vendredi 28 décembre 2018

Langue et langage (25)

Le plus grand critique du langage au xxe siècle fut Fritz Mauthner. Deux milles pages en 1901!
Pour s'élever contre "la grande parlerie illusoire et mensongère de la civilisation." La misère vient du langage: "Il n'y a pas deux personnes qui parlent la même langue et chacun est le point de son propre horizon."
Hélas! par quoi remplacer le langage? A la fin de sa vie, le philosophe s'essaiera à trouver une unité du mot, du moi et du monde. La quête d'une "mystique sans Dieu."

Estacadres (522)

L'amour de la femme est l'ombre d'une palme sur le sable.
L'amour de l'homme est le seul simoun qui puisse briser cette palme et fixer ainsi son ombre.
F. Toussaint, Le jardin des caresses.

Figures médiatiques (371)

   L'homme irrationnel (2015), excellent thriller existentiel, est à la hauteur de Match Point. 
   Un meurtre peut-il être moral?  Tuer un être nuisible peut-il sortir un homme de la déprime en donnant un sens à sa vie? Faut-il qu'il y ait du sang (symboliquement) pour qu'il y ait du sens? Cesser de tuer le temps, en tuant tout court, mais de manière désintéressée, c'est être existentialiste au-delà de toute théorie philosophique. Qu'il n'y ait rien, et qu'on fasse quelque chose de ce rien, justifie qu'on vive.
   Les acteurs principaux du film: Joaquin Phœnix, et Emma Stone, sont parfaits. La narration est dense, grâce à l'atmosphère qui baigne les héros dès le générique. A cette intensité ambiante vient bientôt se greffer un suspense qui l'alourdit, ou plutôt l'aggrave. Et le spectateur s'implique de plus en plus dans cette histoire. Il se demande s'il doit se reconnaître en ce héros qui confond l'utilité et le sens.
   La vie est une puissance sans acte. Tout acte intentionnel ne participe pas simplement de la vie, mais donne à cette vie un sens qu'elle ne réclamait pas. L'acte est donc une échappatoire ou une manifestation de l'orgueil qu'on prend pour une nécessité. Au surplus, aucun acte n'est isolé. Et c'est l'enchaînement des actes qui transforme un drame ordinaire ou extraordinaire en tragédie.
   On cherche un sens quand on est malheureux, mais on est encore plus malheureux quand on cherche un sens. Il ne peut y avoir de vie vraie dans un monde faux. Seulement une vie possible. A chacun son accommodement. L'avancée en âge et en expérience diminue souvent la libido sociale. Le héros de L'homme irrationnel la retrouve (en même temps que la libido tout court) grâce à une sorte d'acte magique que le hasard lui suggère: le désir renaît d'une contingence, donc toute vie, jusqu'au désir même, est contingence. Qu'est-ce qui appartient à l'homme? Qu'est-ce qui dépend de sa liberté? L'usage qu'il fera de cette contingence. Mais qui dit que cet usage "réfléchi" n'est pas aussi contingent? L'amour lui-même est-il essentiel ou existentiel? C'est la question qui se posera aux deux héros de cette histoire, qui les conduit plus qu'ils ne la conduisent, jusqu'à sa conclusion aléatoire. Hasard de la nécessité ou nécessité du hasard? L'humanité, vraiment, est irrationnelle. Un film existentialiste.
   

jeudi 27 décembre 2018

Langue et langage (24)

La langue est un instrument dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
Rivarol

Estacadres (521)

Une rose dans une buire embaume autant que sur le rosier. Notre amour est une rose cueillie, dont le parfum ne veut pas mourir.
Pour ne plus sentir son odeur, je l'ai cachée dans des coffrets: leurs parois n'étaient pas assez épaisses. Je l'ai enfouie dans le sable: elle y avait pris racine et devenait un rosier démesuré. Je l'ai effeuillée avec rage: mes mains en sont à jamais parfumées.

Figures médiatiques (370)

Magic in the moonlight (Woody Allen, 2014)

Ce film est d'un savoir-faire consommé. Tout y est parfait, léché, mesuré. C'est une comédie romantique classique éclairée. Trois siècles de raffinement s'y fondent, avec une préférence pour le siècle de Marivaux. Car c'est du théâtre, et c'est la dialectique seule qui fait avancer l'action, ce sont les dialogues qui débrouillent les idées et embrouillent les sentiments (et vice-versa). C'est frais pour l'âme et délicat pour l'esprit.
Comment une histoire d'amour improbable et pourtant nécessaire parvient-elle à se tricoter sans accrocs tels que l'inhibitoire deviendrait rédhibitoire? En poussant la sophistique jusqu'à l'absurde et le procès des sentiments jusqu'à l'usure du raisonnement. Le marivaudage, en son essence, est la neutralisation l'un par l'autre du raisonnement et de son extravagance. C'est quand l'illusion et la vérité coïncident, quand le sentiment, faufilé dans la ruse, finit par la dépasser et l'abandonner comme une vieille peau, quand il s'accorde avec le jugement et fait entrer deux coeurs dans un même élan spontané. Depuis trois siècles, le marivaudage essaie de nous dire qu'il n'a d'utilité que dans son effacement. Son rôle est fonctionnel: il adoucit par des mots la douleur d'aimer, il enrobe dans la chanson de son discours l'à-vif des sentiments. Il habille et peint le grand dévoilement des êtres, leur mue violente, leur nudité.

P.-S. On dit que Woody Allen n'apparaît plus dans ses films. Ici on croit le reconnaître à moitié dans deux demi-sosies: le magicien comparse et le beau-frère psychanalyste! Un demi-Woody plus  un demi-Woody égalent  un Woody.

Estacadres (520)

 La vie est un labyrinthe à l'entrée aussi aléatoire que la sortie. On pourrait en dire autant de l'amour.

mardi 25 décembre 2018

Langue et langage (23)

La chanson d'une langue importe plus que sa geste. "La linguistique ne nous apprend rien d'essentiel sur le langage." (Paul Valéry)

Figures médiatiques (369)

 Cate Blanchett parfaite dans Blue Jasmine (2013). Elle change imperceptiblement ou totalement de visage sur une simple expression. Du grand art: belle ou laide tour à tour. Un film plus tragique que comique. Si on y sourit parfois, c'est parce que le dérisoire des destins rend les humains extérieurement comiques. Mais la grande maîtrise de Woody nous fait entrer en empathie avec tous les personnages, parfois même simultanément.
Il ne s'agit pas de tragi-comédie classique où le rire balancerait les larmes, mais d'un drame d'inspiration kafkaënne où le comique pourrit l'idée noble d'une  destinée tragique éventuelle. Kafka ou Ionesco. En cela Woody Allen est moderne: la grandeur n'est nulle part en ce monde.
"Toute vie qu'on connaît suffisamment bien est ridicule. Si on la connaît mieux encore, elle est sérieuse et terrible." (Elias Canetti, La conscience des mots, Poche biblio, p.184.) Mais jamais glorieuse.

lundi 24 décembre 2018

Figures médiatiques (368)

Langue et langage (22)

Il y a un code du langage comme il y a un code de la route: le premier est d'autant plus impitoyable qu'il est en partie arbitraire, le contresens y est mortel - socialement.

Estacadres (519)

Tant que l'amour recule devant un crime, il nous semble avoir des bornes, et l'amour doit être infini.
Balzac, Le lys dans la vallée.

dimanche 23 décembre 2018

Langue et langage (21)

Le pirahã a ceci de particulier qu'il ne connaît pas la "récursivité", soit la capacité infinie d'une langue à emboîter, comme une poupée russe, les phrases les unes dans les autres (les subordonnées dans les principales, etc). C'est ce phénomène que Chomsky et ses disciples mettent au fondement du langage humain. Pour Daniel Everett, une telle conception confond les règles du raisonnement avec celles de la linguistique. Si le pirahã n'imbrique pas les phrases les unes dans les autres, ce n'est pas parce qu'il ignore la syntaxe, mais parce qu'il la refuse au nom du règne absolu de l'expérience immédiate, qui est une valeur centrale de cette société. D'où l'appel à une "ethnogrammaire", qui veut voir dans la langue autre chose qu'une mathématique.
Nicolas Weill, in Le Monde du 11/06/2010, à propos du livre de Daniel Everett: Le monde ignoré des Indiens Pirahãs.

Estacadres (518)

Le cercle de l'amour est constant. On tourne sans cesse autour de l'autre qui éclaire et soulève en vous ce que vous êtes.
Novalis, Hymne à la Nuit.

Figures médiatiques (377)

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est un Woody Allen de seconde cuvée, qui, pour ne pas irriter les gosiers, n'aura pas trop fatigué les tonneaux. Les dialogues y sont justes et fins, nuancés, pétillants, les situations imbuvables à souhait, on y prend du plaisir, puis, la machine tournant et ronronnant, on finit par s'agacer un peu, dans la mesure où aucune empathie ne nous lie aux toupies que le réalisateur s'amuse à faire mollement tourner sous nos yeux. C'est subtilement pépère.

samedi 22 décembre 2018

Langue et langage (20)

La patrie des écrivains et des sages est leur langue. Ainsi François Rollin s'adresse-t-il à ses auditeurs en ces termes: "Mes chers homoglottes!"

Estacadres (517)

Tout objet aimé est le centre d'un paradis.
Novalis, Graines de pollen.

Figures médiatiques (366)

Un vieux misanthrope savant héberge par pitié une ravissante jeune-fille plus naïve que sotte. Amorce de comédie. C'en est une, comme la plupart des films de Woody Allen, dont le style a plus d'affinités avec les planches qu'avec les plateaux: bavards ou diserts, ses spectacles relèvent du théâtre filmé. Ce qu'aujourd'hui il assume au grand jour, avec apartés du protagoniste, rebondissements (voire au sens propre) mélodramatiques, bons mots, cabotinages, quiproquos, etc. Ça a du charme si on adhère à la philosophie que le bourru distille et instille dans les veines de ceux qui l'approchent: "Whatever works" (du moment que ça marche). C'est le titre du film et le signe de ralliement à un art du relativisme fait de pragmatisme épicurien. Ce philosophe sceptique n'a pourtant rien d'un joyeux bougre, son assise principale étant un pessimisme radical fondé sur l'observation: quoi que nous fassions, nous mourrons. Mais il aimante les âmes et les opère malgré elles. C'est un sorcier, interprété par un acteur charismatique, face à une ingénue au charme délicieux. Le meilleur du film, c'est eux.

vendredi 21 décembre 2018

Langue et langage (19)

... la langue polonaise riche en petites bulles de chuintantes, sh, j, comme dans un clafoutis trop tôt retiré du four.
Pierre Pachet, Loin de Paris, in Quinz. litt. 876 du 01/05/04.

Estacadres (516)

... Ta langue, qui a mûri pour ma bouche.
F. Toussaint, Le jardin des caresses, p. 11.

