Il en est de la vérité comme de l'amour; certains n'en voient qu'une et c'est LA VÉRITÉ; d'autres, ayant une vision plus concrète de la réalité, aiment les femmes quand elles sont aimables et toutes les vérités réfléchies et sincères.
lundi 28 février 2022
Absolu et relatif (5)
Auschwitz
"Peut-on encore faire de la poésie après Auschwitz?" se demandait Adorno en 1945. De la poésie, oui, mais de la poésie sur Auschwitz, sûrement pas. Aucune "littérature", d'ailleurs. On ne peut pas nommer l'innommable.
dimanche 27 février 2022
Figures (2409)
La phrase de Céline réalise la coïncidence de la conscience avec elle-même.
Henri Godard
Aurore (10)
L'auteur a pris un bain de minuit avec une femme, puis: "Nous restâmes allongés dans le noir quelques minutes en toute innocence, sous les palmiers, et soudain quelqu'un me secoua en me braquant une lumière dans les yeux - c'était le soleil qui se levait."
James Salter, Une vie à brûler.
mardi 15 février 2022
Figures (24O8)
Céline veut sortir de la nuit, et l'antisémitisme est une aurore, une aurore horrible...
A. Finkielkraut
Aurore (9)
L'aurore au visage gai
D'une lumière zinzoline*
Enzinzolina la marine.
Scarron, Le Virgile travesti.
*d'un violet rougeâtre.
lundi 14 février 2022
Figures (2407)
Il y a chez lui ce regard des maniaques, tourné en dedans, qui brille comme au fond d'un trou.
Ernst Jünger, parlant de Céline.
dimanche 13 février 2022
Figures (2406)
Sa figure de Croquignole se détache, ici, dans une galerie de damnés comme si elle était née de sa propre imagination. Il introduit le béret du parigot dans une gravure de Gustave Doré illustrant l'Enfer.
Angelo Rinaldi, parlant de Céline in N. Obs 1799 du 29/04/99.
samedi 12 février 2022
Figures (2405)
Le voyage au bout de la nuit, ce livre asphyxiant dont on n'a que trop parlé à l'occasion des derniers prix, et dont il ne faut conseiller la lecture à personne, possède le pouvoir de nous faire vivre au plus épais de cette humanité désespérée qui campe aux portes de toutes les grandes villes du monde moderne.
F. Mauriac, in L'écho de Paris du 31/12/1932.
Aurore (6)
Enfin les ténèbres commencèrent peu à peu à se dissiper, et le soleil, redonnant le jour au monde, rendit l'émail aux fleurs, et aux arbres l'ombre et la couleur qu'il leur avait ôtées.
Honoré d'Urfé, L'Astrée.
vendredi 11 février 2022
Figures (2404)
A l'image du XXe siècle, Céline incarne la conjonction possible entre la culture, la création littéraire et la barbarie."
Annick Duraffour, in L'antisémitisme de plume (sous la direction de Pierre-André Taguieff, Berg international, 1999).
Aurore (5)
Des portes du matin l'amante de Céphale
Ses roses épandait dans le milieu des airs.
Voiture, La belle matineuse.
jeudi 10 février 2022
Figures (2403)
... Céline n'est pas là pour "penser". Ce qu'il recherche, comme un drogué ascétique, c'est la transe des mots.
Ph. Sollers, in Le Monde des livres du 19/11/04.
... Céline n'est pas là pour "penser". Ce qu'il recherche comme un drogué ascétique, c'est la transe des mots...
Ph. Sollers, in Le monde des livres du 19/11/04.
mercredi 9 février 2022
Absolu et relatif (2)
Le regard est comme une étincelle d'Absolu. La voix est la messagère du relatif.
Cécile Sagne, Les visages.
Juste encore assez de lumière pour les plantes d'intérieur.
Errata - Avez-vous pris connaissance des corrections apportées? A la ligne un: "Mettre de la réalité"... , et à la pénultième: "...partage de l'absurde!"
Bonne (re)lecture!
