame la pitié, qui vous appelle, qui vous oblige à le suivre." (M. Aguéev, Roman avec cocaïne). Ce dos qui s'éloigne, est celui de Thierry qui renonce enfin à perdre son âme.
L'exploitation de l'homme, à la lettre, néantise; elle retourne, comme disait Marx, le moyen contre la fin, assujettissant l'essence de l'homme à sa survie, c'est-à-dire à son existence. L'homme, matière industrielle au même titre que l'objet qu'il fabrique ou le matériau qu'il transforme, ou, pire, les produits qu'il surveille.
"L'homme ne sera-t-il toujours qu'une partie d'homme, un fragment, aliéné, mutilé, étranger à lui-même?" (Paul Nizan, Antoine Bloyé).
L'avidité des nantis un jour se retournera contre eux. Les privilèges financiers dont ils abusent sans frein ni vergogne finiront par devenir insupportables. Et alors, gare au sang!
Il y a deux sortes du cinéma du réel: le réaliste, qui mime la réalité, et le véridique, qui la restitue. Le premier est pléonastique, le second dense de sens. Chez Brizé ce n'est pas l'apparence qui compte (elle n'est qu'ersatz), c'est le traitement du son et de l'image qui restitue précisément ce que masquent les apparences. L'humiliation formelle du héros n'est jamais surlignée, laissant émerger l'iceberg d'humiliations qui le retient sous sa ligne de flottaison.
"Quelle chose étonnante -un dos qui s'éloigne- le dos s'un être injustement blessé qui s'en va pour toujours. Il y a en lui une espèce d'impuissance, une faiblesse qui réclame la pitié, qui vous appelle, qui vous oblige à le suivre." (M. Aguéev, Roman avec cocaïne). Ce dos qui s'éloigne, est celui de Thierry qui renonce enfin à perdre son âme.
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