Figures médiatiques (365)

Evitez Vicky Cristina Barcelona. C'est un grand mystère que la critique à l'unisson ait gémi d'aise à la vision de cette inerte ineptie. [cf mon blog à la date du 17/10/2011.]

lundi 17 octobre 2011

Vicky Cristina Barcelona

Célébré quasi universellement, ce film n'est qu'une bluette touristique inconsistante, aux fausses couleurs de l'amour. Comment croire à ce roman-photo (haut de gamme, mais bas d'intérêt) ? Comment croire à ces couples ou trios alternatifs ou combinés (avec un seul pivot masculin), à ces quatre caractères censés s'attirer et se repousser sans qu'on sente en eux ce qui aimante et ce qui rechigne? Ils nous paraissent aussi exotiques et théoriques que le décor dans lequel ils sont jetés. Leurs aventures sexuelles et sentimentales - et la psychologie "qui va avec" - sont provoquées d'une manière si peu naturelle qu'on se demande si le réalisateur lui-même prend au sérieux les protagonistes de l'action qu'il met en scène ou s'il ne les utilise que pour parodier les intrigues érotiques. C'est un grand mystère que la critique à l'unisson ait gémi d'aise à la vision de cette inerte ineptie. Woody Allen a déjà fait pire ( le tristement alimentaire Escrocs mais pas trop ), mais quand-même, perdre ainsi son temps à son âge!
Post-scriptum : Tous les spectateurs n'ont apparemment pas la même aperception "cérébraloculaire". Louis Guichard (Télérama du 8/10/2008 ) est en extase devant l'opus magistri . Il n'en parle qu'en hagiographe et thaumaturgiste. Les femmes y sont "irrésistiblement belles", le mâle y a, pour engouler magnétiquement ses proies, "des arguments dignes d'un philosophe pré-socratique"[...] "irradiant la testostérone". Sachant qu'une comédie ennuyeuse est plus ennuyeuse qu'un drame ennuyeux, le même Louis Guichard ne manque pas de souligner que ce film n'est pas banalement comique, il est d'un comique "étincelant". Ce qui n'enlève rien à la sensualité qu'il dégage, laquelle est "à la limite de l'insoutenable". Risquons-nous et disons-le sans détour, Woody Allen est beaucoup plus qu'un cinéaste et qu'un artiste: il est un magicien. Il tient une "formule", celle d'un "cinéma insubmersible", à la fois aux sources et aux embouchures, dans les coeurs et les horizons: "d'une éternelle jeunesse et d'une maturité insondable". Tant de fleurs et d'encens vous font suffoquer? Respirez bien car ce n'est pas fini. Magic Woody ne fait pas ses tours pour amuser la galerie. Sexy mais jamais trop, ses héros illustrent "les questions capitales de toute une vie". Rien de moins. Sous ses faux airs de "délicieux marivaudage sur fond de carte postale", ce film cardinal est "un traité des passions humaines à l'acuité implacable". Scarlett/Cristina, aux désirs vulgivagues, "est la quintessence de cette incomplétude qui condamne à l'errance perpétuelle". Le bouquet du feu d'artifice est à la fin comme il se doit, et je ne résiste pas au plaisir de citer le dernier paragraphe du pyrotechnicien: "Woody Allen est diabolique [...], indispensable comme jamais, peut-être le seul à savoir faire une fête de tant de désabusements, et nous laisser, malgré les illusions perdues, sur l'ivresse d'un été merveilleux". Pince-moi, chérie. (Je n'ai pas le courage de métaphraser l'article du TéléObs, qui lévite d'ailleurs beaucoup moins).
En résumé: un film d'estivant pour villégiateurs ou de bradype pour lémuriens.



jeudi 20 décembre 2018

Langue et langage (18)

 Quand un philosophe parle de langage, je ne le lis pas: quand c'est un écrivain, je jette son livre. En France, on peut dire que tout homme qui écrit est fasciné et paralysé par ce problème. Ce n'est pas ce que vous pensez du langage qui m'intéresse, mais l'usage que vous en faites, votre langage à vous, l'instrument et non la réflexion sur l'instrument.
Cioran, Cahier de Talamanca, p. 29.

Estacadres (515)

Qu'est-ce que l'amour, sinon un peu d'intelligence avec l'ennemi?
Christian Sorg, in Télérama 2812 du 03/12/03.

Figures médiatiques (364)

Noirissime Le rêve de Cassandre (2007). Le plus étouffant des films de Woody Allen.

mercredi 19 décembre 2018

Langue et langage (17)

Je prends un mot, n'importe lequel, pourvu qu'il soit bien long et bien  barbare, "épistémologie", par exemple, et je l'apprivoise: épi, épices, pistes, aime, mots, émaux, mol, eau, mollo, logis. Et pis j't'aime au logis.

Estacadres (514)

L'énamoration est une aliénation (identification, dépersonnalisation) qui provoque, dit Didier Lauru, une sorte "d'hémorragie narcissique". (in Folies d'amour, Calmann-Lévy, 2003).

Figures médiatiques (363)

Beau, fluide, spirituel, élégant, Scoop est une comédie policière qui n'a pas la perfection de Match Point, mais les acteurs sont délicieux, le jeu est gratuit et le divertissement garanti.

mardi 18 décembre 2018

Langue et langage (16)

Les dieux sont aujourd'hui dans le langage. Ils se sont réfugiés là.
Philippe Sollers.

Estacadres (513)

Les histoires qui intéressent les gens? L'aventure et l'amour. Cavalcades et chevauchements.

Figures médiatiques (362)

Un bon Woody sans Woody: Match Point (2005). La lutte d'un petit Jacob de l'arrivisme avec l'Ange de l'amour. Qui va gagner? Suspense à répétition, excellentes péripéties de fin. Mais le hasard est un bâtard (seule la conscience est légitime). Est-ce une morale (immorale) ou une (a)moralité? En tout cas cette photographie récursive des métamorphoses et lancinements du cynisme n'est pas un film cynique. C'est un regard écarquillé sur la puissance parfois meurtrière de nos pulsions. Une vision du monde qui place le Mal au centre. On ne peut l'éviter que par le détour de l'art ou du questionnement non-égoïste, c'est-à-dire humainement essentiel. (Pas par l'amour, qui est une notion trop ambiguë, une puissance qui nous "livre" l'autre aussi bien qu'elle nous livre à lui). Et encore... Comment jamais être sûr de pouvoir se posséder soi-même? Le héros de Match Point ne le peut pas.

lundi 17 décembre 2018

Langue et langage (15)

Roland Barthes (enivré peut-être par certains effluves lacaniens) écrit:
 "La langue, c'est le phallus qui parle."(Le texte et l'image, p. 14) Ce qui m'inspire l'alexandrin suivant:
"... Vif ardillon jailli du boisseau des parlures..."

Estacadres (512)

En amour il faut donner de l'illusion à la chair et de la chair à l'illusion.

Figures médiatiques (361)

En serviteur volontaire la série B, Woody peut lâcher la bride à son alacrité. C'est le cas pour la charmante comédie policière intitulée Le sortilège du scorpion de jade. C'est le cas aussi pour Hollywood ending où, sur un fond noir concassé, la fantaisie s'azure.

dimanche 16 décembre 2018

Langue et langage (14)

La trop grande richesse d'une langue n'est pas forcément une qualité; c'est entout cas un obstacle pour un écrivain: moins la langue est riche, plus la création de celui qui l'emploie est grande.
Selon Claude Hagège, sur France culture , le 22/02/86.

Estacadres (511)

Etre amoureux c'est se voir dans et avec les yeux de la personne qu'on aime.

Figures médiatiques (360)

C'est quoi cet Escrocs mais pas trop (2000) que Woody voudrait nous faire avaler comme une comédie? Une plate resucée de recettes éculées. Tristement alimentaire?

samedi 15 décembre 2018

Langue et langage (13)

Parler une langue morte, c'est "faire habiter une tombe à sa pensée".
Victor Hugo, Quatre-vingt-treize.

Estacadres (510)

L'amant-bourreau bourre. Il est l'amant indifférent qui remplit son office. L'amant tout court vient à l'amante pour combler son orifice, avec la chair symbolique de l'amour.

Figures médiatiques (359)

     Mélancoliquement plaisant et sagement déjanté, comme Woody, c'est Sean Penn, en guitariste "presque aussi bon" que Django R., dans Accords et désaccords (99).

jeudi 13 décembre 2018

Langue et langage (12)

Dans les bouches d'or, il y a quelquefois des langues de bois.
Jean-Yves Guérin.

Estacadres (509)

La mélancolie, c'est la perspective, la symétrie, c'est l'amour.
Hector Bianciotti.

Figures médiatiques (358)

Coups de feu sur Brodway (1994) est une brillante comédie sur les milieux mêlés du théâtre et du gangstérisme. Le plus propre des deux n'est pas celui qu'on pense.

mercredi 12 décembre 2018

Langue et langage (11)

La langue est une peau : je frotte mon langage contre l'autre. C'est comme si j'avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Estacadres (508)

L'amour n'est pas un panthéon.
Roger Judrin, Boussoles, p.12.

Figures médiatiques (357)

Grâce à Rappeneau, peut-être, dans Le hussard sur le toit, Juliette Binoche n'est pas irritante. Elle est même désirable (1995).

mardi 11 décembre 2018

Langue et langage (10)

Au milieu des luttes les plus acharnées, l'homme éprouva toujours une répugnance involontaire à détruire l'ennemi qui lui demandait merci dans sa propre langue.
Auguste Comte, Système de politique positive.

Estacadres (507)

Que faut-il faire l'été? L'amour sur les draps. Que faut-il faire l'hiver? L'amour sous les couvertures.

Figures médiatiques (356)

Macron vu par Jacques Julliard (Marianne 1104 du 11/05/2018) : "Pour traduire le flou qui continue d'entourer la trajectoire d'un personnage aux contours personnels aussi nets, on a le choix, dans le registre dramatique entre Montherlant - fils de personne - et Pirandello - un personnage en quête d'auteur. En souhaitant sincèrement, pour lui et pour nous, que le dernier mot ne revienne à Ionesco: comment s'en débarrasser?"

Langue et langage (9)

Le langage, ce grand détour vers l'expression.
Malcolm de Chazal.

lundi 10 décembre 2018

Estacadres (506)

... tracer à la langue les routes fraîches qui mènent au cri.
Henri Pichette, Epiphanies.

Figures médiatiques (355)

Enfin un film jubilatoire de Woody Allen : Meurtre mystérieux à Manhattan (1993). Pour les cinéphiles... et les autres.

dimanche 9 décembre 2018

Langue et langage (8)

Le langage a été créé par des hommes faits pour exprimer des idées et des sentiments d'hommes faits. Les termes manquent qui correspondent aux perceptions inachevées des enfants, à leur pénombre d'âme.
Paul Bourget, Le disciple.

Estacadres (505)

L'amour c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas.
Lacan.

Figures médiatiques (354)

Woody toujours. September est un bon film. Dans le genre théâtral tchékovo-bergmanien. Espoirs et désirs ravalés. Est-ce la vie? 
Quant à Alice, un peu allénien, un peu bergmanien, c'est la triste comédie du mal-être (bourgeois? Originel?). On s'amuse un peu, on s'étonne un peu, on s'ennuie un peu aussi.

samedi 8 décembre 2018

Etymaginaire (30)

Dilacérer - Déchirer à la fois ample et serré. Haillonner à grands coups jusqu'à la fatigue.

Infanterie - La puérile Grande Muette, qui glousse comme une princesse ibère.

Dicodrome (30)

 Bénédictionnaire - Recueil liturgique des formules des bénédictions. (Ce mot existe, je ne l'ai pas inventé).

Boussière - Implacable et obruante chiure du temps.

Langue et langage (7)

J'ai été émerveillé le jour où j'ai découvert que les choses n'avaient pas qu'un nom, ni même deux, et qu'aussi on pouvait leur en inventer de nouveaux. Le monde fini, par le langage devenait infini.

Estacadres (504)

 Est-ce une lacune ou un défaut de trop priser la physique de l'amour quand sa chimie m'ennuie ou m'échappe?

Figures médiatiques (353)

Radio days est pétri d'une nostalgie qui a réveillé la mienne: les chansons que Woody écoutait pendant la guerre, je les ai entendues presque toutes après la Libération.

vendredi 7 décembre 2018

Langue et langage (6)

Le langage viendrait de ce que l'homme a eu pour ancêtre un primate aquatique: la nage, interdisant le geste, aurait favorisé la communication sonore.
D'après Elaine Morgan, La fin du surmâle.

Estacadres (503)

Jusqu'où va l'amour? Est-ce de la cruauté? Est-ce autre chose? Est-il possible d'arracher - racine hors de sa chair - à quelqu'un son petit surnom, plus cher que son petit nom, au nom de l'amour-même? Leiris épouse Louise. Il demande alors à sa sœur Juliette, qu'il appelle Zette, s'il peut lui prendre ce diminutif si familier pour l'offrir à Louise ...

Figures médiatiques (352)

Encore un bon Woody : Hannah et ses sœurs (1986). La simple complexité des sentiments et des actes, de leurs motivations, de leurs conséquences, de leur révision. La vie comme une suite d'aller-retour: la trame de la réflexion. Sans snobisme pseudo-intello ostentatoire.

jeudi 6 décembre 2018

Langue et langage (5)

Les Indiennes de Californie [...] parlaient un dialecte féminin dont presque chaque terme était différent de ceux qu'employaient les hommes
Evelyne Sullerot, La femme dans le monde moderne.

Estacadres (502)

L'idée lui vint que l'amour que le peintre éprouvait pour elle ne pouvait provenir que d'un malentendu, et elle lui demandait parfois pourquoi au juste il l'aimait. Il lui répondit qu'il l'aimait comme le boxeur aime le papillon, comme le chanteur aime le silence, comme le brigand aime l'institutrice du village; il lui dit qu'il l'aimait comme le boucher aime les yeux craintifs de la génisse et la foudre l'idylle des toits; il lui dit qu'il l'aimait comme une femme aimée, volée, dérobée à son foyer stupide.
Milan Kundera, La vie est ailleurs, Gallimard, p.74.