G. Plaine.
Figures (2402)
Céline et Bernanos - Informé de la persécution, l'auteur des Grands cimetières sous la lune proclame: "Le nazisme a déshonoré l'antisémitime", et il dit son impossibilité de penser désormais ce qu'il a pensé. Informé de la même manière, Céline persiste, martèle, accable et se vautre dans sa propre boue.
Jean Daniel, TéléObs 1541 du 19/05/94.
Aurore (3)
L'air est plein d'une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l'onde
Pour quelque amour...
Malherbe, Chanson, 1614.
mardi 8 février 2022
Figures (2401)
On pense à cette phrase d'Alberto Savinio: "La civilisation est un jeu, une distraction, la façon la plus efficace que nous ayons d'éloigner de notre esprit la pensée de la mort." Eh bien, d'évidence Céline ne jouait pas, ramenait tout à l'idée de la mort, cette seule et inconsolable certitude. Céline n'était pas civilisé.
F. Vitoux, La vie de Céline.
Aurore (2)
Déjà la mer rougissait des rayons du jour, et du haut de l'éther l'Aurore dans son char de rose brillait d'une teinte orangée, lorsque les vents expirèrent.
Virgile, L'Enéide, Chant 7.
lundi 7 février 2022
Juste encore assez de lumière pour les plantes d'intérieur ( collectif "Rien de spécial")
Mettre de la réalité dans la fiction ne garantit en rien la réalité de la fiction, mais transforme cette réalité initiale en fiction. La fiction mange la réalité, c'est une des réflexions que nous souffle le collectif théâtral Rien de spécial dans son dernier spectacle simplement et "inoubliablement" intitulé Juste encore assez de lumière pour les plantes d'intérieur
C'est son côté pirandellien: non pas le théâtre dans le théâtre, mais l'illusion inconsciente dans l'illusion consciente. Deux banalités qui finalement n'en font qu'une: la vie est absurde (mais l'absurde est la vie). La croyance en l'humanité est absurde, l'humanité elle-même est absurde, quant à l'intelligence...
Et nous voilà maintenant en plein Beckett. Ce n'est pas une raison pour pleurer. Beckett lui-même riait, en traversant, comme il disait, "cet affreux gâchis qu'est la vie". Il riait à la manière élégante de celui qui, par admiration pour Joyce, souffrait volontiers de porter des chaussures trop petites, parce qu'elles étaient à la pointure du maître. Il riait avec des mots, des bercements dans le noir, des câlins verbaux (comme dans Juste encore...) qui réchauffent - à la différence des couteaux sans lame auxquels manque aussi le manche - qui réchauffent les pauvres âmes qui ont aussi des corps.
Il faut le redire, le spectacle est drôle, et il a cet avantage d'être presque plus court que ce titre en apparence énigmatique qu'il s'est donné. Fuyant la grandiloquence du laconique et du monumental (cf. Clément Rosset: Le réel traité de l'idiotie), il n'intimide pas mais rassure. Il me rappelle cette réflexion de l'artiste et poète dada Hans Arp: "Il fait encore assez clair pour voir qu'il commence à faire sombre". J'ajouterai : et inversement. Il n'y a pas d'explication au monde, mais la lumière, la chaleur, la vie et la compassion ne sont pas des illusions. Vive le partage de l'absurde! et bravo aux interprètes de ce réconfortant spectacle (qui ne prétend pas vouloir exporter des oranges au Paraguay), Alice, Baptiste, Hervé et Marie.
Figures (2400)
(Suite du 2399 et fin) - S'il a cherché toujours l'émotion ("les Juifs manquent désastreusement d'émotion directe, spontanée," écrit-il), c'est pour lutter contre la mort, (le figé). Son amour naïf de la France, transformé en critique acerbe parce qu'elle se laisse, selon lui, domestiquer (par le père), retourné en fureur contre elle quand elle fut vaincue (il fut incapable d'écrire une bonne page pendant des mois) est la conséquence de cette étrange organisation intérieure.
