On est humain quand on aime ses semblables. On l'est plus encore quand on aime aussi les animaux. Ils ne nous ressemblent pas? Voire.
La génétique ne fait pas tout. Le singe, par exemple, notre lointain cousin (certains disent à 99%!), est-il pour autant devenu notre intime? Non. La proximité géographiquement historique du cheval et, surtout, du chien, au-delà des différences spécifiques, nous a mutuellement apprivoisés.
Ma fille vient de m'offrir le livre qu'un dessinateur belge, François Schuiten, a consacré à la mémoire de son chien disparu: chaque jour un nouveau dessin, d'une précision dans le souvenir, d'une simplicité, d'une émotion rares. Jim est le titre de cet hommage graphique, cette fixation pour toujours des attitudes et des moments. Quand on a soi-même perdu un chien préféré, on ne peut oublier son regard, qui résumait le don magnifique de tout son être. Nous en sommes bien incapables. Le chien nous en apprend davantage sur l'humanité que n'importe quel homme, car sa foi est sans faille. Au fond, nous ne le rassurons que pour qu'il nous rassure, car est-il plus belle approbation que cette oblation amoureuse?
"Le chien est un sentimental", disait Céline. S'il vous adopte, c'est pour toujours. Son âme vous est ouverte. Elle nous ouvre à son tour sur l'infini mystère de l'animalité dont nous provenons.
Le "maître" est toujours unique pour son chien, l'inverse est rare. On ne devrait pas dire un homme et son chien mais un chien et son homme.
Nul n'est moins cynique qu'un chien. Nul n'est plus désarmant. Je regardais le mien dormir à côté de mon petit-fils: ils dormaient d'un même abandon, ils ronflaient d'une même narine.
J'ai ri en apprenant que Druon, comme Giscard, vouvoyaient leur chien. Sot respect ou distance? Lapin (c'était son nom), lui, me tutoyait...
Il faut du toutou pour faire un monde.
Ouaf! Ouaf!