samedi 31 octobre 2020

Figures (1000)

 Bogie caressait un rêve humoristique. Il disait qu'une femme aurait dû tenir dans la poche d'un homme. Il aurait pu l'en sortir, lui parler, la garder debout au creux de sa main, la laisser danser sur une table; dès qu'elle commencerait à mal se conduire, hop! dans la poche de nouveau. Et on pourrait également la rendre grandeur nature. Tout merveilleux qu'il était, j'aurais aimé de temps en temps pouvoir en faire autant avec lui.

Lauren Bacall, Par moi-même.

Art (99)

 La quotidienneté, c'est la différence dans la répétition. En isolant la chaise sur la toile, je lui ôte toute quotidienneté, et, du même coup, j'ôte à la toile tout caractère d'objet quotidien (par où elle devait, selon Warhol, ressembler absolument à la chaise). Cette impasse est bien connue: ni l'art ne peut s'absorber dans le quotidien (toile = chaise) ni non plus saisir le quotidien en tant que tel (chaise isolée sur la toile = chaise réelle). Immanence et transcendance sont également impossibles: ce sont les deux aspects d'un même rêve.

Bref, il n'y a pas d'essence du quotidien, du banal, et donc pas d'art du quotidien: c'est une aporie mystique.

J. Baudrillard, La société de consommation.

vendredi 30 octobre 2020

Figures (999)

 Ce couple impossible et pourtant symétrique: Bogart et Garbo.

Art (98)

L'art, comme la poésie, est l'universel hospice des sentiments inemployés.

Malcolm de Chazal, La vie derrière les choses.

jeudi 29 octobre 2020

Figures (998)

 [L'] insécurité était l'un de ses traits de caractère les plus attirants.

Lauren Bacall, parlant d'Humphrey Bogart in Par moi-même.

Art (97)

 Le discours sur la création est aujourd'hui plus riche que la création: c'est l'art du XXe siècle.

mercredi 28 octobre 2020

Figures (997)

 Ethique plutôt que moral, c'est-à-dire d'une morale sculptée par le style, le héros bœtticherien est un pessimiste qui ne renonce pas. Il n'est pas gai, il n'est pas heureux, il est lucide, et la conscience est la claire signature de l'humain.

Art (96)

 ...Poétique ou critique, tout l'art "sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont" s'alimente (avant le Pop) à la transcendance.

Jean Baudrillard, La société de consommation.

mardi 27 octobre 2020

Figures (996)

 De Seven men from Now à Comanche station, Bœtticher et ses collaborateurs dépouillent jusqu'à l'épure un cliché essentiel du genre: un homme, dont la femme a été tuée, se venge des assassins. De film en film le pittoresque inutile disparaît, la psychologie explicative se gomme et surtout le personnage du vengeur (un Randolph Scott de plus en plus impassible, traversé parfois d'ironie ou de tendresse) devient une pure entité, retrouvant, comme on l'a noté, la présence axiomatique de William S. Hart.

Christian Viviani, Le western.


Art (95)

 L'art est un cheminement studieux vers une école buissonnière.

Robert Mallet, Apostilles.

lundi 26 octobre 2020

Figures (995)

Ride Lonesome (Le vengeur solitaire, 1958) est un western tout en lignes, net, sans bavures. Le montage n'escamote aucun trait; tout est dit mais rien ne déborde. Notre cœur est à l'unisson du caractère du héros (Randy Scott, bien sûr, l'âme et lame bœtticherienne): jamais il ne s'emballe ni ne se lasse, il tranche à mesure qu'il avance. D'un bout à l'autre du récit, il tient sa note. Et ce n'est pas la note mécanique et métallique d'une horloge, c'est la note habitée qui crée la musique intérieure de l'être en quête de justice.

Art (94)

 Que l'art ait une vulve et qu'il caresse sa propre vulve, cela donne le (clito)lyrisme.

dimanche 25 octobre 2020

Figures (994)

 La morale des films de Bœtticher est que, finalement, chacun est perdant*. Dans ce monde à la fois triste et drôle, la vie est une chose rude et plaisante qui ne sera sans doute jamais gagnée.

Astre/Hoarau, Univers du western.

*Les mêmes auteurs affirment plus haut que le héros bœtticherien est est un "gagneur". Ce qui ne signifie pas un "gagnant", mais un combattant (d'un combat qu'il perdra)...

