jeudi 28 février 2013
Saines taxes et mulasseries (10)
Quand on exerce le métier d'écrire, le respect de la langue est élémentaire. Une faute, une seule, n'est pas tolérable. Ou alors il faut absoudre le chirurgien qui opère de travers, le plombier qui s'accommode des fuites ou le poissonnier qui vend de la morue malhonnête. Les paysans de la Longue Marche apprenaient à lire par l'affichage quotidien de nouveaux mots accrochés au cul des charrettes. Apprendre à écrire pourrait se faire de façon similaire. Dans les bureaux et les salles de rédaction devraient s'inscrire en gros caractères les éléments du bon usage grammatical, chaque jour renouvelés...
mardi 26 février 2013
Saines taxes et mulasseries (9)
On ne confond pas musculature et musculation. Pourquoi confondre alors denture et dentition?
Saines taxes et mulasseries (8)
La syntaxe et la lexicographie sont des lubrifiants du verbe et des fluidifiants de la pensée. On pense moins bien quand on ne connaît pas la grammaire. L'ignorance est une mainmorte et la connaissance une mainforte.
vendredi 22 février 2013
Saines taxes et mulasseries (7)
ESPECE est toujours féminin. Une espèce de truc, de machin, de type, de salaud...
Saines taxes et mulasseries (5)
APRES est suivi de l'indicatif. Il faut dire : Après qu'il est parti.
Après qu'elle aura parlé.
Après qu'elle aura parlé.
mercredi 20 février 2013
Saines taxes et mulasseries (4)
Après "c'est de"pas de "dont".
Après "c'est là" pas de "où".
Après "c'est..." il faut "que": C'est de toi que je parle.
C'est de là que je viens.
C'est là que j'habite.
Après "c'est là" pas de "où".
Après "c'est..." il faut "que": C'est de toi que je parle.
C'est de là que je viens.
C'est là que j'habite.
mardi 19 février 2013
L'Ami de mon amie (Rohmer)
Dans le cinéma dit "réaliste", c'est-à-dire la plupart des films ordinaires, tout a l'air si vrai qu'il sonne faux. Chez Rohmer, c'est le contraire. Le jeu des acteurs assume un artifice qu'ils mettent au service de la dialectique de l'amour. Les personnages en sont-ils moins vrais? Sont-ils pour autant désincarnés? Certainement pas, puisqu'ils sont mus par le plus puissant des sentiments.
Rohmer est un fort en thème, un créateur qui ne s'accommode pas de "verser" simplement un langage dans un autre : il crée son langage cinématographique, ou plutôt il initie son désir à la langue dans laquelle il veut l'exprimer. L'Ami de mon amie en est une démonstration, comme la plupart de ses grands films réunis sous le chapeau (ou dans le cabas) des comédies et proverbes.
L'amour est tout à la fois chinois, byzantin, casuiste ET farouche, vandale et barbare. Il faut le tortillonner dans des papillotes de mots pour l'empêcher de ravager la "civilité", les rapports entre les êtres, la vie ensemble. Les ruses y sont inévitables et les paradoxes n'y sont jamais gratuits. Les dialogues rohmériens ressemblent de loin à des promenades sur un parapet. Mais si la caméra s'approche, on s'aperçoit du vide, des remous, des tourbillons du torrent amoureux que ce fragile muret surplombe.
Le moindre quiproquo est ravageur. Il enfonce ici, dans le coeur éprouvé de l'amoureuse, l'épée déchirante et mortelle du pire. C'est parce que la vérité et les mensonges de l'amour sont si cruels qu'on doit les saisir avec la soie des mots.
Ce n'est pas le propos de Rohmer qui étonne, c'est sa démarche : il a choisi le théâtre, mais il le fait au cinéma. Comme le ferait Marivaux sans doute.
Rohmer est un fort en thème, un créateur qui ne s'accommode pas de "verser" simplement un langage dans un autre : il crée son langage cinématographique, ou plutôt il initie son désir à la langue dans laquelle il veut l'exprimer. L'Ami de mon amie en est une démonstration, comme la plupart de ses grands films réunis sous le chapeau (ou dans le cabas) des comédies et proverbes.
L'amour est tout à la fois chinois, byzantin, casuiste ET farouche, vandale et barbare. Il faut le tortillonner dans des papillotes de mots pour l'empêcher de ravager la "civilité", les rapports entre les êtres, la vie ensemble. Les ruses y sont inévitables et les paradoxes n'y sont jamais gratuits. Les dialogues rohmériens ressemblent de loin à des promenades sur un parapet. Mais si la caméra s'approche, on s'aperçoit du vide, des remous, des tourbillons du torrent amoureux que ce fragile muret surplombe.
