Le plus grand critique du langage au xxe siècle fut Fritz Mauthner. Deux milles pages en 1901!
Pour s'élever contre "la grande parlerie illusoire et mensongère de la civilisation." La misère vient du langage: "Il n'y a pas deux personnes qui parlent la même langue et chacun est le point de son propre horizon."
Hélas! par quoi remplacer le langage? A la fin de sa vie, le philosophe s'essaiera à trouver une unité du mot, du moi et du monde. La quête d'une "mystique sans Dieu."
vendredi 28 décembre 2018
Estacadres (522)
L'amour de la femme est l'ombre d'une palme sur le sable.
L'amour de l'homme est le seul simoun qui puisse briser cette palme et fixer ainsi son ombre.
F. Toussaint, Le jardin des caresses.
L'amour de l'homme est le seul simoun qui puisse briser cette palme et fixer ainsi son ombre.
F. Toussaint, Le jardin des caresses.
Figures médiatiques (371)
L'homme irrationnel (2015), excellent thriller existentiel, est à la hauteur de Match Point.
Un meurtre peut-il être moral? Tuer un être nuisible peut-il sortir un homme de la déprime en donnant un sens à sa vie? Faut-il qu'il y ait du sang (symboliquement) pour qu'il y ait du sens? Cesser de tuer le temps, en tuant tout court, mais de manière désintéressée, c'est être existentialiste au-delà de toute théorie philosophique. Qu'il n'y ait rien, et qu'on fasse quelque chose de ce rien, justifie qu'on vive.
Les acteurs principaux du film: Joaquin Phœnix, et Emma Stone, sont parfaits. La narration est dense, grâce à l'atmosphère qui baigne les héros dès le générique. A cette intensité ambiante vient bientôt se greffer un suspense qui l'alourdit, ou plutôt l'aggrave. Et le spectateur s'implique de plus en plus dans cette histoire. Il se demande s'il doit se reconnaître en ce héros qui confond l'utilité et le sens.
La vie est une puissance sans acte. Tout acte intentionnel ne participe pas simplement de la vie, mais donne à cette vie un sens qu'elle ne réclamait pas. L'acte est donc une échappatoire ou une manifestation de l'orgueil qu'on prend pour une nécessité. Au surplus, aucun acte n'est isolé. Et c'est l'enchaînement des actes qui transforme un drame ordinaire ou extraordinaire en tragédie.
On cherche un sens quand on est malheureux, mais on est encore plus malheureux quand on cherche un sens. Il ne peut y avoir de vie vraie dans un monde faux. Seulement une vie possible. A chacun son accommodement. L'avancée en âge et en expérience diminue souvent la libido sociale. Le héros de L'homme irrationnel la retrouve (en même temps que la libido tout court) grâce à une sorte d'acte magique que le hasard lui suggère: le désir renaît d'une contingence, donc toute vie, jusqu'au désir même, est contingence. Qu'est-ce qui appartient à l'homme? Qu'est-ce qui dépend de sa liberté? L'usage qu'il fera de cette contingence. Mais qui dit que cet usage "réfléchi" n'est pas aussi contingent? L'amour lui-même est-il essentiel ou existentiel? C'est la question qui se posera aux deux héros de cette histoire, qui les conduit plus qu'ils ne la conduisent, jusqu'à sa conclusion aléatoire. Hasard de la nécessité ou nécessité du hasard? L'humanité, vraiment, est irrationnelle. Un film existentialiste.
Un meurtre peut-il être moral? Tuer un être nuisible peut-il sortir un homme de la déprime en donnant un sens à sa vie? Faut-il qu'il y ait du sang (symboliquement) pour qu'il y ait du sens? Cesser de tuer le temps, en tuant tout court, mais de manière désintéressée, c'est être existentialiste au-delà de toute théorie philosophique. Qu'il n'y ait rien, et qu'on fasse quelque chose de ce rien, justifie qu'on vive.
Les acteurs principaux du film: Joaquin Phœnix, et Emma Stone, sont parfaits. La narration est dense, grâce à l'atmosphère qui baigne les héros dès le générique. A cette intensité ambiante vient bientôt se greffer un suspense qui l'alourdit, ou plutôt l'aggrave. Et le spectateur s'implique de plus en plus dans cette histoire. Il se demande s'il doit se reconnaître en ce héros qui confond l'utilité et le sens.
