jeudi 14 juillet 2022

Adieu (1)

Le retour fait aimer l'adieu.
Musset

Figures (2502)

 Il [Charlot] est dégoûtant, tellement vulgaire! Avec son affreuse petite badine, toujours à soulever les jupes et tout ce qui s'ensuit, et sa répugnante façon de marcher!
James Agee, Une mort dans la famille.

Auvergne

 Revu l'Auvergne de notre enfance, la Limagne. C'est vraiment le pays le plus gai du monde. Tout y est coloré, noueux, cagneux, bossu, drôle; l'Allier s'y tord de rire. De Mirefleurs, de Saint-Georges, des alentours du pays Saint-Romain, que ce vaste cirque nous paraît amusant! [...] C'est la bourrée de la nature.
Stanislas Fumet, Dragées pour mon enterrement.

mercredi 13 juillet 2022

Adhésion (2)

 Adhérer? Les mollusques adhèrent.

Figures (2501)

 Chaplin participa un jour, incognito, à un concours d'imitateurs de Charlot. Il remporta... le troisième prix!

Autriche (-Hongrie) (17)

(Suite du 16 et fin) - Et tandis que dans les années 60, la société allemande s'autodéchirait à cause d'un sentiment de culpabilité, qu'en Allemagne des collègues de mon âge parlaient de leur sentiment de honte d'être allemand, en Autriche, c'est le contraire qui s'est produit: nous étions primo innocents, et secundo d'excellents garçons de café. Pour ma génération, qui avait littéralement senti la pestilence du génocide, c'était insupportable.
Peter Turrini, Préface à La bataille de Vienne.

Adhésion (1)

 Le oui qui se cache en vous est plus fort que tous les non et les peut-être.
Nietzsche, Le gai savoir.

mardi 12 juillet 2022

Addiction (5)

 [Suite du 4 et fin] - A l'inverse, les individus dont le cerveau est pauvre en récepteurs, sans cesse en quête d'un niveau de plaisir inatteignable, seraient plus vulnérables face aux risques d'addiction. Les prédispositions à la dépendance constitueraient ainsi, comme par exemple le diabète, une sorte de maladie chronique.
 Fabien Gruhier, Tout dépend du cerveau, in N.Obs. 2591 du 03/07/2014.

Autriche (-Hongrie) (16)

 Contrairement à l'Allemagne, {...] l'Autriche a pris le chemin d'une société "aubergiste", le Hawaï de la Mitteleuropa. [...] Le traité d'Etat de 1955 (accordant la neutralité à la République autrichienne) a fini par légitimer cette ruse, l'Autriche fut présentée comme le premier pays occupé par Hitler. (A suivre)
Peter Turrini, in préface de La bataille de Vienne.

Figures (2500)

 Chaplin était triste parce que, disait-il à Cocteau, il était devenu riche en jouant des rôles de pauvre...

lundi 11 juillet 2022

Figures (2499)

La jeune femme emprunte sans ciller à la station ses motifs fondamentaux pour mettre au point son propre style: la couleur du sable mouillé devient le fameux "beige Chanel", les rayures des tentes de plage et des stores du casino inspirent la création des marinières... Avec Coco, Deauville et la mode française tout entière, encore très engoncée dans le XIXe siècle, entrent de plain-pied dans la modernité.
Lorraine Rossignol, in Télér. 3311 du 26/06/2013.

Autriche (-Hongrie) (15)

 Tu es dans un pays aussi petit que méchant; plein de prisonniers qu'on oublie dans leurs cellules et plus plein encore de geôliers oublieux, plus solidement en poste après chaque méfait...
Peter Handke, Par les villages.

Addiction (4)

 [Suite du 3 ] - Selon le mensuel Pour la science, certaines études suggèrent même que "les personnes ayant les plus fortes concentrations du récepteur de la dopamine dans le cerveau jouissent d'un statut social plus élevé". Elles auraient besoin de moins de motivations pour ressentir du plaisir. (Asuivre)
F. Gruhier, Tout dépend du cerveau, in N.Obs. 2591 du 03/07/2014.

dimanche 10 juillet 2022

Addiction (3)

 ... pour des stimulations identiques, la quantité de dopamine libérée dépend des individus, et cette caractéristique est en partie héréditaire. (A suivre)
Fabien Gruhier, Tout dépend du cerveau, in N.Obs. 2591 du 17/01/08.