Figures médiatiques (351)

La rose pourpre du Caire est un des plus beaux films d'amour : l'amour qui (pour un temps) a le pouvoir d'abolir la frontière entre l'art et la réalité.

mercredi 5 décembre 2018

Langue française (69)

Nous baignons dans la langue et quelqu'un a chié dedans.
Alexis Jenni, L'art français de la guerre, Gallimard, 2011, p.197 .

Estacadres (501)

L'amour est une laisse... et un panier.

Figures médiatiques (350)

Le pathétique de Woody tient à une pulsion acharnée à appuyer sur sa blessure: la médiocrité de son personnage. Ce pathétique tient peut-être encore plus à l'obstinée médiocrité de films comme Broadway Dany Rose ou Tout le monde dit I love you. Ils reflètent la médiocrité d'existences devant lesquelles nous éprouvons une sorte de lassitude souriante et compatissante...

mardi 4 décembre 2018

Langue et langage (4)

En gros l'homme n'est rien et en détail pas grand chose, mais son langage est inépuisable.

Estacadres (500)

L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps qu'elle anime.
La Rochefoucauld, Maximes supprimées.

Figures médiatiques (349)

Dans Comédie érotique d'une nuit d'été, chassé-croisé shakespearo-bergmano-allénien, c'est l'amour et la vie qui l'emportent. Sans gémissements, sinon de plaisir.

lundi 3 décembre 2018

Langue et langage (3)

Chez les Papous la langue est très pauvre; chaque tribu a sa langue et son vocabulaire s'appauvrit sans cesse parce qu'après chaque décès, on supprime quelques mots en signe de deuil.
E. Baron, Géographie, cité par Barthes in Critique et vérité.

Estacadres (499)

Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus.
La Rochefoucauld.

Figures médiatiques (348)

Avec Annie Hall (1977) Woody ose lâcher la blague et le comique potache pour mettre son humour au service de sa sensibilité, et renoncer à ses jeux de mots aux coins anguleux, afin que les heurts soient moins saignants. Quarante ans après, son premier grand film n'a rien perdu de cette fraîcheur que Celebrity a échoué à faire renaître.

dimanche 2 décembre 2018

Langue et langage (2)

Les langues en général commencent par être une musique et finissent par être une algèbre.
J.-J. Ampère.

Estacadres (498)

L'amour nous coud pour en découdre.

Figures médiatiques (347)

Woody et les robots,Tout ce que vous avez toujours voulu savoir... , de la BD patapouf. On regarde jusqu'au bout puis on se demande pourquoi on a regardé ça!

samedi 1 décembre 2018

Langue française (68)

Quand j'écris, non seulement je fais beaucoup de brouillons mais je manie chaque mot avec un soin philatélique. C'est une chose à laquelle je ne crois pas qu'on puisse toucher. Au vocabulaire, cela m'est égal, c'est le métabolisme de la langue - avec cette restriction toutefois: je ne crois pas qu'une chose importante puisse s'exprimer par un mot de plus de quatre syllabes. Mais à la syntaxe, non, car la syntaxe c'est le squelette, il ne faut y toucher qu'avec beaucoup de précautions.
Roger Caillois, in N.O. du 30/12/78.

Estacadres (497)

Une fête concélébrée.
Etiemble, L'érotisme et l'amour.

Figures médiatiques (346)

Woody est excellent dans Le prête-nom (de Martin Ritt), insipide dans Prends l'oseille et tire-toi. Un flop! une pâte azyme. Pfuit!

vendredi 30 novembre 2018

Langue française (67)

Il est presque grisant - voire envoûtant - de crier, comme font les Italiens, dans une langue où l'accent tonique porte généralement sur la pénultième ou l'antépénultième: bravo! Lucignolo! En français, la pointe étant toujours à l'extrémité de la flèche, c'est épuisant.

Estacadres (496)

Celui qui parle de l'amour parce qu'il est amoureux et celui qui en parle sans l'être ne devraient pas s'entrelire.

Figures médiatiques (345)

Bananas (71), banale nasse! piège de l'humour cinéphilo-potache.

jeudi 29 novembre 2018

Langue et langage (1)

Chaque regard en réinventant le monde réinvente chaque fois le langage.
Pierre Guiraud, La stylistique, p. 31.

Estacadres (495)

Pour qu'une femme soit désirable, elle doit se désirer elle-même. Le narcissisme est un des attraits de l'amour, et non le moindre. C'est un mimétisme. Comment pourrais-je convoiter ce corps, avoir soif de cette âme si celle qui en vit n'en meurt pas d'amour elle-même? Nul n'aspire à jouir d'un être inhabité. Pas de séduction sans autoséduction.

Figures médiatiques (344)

A New York, où il a monté et interprété Writer' Block, composé de Riverside Drive et de Old Saybrook, deux pièces en un acte, Woody Allen est ainsi brocardé : "Une mise en abyme où l'on avait l'impression qu'une star de l'architecture avait accouché d'une cabane de jardin."

Cold War (Pawel Pawlikowski)

   En 2014, Ida nous faisait ressentir la médiocrité d'une vie sous l'étouffoir communiste, la tautologie des jours, une vie semblable à l'ectoplasme du destin, une vie sans venue ni repousse, une vie dont la gravité et le centre sont ailleurs, une vie poussiéreuse et boueuse, un sédiment du possible, une vie succédanée, une vie de ménage, une vie rétrécie par la grande lessive des cervelles, une vie scellée dont la clé rouille au fond du puits de la mémoire, une vie de défaites quotidiennes, sans ombre ni soleil, hivernale et stérile jusqu'au cœur de l'été. Une vie au désespoir désespérant, un désespoir jamais complet, un désespoir sans plénitude. Alors? Pourquoi ne pas retourner à l'anéantissement de la vie communautaire en Dieu? Même sans Dieu...
   En 2018, après avoir subi En liberté et I feel good, nous pouvons voir enfin un vrai film, du même Pawlikowski, qui nous change du gros cinéma de ficelles. Dans Cold War le scénario est tissé de fils de soie. L'humanité en clair-obscur. Exaltation de la beauté, dégoût des compromissions. Brûlures et lassitudes de l'amour. Alternance - "folie circulaire", disait Gide; "forteresse et jardin", disait Montherlant - du ciel et de l'enfer, car l'amour est divin mais la vie vient du diable. Un couple que les ans n'attiédissent doit sans fin se déchirer et se recoudre, se brocher, se débrocher. Pour finir infiniment. Tentation- répulsion, joie et souffrance dont les amants ne se libèrent qu'en s'enchaînant dans la mort.

mercredi 28 novembre 2018

Langue française (66)

L'acculturation du colonisé est à la fois une aliénation et une chance. Derrida écrit: "Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne." Il aurait pu aussi écrire que cette langue lui donnait prise sur le monde et son propre destin. Et lui donnait le moyen d'infléchir ou enrichir cette nouvelle langue. Vingt siècles après la colonisation romaine, le latin s'est transformé en français. Paraphrasons la formule de Derrida: nous n'avons qu'une langue, et ce n'est pas la nôtre - le latin.

Estacadres (494)

  L'amour est une figure de l'oxymore*. Quoi de plus éloigné de moi que cet autre sexe et quoi de plus proche que cette intelligence et cette complicité? Terre étrangère en apparence pour l'ivresse du dépaysement, paysage intérieur fait de la même étoffe de rêve, du rêve rassurant qui m'accompagne depuis le giron maternel. Car pour aimer je dois être étendu entre l'autre et moi-même; et sur ce pont de l'aventure essentielle je vais et viens sans cesse, cherchant l'autre en mon miroir et mon image en l'autre. Tu es moi, mais si tu n'étais que moi pourquoi te voudrais-je encore? Tu es autre, mais si tu n'étais qu'autre pourquoi ne te fuirais-je pas?
* D'où il s'ensuivrait que si l'oxymore nous trouble tant, c'est qu'il est une figure de l'amour.

Figures médiatiques (343)

Hollywood ending est une comédie plaisante. Ni génial ni profond, le cinéma de Woody Allen nous séduit dans les vieilles couches de notre inconscient et nous renvoie au temps fabuleux de l'enfance: la désuétude du climat ravive notre nostalgie; le petit homme timide qui se débat pour survivre dans la jungle des affairistes, c'est nous; rater pour réussir et (re)gagner l'amour de sa belle, c'est nous aussi, le rêve du petit dans le monde des grands; et, enfin, le feu d'artifice des mots pour aveugler les incrédules et éblouir les "créatures", c'est ce qui nous reste, à la réflexion... Serviteur volontaire de la série B, Woody Allen est parfait.

mardi 27 novembre 2018

Pierre Salvadori

   Il y a une filiation entre de Broca et Rappeneau. Salvadori, qui les considère comme des maîtres, n'a pas leur profonde légèreté (pas d'oxymore).
   Cible émouvante (92)... et molle, est gentil, mais sans vrai rythme ni vraie nouveauté. De toutes petites audaces. Le meilleur du film est dans son titre.
   Pour Les apprentis (94), on s'attriste de ne pas aimer davantage ce film d'une légèreté... évanescente. Un bon passage: quand Fred déclare sa flamme à Agnès et qu'elle répond qu'elle consent à faire l'amour avec lui, mais sous les yeux de son amant voyeur. Le reste est (agréablement) mollasson.
   En réalité, ses comédies ne font pas rire. Comme elle respire (98) respire un ennui insidieux, dont on voudrait se défendre car on devine un auteur intelligent et sensible. Alors on sourit parfois, poliment.
   Quoiqu'assez artificiel, Après vous se laisse regarder, mais ce n'est quand même pas du Lubitsch.
   Hors de prix confirme l'impression générale: ennui modéré mais persistant, essentiellement dû à la faiblesse de l'action, au manque de rigueur dans ses enchaînements et aux caractères flous des personnages; ils ne sont pas eux-mêmes indécis, mais leurs traits sont mal dessinés. Nous n'avons avec eux qu'un contact abstrait. Dire qu'il s'agit d'un film inconsistant serait méchant, insaisissable serait trop élogieux. Existe-t-il un terme intermédiaire? Atonique? Lymphatique? Impalpable? Fuyant?
   Le dernier en date, En liberté, a les mêmes défauts que les autres: gags lourds et répétitifs, facticité (c'est du cinéma hors sol) et manque d'originalité dans la réflexion. A cela s'ajoute - c'est nouveau - une grande violence dans les scènes d'action. On sait que c'est "pour rire", mais les enfants non.
   Les réactions, presque  toutes positives, de la critique sont pour moi mystérieuses. Passons sur l'absurdité de l'histoire. C'est son traitement qui cloche. Les personnages que le réalisateur nous vend comme incroyables sont tout simplement incrédibles, malgré l'indéniable qualité des acteurs principaux. On sourit parfois, on est touché, mais quelle absence de bulles! Ce n'est pas du champagne, c'est du Red Bull.

lundi 26 novembre 2018

Langue française (65)

Fascinés par l'origine, les humanistes n'ont que mépris pour la langue vulgaire, alors que Rabelais se moque de l'origine comme de la nouveauté; sa fascination ou plutôt sa délectation est le langage: "L'os et la moelle ne font qu'un dans un corps vivant." (P. Lepape, Le pays de la littérature, p. 77).

Estacadres (493)

Si je te suis, Amour, c'est pour que tu me sois un frein contre les vices et un sentier charmant vers les vertus.
Pierre de Vic, moine de Montaudon.

Figures médiatiques (342)

Woody Allen par lui-même : "Il y a un mythe qui me colle à la peau. On pense que je suis un intellectuel parce que je porte des lunettes et que mes films perdent de l'argent. En fait, le cerveau est mon deuxième organe favori... Mais je ne suis pas du tout un intellectuel, pas du tout! Je suis le gars qui rentre chez lui, qui regarde le basket à la télé en buvant une bière. Je ne suis jamais rentré chez moi pour lire Isaiah Berlin. Je n'ai jamais été un bon élève, je préférais faire du sport. On me voit comme un rat de bibliothèque, mais rien n'est plus éloigné de la vérité. Je n'ai jamais lu un livre avant 18 ans. Je ne lisais que des BD. Puis j'ai commencé à sortir avec des filles qui ne s'intéressaient pas du tout à des types incultes. J'ai commencé à lire par nécessité. Je commençais à sortir avec une fille, et d'un seul coup elle citait William Faulkner, et moi, je ne savais même pas qui c'était. Lire, c'était une question de survie, juste pour faire la conversation ou pour faire des plaisanteries. Si elles m'avaient parlé de tricot, je me serais documenté sur la laine."
Propos recueillis par François Forestier in N.O. 1958 du 16/05/02.

dimanche 25 novembre 2018

Langue française (64)

Un art a fabriqué une langue : Le serment de Strasbourg au IXe siècle, a créé la langue française. C'est pourquoi Pierre Lepape a intitulé son livre Le pays de la littérature.

