Le réalisateur a une obsession: l'amour, ses chemins, ses visages, ses effets. Qu'il ne confond pas avec le désir, mais s'efforce à l'en démêler. C'est un travail inépuisable. Dénouer l'écheveau des sentiments demande une patience d'ange et des doigts de fée.
Il court, il court, le furet du désir. Elle mord, elle mord, la mâchoire de l'amour. ce qui constitue les êtres de sentiment que nous sommes nous occupe et nous préoccupe depuis nos origines et constitue le sujet essentiel de l'art. Mouret a de grands précurseurs. Sans remonter à Ovide, les plus évidents sont, bien sûr, Rohmer, qui pratiquait le même art, et surtout Marivaux qui, sans doute, à notre époque aurait été également cinéaste. Car, pour pénétrer les arcanes de l'universel sentiment, les corps, les voix, les chuchotements, sont essentiels, les personnages sont des incarnations dont la proximité sur grand écran nous importe.
Voltaire, croyant se moquer, disait que Marivaux pesait des œufs de mouche dans des toiles d'araignée. Mais c'est ça. Mouret l'a bien compris, en matière d'amour et de désir, il faut raffiner, car chaque nuance signifie. Marivaux n'avait à sa disposition aucun de nos outils modernes (psychanalyse, théorie du mimétisme, etc.), mais ses intuitions pouvaient suffire à nous les suggérer. Mouret, s'il est plus "savant", n'est pas plus artiste, il l'est autant, avec une humilité qui l'honore. Il sait qu'il n'est qu'un témoin attentif, un passionné actif, un amoureux lucide. Il ne glorifie ni n'abomine l'amour, il l'illustre. L'amour n'annihile pas tous les autres sentiments, n'absorbe pas sans distinction les caractères. l'amour trahi peut être jaloux, destructeur, cruel, c'est banal; c'est un amour possessif qui, ne pouvant garder sa proie, s'en venge. Mais il est un amour sublime qui n'est pas l'amour de soi mais l'amour de l'autre, et cet amour de l'autre est le plus grand amour de soi, parce que sa générosité exalte notre dignité, parce qu'il place tout en haut le bien, et non pas le bon. C'est la définition de l'amour héroïque dont, à la fin, Mouret nous livre une magnifique épiphanie.