Le moindre quiproquo est ravageur. Il enfonce ici, dans le coeur éprouvé de l'amoureuse, l'épée déchirante et mortelle du pire. C'est parce que la vérité et les mensonges de l'amour sont si cruels qu'on doit les saisir avec la soie des mots.
Ce n'est pas le propos de Rohmer qui étonne, c'est sa démarche : il a choisi le théâtre, mais il le fait au cinéma. Comme le ferait Marivaux sans doute.
vendredi 15 février 2013
Saines taxes et mulasseries (3)
METEO et TEMPS ne sont pas synonymes. La météorologie est la science des phénomènes atmosphériques. Le temps n'est pas l'étude du temps, et si la météo est mauvaise, le temps peut être beau, et les savants incompétents.
Saines taxes et mulasseries (2)
ERREMENT : Manière d'agir habituelle.
ERREUR : Manière d'agir fautive.
Tous les errements ne sont pas errants.
ERREUR : Manière d'agir fautive.
Tous les errements ne sont pas errants.
mercredi 13 février 2013
Saines taxes et mulasseries (1)
ENCOURIR signifie "risquer". On ne peut donc "encourir un risque" (pléonasme). On court un risque, on encourt une peine. [ cf "Hommage" aux justes]
samedi 9 février 2013
Mots-manie (60)
Non le sens, la présence. Les mots ne sont pas des ânes qui broutent l'herbe pour révéler le pré, mais des âmes habillées de couleurs, d'odeurs et de sonorités irisées par les modes, les temps et les saisons, des âmes vibrant comme des étoffes électrisées par la présence des autres mots.
samedi 2 février 2013
Hors-la-loi (Régis Duqué)
Cher Eno, cher Hervé,
Cette mise en scène de Jérôme Nayer est un spectacle à la fois émouvant et joyeux. Emouvants, les chants et les danses ( Poor Lonesome Cowboy est un sommet d'unisson, d'harmonie, d'union des coeurs et des âmes), joyeux la parodie et le pastiche. Les chants et les danses participent plutôt du pastiche, c'est-à-dire de l'imitation bon enfant. Le texte est tout entier voué à la parodie, mais, pour donner de la chair à la parodie, il faut, au-delà des situations loufoques, des personnages d'une certaine consistance et des propos qui ne soient pas sans résonances. Le pied-tendre, la "fille", l'institutrice, le justicier et le truand ne sont pas des archétypes, mais un rêveur sensible et craintif, une prostituée amoureuse des mots et des sonorités, une forte personnalité qui combat son ennui et son chagrin, un loser psychorigide et flottant finalement converti à la vie, et enfin une explosion du plaisir animal de vivre qui fout le bordel dans sa bourgade mortelle de Bodie et appelle l'univers entier à faire son feu d'artifice avant de s'éteindre comme une pauvre bougie.
Tous ces personnages font une parodie réussie: les sens et la sensibilité du spectateur sont comblés, et son intelligence n'est pas pour autant méprisée. Une parodie réussie doit pouvoir être reçue aussi au premier degré, comme un hommage. Hors-la-loi est donc une dédicace au western. Et un beau cadeau fait aux acteurs.
Cette mise en scène de Jérôme Nayer est un spectacle à la fois émouvant et joyeux. Emouvants, les chants et les danses ( Poor Lonesome Cowboy est un sommet d'unisson, d'harmonie, d'union des coeurs et des âmes), joyeux la parodie et le pastiche. Les chants et les danses participent plutôt du pastiche, c'est-à-dire de l'imitation bon enfant. Le texte est tout entier voué à la parodie, mais, pour donner de la chair à la parodie, il faut, au-delà des situations loufoques, des personnages d'une certaine consistance et des propos qui ne soient pas sans résonances. Le pied-tendre, la "fille", l'institutrice, le justicier et le truand ne sont pas des archétypes, mais un rêveur sensible et craintif, une prostituée amoureuse des mots et des sonorités, une forte personnalité qui combat son ennui et son chagrin, un loser psychorigide et flottant finalement converti à la vie, et enfin une explosion du plaisir animal de vivre qui fout le bordel dans sa bourgade mortelle de Bodie et appelle l'univers entier à faire son feu d'artifice avant de s'éteindre comme une pauvre bougie.
Tous ces personnages font une parodie réussie: les sens et la sensibilité du spectateur sont comblés, et son intelligence n'est pas pour autant méprisée. Une parodie réussie doit pouvoir être reçue aussi au premier degré, comme un hommage. Hors-la-loi est donc une dédicace au western. Et un beau cadeau fait aux acteurs.
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