[ Suite du 1200] - Le voyage et la mort ont de temps immémorial partie liée, et il aurait volontiers dit que voyager, plus sûrement que philosopher, c'est apprendre à mourir. Se mettre en route, c'est nécessairement penser à l'ultime dénouement, qui accompagne comme une basse les pas du voyageur. (A suivre).
Mona Ozouf, parlant de Nicolas Bouvier, in N.O. 2228 du 19/07/07.
dimanche 28 février 2021
Figures (1201)
Art (200)
L'art, c'est la production; la culture, c'est la diffusion. Par exemple: La 9e Symphonie, c'est de l'art. La 9e dirigée par Karajan garde quelque chose d'artistique. Mais la 9e diffusée par Philips ou Sony, c'est de la culture.
J.-L. Godard.
samedi 27 février 2021
Figures (1200)
... Il a parfois regretté cette application maniaque, souhaité avoir plus de désinvolture. Il a tort: pour son lecteur, le charme de cette écriture, comme de l'homme, tient à l'alliage rare de la précision et du lyrisme, de la profusion et de l'ascétisme, du prosaïque et du merveilleux, de la rigueur et du tremblement, du burlesque et de l'angoisse. Celle-ci n'est jamais absente des écrits de Nicolas Bouvier. (A suivre).
Mona Ozouf, in N.O. 2228 du 19/07/07.
Art (199)
... l'art contemporain, pour qui peindre ou sculpter soi-même, sans que ces pratiques salissantes soient déléguées à un ouvrier ou à un assistant, sont des activités ridicules. Car l'art contemporain, cette distinction fictive utilisée, comme le nouveau monde en politique, pour ringardiser l'adversaire ( la sensibilité, la poésie) par des railleries insidieuses, ne se moque jamais des stars, c'est-à-dire des prix spectaculaires pratiqués dans les galeries réputées prestigieuses.
O. Cena, in T. 3560 du 04/04/18.
vendredi 26 février 2021
Figures (1199)
Joë Bousquet, c'est le prophète Joël, non seulement privé d'l, mais aussi des membres qui le feraient marcher gaillardement vers la Jérusalem céleste, tabernacle des âmes où les corps se renforment, où les bossus sont droits et les perclus ingambes.
Art(198)
... un art contemporain qui étouffe l'esthétique sous la sociologie, qui fait passer le discours au-dessus de l'œuvre elle-même, la sentimentalité au-dessus de la sensation, et qui, bien souvent, participe, par l'intermédiaire du marché, même involontairement, à ce qu'on pourrait appeler le blanchiment des consciences. "Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée, écrit Sartre dans Les Mots, à présent je connais notre impuissance." On le sait depuis les tragédiens grecs: rien n'empêche la folie des hommes, leur soif de pouvoir et d'honneurs.
Olivier Cena, in T. 3599 du 02/01/19.
jeudi 25 février 2021
Figures (1198)
[Le projet de Joë Bousquet était de] se servir de sa conscience blessée comme révélateur, pour trouver "l'écriture précise de l'imaginaire", un nouveau réalisme, métaphysique, fondé sur la certitude que le monde est tout entier dans chaque individu, fusion de l'idée particulière et de l'idée absolue.
Geneviève Brisac, in Le Monde des livres du 21/12/84.
Art (197)
Je ne disais pas de Warhol que c'est laid mais que c'est facile. Or je défends le grand art, qui suppose le savoir-faire. Quand Vinci dit: "La pittura è cosa mentale", ça ne signifie pas qu'elle n'est que ça. C'est une condition nécessaire mais pas suffisante. Mais par peur d'être pris pour des artisans, les artistes sont devenus de plus en plus conceptuels.
Hector Obalk, in L'Obs, 24/10/20.
mercredi 24 février 2021
Figures (1197)
La vérité de Joë Bousquet porte sur un mélange de lui et d'un Double mouvant, cette confrontation ayant pour scène un théâtre d'intersignes.
