samedi 28 mai 2011
Sartre, Gide et Flaubert
Sartre est risible quand il veut donner des leçons d'écriture à Flaubert. Exemple: Flaubert écrit "Un vent léger soufflait". Sartre corrige en "Il y avait un vent léger", sous prétexte que le mot le plus important doit ponctuer la phrase. Du coup il alourdit et martèle: 1,2,3,4,/1,2,3,4, au lieu de 1,2,/ 1,2,/ 1,2, et cet "il y avait" si lourd, si baveux, qui enkyste la moitié de la proposition! Et l'incline comme un escargot sur une feuille! Ce que Sartre ne voit pas et qui est essentiel c'est que la légèreté n'est pas dans le vent (ce serait monotone et statique) mais dans le souffle. "Soufflait" est un mot plus léger que "léger", qui est un mot neutre, et"soufflait" lui donne précisément son mouvement de légèreté. A la fois il l'accentue et l'enlève. Le verbe de Flaubert se termine par une voyelle ouverte (è) et l'adjectif de Sartre par une voyelle fermée (é). L 'erreur du philosophe, quoi qu'il en dise, est d'être plus sensible au sens des mots qu'à leur musique. Ce qu'il n'aime pas dans Flaubert, c'est son trop fidèle miroir. Miroir figé dans les lourdeurs d'un style qui sent l'effort et l'haleine embarrassée. Il l'avoue dans Carnets de la Drôle de Guerre: son modèle inaccessible, c'est le style de Gide (!) .
vendredi 27 mai 2011
Néologisme
Il manque au français le verbe induquer. Eduquer étant mener vers le monde, induquer serait mener du monde vers soi. Eduquer pour habiliter au monde, induquer pour habiliter à soi.
mercredi 25 mai 2011
mots-manie(51)
L'avaricieux n'est pas l'avare. Il est pire. Avaricieux rime avec vicieux. Dire avaricieux pour avare, c'est ajouter le vice au péché, c'est donner un tour de vis supplémentaire à l'avarice.
La voix des mots
Comment peut-on dire "au quotidien", alors qu'il existe une expression si simple et si belle: "chaque jour"?
dimanche 22 mai 2011
Aporie de l'amour
Comment une passion aussi exigeante me porterait à aimer quelqu'un qui se contenterait de moi? Pour sortir de cette impasse, il faut inventer ou découvrir à l'être aimé un mystère qui le dépasse et dont on ne feindra jamais d'être l'organisateur.
samedi 7 mai 2011
Kitsch
A chacun son kitsch (celui des snobs et des dandies s'appelle le camp). Qu'est-ce qui éclope le moins mon petit amour-propre? Mon kitsch latent ou mon kitsch patent? La honte ou l'assomption d'un goût où le spécieux le dispute au spécial? L'affirmant, je me dédouble, je ne suis pas dupe des marches douteuses où se risque ma bête; l'ignorant, je suis tranquille, en toute subjectivité, comme est tranquille l'imbécile dont le bonheur dépend de l'obtusion. Bref, faut-il préférer être un peu plaint ou un peu blâmé? J'y pense en écoutant certaines "blandices dulcisonnantes", rien moins qu'admirables, mais qui remuent quelque chose de mes obscurités ou clartés passées.
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