Estacadres (492)

Ah, l'amour nous déshabitue de ses joies, comme la mère sèvre l'enfant en se passant la poitrine à l'absinthe.
Kleist, Correspondance complète, p. 217 (Gallimard).

Figures médiatiques (341)

Quand il est en forme, c'est-à-dire sous antidépresseur, Woody est capable de nous emballer : il s'oublie et ça nous vaut une agréable comédie policière comme Le sortilège du scorpion de jade, par exemple.

samedi 24 novembre 2018

Langue française (63)

Héraut du pays et de sa littérature, du Bellay est qualifié par Pierre Lepape, de "soldat mélancolique de la langue française". (p. 112 du Pays de la littérature).

Estacadres (491)

L'amour est comme la racine de gingembre qu'on met dans le derrière des chevaux anglais pour qu'ils aillent plus vite.
Abbé Mugnier, citant Valéry dans son Journal de l'Abbé Mugnier.

Figures médiatiques (340)

"Imaginer la naissance, dans le quartier juif de Brooklyn, d'un gamin à chevelure d'écureuil, dont le père ressemble à Fernandel et la mère à Groucho Marx (sans la moustache); évoquer le traumatisme d'un enfant de trois ans qui découvre les sections interdites d'un livre pornographique en braille; comprendre comment le souvenir de l'holocauste amène un jeune admirateur de Charlie Parker et Sydney Bechet à troquer le saxophone pour la clarinette, moins encombrante à emporter en cas de pogrom; [...]", c'est trois façons d'esquisser le portrait d'un Woody Allen, comme le fait Jean-Luc Douin in Télérama 2123 du 19/09/90.

lundi 19 novembre 2018

Langue française (62)

Le français est une fabrication de la littérature.
Pierre Lepape, Le pays de la littérature, Points, p.23.

Estacadres (490)

L'amour est la forme érotique de l'ethos.

Figures médiatiques (339)

Je n'aurais pas peiné  Woody Allen en lui disant que je n'avais pas aimé son Manhattan. Lui-même l'a détesté tout de suite :"Après l'avoir fini, j'avais proposé aux producteurs de tourner un autre film pour rien s'ils m'autorisaient à détruire le négatif..."

dimanche 18 novembre 2018

langue française (61)

Les Américains narrent*, le Français écrivent.
*Pas d'adverbes ni d'adjectifs, préconise R. Moody.

Estacadres (489)

C'est l'honneur des hommes de faire passer, avant toute chose, leur amour.
Pierre Herbart, La ligne de force.

Figures médiatiques (338)

[Woody Allen] remporte d'autant plus de succès qu'il donne du juif l'image d'un pitoyable névrosé, petit, laid, fragile, et de l'écriture un simulacre consommable par tous ceux qui ne savent rien de l'écriture.
S. Zagdanski, in Le Monde des livres du 23/0499.

vendredi 16 novembre 2018

Langue française (60)

Se franciser, pour lui, c'était quitter les marécages du teutonisme pour la raison universelle.
André Gorz, Le traître.

Estacadres (488)

Et l'amour, alors? La jeune paysanne se tord carrément de rire: "Vous autres, Blanches non excisées, vous n'avez pas froid aux yeux parce que vous connaissez le plaisir. L'amour, chez nous, c'est une corvée comme les autres." Ainsi pense Awa, au sexe mutilé et qui s'en félicite: elle est persuadée que si un nouveau-né touche le clitoris de sa mère pendant l'accouchement, il meurt immédiatement. Fait divers de la brousse: enceinte de huit mois, une femme qui avait miraculeusement échappé à l'excision a demandé elle-même la mutilation par peur de mettre en danger la vie de son bébé. L'opération rituelle s'est terminée dans un bain de sang. Ni la femme ni l'enfant n'ont survécu. "C'est Dieu qui l'a voulu."
Chantal de Rudder, African Queens au Burkina Faso, in N.O. 1118 du 11/04/86.

Figures médiatiques (337)

... As de la dépression enjouée...
Aurélien Ferenczy, à propos de Woody Allen, in Télérama 3064 du 01/10/08.

jeudi 15 novembre 2018

Langue française (59)

L'acculturation du colonisé est à la fois une aliénation et une chance. Derrida écrit : "Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne." Il aurait pu aussi écrire : "La langue que je parle n'est pas ma langue mais elle est le moyen d'avoir prise sur mon destin." Et de faire évoluer cette nouvelle langue. Vingt siècles après la colonisation romaine, le latin s'est transformé en français. Paraphrasons la formule de Derrida : nous n'avons qu'une langue et ce n'est pas la nôtre - le latin.
[cf  Jean Birnbaum, Le monde des livres du 04/05/2012.

Estacadres (487)

Etre amoureux, c'est se créer une religion dont le dieu est faillible.
Borges, Neuf essais sur Dante.

Figures médiatiques (336)

Vétéran de la déprime. [...] Soudé à son apparence comme une huître à son rocher, il se lamente, se hait - narcissiquement. [...] Une métaphore asthénique du rêve américain. [...] Contre -symbole à l'usage d'une société survitaminée. [...] Avec ses comédies endogames, avec ses faunes asservies par leur propre libération, par leur psycho-verbiage radical-chic, l'Allen-touch spéculait d'abord [sur la déréliction]. [...] D'où Allen, couvert d'amour, de respect, ivre d'une affection universelle peut-il tirer des traits vraisemblables sur la détresse - [...] ? Dans le bazar du stress contemporain, l'allenisme est désormais en solde.
Jean-Paul Enthoven, N.O. 983 du 09/09/83.

mercredi 14 novembre 2018

Langue française (58)

La linguistique ne nous apprend rien d'essentiel sur la langue.
Paul Valéry.

Estacadres (486)

Son cœur tient le mien en sa tente.
Clément Marot, Chansons, III.

Figures médiatiques (335)

Le pathétique de Woody Allen tient à l'insistance acharnée de l'auteur à appuyer sur ce qui lui fait mal : la médiocrité de son personnage.Il tient peut-être encore plus à l'obstinée médiocrité de ses films.

mardi 13 novembre 2018

Langue française (57)

La "chanson" d'un langue importe plus que sa "geste".
Paul Valéry.

Estacadres (485)

Sans coquetterie il n'y a pas d'amour.
M. Jouhandeau, Chronique d'une passion.

Figures médiatiques (334)

... Woody Allen échappe de moins en moins à l'enlisement de l'unanimité* publicitaire. Il dessine avec un soin et un savoir d'où, curieusement, tout humour a disparu, les ornements de son tombeau.
Louis Seguin, Quinz. litt. 427 du 01/11/84.
*le "totalitarisme de l'opinion".

lundi 12 novembre 2018

Langue française (56)

Alors que l'expansion d'un idiome a pour support une situation historique, une puissance, des actions violentes ou non (guerre et commerce, colonisation...), on prête à son succès des causes rationnelles tirées de ses caractéristiques, prétendues ou observées. Pour le français, l'étonnant Rivarol et son portrait en gloire use à merveille de cette rhétorique; pour l'anglais aujourd'hui, on célèbrera l'efficace, l'économie, la souplesse, la créativité, alors que ce sont les beaux restes du Commonwealth britannique et l'hyperpuissance états-unienne qui ont décidé de tout."
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.
.

Estacadres (484)

Le docteur D. prétend que la religion serait magnifique, s'il n'y avait pas ceux qui la pratiquent et ceux qui en vivent. On pourrait dire la même chose de l'amour.
Marcel Jouhandeau, Chronique d'une passion.

Figures médiatiqueq (333)

A partir du moment où un auteur décide de parler de lui, rien que de lui, sans plus se donner la peine de déguiser, comme dans Annie Hall ou Manhattan, la question de l'intérêt public devient oiseuse.On aime ou non les* confidences. On s'identifie ou pas...
M. Mardore, N.O. 839 du 08/12/80.
*Je dirais "ses".

dimanche 11 novembre 2018

Langue française (55)

  Cette langue est unifiée, élégante, se veut claire et logique, ce qui paraît justifier une prétention à l'universalité. C'est [...] le thème du fameux concours de l'Académie de Berlin, en 1784, où s'illustrera Rivarol.
Alain Rey, L'amour du français, p. 201.

Estacadres (483)

L'amour chez les enfants, comparé à l'amour chez les adultes. Selon une enquête, des enfants ont répondu : "L'amour des enfants est plus clair."
"L'amour des enfants est un amour débutant, l'amour des adultes est un amour professionnel."
"Pour les parents, c'est un jeu. Pour nous, c'est sérieux."

Figures médiatiques (332)

Si les films de Woody Allen plaisaient tant aux paumés des années 80, c'est parce qu'ils flattaient leur défaite et la roulaient lentement dans le berceau de l'art : ils leur proposaient de se barricader dans leur mélassier existentiel, et de hisser le pavois : de consommer en somme, et sans rougir, leur maso-narcissisme.

samedi 10 novembre 2018

Horizons (44)

Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Métis. Le dîner fini, Pénia, voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivré de nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit. Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de mettre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle se coucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'il fut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphrodite est belle.
Etant fils de Poros est de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre, et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile; sans jamais avoir d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel; mais dans la même journée, tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient de même le milieu entre la science et l'ignorance.
Platon, Le banquet, discours de Socrate.

Langue française (54)

[Pour Vaugelas et consorts] , de même que l'homme-Christ est en Dieu, et Dieu dans cet homme, qu'il est cet homme, le français est dans la pensée, dans la raison, qui sont dans cette langue. Le français est raison; la raison, comme la clarté, est française. Il fallait un signe matériel de ce mystère, comme il y a dans le mystère chrétien une "transsubstantiation" de la chair et du sang christiques en pain et en vin. Ce sera un ordre, celui qui permet à la chaîne de mots de devenir phrase, support de jugement, et donc de pensée.
Alain Rey, L'amour du français, p. 103.

Estacadres (482)

Si l'amour est une interrogation perpétuelle, personne ne nous aime autant que la police.
Milan Kundera.

Figures médiatiques (331)

Dans Manhattan, Woody ne nous sert que des tronches pâles et geignantes de zigotos nombrilistes qui passent le plus sombre de leur temps à faire du rodéo autour de leurs états d'âme et de leur trou du cul.

vendredi 9 novembre 2018

Le grand bain (Gilles Lellouche)

   Un (grand) film ne se résume pas à son anecdote, donc il ne se raconte pas. Les critiques le font, c'est suffisant. Il ne se raconte pas mais il donne à sentir, à penser et à dire. Je le dis: Le grand bain n'est pas un simple feel good movie, c'est un chef-d'œuvre, un grand embrassement d'humanité. Un embrasement aussi, qui n'a pas besoin de briller pour éclater, qui rayonne comme un réacteur de "générosité du principe de vie", aurait dit Bergson.
   Et si le mot "chef-d'œuvre" est intimidant, alors "grande œuvre" fera l'affaire, car une grande œuvre ne se contente pas de décrire les hommes dans leur condition passagère - événementielle - , elle force le passage, outrepasse et revient témoigner du cœur du monde et du cœur des hommes, témoigner du moins qu'elle les a questionnés.
   Tout chef-d'œuvre, disait Brunschwicg, est une impasse. Dans le sens qu'il n'y a rien à y ajouter. Mais une grande œuvre, même une œuvre simplement réussie, est alors une impasse... large comme les Champs Elysées, puisqu'elle fera des enthousiastes et, forcément, des épigones. Le grand bain est une "impasse" large comme un millier de bassins olympiques (les Américains veulent déjà le refaire!).
   Le grand bain atteste de l'humanité. Pas seulement de la camaraderie. La camaraderie a parfois la poitrine aussi étroite que l'esprit de corps (les jeunesses hitlériennes et les chemises noires étaient des "camarades"). L'humanité, au contraire, si elle englobe la camaraderie, reconnaît les altérités; elle nous donne à respirer l'univers. Elle est sensible à l'universel singulier. L'autre est un miroir de moi-même - mais jusqu'à un certain point: si l'autre me nie, le miroir se brise (très bel affrontement verbal entre le personnage principal et son "beauf"... qui se termine de manière peu civilisée).
   Au moins autant que la natation synchronisée, les acteurs du Grand bain pratiquent ce que les philosophes appellent l'Einfühlung (pénétration d'une pensée étrangère).
   Tout ça est bien beau mais ne nous dit rien de l'art du metteur en scène: c'est que l'art est un mystère - fait de science et d'humanité. C'est-à-dire de science et de conscience. (1)
   L'épigraphe du film aurait pu être cette parole de Goethe: "l'homme n'est vraiment humain que lorsqu'il joue". C'est l'enfant qui fait l'homme. 
   La fin du film est grandiose. C'est un conte de fées. Le propre de l'humanité n'est-il pas de croire soi-même aux histoires qu'elle (se) raconte? (2)

(1)  Il serait vain d'essayer d'expliquer l'art par la technique: l'art est une vision et une pénétration. Pourquoi l'amateur Lellouche est-il un grand réalisateur et le chevronné Lelouch un médiocre? Là est le mystère. 