Hubert Juin, in Magaz. litt. de mars 1976.
Art (196)
Nous sommes seuls aujourd'hui, la peinture n'a plus l'abri de la pensée critique.
Cremonini.
mardi 23 février 2021
Figures (1196)
Quel homme étrange que celui-là! Ce n'était pas la conscience des lettres, mais leur inquiétude. Il peuplait à lui seul, parleur immobile sous la lampe pâle, les nuits de Carcassonne. Il savait tout, mais avec une telle profondeur que les pensées sortaient nues de ses regards lorsqu'on le fixait dans les yeux.
Hubert Juin, Joë Bousquet et son ombre, in Magaz. litt. mars 1976.
Art (195)
L'art de notre temps est passé de la sublimation à la gadgétisation. L'art d'autrefois nous sortait de la merde, celui d'aujourd'hui nous y plonge, littéralement.
lundi 22 février 2021
Figures (1195)
Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l'incarner.
Joë Bousquet, cité par Michel Surya.
Art (194)
Le classique, c'est l'éternité dans l'art. Le moderne, c'est le temps dans l'art. Et le sens du futur. Le contemporain n'est que l'art dans le temps.
dimanche 21 février 2021
Figures (1194)
Je loue mon existence qui a fait ma personne légère comme une ombre au sein de ce qu'elle me découvrait. Je dois à ma blessure d'avoir appris que tous les hommes étaient blessés, comme moi.
Le corps qu'ils traînent n'est qu'un rayon brisé et déchu, ranimé, sans doute, mais jusqu'à un certain point par l'irréalité des images qui l'éveillent à lui-même, mais bientôt forcé de trouver au-dessous d'elles une inertie parente de la sienne, la réalité comme nous disons son tombeau.
Joë Bousquet, L'hirondelle blanche, in Le meneur de lune.
Art (193)
... l'art du commentaire (ou l'art expressif), appelé par certains art contemporain...
Olivier Cena, in Télérama 3221.
samedi 20 février 2021
Art (192)
... La peinture de Fernando Botero, même lorsque récemment elle prend pour sujet les massacres en Colombie, m'apparaît comme une illustration stéréotypée - il lui manque cette indispensable part de mystère. Je lui trouve une fonction décorative et stérilisante. Elle ne m'émeut pas. Elle ne me parle pas. Je la regarde, mais elle ne me regarde pas. Elle ne renvoie pas chacun à sa propre singularité, mais, par sa forme ressassée, elle renvoie tout le monde à la singularité de Botero - ce qui est le cas de beaucoup d'œuvres d'artistes contemporains. Or, s'il est vrai que Botero est unique, il ne faut surtout pas oublier qu'il ne l'est ni plus ni moins que vous et moi.
Olivier Cena, in Télérama 2818 du 14/01/04.
vendredi 19 février 2021
Figures (1192)
J'ai voulu absorber le temps afin de n'en rien laisser à celui que l'on peut être par hasard.
Joë Bousquet, Le bourdon du noir, in Le meneur de lune.
Art (191)
L'art contemporain est le royaume de Mimesis. Le caméléon capable de se confondre avec tout, le caméléon-singe à la grimace froide de la métamorphose professionnelle, partout chez lui et compétent en toute incarnation, même celle de sa propre négation: l'art brut. Au royaume de la feinte les portes de corne sont des portes d'ivoire.
jeudi 18 février 2021
Figures (1191)
Je ne me crois pas assez réel pour croire que je mourrai.
Joë Bousquet, Auprès de mon ombre, in Le meneur de Lune.
Art (190)
L'art brut, c'est le refoulé de l'art contemporain qui a toujours cherché à produire des choses intello avec un protocole presque scientifique et le moins de pathos possible.
Laurent Danchin, cité par Sophie Cachon in L'or des fous (T. 3423 p. 27).