J.-J. Marchand, in Quinz. litt. 520 du 16/11/88. (D'après Willy Szafran, agrégé de psychiatrie anversois, in Louis-Ferdinand Céline, éditions de l'Université de Bruxelles).
dimanche 6 février 2022
Absolu (11)
(Suite du 10 et fin) - Il y a quelque chose de transitif dans "la poule pond", qui me déplaît fortement, qui fait s'évanouir la "substance" poule en une pluralités de rapports et d'actes. Bref, je cherchais l'absolu, je voulais être un absolu et c'est ce que j'appelais la morale, c'est ce que nous nommions "faire notre salut". Ainsi la morale payait.
Sartre, Carnets de la Drôle de guerre, Gall., p. 108.
Absolu (10)
(Suite du 9) - Guille se moquait de moi en ces termes :"On disait de Jules Renard qu'il finirait par écrire: la poule pond. Mais toi, tu écrirais: il y a la poule et elle pond." Cela est vrai: par le "il y a" je séparerais avec plaisir la poule du reste du monde, j'en ferais un petit absolu tranché et immobile et je lui attribuerais la ponte comme une propriété et un attribut. (A suivre)
Sartre, Les carnets de la Drôle de guerre, Gallimard, p.108.
Absolu (9)
...Se réjouir sur la simple perception de n'importe quoi. C'est qu'alors la perception, opérée cérémonieusement et respectueusement, devenait un acte sacré, la communication de deux substances absolues, la chose et mon âme. J'ai dit qu'il m'arrivait de considérer ma table et de me répéter: "C'est une table, c'est une table" jusqu'à ce que naisse un timide frisson que je baptisais du nom de joie. De cette tendance à considérer les choses perçues comme des absolus est née je crois une manie de mon style, qui consiste à multiplier les "il y a". (A suivre)
Sartre, Les carnets de la Drôle de guerre, Gallimard, 1983, p. 103.
Figures (2399)
(Suite du 2398) - Son œuvre devait certes, selon lui, apporter l'aisance, mettre à l'abri du besoin sa femme, mais surtout exorciser le démon - la mort. (A suivre)
vendredi 4 février 2022
Le diable n'existe pas (M. Rasoulof)
Ce film est le chef-d'œuvre de ce début d'année. Quatre histoires, quatre cas de conscience (Mohammad Rasoulof pratique un cinéma de la conscience - cf Un homme intègre), une intensité permanente, même dans la première histoire où, jusqu'aux dernières secondes, glaçantes, il ne se passe rien que d'ordinaire, la tension est palpable. Rasoulof est un secoueur d'âmes. Tuer, même sur ordre, est-il légitime? "Un homme, ça s'empêche", disait le père de Camus. Mais on doit obéissance à l'Etat, ce monstre froid.
Est-ce bien sûr? Chacun peut choisir de désobéir. C'est ce qu'on appelle un dilemme, un couteau à deux lames dont l'une au moins nous est destinée. Les personnages du film, affrontés à ce dilemme, ne font pas tous le même choix, mais la conscience de chacun est tourmentée, car il n'y a pas de déterminisme de la conscience. La conscience, c'est emmerdant, comme disait Max-Pol Fouchet, mais c'est plus précieux que l'intelligence: entre l'âme animale et l'esprit divin, c'est notre propriété spécifique. Mohammad Rasoulof, sans le moindre didactisme, nous fait battre le cœur, parce qu'il nous jette au feu de nous-même et nous fait ressentir que le hasard de la légalité est un bâtard, que seule est légitime la conscience, et c'est bouleversant. (A la suite de son précédent film, Rasoulof a été emprisonné un an par les mollahs, et Le diable n'existe pas a été interdit de projection en Iran, mais a beaucoup circulé sous le manteau.)
Etymaginaire (74)
Nez cure-œil - Certaines personnes ont un nez en pointe souple et mousse, qui fait queue ou mèche, et qu'elles utilisent pour se nettoyer le coin des yeux. Ce type -rare- de nez est appelé un nez cure-œil.
Dicodrome (74)
Maquigner (se) - Maquignonner sa propre face.