(2)  J'ai oublié de dire que le film commence et finit par une métaphore sur le rond et le carré, leur possible ou impossible rencontre. Au-delà de la leçon "nodo-gordienne" de la résolution de la quadrature du cercle, il y a la démonstration par l'exemple que l'un est préférable à l'autre, mais qu'il ne peut se poser qu'en s'opposant: pas de plaisir sans douleur ni de joie sans peine ni d'amour sans tristesse. pas d'espoir sans désespoir. Dans cet ABC du rythme et de l'harmonie que constitue La théorie de la démarche, Balzac écrit: "La vertu des femmes est intimement liée à l'angle droit". Puis il ajoute: "Toutes les femmes qui ont fait ce que l'on  nomme des fautes sont remarquables par la rondeur exquise de leurs mouvements". Serait-ce à dire que la sensualité est vicieuse, comme le cercle? Oui, mais on parle aussi de "cercle vertueux"...

Langue française (53)

Dans L'amour du français, Alain Rey s'emporte contre la trinité sujet-verbe-complément, qui serait le Mystère du français, et qui n'est qu'une invention du XVIIe siècle!

Estacadres (481)

Les mortels le nomment Eros ailé
Et les dieux Ptéros, parce qu'il donne des ailes.
Homère.

Figures médiatiques (330)

... bagou Guitry-Bretécher... [...]. Bref, il symbolise à merveille notre époque, notre génération qui ne veulent être dupes de rien, et qui pleurent de tout.
Michel Mardore, à propos de Manhattan, de Woody Allen, in N.O. 786 du 03/12/79.

jeudi 8 novembre 2018

Langue française (52)

Dans L'amour du français, Alain Rey part de la source du français, en étudie les multiples affluents et dit ne pas craindre l'estuaire. Il s'attache aux méandres.

Estacadres (480)

Qu'il ait un beau teint, sa vie passée au milieu des fleurs l'indique assez; car Eros ne s'établit pas sur les objets sans fleurs ou défleuris; que ce soit un corps, une âme ou tout autre chose; mais là où il y a des fleurs et des parfums, là il se pose et demeure.
Platon, Le banquet, discours d'Agathon.

Figures médiatiques (329)

Dans L'outil, le mot, Werner Spies rappelle que les auteurs favoris de Duchamp étaient Alphonse Allais et Alfred Jarry. D'ailleurs, "Duchamp est mort dans sa salle de bains, d'une crise de fou rire provoquée par la lecture du passage d'un texte d'Allais."

mercredi 7 novembre 2018

Langue française (51)

Sévère mais non pas autoritaire, L'amour du français, d'Alain Rey, est un essai savant "contre les puristes et autres censeurs de la langue".

Estacadres (479)

Je t'aime sans jamais t'avoir vue que dans l'ombre.
[...]
Je t'aime et tu n'es pas encore sortie du nombre.
Pierre Reverdy, Ferraille, Le cœur tournant.

Figures médiatiques (328)

... Asia Argento exhibe son aisselle aux poils noirs telle une réplique euphémisée et inféconde de L'origine du monde, de Courbet.
Fabrice Pliskin, N.O. 2274 du 05/06/08.

mardi 6 novembre 2018

Langue française (50)

Un poète français veut construire un ensemble non seulement cohérent, mais parfait, infrangible, incassable, comme la musique des sphères. Il y a des exceptions, comme Baudelaire, qui mélange les genres et les styles, le trivial et le sublime. Dans la poésie anglaise, il y a toujours une sorte d'humour qui affleure précisément pour dégonfler toute emphase. C'est en partie pour cela qu'il y a de la comédie dans toutes les tragédies de Shakespeare. Cet humour, on le trouve plus rarement dans la poésie française, comme chez Laforgue et Apollinaire.
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08.

Estacadres (478)

Mais il suffit d'aimer à la folie et d'entendre gargouiller ses intestins pour que l'unité de l'âme et du corps, illusion lyrique de l'ère scientifique, se dissipe aussitôt.
Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, p. 54.

Figures médiatiques (327)

 Gaudin et Le Clézio ont le même âge. L'un fait dix ans de plus et l'autre dix ans de moins.

lundi 5 novembre 2018

Langue française (49)

Un poète français veut construire un ensemble non seulement cohérent mais parfait...
M. Edwards, N.O. 2284 du 14/08/08

Estacadres (477)

Le temps, tout le consume et l'amour seul l'emploie.
Claudel.

Figures médiatiques (326)

Pourquoi Hannah Arendt détestait-elle Adorno? A cause de l'attitude subtilement condescendante qu'il avait vis-à-vis de Walter Benjamin, son aîné? Poir une raison matérielle? Psychologique? Philosophique? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'elle disait à Günther Anders (son premier mari) : "Celui-là n'est pas près de mettre les pieds chez nous!"*

*Il y a cette raison aussi qu'Adorno, que le nazisme avait condamné à l'exil, ne supportait pas Heidegger (et ne supportera pas l'heideggerei [l'heideggererie] de l'intelligentsia française).

dimanche 4 novembre 2018

Langue française (48)

Un poème français a toujours une unité, alors qu'un poème anglais est une hétérogénéité... unifiée.
Michael Edwards, N. Obs 2284 du 14/08/08.

Estacadres (476)

Platon fait d'Eros non pas un dieu mais un daimon, un demi-dieu. S'il avait en partage la puissance et la perfection divines on ne saurait en effet comprendre qu'il personnifie l'amour, le désir, mais, d'autre part, s'il n'avait une connaissance du désirable, il ne pourrait y aspirer.
Christian David, L'état amoureux, ib. p. 205.

Figures médiatiques (325)

Adorno, vu par Habermas : "Un écrivain parmi des fonctionnaires".

samedi 3 novembre 2018

Langue française (47)

La syntaxe anglaise ressemble aux chemins creux d'Angleterre, qui vous obligent à suivre les configurations du terrain, alors que la française évoque une montgolfière qui permet de dominer tout le paysage.
Michael Edwards, N. Obs. 2284 du 14/08/08.

Estacadres (475)

 L'état amoureux, dans sa phase critique en tout cas, comporte par nature cette contradiction d'être à la fois extase - poussée hors de soi, "mort du moi" - et projection du moi et de son idéal sur l'objet (sur la représentation que le sujet s'en fait) ...
[...] Un tel trouble, à son acmé, je l'appellerai volontiers orgasme mental.
Christian David, L'état amoureux, P. B. Payot, p. 125.

Figures médiatiques (324)

Audiberti assurait qu'Adamov habitait dans ses sandales.
Jean Lacouture, N. Obs 909 du 09/04/82.

vendredi 2 novembre 2018

Langue française (46)

La langue anglaise nous oblige, par sa syntaxe, à passer d'un événement à l'autre, alors que la syntaxe française plane un peu au-dessus de l'événement, cherche à comprendre le sens exact de ce qui se passe et le dit avec un début, un milieu et une fin.
Michael Edwards, auteur de De l'émerveillement (Fayard), in L'Obs 2284 du 14/08/08.

Estacadres (474)

L'amour est figuré dans le jaune des fleurs.
François  George, Histoire personnelle de la France (1983).

Figures médiatiques (323)

Le style Actor's Studio, dont le synonyme pourrait être pourriture et démesure, semble avoir été inventé tout exprès pour Tennessee Williams ...

jeudi 1 novembre 2018

langue française (45)

Vers la trentaine, Beckett affirmait qu'il lui était de plus en plus difficile d'écrire en anglais, et que le français s'imposait à lui, non pas comme langue plus littéraire, mais au contraire. En bon anglais, disait-il, "il n'est pas possible de ne pas écrire de poésie". En français, à l'inverse, langue peu littéraire, "il est plus facile d'écrire sans style." La langue française est "claire" et on n'y est écrivain, comme disait Sartre après Proust, qu'en écrivant "dans une langue étrangère", c'est-à-dire un français non-parlé. Rivarol n'affirmait-il pas déjà, en 1784, qu'il fallait "forcer le naturel" de notre langue pour la rendre "poétique"? Et le grammairien allemand Walter von Wartburg écrit en 1932 : "C'est là la rançon de l'incroyable clarté de la langue française. Elle est claire mais elle ne pénètre pas, elle s'interdit d'arracher à la pénombre de l'intérieur des sensations qui ne correspondent pas à l'intellect humain. Cette clarté empêche également la phrase française de se charger en musique."

Estacadres (473)

Le vent de l'autre nuit a jeté bas l'Amour.
Verlaine.

Figures médiatiques (322)

... Il avait beaucoup fait rire un ami cinéphile en prétendant que l'actrice souffrait d'une déformation congénitale de la hanche. En réalité, Marilyn se faisait confectionner des talons de hauteur inégale pour mieux mettre ses charmes en valeur.
Marcel Cohen, Détails, p. 57-58.

mercredi 31 octobre 2018

langue française (44)

Le français a suivi, dans les siècles, une ligne linguistique continue, nettement tracée : sans Racine, pas de Valéry. Il oblige à une précision chronométrique. On écrit français ou petit-nègre, il n'y a pas d'autre alternative. La langue anglaise, c'est un accordéon : ce qui n'était hier que des erreurs d'orthographe de Conrad est devenu modèle de style, en attendant le prochain changement à vue. La langue anglaise est plutôt faite pour l'humour, et la vôtre pour l'esprit...
Lawrence Durrel, in Les écrivains sur la sellette, de Jean-Louis Ezine.

Estacadres (472)

L'amour n'est pas un sentiment! l'amour c'est une femme.

Figures médiatiques (321)

Chesnais, grand échalas à la diction un peu floue dont le visage chiffonné rappelle celui de Dingo, l'acolyte de Mickey...
Jacques Nerson, L'Obs 2811, du 20/09/18.

mardi 30 octobre 2018

Langue française (43)

Réponse à l'article du 29/10/2018 ["langue française" (42)] :
Mais une telle dichotomie ne relève - t - elle pas d'un rangement systématique et aléatoire? On pourrait dire, à l'inverse, que les Allemands sont moins morbides que les Français, puisqu'ils nomment Stilleben (vie tranquille, immobile) ce que nous appelons nature morte, et qu'on lit, sur les panneaux triangulaires d'alerte, danger de mort en français et Lebensgefahr (danger pour la vie) en allemand. Et que dire du mot tiroir qui, outre-Rhin, se dit poussoir (Schublade)? Expliquerait-il les invasions?

Estacadres (471)

[L'amour des femmes est] le timide reflet d'un inépuisable génie qu'il faut bien nommer charité et dont on ne découvre la surabondance divine qu'à la condition de tomber au-dessous de l'humain.*
Joë Bousquet.
*La colonne vertébrale brisée par une balle à Verdun, le poète finit sa vie sur un lit, entouré d'amis et de femmes ...

Figures médiatiques (320)

Piquante comme son prénom, et trouble comme son nom, Ludivine Sagnier semble assignée aux rôles de gourdasse un peu sexy.

lundi 29 octobre 2018

Langue française (42)

Dès leur plus jeune âge les Allemands apprennent la vertu et les Français le vice. Comment dit-on, par exemple, en allemand, "j'ai envie de faire pipi"? Ich muss pipi machen : "je dois faire pipi". La tentation contre l'injonction, le subjectif contre l'objectif, le corps comme prolongement de l'âme contre le corps comme machine fonctionnelle. La perspective française est le plaisir promis par le besoin à satisfaire, l'horizon allemand est la nécessité catégorique d'un devoir à accomplir. La flatterie catholico-romaine du moi insiste sur le soulagement, quand la maîtrise luthéro-matérialiste de soi ne signale que le règlement d'une tâche.
[cf le prochain article :"langue française" (43)]

Estacadres (470)

"Aucun amour au monde ne peut tenir lieu de l'amour." (Marguerite Duras). Voilà un cri d'adolescente. L'amour est fait de toutes les amours, lui répondrait Casanova (ou Kundera) qui porte en lui des appétits d'enfant et des attentions d'homme. L'absolu, c'est don Juan, c'est le mépris, le narcissisme et le meurtre. L'Ubris, l'autophagie. La passion mystique, la quête de la rose céleste, c'est la rose terrestre piétinée et la violette jetée au buisson ardent (voir Clément Rosset et sa définition anti-platonicienne de l'idiotie. Le réel est sans miroir; ce qui n'exclue pas les fantasmes mais les contient dans l'ordre - ou le désordre - du relatif). Toute passion est mortifère.