Figures (2498)

 [Suite du 2497 et fin] - Ce qui fait la réelle grandeur d'un Chandler, par exemple, c'est qu'il se place à la coïncidence de ces deux fatalités. Marlowe arpentant la ville sait qu'il arpente aussi sa nuit, ce sont ses démons et ses peurs qu'il traverse, sa quête est de lui-même - et son charme réside précisément en ce que sa complexité du milieu où il se débat.
Michel Le Bris, in N.Obs. 1052 du 04/01/85.

Autriche (-Hongrie) (14)

 Etre aussi efficaces que les Allemands, mais sans en avoir l'air, tout en pratiquant un art de vivre méridional, telle est l'une des ambitions autrichiennes.
Joëlle Stolz, in Le Monde du 29/07/11.

Addiction (2)

 Lorsque l'on abuse d'une substance ou d'un comportement, on voit toujours apparaître, grâce à l'imagerie par IRM fonctionnelle, l'activation des mêmes circuits neuronaux du plaisir et de la récompense. Avec libération de la fameuse dopamine, une sorte d'hormone du désir, qui déclenche en cascade la biosynthèse de noradrénaline et de sérotonine - molécules du plaisir.
Fabien Gruhier, Tout dépend du cerveau, in N.Obs. 2591 du 03/07/2014.

samedi 9 juillet 2022

Addiction (1)

 A l'opposé d'ocnophiles, qui recherchent le calme, la répétition, les philobates cherchent le vertige, la mise en danger. L'addiction est présente quand le plaisir est remplacé par la contrainte.
Michel  Lejoyeux, L'addiction sexuelle, ce n'est pas du donjuanisme, in N. Obs. 2370 du 08/04/2010.

Figures (2497)

[Suite du 2496] -  On a souvent opposé un roman noir proprement américain (politique) qui placerait la fatalité dans la mécanique sociale, à un Hadley Chase (psychologique) qui ignore le social pour ne voir qu'une fatalité inscrite dans les personnages. Erreur... (A suivre)
M. Le Bris, in N.Obs. 1052 du 04/01/85.

Autriche (-Hongrie)(13)

 Dans la dernière page du roman Enfants des morts, d'Elfriede Jelinek, "Autrichiens" devient "Autres chiens"...

Adaptation artistique (12)

 Je relève dans Le Monde du 15 novembre 1979, à propos du Don Giovanni de Losey, une remarque de Jacques Longchampt qui devrait bien donner à penser. L'auteur laisse entendre qu'en dépit de la magnificence du spectacle il s'est passablement ennuyé, "jamais, dit-il, ces airs et ensembles admirables n'avaient paru aussi interminables", et il en trouve tout de suite la raison: "Elle tient à une dissymétrie du temps musical et du temps cinématographiques. L'aria de Mozart est en quelque sorte du temps "vertical", suspendu, en profondeur, qui participe de l'éternité; elle s'oppose absolument au temps "horizontal", chronométrique, du cinéma, et d'autant plus que l'on multiplie images, changements de plans, etc." Voilà le point, en effet, à ceci près que ce désaccord fondamental des temps n'existe pas seulement entre le film et l'opéra, il joue également dans les rapports de tous les autres genres entre eux et manifeste la résistance tout à fait générale de n'importe quelle forme d'art à se laisser transposer dans un autre registre que le sien, füt-il apparemment voisin. Il est ce qui fait de la transposition des œuvres non pas avant tout une affaire de talent ou d'honnêteté, mais bel et bien une impossibilité.
Marthe Robert, La vérité littéraire, biblio, p.48-49.

vendredi 8 juillet 2022

Adaptation artistique (11)

 [Suite du 10 et fin] - Le lecteur ne voit pas le personnage, ou du moins il le voit comme il l'entend - et même contre l'auteur: celui-ci a beau le vouloir blond, celui-là peut, s'il en a envie, le voir brun. Je l'ai dit dans un de mes livres, et je crois que c'est vrai: l'enveloppe d'un personnage de roman est modelée pour le lecteur sur l'image qu'il se fait de son âme; comme l'écrit Spinoza: "Le corps est dans l'âme." D'après l'idée qu'il en a ("C'est un séducteur", "cest un escroc"...), le lecteur remanie le portrait que propose l'auteur.
Julien Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/08.

Figures (2496)

 Si le roman noir est radicalement contestataire, c'est parce qu'il va bien au-delà de la dénonciation politique. [Chandler en est un parfait exemple]. (A suivre)

Autriche (- Hongrie) 12

La fin de l'empire des Habsbourg est à la littérature autrichienne ce qu'est la défaite pour les écrivains sudistes des Etats-Unis: un leitmotiv obsessionnel et un thème romanesque aux implications inépuisables qui a inspirés des écrivains aussi différents que Musil, Heimito von Doderer et Joseph Roth.
Jean-Louis de Rambures, Joseph Roth et la nostalgie de l'empire, in Le Monde des Livres du 05/11/82.