Tarasque bicotée - Harpie embrouillée qui devient chèvre.
Figures (2398)
Cette contradiction fondamentale, ce désarroi, fait qu'il est dominé par l'idée de la mort. Ernst Jünger a été frappé par cette attitude. Céline lui parla de la mort comme s'il s'agissait d'un chien à ses pieds, au point que Jünger se pencha pour regarder s'il n'y avait pas réellement quelque chose près de lui. (A suivre)
J.-J. Marchand,in Quinz. litt. 520 du 16/11/88.
jeudi 3 février 2022
Absolu (8)
Le dieu des artistes, c'est leur art [...]. Ce dieu-là n'est pas secourable, c'est un dieu qui vit d'eux et s'évanouit quand ils auraient besoin de lui. Il les laisse avec leurs blessures et cette grande faim de l'absolu qu'aucune beauté n'apaise jamais tout à fait.
Marie-Alain Couturier.
Absolu (7)
Il y a perfection dans l'absolu quand l'être intime est atteint, idiotiquement et non par réfraction médiatique, situationnelle, relative en un mot. "L'absolu est parfait en ce qu'il est parfaitement ce qu'il est", dit Bergson.
Figures (2397)
(Suite du 2396) - Cette contradiction fondamentale [antisémite mais charmant et chaleureux avec les pauvres], ce désarroi, fait qu'il est dominé par l'idée de la mort. (A suivre)
J.-J. Marchand, in Quinz. litt. 520 du 16/11/88.
Aulne
Un remède réputé radical contre les puces (et la vermine en général): éparpiller de bon matin dans sa chambre des feuilles d'aulne fraîchement cueillies et encore tout humides de rosée.
A ce qu'il paraît, - perdent-ils subitement la raison? -, les parasites s'y rassemblent en masse. Il ne reste plus ensuite qu'à récupérer les feuillages et à les fourrer à la poubelle.
Et le tour est joué.
Vous n'avez pas de puces? Bon, tant pis.
Faites tout de même un essai dans votre basse-cour: le remède marche, paraît-il, aussi avec les poules et les coqs, - lesquels sont comme chacun sait, fréquemment victimes de l'antipathique Ceratophyllus gallinae.
Pierre Déom, in La Hulotte n° 51, 1982.
mercredi 2 février 2022
Absolu (6)
Comment peux-tu soutenir que tu cherches quelque chose si cette recherche ne t'a pas apporté l'oubli de tout le reste, si elle ne cache pas les autres fins de l'existence et même l'existence?
Joë Bousquet
Figures (2396)
(Suite du 2395) - Pour ces raisons (identification à la mère et haine du père), Céline aura toutes les difficultés du monde à normaliser ses relations avec les femmes; il ne trouvera son équilibre qu'avec son épouse Lucette, qui se conduisit avec lui comme une mère parfaite. En revanche, effrayé par sa propre agressivité, il devint - par réaction - un médecin très bon avec les pauvres, ce qu'ont souligné unanimement ses patients, et capable, dans la vie privée, d'être le plus charmant des hommes. (A suivre)
J.-J. Marchand, in Quinz. litt. 520 du 16/11/88.
mardi 1 février 2022
Figures (2395)
(Suite du 2394) - En revanche, son père lui semblait un être falot, qui ne pouvait être évidemment l'idéal d'un Céline, mais qui cependant profitait de la faiblesse du petit Louis-Ferdinand. Les Juifs symboliseront plus tard ce père, car Céline les perçoit à la fois comme très puissants et comme tremblants devant les peuples qui les entourent. (A suivre)
J.-J. Marchand, in Quinz. litt. 520 du 16/11/88.
Augustin (13)
A propos de la dernière traduction (signée Frédéric Boyer, sous le titre Les aveux) des Confessions de saint Augustin, Fabrice Pliskin écrit (N. Obs.2253): "Que de trouvailles dans cet exercice de littérature qui nous donne à sucer l'impasteurisable lait du saint."
Saint Augustin remastérisé.