Figures médiatiques (319)

Ava Gardner : une fille de jardinier qui buvait de l'alcool de noix de coco poivré.

dimanche 28 octobre 2018

Langue française (41)

Le français était une langue colorée par le soleil couchant, c'était une langue d'ouest, curieusement maritime alors qu'elle est surtout la langue d'un pays de terre, peu ouvert sur l'imagination marine.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 59.

Estacadres (469)

Le vert, en Chine, est la couleur de l'amour.

Figures médiatiques (318)

Yann Moix a des goûts parfois médiocres, mais il parle admirablement des œuvres.

Biggles

Dans les années cinquante, nous habitions à une demi-rue du garage Thum*. M. Thum était  suisse, sa femme (petite, boulotte, volubile) était belge (je crois). Elle lisait beaucoup de romans d'aventures pour la jeunesse, et m'en prêtait. C'est elle qui m'a fait découvrir Biggles, le héros du Captain Johns.
Entre dix et douze ans, j'ai lu en livres (et non en illustrés) les passionnantes histoires de ce pilote de guerre (RAF) et "détective de l'air". J'acquis tout ce que Mme Thum ne m'avait pas fait lire, et j'eus la fierté de lui prêter des livres à mon tour. Je me rappelle avoir eu une telle dévotion pour ces romans que j'achetai des des couvertures uniformes à l'aspect de reliures, pour recouvrir tous les ouvrages du Captain Johns et en remplir les rayons de ma petite bibliothèque : si à Biggles rien n'était impossible, pour Biggles rien n'était trop beau! Sa philosophie m'avait frappé : fataliste mais optimiste. Je l'ai adoptée, tant sa logique m'a paru patente. La voici (telle que je l'ai retrouvée) : "... Lorsque vous volez, ou tout va bien, ou tout ne va pas bien. Si tout va bien, inutile de vous inquiéter.
Si tout ne va pas bien, deux cas sont possibles : ou vous bûcherez** [sic] ou vous ne bûcherez pas. Si vous bûchez, il n'y a que deux solutions : ou vous serez blessé ou vous ne le serez pas. Si vous n'êtes pas blessé, inutile de vous inquiéter. Si vous êtes blessé, deux cas encore : ou vous en réchapperez, ou vous n'en réchapperez pas. Si vous en réchappez, inutile de vous inquiéter. Si vous n'en réchappez pas, vous ne pourrez plus vous inquiéter ..."
*Se prononce "Toum".
**To buck = tomber?

samedi 27 octobre 2018

Horizons (43)

Cependant que nous nous élevons, nous nous rapprochons du mystère que la poussière nous dérobe. Ainsi se résorbe, à chaque pas que nous faisons sur la montagne, le dessin confus des horizons, et lorsque nous sommes parvenus assez haut, nous ne sommes plus environnés, en quelque lieu que nous soyons, que par un pur anneau qui nous fiance à l'éternité.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.

Langue française (40)

Le français était une langue aérée, une langue de grand large qu'on pouvait emporter loin, une langue d'ouverture où il y avait de la place et Flaubert m'en semblait l'exemple même. Cela s'adressait à tous les sens et de plus chaque phrase recelait sa propre mémoire et rendait plus riche celle du lecteur.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 59.

Estacadres (468)

Même symbolique pour l'arbre et pour l'amour, selon Valéry, qui poussent, en qui les porte, toujours plus loin leurs racines, et hors leurs branches au plus haut vers le ciel.

Figures médiatiques (317)

Johnny et Jean d'O viennent de mourir. Chagrin et choux gras des médias, qui ne parlent plus que de ça. Bientôt peut-être des funérailles nationales, pour ces grands hommes de notre petite France. En clin deuil, les prostituées vont se mettre des fleurs dans le fourreau (comme à l'enterrement de Victor Hugo). Manque plus que Tapie pour achever la trinité.

vendredi 26 octobre 2018

Langue française (39)

Ces mots allemands, lorsqu'on en faisait des mots composés étaient sans surprise, ils jouaient cartes sur table et donnaient leur sens à pleines mains, là où les mots français le réservaient et permettaient à chacun d'en varier à sa guise les sous-entendus (mot qui n'existe pas en allemand) ou les acceptions.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

Estacadres (467)

Un homme ne choisit pas d'épouser une femme intelligente par admiration désintéressée de cette intelligence, mais plutôt par une curiosité inquiète de lui-même. Il ne lui suffit pas d'être aimé, il le lui faut être "en connaissance de cause". Il veut être compris et admis dans sa complexion et sa complexité. Il veut que l'amour qu'on lui porte soit subtil, éclairé.
Aimé par le cœur et par l'esprit, aimé par l'âme et le corps, aimé par la raison et la folie, aimé par le destin, il se croit aimé d'un amour qui reposerait sur les sept piliers, d'un amour délicieusement subjectif qui serait aussi l'amour le plus sûr, le plus fondé, le plus objectif. C'est une illusion solide et peu avouée.

Figures médiatiques (316)

La carte de journaliste ne peut être délivrée aux anciens collabos.* C'est pourquoi Courtine, sous le nom de La Reynière, se consacrera "à l'une des deux activités journalistiques qui ne nécessitent pas cette carte : la gastronomie (l'autre étant la rubrique des mots croisés :  Max Favalelli, ex de Je suis partout, choisira cette voie)."
 François Forestier, L'Obs 2762 du 12/10/17.
* C'est aussi pourquoi ce Chinois de paravent de Michel Audiard ne l'avait pas non plus.

jeudi 25 octobre 2018

Langue française (38)

[Les mots français] ressemblaient à de vieilles personnes pleines d'expérience, "langueur", "promptitude", "orgueil" on les imaginait en habits de cour; "complaisance" ou "jalousie", "éclat" ou "opportunité" avaient chacun leur physionomie, leur allure et surtout on ne savait pas de quoi ils étaient faits, contrairement aux mots allemands dont tous les éléments étaient toujours reconnaissables, orgueil par exemple devenait Hochmut : esprit haut.
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

Estacadres (466)

L'amour, c'est une occupation de l'espace.
Henri Michaux.

Figures médiatiques (315)

Variantes : *Bernard Menez ne l'a pas menu (le nez).
                  *Bernard Menez, qui doit le début de sa carrière à la fin de son nom ...
                  *Bernard Menez, affligé, comme la fin de son nom l'indique.

mercredi 24 octobre 2018

Langue française (37)

Les mots français étaient tous "chargés d'histoire", rien qu'à les entendre on les devinait de très ancien usage, longuement mis au point.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

Estacadres (465)

Amour n'est rien qui ne croisse à l'extrême.
Paul Valéry.

Figures médiatiques (314)

Chacun suit son nez, certains le chaperonnent, comme Bernard Menez, qui dit être obsédé par son excentricité : "Je suis devenu acteur pour l'accompagner."

mardi 23 octobre 2018

Langue française (36)

C'était le champ des mots, leur étendue qui me fascinaient, ces sauts de sens, ces jonctions. Qu'était-ce donc comprendre avec si peu d'indications?
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

Estacadres (464)

L'expérience amoureuse, si risquée qu'elle puisse être par ses aspects d'hypnose et d'inféodation à un autre aimé et idéalisé, est notre seul pari face à la mort. C'est parce qu'il y a de l'autre - qui me met en crise - que je vis autrement que si j'étais un calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur ...
Julia Kristeva, in L'infini n° 5 (Hiver 84), Les looks sont entrés dans Paris, p. 18.

Figures médiatiques (313)

J'appelle sensibilité vulvaire cette disposition au frémissement permanent qui laisse supposer que le moindre événement, le moindre souffle puisse faire frissonner le cœur et les muqueuses, comme une froufroute. Cette sensibilité épithéliale qui caractérise certains acteurs et surtout certaines actrices, par exemple. Je pense à Juliette Binoche, à Anouk Grinberg ...

dimanche 21 octobre 2018

Langue française (35)

Le français. "J'en découvris les raccourcis, les économies de mots et les densités brèves à travers La Rochefoucauld, Retz ou La Fontaine mais aussi les solennelles splendeurs de Bossuet."
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

Estacadres (463)

Amour du prochain, amour du lointain, que l'un soit l'autre, sans altruisme.

Figures médiatiques (312)

La critique péripathétique à la François Busnel.

samedi 20 octobre 2018

Langue française (34)

J'étais tombé dans le français que je ne me souviens pas d'avoir un jour appris. Je me rappelle simplement l'effet que me firent certaines sonorités toujours à mi-chemin, à mi-ton de celles de l'allemand ou de l'italien, toutes deux inversement sonores, l'allemand par grands éclats, l'italien par chants successifs qu'on pouvait moduler à sa guise. Je me souviens simplement d'avoir su le français, d'emblée, fin 39, mais c'est par le XVIIe siècle que j'en acquis un peu le sens puisque lui seul et quelques auteurs du XVIIIe étaient autorisés dans cet étrange internat.*
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
* En Haute-Savoie (l'auteur ayant fui l'Allemagne nazie).

Estacadres (462)

Que le mot amour soit masculin au singulier et féminin au pluriel m'a toujours paru plus philosophique que grammatical.
Jean Amadou.

Figures médiatiques (311)

Ce que je trouve intéressant chez Fillon, c'est son château. Un candidat au suffrage universel qui a un château. L'affront de 1789 est lavé. Il est catholique. Il a cinq enfants. C'est la contre-révolution ultime. Quand on revoit aujourd'hui cette photo du château, parue dans Paris Match, il est évident qu'on a été naïfs, d'un simple point de vue immobilier. Un traitement de député ne peut pas permettre d'avoir ça. D'ailleurs, depuis l'affaire, le château est devenu un "manoir".
Aurélien Bellanger, L'Obs 2737 p. 86-87.

vendredi 19 octobre 2018

Langue française (33)

Confusément, je le sentais, seul le français [...] me permettrait quelque jour de me rendre, sauvée, ma langue maternelle pourtant à jamais dégradée, déformée, meurtrie par le nazisme né en son sein, et de pointer par ailleurs de plus en plus finement, de plus en plus près, ce qui toujours échappe, comme si le français était la langue qui s'en approchait le plus.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38-39.

Estacadres (461)

... l'amour, cette Italie.
B. Poirot-Delpech, Le Monde du 03/02/1984.

Figures médiatiques (310)

Angela Merkel, avec sa mine chiffonnée de première de la classe tirée trop tôt du lit après une nuit de révisions ...
Patrick Besson, Au Point, p. 683.

mercredi 17 octobre 2018

Langue française (32)

Le français, c'était un drap de velours bleu sombre brodé de fils d'or qu'on jetait sur ce qu'on ne voulait pas voir, là où l'allemand n'hésite jamais à montrer le pire.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.

Estacadres (460)

L'amour a moins à voir avec les sens qu'avec la connaissance : il est une quête ou un approfondissement de soi-même.

Figures médiatiques (309)

"Ce long corps qui ressemblait à une question bien posée", c'est, selon Patrick Besson ( Au Point, p.610) celui de Carla Bruni.

dimanche 14 octobre 2018

Langue française (31)

... le français m'offrait sa subtile aménité pour y situer le tracé familier, il m'offrait cette manière de réconcilier les choses en les fondant dans ce glissement des mots les uns vers les autres dans une même tonalité qui parvenait à dissimuler les horreurs les plus effroyables sous la splendeur du verbe.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.

Estacadres (459)

La pudeur elle-même a pour fonction principale, dans la vie amoureuse, de susciter le désir de voir, dont l'importance instinctive est essentielle.
J.-G. Lemaire, article "AMOUR" (PSYCHOLOGIE) de l'Encyclopaedia Universalis.

Figures médiatiques (308)

Née le 30 août 1932 à Longwy, Geneviève Mulmann fut d'abord inscrite à l'école hôtelière avant d'être élue, dans les années 50, miss Elégance et d'épouser Louis Poirot, dit de Fontenay. Prendre un nom de pomme de terre quand on s'appelle Poirot, quel sens aigu de la soupe.
Patrick Besson, Au Point, p. 621.

dimanche 7 octobre 2018

Langue française (30)

... le français était aussi une langue majestueuse et intime à la fois, la langue de l'entente et de l'entendement ...
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.