Adaptation artistique (10)

 [Suite du 9] - Si je prends l'exemple des adaptations de Madame Bovary ou de Guerre et paix que j'ai vues, ce n'était pas si mal, mais cela n'avait rien à voir avec le roman. Quant aux films inspirés de Stendhal, comme Le rouge et le noir et La chartreuse de Parme, ils étaient à mon avis tout à fait ratés... Surtout, le fait de donner un visage photographié à un personnage de roman le réduit considérablement.
J. Gracq, in N. Obs. 2254 du 17/01/08.

jeudi 7 juillet 2022

Figures (2495)

 L'univers décrit [par Chandler] est typiquement américain, le regard porté européen, le protagoniste conciliant lui, les deux cultures, tout en s'inscrivant à sa façon dans la lignée héroïque de la tradition celtique dont le "Justicier solitaire" américain, qu'il soit cow-boy ou flic urbain, figure l'un des derniers avatars.
J.-P. Deloux, Philip Marlowe: portrait-robot, in Magaz. litt. 211 d'oct. 84.

Autriche (-Hongrie) (12)

 Selon Billy Wilder, les Autrichiens étaient très forts, "ils avaient réussi à faire croire que Mozart était autrichien et Hitler allemand".

Adaptation artistique (9)

 [Suite du 8] - Pour qu'un grand roman devienne un très bon film (il n'y a pas d'impossibilité absolue), il faut que le film soit autre chose, il s'agit de chercher une sorte d'équivalent qui ne se limite pas à la transposition visuelle. (A suivre)
J. Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/08.

mercredi 6 juillet 2022

Adaptation artistique (8)

 (Suite du 7) - Dans le roman le jeu est continuel, ce qui crée une irréalité; en outre, il escamote les trois quarts des scènes qu'il décrit. Cela m'a beaucoup frappé quand Un balcon en forêt a été adapté par Michel Mitrani; la dramatique m'a plu, d'ailleurs, mais c'était autre chose: par exemple, dans le roman, il y a quatre soldats qu'on ne voit pas, dont on sait seulement qu'ils sont là; à l'écran, on les voit, ce qui est tout à fait différent. (A suivre)
Julien Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/06.

Adaptation artistique (7)

 [Suite du 6] - Tout se passe comme si le romancier ou le lecteur de romans disposaient de plusieurs écrans: ils voient les choses de face, mais parallèlement, l'auteur ayant la possibilité de retourner en arrière, d'utiliser les divers temps du verbe, le présent cohabitant avec le futur et le passé, il existe aussi des écrans latéraux où ils perçoivent d'autres éléments. Tandis qu'au cinéma le flash-back est un procédé brutal, qui consiste à plaquer un morceau de passé... (A suivre)
Julien Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/08.

Figures (2494)

 Hammett, c'est plutôt pour les garçons, c'est le Corneille du polar. Proust aurait peut-être pleuré à la lecture de La clé de verre [...] Chandler tout naturellement est pour les dames, c'est le Racine de la Série noire.
Bernard Frank, Digressions, in Le Monde du 03/06/87.

Autriche (-Hongrie) (11)

 Le premier pays auquel Dieu a retiré son crédit.
Musil, parlant de l'Autriche.

mardi 5 juillet 2022

Adaptation artistique (6)

 (Suite du 5) - On ne peut pas dessiner ni inventer une scène de roman; et moi-même, lorsque j'écris, je ne vois pas mes personnages, ce n'est pas ainsi que cela se passe: c'est la sonorité du mot, de la phrase, qui évoque des présences, mais un peu nébuleuses. (A suivre)
Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/08.

Figures (2493)

 A côté de son revitalisant bouillon corsé, Hemingway a l'air d'une biscotte sans sel et Faulkner d'un hachis parmentier.
Alain Demouzon, parlant de Raymond Chandler in Magaz. litt. 211 d'octobre 84.

Autriche (-Hongrie)(10)

 Mon objection principale contre la musique, c'est que les Autrichiens y excellent.
Arno Schmidt, Périlleux transferts.

lundi 4 juillet 2022

Adaptation artistique (5)

  Les bons romans évoquent, et le film est obligé de faire voir. Le roman ne doit jamais faire voir, il est lui-même vision. (A suivre)
Julien Gracq, in N.Obs. 2254 du 17/01/08.