Art (93)

 Une fiction où le vrai jamais ne contredit le réel, c'est une définition possible de l'art, d'un art classique tout au moins; le contraire du poncif, de l'objet poncé.

samedi 24 octobre 2020

Figures (993)

 Entre ce pur trop souvent enfermé dans une vengeance sans issue et ce renégat avide de retrouver un équilibre social ou d'accéder à la dimension héroïque va se tisser un écheveau de relations complexes dont les fils étroitement mêlés symbolisent la dualité du héros bœtticherien.  Tout comme lui, le bandit possède en effet son intégrité propre. 

Astre/Hoarau, Univers du western.

Art (92)

 Ce n'est pas l'art qui m'intéresse, c'est l'expression. L'art n'est que la technique de l'expression. Je n'écris, je ne lis que ce qui m'exprime.

vendredi 23 octobre 2020

Figures (992)

 Les crapules de ses films ne sont pas toujours antipathiques et jamais détestables [...]. Que ces mauvais anges sympathiques ne puissent trouver la voie de la rédemption ne fait qu'ajouter une note tragique de plus au drame d'être homme.

Astre/Hoarau, parlant de Bœtticher in Univers du western.

Art (91)

Tout art, peut-être, a besoin de l'absence, comme toute personne en a besoin pour être vraiment elle-même.

Christian Zimmer, in Le Monde-aujourd'hui du 21/10/84.

jeudi 22 octobre 2020

Figures (991)

 Le héros bœtticherien n'a ni vertu, ni tradition, ni communauté pour le soutenir dans son action mais seulement une certaine idée de la chose à faire, une faculté intime d'adaptation au milieu et aux êtres et surtout, une constante collusion avec lui-même.

Astre/Hoarau, Univers du western.

Art (90)

 Boileau, par ailleurs si académique, était cependant capable d'apprécier "un beau désordre". Il fallait, il est vrai, que ce fût "un effet de l'art."

mercredi 21 octobre 2020

Figures (990)

 Alors que Ford cherche à se définir viscéralement par un enracinement dans l'Histoire et Mann hausse l'exigence quotidienne au niveau du tragique le plus achevé, Bœtticher, tout comme le réalisateur de Rio Bravo, s'attache à mettre en exergue la relation nécessaire et concertée que l'homme entretient avec le monde dans le cadre du combat quotidien, de cette bataille rugueuse et routinière dont, au bout du compte, surgit l'étonnement et le bonheur de se découvrir tel qu'on s'est voulu. C'est donc un "gagneur" que ce héros bœtticherien et son créateur précise: "Je n'aime pas faire un film où les personnages ne sont pas maîtres de leur destin." Maître de lui-même comme de l'univers qu'il parcourt, l'homme selon Bœtticher reste ineffaçablement gravé dans nos mémoires sous les traits calmes et austères de Randolph Scott...

Astre/Hoarau, Univers du western.

Art (89)

 L'art fait chatoyer le goudron.

mardi 20 octobre 2020

Figures (989)

 Plutôt que de révéler la grandeur de l'homme jusque dans sa déchéance [comme Hawks] il* infléchit son style vers celui du conte moral ou de la fable en se faisant le peintre de la dérision souriante.

Astre/Hoarau, Univers du western.

*Bœtticher.

Art (88)

 Ce qu'il y a de plus vrai en ce monde: l'amour, la religion et l'art. Le premier, à travers toutes les dissimulations et toutes les mascarades, voit jusqu'au noyau l'individu souffrant et compatit avec lui et le dernier*, en tant qu'amour pratique, console la douleur en parlant d'un autre ordre du monde et en apprenant à mépriser celui-ci. Ce sont les trois puissances illogiques qui se reconnaissent comme telles.

Nietzsche, Le livre du philosophe, III, Aph. 177.

* Nietzsche ne dit rien de la seconde?

lundi 19 octobre 2020

Figures (988)

 Une fois surmontées les tentations de ses démons intérieurs, notre héros [celui des westerns de Bœtticher] s'acheminera lentement mais sûrement vers la connaissance, celle de la solitude essentielle de l'homme.

Astre/Hoarau, Univers du western.

Art (87)

 L'art suffit à dire. Dire suffit à l'art.

dimanche 18 octobre 2020

Figures (987)

 Tous mes films avec Randy Scott, déclare Bœtticher, racontent à peu près la même histoire avec des variantes. Un homme dont on a tué la femme recherche le meurtrier.