Estacadres (458)

L'amour réciproque est un leurre; celui qui aime le plus est un fleuve (ou un filet d'eau), l'autre est un barrage ou un puits aveugle. Et l'amour coule toujours dans le même sens, des parents vers les enfants, pour la petite éternité humaine.

Figures médiatiques (307)

Ségolène Royal, "une main de verre dans un gant de soi-même."
Patrick Besson, Au Point, p. 468.

samedi 6 octobre 2018

Langue française (29)

Le français avait quelque chose de mondain, de meublé, une langue pour tapisseries, médaillons et bergères. C'était une langue qui filait en bouche, qu'on pouvait prendre au coin des lèvres et qui passait toute seule. Elle n'avait pas les rondeurs ni les soulèvements de l'allemand ni ses douceurs ni ses duretés. L'allemand, ma langue maternelle, me prenait le corps autrement que le français, lequel était au-dessus, calé sur l'assise de l'allemand que, par honte de mes origines, je croyais pouvoir oublier.
G.-A.Goldschmidt, Le poing dans la bouche. 

Estacadres (457)

Ce qu'il y a de plus vrai en ce monde : l'amour, la religion et l'art. Le premier, à travers toutes les dissimulations et toutes les mascarades, voit jusqu'au noyau l'individu souffrant et compatit avec lui et le dernier, en tant qu'amour pratique, console la douleur en parlant d'un autre ordre du monde et en apprenant à mépriser celui-ci. Ce sont les trois puissances illogiques qui se reconnaissent comme telles.
Nietzsche, Le livre du philosophe, III, aphorisme 177.

Figures médiatiques (306)

Patrick Besson, parlant de Carla Bruni : "Elle a cette figure parfaite de renard épilé, avec des épaules superbes de nageuse biélorusse."

vendredi 5 octobre 2018

Langue française (28)

L'allemand a été fixé religieusement alors que le français l'a été politiquement. C'est une différence irréductible. C'est pour ça que l'on n'y trouve ni le mot laïcité, ni le mot citoyen, qu'on traduit par "Stantsbürger", c'est-à-dire le bourgeois de l'Etat. C'est terrible."
G.-A. Goldschmidt, in Quinz. litt. 871 du16/02/04.

Estacadres (456)

Nuit d'amour qui semblait fuir entre deux dimanches,
Tel un grand oiseau noir dont les ailes sont blanches.
Paul-Jean Toulet, Contrerimes.

Figures médiatiques (305)

Jean d'Ormesson, "neurasthénique honteux". (Patrick Besson)

jeudi 4 octobre 2018

Langue française (27)

Le grand problème allemand, c'est l'inattention au style, Nietzsche et Heine mis à part, qui sont les grands génies de la langue allemande.
[ ...]
Ainsi la langue française a été façonnée à Versailles, par quelques personnes, alors qu'en Allemagne c'est Luther qui a façonné la langue, en fabriquant le vocabulaire religieux, qui l'a fixée. Ainsi de cet exemple que j'adore donner : depuis Luther, le désespoir se dit "le comble du doute", en allemand, avouez que ce n'est pas mal en matière de propagande religieuse.

Estacadres (454)

Il n'y a pas de véritable amour sans fraternité. Ni de véritable fraternité sans amour.

Figures médiatiques (303)

On applaudit les "chansons" de Philippe Katerine comme on fait mine de s'extasier devant les gribouillis d'un petit enfant.

mercredi 3 octobre 2018

Langue française (26)

... Le français possède l'expression du trouble. La princesse de Clèves, par exemple : rien n'est dit, mais c'est l'un des textes les plus érotiques qui soient. Le côté réaliste de l'allemand empêche la distance nécessaire. L'allemand n'a pas de littérature érotique. Il n'y a qu'une littérature pornographique. L'allemand décrit le réel au point de prendre sa description pour le réel, ce qui peut devenir terrifiant. Il existe d'ailleurs une thèse fameuse de Leibniz, Pensées sans préjugé pour l'amélioration de la langue allemande, écrite en allemand, curieusement, pour dire que l'allemand est une langue admirable pour les charpentiers, les tailleurs de pierre, mais qu'elle est inapte à exprimer le politique. C'est une langue inscrite dans le matériau, ce qui peut d'ailleurs être très beau, et permet de tout dire. Je donne l'exemple du mot cadenas, qui se dit "une serrure qu'on accroche devant". Tout est comme ça.
G.-A. Goldschmidt, Quinz. litt. 871 du 16/02/04

Estacadres (453)

C'est peut-être ça, l'amour : un visage autour de soi qui se multiplie, alors qu'on est seul!
Georges Schéhadé, La soirée des proverbes.

Figures médiatiques (302)

... M. Balladur, de sa voix pleine de théières et de pinces à sucre ...

mardi 2 octobre 2018

Langue française (25)

   Question de Bertrand Leclair à Georges-Arthur Goldschmidt in Quinz. litt. 871  du 16/02/04, à propos de son livre Le poing dans la bouche :
   Vous insistez sur le fait que l'allemand serait beaucoup plus proche de la matière, du réel, que le français, dont vous dites par contre qu'il est une langue érotique. Pourquoi?                                                                           

Estacadres (452)

... dans l'expérience amoureuse, le moi est à son zénith : je suis aimé, j'aime, donc je suis tout; je n'aime pas, je ne suis pas aimé, donc je ne suis rien.
Julia Kristeva, Le Nouvel Obs. 987 du 07/10/83.

Figures médiatiques (301)

Et ce pauvre Lagerfeld corseté comme un homard et qu'il faut désincarcérer tous les soirs.
A. Schifres, Sympa.

dimanche 30 septembre 2018

Langue française (24)

... langue souple et rassurante, la langue de la connivence, qui permet d'échanger bien des choses non dites cachées sous les mots, [ ...] dont l'une des propriétés est peut-être de tout de suite se situer dans l'intimité corporelle de celui qui parle.
[ ...] La brièveté, la précision du style, cette façon d'aller droit au but, c'était comme une antimatière de tout ce que je connaissais, cela allait vite, c'était incisif et fluide. C'est par le français que je fis connaissance avec la concentration, qu'on confond si volontiers avec l'abstraction.    
[ ... ] Les mots français, je ne sais pourquoi, m'impressionnaient, ils ressemblaient à ces personnes d'un certain âge qui ont une longue expérience et ont vu beaucoup de gens et bien des choses. Ils avaient tous un côté adulte et bien élevé que les mots allemands n'avaient jamais, plus immédiats, plus charpentés et plus enfantins à la fois. Les mots allemands, c'était les choses elles-mêmes, en français elles étaient enveloppées d'une sorte de noli me tangere, de mise à distance.
G.- A. Goldschmidt, La traversée des fleuves, autobiographie.

Estacadres (451)

L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même.
Stendhal, De l'amour.

Figures médiatiques (300)

François Busnel, lou ravi de l'étable à livres.

samedi 29 septembre 2018

Langue française (23)

[Souvent l'allemand] ne tient pas un discours à la française qui se referme sur lui-même en vue d'une conclusion; c'est un flux qui progresse sans retour, ce qui empêche de l'appréhender à travers quelques notions claires.
Jacques Lonchampt, in Le Monde du 01/01/83 (à propos d'Adorno).

Estacadres (450)

 Nous ne parlions pas de nous, nous nous parlions. Nous nous caressions, et nous caressions l'âme aussi en lui disant des choses légères.

Figures médiatiques (299)

Trump brille sous les spots comme un miroir de bordel.
Philippe Boulet-Gercourt, L'Obs 2657 du 08/10/15.

vendredi 28 septembre 2018

Langue française (22)

La langue allemande ne procède pas comme le français, elle voit en creux là où le français voit en relief, elle décrit un geste, une forme où le français ne s'intéresse qu'au résultat, au sens de ce geste.
Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur et préfacier de Bienvenue au conseil d'administration, de Peter Handke.

Estacadres (449)

Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :
Mon amour m'entraînait; et je venais peut-être
Pour me chercher moi-même et pour me reconnaître.
Racine, Bérénice, V,6, Titus.

Figures médiatiques (298)

Sofia Loren est trop sexuée pour qu'avec elle on puisse penser à autre chose ...

jeudi 27 septembre 2018

Langue française (21)

Charles Quint [ ...] disait que le français était fait pour parler avec les amis, l'italien avec les amantes, le hollandais avec les serviteurs, l'allemand avec les soldats, l'espagnol avec les rois, le latin avec Dieu et le hongrois avec le diable!
Chico Buarque, in Le Nouvel observateur 2106 du 17/03/05.

Estacadres (448)

L'objet de l'amour est une transparence opaque. Transparent, il n'est pas aimé pour lui-même puisqu'on ne le connaît pas; opaque, ce pourquoi nous l'aimons ne nous est pas clair. On traverse l'être aimé pour tenter de saisir quelque chose qu'il porte (semble porter, ou porte passagèrement) et qu'on n'aperçoit pas. L'amour dure tant que cette tentation mystérieuse subsiste. Ensuite vient l'attachement ou le détachement, l'affection ou la désaffection.

Figures médiatiques (297)

Il est si rapide que le coq n'a pas le temps de chanter une première fois qu'il s'est déjà renié.
Martin Hirsch, parlant de Laurent Wauquiez.

mercredi 26 septembre 2018

Langue française (20)

Au XXIe siècle, ce n'est pas tant la langue (la française et tant d'autres) qui est menacée, mais la part d'absolu qui réside dans le Verbe. Les débats sur l'école, en France, où une minorité cherche à préserver la Poésie (on dit, par pudeur, "littérature"), se trompent parfois d'adversaire. Le danger n'est ni l'hermétisme, ni le formalisme du nouveau roman, ni le nombrilisme ou la naïveté, ni la linguistique, mais la paresse, le dégoût d'apprendre, la croyance collective soit en l'argent, soit dans quelque  religion  mortifère, l'appétit pour la distraction sotte et le rire gras. Si le pouvoir laisse les médias, d'essence publicitaire, construire la personnalité enfantine, l'école ne peut plus être que thérapeutique. Ce serait à un "ministère de la Santé mentale" de s'en occuper. En trichant avec les forces de la "geste" mondiale, avec la sale Histoire, l'institution en confirme les effets et la "chanson" devient inaudible. Plus encore que la mort d'une langue, catastrophe collective identitaire, il faut craindre celle des valeurs de l'anti-destin, qu'André Malraux identifiait à l'art et qu'on aimerait centrer sur la "chanson", l'art du langage poétique.
Alain Rey, L'amour du français, Denoël, p. 233.

Estacadres (447)

C'est bigamie d'aimer et de rêver.
Ulysse Elytis.

Figures médiatiques (296)

Farrah Fawcett a en outre de belles dents.

dimanche 23 septembre 2018

Langue française (19)

Au 18e siècle encore, la moitié des Français ne parlaient pas le français, et 20% seulement savaient lire et écrire, mais en latin!

Estacadres (446)

L'amour, cette absence de mémoire, ne retient de nous que notre éternité
Péguy, Ordonne ton amour.

Figures médiatiques (295)

Le président Coty est mort, c'était un brave et honnête homme qui avec son nom de parfum s'évapora littéralement devant le général de Gaulle au moment du 13 mai.
Roger Rudigoz, Journal.

samedi 22 septembre 2018

Langue française (18)

Ça n'a aucun sens de dire, par exemple : un tel écrit parfaitement l'allemand. Ça n'a aucun sens. Même pas l'anglais. [ ...] C'est un concept qui est strictement français.
Cioran, Entretiens, Arcades/Gallimard, p. 76.

Estacadres (445)

L'amour ne reçoit pas de réponse. L'amour se verse infiniment dans un tonneau sans fond. Et il faut battre le rappel des cœurs.

Figures médiatiques (294)

Michael Douglas n'a rien hérité de l'énergie solaire de son père (seulement la mâchoire - chez lui factice) : il a autant de sex-appeal qu'une troussoire et d'élégance qu'une pince à sucre!

jeudi 20 septembre 2018

Langue française (17)

Le français au XVIe siècle, selon Lucien Febvre : " ... langue longue, verbeuse, dépourvue de rythme trop souvent et d'allure; langue de paysans qui parlent rarement - mais, quand l'occasion leur en est donnée, qui parlent intarissablement, se noient dans les explications et les incidentes, dans les détails et les circonstances.
Le problème de l'incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais. ( Cité par Philippe Muray in Le portatif, p. 19).