Figures (2492)

 Ses premières pages sont irrésistibles. Si un personnage boite, il boite jusqu'à marcher sur le lecteur.
Patricia Highsmith, parlant de Raymond Chandler in Magaz. litt. 211 d'oct. 84.

Autriche (-Hongrie) (9)

 Elle s'appelait, par écrit, monarchie austro-hongroise, et se faisait appeler, oralement, l'Autriche. La Constitution était libérale, mais le régime clérical. Le régime était clérical, mais les habitants libres penseurs. Tous les bourgeois étaient égaux devant la loi, mais justement, tous n'étaient pas bourgeois.
Robert Musil

dimanche 3 juillet 2022

Adaptation artistique (4)

D'un roman dont on fait un film, il y a deux manières de parler. Lorsque l'âme du roman ne s'envole pas lors de cette opération à cœur ouvert qu'est la transposition, lorsque le rythme des images se substitue sans viol au rythme littéraire, on peut dire que ce roman a été "porté" à l'écran. Dans le cas du magnifique Sarah et le lieutenant français de John Fowles, il est plus sage (et plus inquiétant) de parler d'adaptation [réalisée par Karel Reisz], ce vilain mot qui sent déjà la trahison ou l'édulcoration.
Jean-Luc Douin, in Télérama du 10/03/82.

Figures (2491)

 Peinture [...] d'un monde en pleine décomposition. [...] Une certaine poésie des bars, des rues sous la pluie ou des lumières froides.
Raymond Borde et Etienne Chaumeton, parlant de Chandler in Panorama du film noir américain.

Autriche (-Hongrie) (8)

On sait que, face à une ville telle que Brno, Musil s'enchantait de ce qu'elle offrait d'apatride. Il découvrait avec délices "un défaut de substance intérieure"qui devait, à l'en croire, favoriser de grandes singularités. Le véritable sentiment autrichien, selon lui, "se trouvait à proprement parler sans patrie". C'est parce qu'un défaut de substance intérieure ne pouvait en aucune manière être le fait de la Hongrie, que Musil s'en détournait: on ne pouvait être sans patrie dans cette patrie-là. Le sabre ottoman, fléau absolu, y avait laissé des traces bien profondes, et Musil ne pouvait éprouver aucune attirance pour cette moitié d'Empire, qu'une puissance saturnienne, en l'occupant, avait pour toujours, détournée de la vieille culture cacanienne.(1)
Qu'attendre de ce morceau d'Asie?
Aux portes de Budapest, sans doute Musil éprouvait-il ce que Stendhal éprouvait à Trieste, lorsqu'il écrivait: "Je touche ici à la Barbarie..." Une méfiance insurmontable.
E. Charles-Roux, Monsieur le Cacanien, in Mag. litt. de mai 82.
(1) La Cacanie (Kakanie, i.e. Kaiserlich Könichlich, "impérial royal "), comme l'appelle Musil*, c'est l'empire austro-hongrois qui s'effondra en 1918. "En Cacanie, on se bornait à tenir les génies pour des paltoquets et les paltoquets pour des génies." (Musil)
* Dans L'homme sans qualités.

samedi 2 juillet 2022

Adaptation artistique (3)

 Adapter: sortir de l'ombre pour éclipser.

Figures (2490)

 Pour un écrivain comme moi, doué sans exagération mais ouvert, quel plus grand prestige peut-il y avoir que d'avoir choisi un genre littéraire mineur et d'en avoir fait un sujet de bagarre pour les intellectuels.
Raymond Chandler

Autriche (-Hongrie) (7)

 Insignifiante république alpestre, infectée de culpabilité nazie non assumée.
Elfriede Jelinek

vendredi 1 juillet 2022

Adaptation artistique(2)

 On dit qu'un jeune lecteur écrivit un jour à Hergé: "Je n'aime pas le capitaine Haddock au cinéma. Il n'a pas la même voix que dans les albums."

Adaptation artistique (1)

 Rajeunir l'œuvre ne veut pas dire la moderniser mais la rendre à son temps.
Eric Rohmer, à propos de son film La marquise d'O, d'après Kleist.

Figures (2489)

 [Raymond Chandler est] l'auteur le plus émouvant [du roman noir].
Robert Louit, in Le Magaz. litt. 78 de 1973.

Autriche (-Hongrie) (6)

 L'Allemagne, vue par l'Italie, au fond c'est l'Autriche!
Guy Dumur, in N.Obs. 1000 du 06/01/84.