Art (86)

L'art est une éternelle discussion sur l'indiscutable.

samedi 17 octobre 2020

Figures (986)

 [ Budd] Bœtticher, c'est l'agressivité faite homme, au sens le plus positif du terme.

Astre/Hoarau, Univers du western.

Art (85)

 L'art, pour moi, doit se tenir aussi éloigné que possible de la "forme" et de la "réalité", ces deux extrêmes (ou extrémismes), dont l'une est "vision sans rien" et l'autre "rien sans vision", pensée vide et plein impensé. Ces deux terminaux de l'art sont aussi les deux fins fonds de de la littérature moderne depuis Mallarmé et Zola.

vendredi 16 octobre 2020

Enfance

 Moi qui n'ai pas eu de père, j'ai bien aimé être un enfant. Je n'ai eu à tuer personne. Des femmes, des cousins, des copains m'ont "élevé". Une abeille, une fourmi cigalière et des papillons. Des papillons les enfants, des butineurs. La vie comme une fleur renouvelée. Joseph Heller, dans Panique, dit: "J'ai enfin trouvé ce que je voulais devenir plus tard: un petit garçon." Moi, je voulais être aviateur, comme Biggles, ou cow-boy, comme Gary Coupeur. C'était sérieux: à 11 ans j'ai écrit un western et, à 13, un roman de guerre dont le héros était un pilote de chasse. Mais je suis sûr aujourd'hui que Biggles ou Gary aurait souhaité se revoir en barboteuse bleue.

Ce qui m'a permis de "grandir", alors que je ne voyais que peu d'inconvénients à rester "petit", c'est que je croyais à la transcendance des "grandes personnes". J'ignorais alors que Malraux allait dire un jour qu'il n'y en avait pas. J'ignorais, bien sûr, que l'adulte n'est que ce qui reste de l'enfant, et qu'une enfance étriquée accouche d'une vie d'adulte riquiqui.

A 12 ans, on n'a plus rien d'essentiel à apprendre, mais on ne le sait pas. C'est toujours grand qu'on voudrait être petit. Car grandir c'est en réalité réduire sa belle voilure et perdre en extension ce qu'on croit gagner en compréhension.

Adultes malheureux et malheureux adultes, vous êtes trop "grands" maintenant pour être consolés. Votre terre-neuve enfantine aurait dû s'élargir avec vous; hélas, elle n'est plus qu'un terrier charogneux...

Entrez dans la vive enfance, c'est un plus beau pays que celui de la rance adolescence ou du plat adultat.

Figures (985)

 Les œuvres immortelles de Jakob Bœhme, une sorte de pique-nique dans lequel l'auteur fournit les mots et le lecteur le sens.

Lichtenberg.

Art (84)

... Cet affreux mot à majuscule qu'on ne devrait écrire qu'avec une plume pleine de toiles d'araignée.

Michel Leiris, Brisées.

jeudi 15 octobre 2020

Figures (984)

 Toutes ces nouvelles [du Décaméron de Boccace] sont dépourvues d'unité stylistique; elles tiennent trop du récit d'aventures et du conte de fées pour être réelles, elles sont trop "désenchantées" pour être des contes de fées, et beaucoup trop sentimentales pour être tragiques.

Eric Auerbach, Mimesis.

Art (83)

 L'art, c'est de faire participer les objets mêmes à notre société et notre intimité - et/ou de nous faire participer à leur étrangeté. Démarche moderne ici, classique là.

mercredi 14 octobre 2020

Figures (983)

 Boccace reste dans les limites du style intermédiaire qui, en unissant l'idylle au réalisme, convient par nature à la représentation de l'amour sensuel.

Eric Auerbach, Mimesis.

Art (82)

 L'art et la pudeur ont une parenté très grande. Sans l'une et l'autre, l'humanité, le monde, ne seraient que ce qu'ils sont. L'art est la pudeur des choses, comme la pudeur est, pour les femmes et les hommes, l'art social intime.

mardi 13 octobre 2020

Figures (982)

 C'est le Décaméron [ de Boccace] qui, pour la première fois depuis l'antiquité, fixe un certain niveau stylistique où la relation d'événements réels tirés de la vie contemporaine est susceptible de faire l'objet d'un divertissement raffiné.

Eric Auerbach, Mimesis.