Estacadres (444)

De fin'amor dizirada.    De fine amour désirée.
Marcabru.

Figures médiatiques (293)

Ursula Andress vue par François Forestier in Le Nouvel Obs 2598 du 28/08/14 : "A côté d'elle Lady Gaga est un tas de mâchefer, et Rihanna un bouton de porte. Plus belle, on n'a pas encore inventé.

mercredi 19 septembre 2018

Langue française (16)

C'est le plus grand accident qui puisse arriver à un écrivain, le plus dramatique. Les catastrophes historiques ne sont rien, à côté. J'ai écrit en roumain jusqu'en 1947. Cette année-là, je me trouvais dans une petite maison près de Dieppe, et je traduisais Mallarmé en roumain. Soudain, je me suis dit : "Quelle absurdité! A quoi bon traduire Mallarmé dans une langue que personne ne connaît?" Alors, j'ai renoncé à ma langue. Je me suis mis à écrire en français, et ce fut très difficile, parce que, par tempérament, la langue française ne me convient pas : il me faut une langue sauvage, une langue d'ivrogne. Le français a été pour moi comme une camisole de force. Ecrire dans une autre langue est une expérience terrifiante. On réfléchit sur les mots, sur l'écriture. Quand j'écrivais en roumain, je le faisais sans m'en rendre compte, j'écrivais, tout simplement. Les mots n'étaient pas alors indépendants de moi. Lorsque je me suis mis à écrire en français, tous les mots se sont imposés à ma conscience; je les avais devant moi, hors de moi, dans leurs cellules, et j'allais les chercher : "Toi, maintenant, et maintenant, toi."
[ ... ] En changeant de langue, j'ai aussitôt liquidé le passé : j'ai changé complètement de vie. Même à présent, il me semble encore que j'écris une langue qui n'est liée à rien, sans racines, une langue de serre.*
Cioran, Entretiens (Arcades/Gallimard, p. 28-29).
* Mais, pour un écrivain, même écrire dans sa propre langue, n'est-ce pas aussi écrire dans une langue étrangère ? La littérature n'est jamais la simple expression.

Estacadres (443)

C'est seulement dans la plénitude des états amoureux que la majeure partie de la libido se trouve transférée à l'objet et que ce dernier prend, dans une certaine mesure, la place du moi.
Freud, Abrégé de psychanalyse, 10.

Figures médiatiques (292)

Jean-François Copé, vu par François Reynaert in Le Nouvel Obs 2585 du 22/05/2014 : " ... Il traîne tant de casseroles qu'il n'hésite jamais à taper sur tous les tambours qui passent, dans l'espoir de couvrir le son de tout ce qui le suit."

mardi 18 septembre 2018

Langue française (15)

Une langue d'une si fluide classicité qu'on la suce comme un sorbet d'orange sur un café brûlant.

Estacadres (442)

L'amour qui est fini s'éloigne dans un autre monde à la façon d'un vaisseau spatial qui cesse de clignoter : l'être aimé résonnait comme un vacarme, le voici tout à coup mat ...
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (291)

... Comme il y avait cette image de fille sous les bananiers, je tenais à quelque chose d'érotique. L'idée m'est venue de cette scène où elle se redresse dans le lit. J'argumente auprès de Catherine : c'est important qu'elle soit seins nus, elle vient de faire l'amour avec Montand, la scène sera courte, etc. elle a cette jolie formule : "Ce sera comme un coup d'éventail." Je fais vider le plateau. Ne restent que moi et mon chef opérateur, Pierre Lhomme. Elle arrive en peignoir.. Ça va , Catherine? Allez, on tourne! Parfait. Juste une deuxième prise, au cas où? Moteur! Bravo. Coupez! Elle remet son peignoir, sort du lit et ... s'évanouit. D'émotion. Comme disait Jean Renoir : "Le cinéma est l'art de faire de jolies choses à de jolies femmes."* Filmer la beauté de Catherine Deneuve ou, aujourd'hui, de la merveilleuse Marine Vacth, c'est une joie, une illumination. Là, je peux vous dire que j'ondule!
Jean-Paul Rappeneau, parlant de son film Le sauvage in Télérama 3429 du 30/0915.
*C'est Truffaut qui dit que le cinéma est "l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes."

lundi 17 septembre 2018

Langue française (14)

... ce doux français fluide du siècle de Versailles, qui donne aux moindres mots la grâce attardée d'une langue morte.
Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat.

Estacadres (441)

L'amour que l'on nous vante comme la cause de nos plaisirs n'en est plus que le prétexte.
Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses. (Mme de Merteuil).

Figures médiatiques (290)

François Busnel, bateleur de la production littéraire et avaleur des grenouilles de l'industrie plumassière.

dimanche 16 septembre 2018

Langue française(13)

Le français est une fabrication de la littérature.
Pierre Lepape, Le pays de la littérature (Points, p.22).

Estacadres (440)

Un mandarin était amoureux d'une courtisane. "Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m'attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre." Mais, à la 99e nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (289)

A l'Olympia Carla Bruni a chanté une chanson de John Prine (All the Best) en duo avec Marianne Faitufull : "Quand l'ex top-model s'éraille avec joliesse, [la légende du rock anglais] le fait avec profondeur."
S. Davet, in Le Monde du 13/03/14.

jeudi 13 septembre 2018

mercredi 12 septembre 2018

Langue française (10)

Borges disait qu'un livre est le dernier brouillon avant sa traduction en français, qui constitue en quelque sorte sa version définitive.
J.-P. Bernès, Le Nouvel Obs. 2387 du 05/08/2010.

Estacadres (437)

La poisse amoureuse est indissoluble; il faut ou subir ou sortir : aménager est impossible (l'amour n'est ni dialectique ni réformiste).
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (286)

Elisabeth Lévy est à la pensée ce qu'Annie Cordy est à la chanson.
Laurent Joffrin, Le Nouvel Obs. 2572 du 18/02/14.

mardi 11 septembre 2018

Langue française (9)

Le français est langue royale, il n'y a que foutus baragouins tout autour.
Céline.

Estacadres (436)

Dans tout homme qui parle, l'absence de l'autre, du féminin se déclare : cet homme qui attend et qui en souffre, est miraculeusement féminisé. Un homme n'est pas féminisé parce qu'il est inverti, mais parce qu'il est amoureux.
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (285)

Doillon. Dieu que de doigts dans les yeux, les oignons! dans les oreilles! que d'oreillons! Doillon vétéranise, à voir ses films nous douillons.

lundi 10 septembre 2018

Langue française (8)

L'idiome français, ce doux craquètement de pas sur les feuilles mortes, est une des seules langues au monde qui se parlent dans le masque. Pas de gorge profonde, de cris poitrinaux, même pas d'accent tonique, qui rythme la plupart des autres parlers humains. Juste un accent vocalique, l'accent d'intensité, qui marque avec grâce et légèreté les moments importants du discours.
L'anglais chante et parfois grince ou criaille, l'allemand martèle, l'italien vocalise, l'espagnol a la jota, et le swahili roucoule. Le français découpe la phrase, ordonne avec clarté la pensée. Ecoutez Bossuet : "Ce discours dont vous vous croyez les juges, vous jugera au dernier jour, et si vous n'en sortez plus chrétien, vous en sortirez plus coupables."
Vous imaginez cette phrase dite par nos actuels animateurs radio? Ils ne parlent plus, ils débitent les mots, pressés d'en finir. Je ne veux nommer personne, mais suivez mon oreille. Chacun s'efforce de jaser plus rapide que le voisin. C'est le concours des malheureux atteints de "colique verbale". Où croient-ils arriver plus vite? Au cercueil, au tombeau?"
Henri Brunel, Broc (Maine-et-Loire). In Courrier des lecteurs du Nouvel Obs. 2302 du 11/12/2008.

Estacadres (435)

Le dis-cursus amoureux n'est pas dialectique; il tourne comme un calendrier perpétuel, une encyclopédie de la culture affective (dans l'amoureux quelque chose de Bouvard et Pécuchet).
En termes linguistiques, on dirait que les figures sont distributionnelles, qu'elles ne sont pas intégratives; elles restent toujours au même niveau : l'amoureux parle par paquets de phrases, mais il n'intègre pas ces phrases à un niveau supérieur, à une œuvre; c'est un discours horizontal : aucune transcendance, aucun salut, aucun roman (mais beaucoup de romanesque).
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux.

Figures médiatiques (284)

Sandra Bullock (actrice de Gravity) par Louis Guichard : "Il y a, dans son jeu, davantage de pesanteur que de gravité."
Télérama 3328 du 23/10/13.

dimanche 9 septembre 2018

Langue française (7)

... Le français comporte au moins deux millions de mots différents, [...] il s'y crée entre 20000 et 30000 mots nouveaux tous les ans.
P. Encrevé, Conversations sur la langue française.

Estacadres (434)

Clair et rapide amour, indifférence,
presque absence qui court,
entre ton trop d'arrivée et ton trop de partance
tremble un peu de séjour.
Rainer Maria Rilke, Vergers, poème 18.

Figures médiatiques (283)

Beria était peut-être un second couteau, mais il l'avait entre les dents.*
Laurent Lemire, Le Nouvel Obs 2554 (octobre 2013).
[Comme quoi on peut à la fois être et avoir]
* Zeugma?

vendredi 7 septembre 2018

Langue française (6)

La langue elle-même est à mon avis plutôt laide. Les choses ont tendance à paraître triviales quand elles sont dites en français.
Borges.

Estacadres (433)

Nous croyons aimer une jeune fille, et nous n'aimons hélas! en elle que cette aurore dont leur visage reflète momentanément la rougeur.
Proust, La fugitive.

Figures médiatiques (282)

Charlotte Rampling et son sourire pseudo-mystérieux perpétuellement épinglé sur sa face énigmatique, occupe presque seule le film d'Ozon intitulé Sous le sable, et nous faisons comme l'autruche pour échapper à l'ennui ...

mercredi 5 septembre 2018

Langue française (5)

J'ai quelquefois le sentiment que, si la langue française continue à évoluer de façon naturelle (ce que je crois peu probable, à cause de la contamination anglo-saxonne toujours croissante) elle tendra vocalement à se rauciser. Le r est sa consonne la plus originale, et peut-être, de tout son registre, le son secrètement préféré par ses usagers. Aucune ne donne à la phrase prononcée des appuis et des étais plus assurés - aucune ne consolide mieux l'articulation du français : l'envie nous vient instinctivement de la prodiguer. Je suis bien souvent frappé par l'usage préférentiel qu'en fait Claudel, par exemple, dans le tri de son vocabulaire ( "Et le fleuve ... n'arrose pas une contrée moins déserte que lorsque l'homme, ayant perforé une corne de bœuf, fit retentir pour la première fois son cri rude et amer dans les campagnes sans écho" - Connaissance de l'Est). J'ai plus de plaisir à prononcer tartre que tarte, martre que Marthe*. Et ce n'est pas le Père Ubu - grand expert en matière de déformation  spontanée de la langue - qui me démentira.
Julien Gracq, En lisant, en écrivant, p. 254.
* Gracq ne va pas jusqu'à dire qu'il préfère Sartre à Sarthe!

Estacadres (432)

Comme la vue est un sens trompeur! un corps humain, même aimé, comme était celui d'Albertine, nous semble à quelques mètres, à quelques centimètres, distant de nous. Et l'âme qui est à lui de même. Seulement, que quelque chose change violemment la place de cette âme par rapport à nous, nous montre qu'elle aime d'autres êtres et pas nous, alors, aux battements de notre cœur disloqué, nous sentons que c'est, non pas à quelques pas de nous, mais en nous, qu'était la créature chérie.
Proust, Sodome et Gomorrhe.

Figures médiatiques (281)

... Ce ton  et cette diction inimitables, qu'elle* semble avoir directement appris auprès de Sarah Bernhardt ...
Renaud Machart, Le Monde du 12/07/2013.
* Arielle Dombasle. Théophile Gautier aurait dit qu'elle est une "symphonie en blanc majeur".

mardi 4 septembre 2018

Langue française (4)

Le français : idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques.
Cioran, Aveux et anathèmes, p. 145.

Estacadres (431)

On n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible, on n'aime que ce qu'on ne possède pas.
Proust, La prisonnière.

Figures médiatiques (280)

Dans une ambiance "Fahrenheit 451" à Neuilly-Auteuil-Passy, le vertueux acucudémicien s'emmêlasse lui-même dans son humanisme.
Fabrice Pliskin, à propos d'Eric Orsenna, auteur de La fabrique des mots.