Art (81)

 Toute œuvre d'art recèle son insoluble contradiction dans la "finalité sans fin" par laquelle Kant définit l'esthétique; dans le fait qu'elle représente une apothéose du faire, de la capacité de dominer la nature qui, en tant que création au second degré, se pose comme absolue, sans finalité, existant en elle-même, alors que le faire lui-même, qui est la glorification de l'artefact, reste inséparable précisément de la finalité rationnelle dont l'art veut s'évader. La contradiction entre ce qui est fait et ce qui est, constitue l'élément vital de l'art et définit la loi de son développement, mais elle est aussi sa honte.

Adorno, Minima moralia, p. 210.

lundi 12 octobre 2020

Les choses qu'on dit, les chose qu'on fait (Emmanuel Mouret)

    Le réalisateur a une obsession: l'amour, ses chemins, ses visages, ses effets. Qu'il ne confond pas avec le désir, mais s'efforce à l'en démêler. C'est un travail inépuisable. Dénouer l'écheveau des sentiments demande une patience d'ange et des doigts de fée.

   Il court, il court, le furet du désir. Elle mord, elle mord, la mâchoire de l'amour. ce qui constitue les êtres de sentiment que nous sommes nous occupe et nous préoccupe depuis nos origines et constitue le sujet essentiel de l'art. Mouret a de grands précurseurs. Sans remonter à Ovide, les plus évidents sont, bien sûr, Rohmer, qui pratiquait le même art, et surtout Marivaux qui, sans doute, à notre époque aurait été également cinéaste. Car, pour pénétrer les arcanes de l'universel sentiment, les corps, les voix, les chuchotements, sont essentiels, les personnages sont des incarnations dont la proximité sur grand écran nous importe.

 Voltaire, croyant se moquer, disait que Marivaux pesait des œufs de mouche dans des toiles d'araignée. Mais c'est ça. Mouret l'a bien compris, en matière d'amour et de désir, il faut raffiner, car chaque nuance signifie. Marivaux n'avait à sa disposition aucun de nos outils modernes (psychanalyse, théorie du mimétisme, etc.), mais ses intuitions pouvaient suffire à nous les suggérer. Mouret, s'il est plus "savant", n'est pas plus artiste, il l'est autant, avec une humilité qui l'honore. Il sait qu'il n'est qu'un témoin attentif, un passionné actif, un amoureux lucide. Il ne glorifie ni n'abomine l'amour, il l'illustre. L'amour n'annihile pas tous les autres sentiments, n'absorbe pas sans distinction les caractères. l'amour trahi peut être jaloux, destructeur, cruel, c'est banal;  c'est un amour possessif qui, ne pouvant garder sa proie, s'en venge. Mais il est un amour sublime qui n'est pas l'amour de soi mais l'amour de l'autre, et cet amour de l'autre est le plus grand amour de soi, parce que sa générosité exalte notre dignité, parce qu'il place tout en haut le bien, et non pas le bon. C'est la définition de l'amour héroïque dont, à la fin, Mouret nous livre une magnifique épiphanie.

Figures (981)

 Christian Bobin ou la dévotion à la vie, la fervescence effusive.

Art (80)

 L'objet, c'est la poétique.

Braque.

dimanche 11 octobre 2020

Figures (980)

 J'avais aimé Le huitième jour de la semaine. J'ai cru y trouver une écriture fraternelle. L'écrivain y parle sublimement de la vie ordinaire. Mais, dès ma lecture d'Une petite robe de fête, j'ai été déçu. Comment qualifier le style de Bobin? Disons qu'il est enfantin. Il dévale la page comme un ruisseau sa pente, sans s'arrêter, sans réfléchir, en serpentant, en zigzaguant, en bondissant, en furetant sous les pierres, en éclaboussant parfois les lieux communs. C'est un style où il y a de la fraîcheur et de la niaiserie. De l'eau vive et de la logorrhée. Bobin parle de lui lorsqu'il écrit: "Vous êtes dans la bêtise de l'adoration. [...] ... cette stupeur, cette saisie du monde par enlèvement de soi." (folio, p.48). Vous buvez et faites boire le petit lait de la littérature.

Art (79)

L'art est un besoin, le besoin créé par la satisfaction de tous les besoins

Joë Bousquet, Le bourdon du noir.

samedi 10 octobre 2020

vendredi 9 octobre 2020