La vie est une puissance sans acte. Tout acte intentionnel ne participe pas simplement de la vie, mais donne à cette vie un sens qu'elle ne réclamait pas. L'acte est donc une échappatoire ou une manifestation de l'orgueil qu'on prend pour une nécessité. Au surplus, aucun acte n'est isolé. Et c'est l'enchaînement des actes qui transforme un drame ordinaire ou extraordinaire en tragédie.
On cherche un sens quand on est malheureux, mais on est encore plus malheureux quand on cherche un sens. Il ne peut y avoir de vie vraie dans un monde faux. Seulement une vie possible. A chacun son accommodement. L'avancée en âge et en expérience diminue souvent la libido sociale. Le héros de L'homme irrationnel la retrouve (en même temps que la libido tout court) grâce à une sorte d'acte magique que le hasard lui suggère: le désir renaît d'une contingence, donc toute vie, jusqu'au désir même, est contingence. Qu'est-ce qui appartient à l'homme? Qu'est-ce qui dépend de sa liberté? L'usage qu'il fera de cette contingence. Mais qui dit que cet usage "réfléchi" n'est pas aussi contingent? L'amour lui-même est-il essentiel ou existentiel? C'est la question qui se posera aux deux héros de cette histoire, qui les conduit plus qu'ils ne la conduisent, jusqu'à sa conclusion aléatoire. Hasard de la nécessité ou nécessité du hasard? L'humanité, vraiment, est irrationnelle. Un film existentialiste.
jeudi 27 décembre 2018
Langue et langage (24)
La langue est un instrument dont il ne faut pas faire crier les ressorts.
Rivarol
Rivarol
Estacadres (521)
Une rose dans une buire embaume autant que sur le rosier. Notre amour est une rose cueillie, dont le parfum ne veut pas mourir.
Pour ne plus sentir son odeur, je l'ai cachée dans des coffrets: leurs parois n'étaient pas assez épaisses. Je l'ai enfouie dans le sable: elle y avait pris racine et devenait un rosier démesuré. Je l'ai effeuillée avec rage: mes mains en sont à jamais parfumées.
Pour ne plus sentir son odeur, je l'ai cachée dans des coffrets: leurs parois n'étaient pas assez épaisses. Je l'ai enfouie dans le sable: elle y avait pris racine et devenait un rosier démesuré. Je l'ai effeuillée avec rage: mes mains en sont à jamais parfumées.
Figures médiatiques (370)
Magic in the moonlight (Woody Allen, 2014)
Ce film est d'un savoir-faire consommé. Tout y est parfait, léché,
mesuré. C'est une comédie romantique classique éclairée. Trois siècles
de raffinement s'y fondent, avec une préférence pour le siècle de
Marivaux. Car c'est du théâtre, et c'est la dialectique seule qui fait
avancer l'action, ce sont les dialogues qui débrouillent les idées et
embrouillent les sentiments (et vice-versa). C'est frais pour l'âme et
délicat pour l'esprit.
Comment une histoire d'amour improbable et pourtant nécessaire parvient-elle à se tricoter sans accrocs tels que l'inhibitoire deviendrait rédhibitoire? En poussant la sophistique jusqu'à l'absurde et le procès des sentiments jusqu'à l'usure du raisonnement. Le marivaudage, en son essence, est la neutralisation l'un par l'autre du raisonnement et de son extravagance. C'est quand l'illusion et la vérité coïncident, quand le sentiment, faufilé dans la ruse, finit par la dépasser et l'abandonner comme une vieille peau, quand il s'accorde avec le jugement et fait entrer deux coeurs dans un même élan spontané. Depuis trois siècles, le marivaudage essaie de nous dire qu'il n'a d'utilité que dans son effacement. Son rôle est fonctionnel: il adoucit par des mots la douleur d'aimer, il enrobe dans la chanson de son discours l'à-vif des sentiments. Il habille et peint le grand dévoilement des êtres, leur mue violente, leur nudité.
P.-S. On dit que Woody Allen n'apparaît plus dans ses films. Ici on croit le reconnaître à moitié dans deux demi-sosies: le magicien comparse et le beau-frère psychanalyste! Un demi-Woody plus un demi-Woody égalent un Woody.
Comment une histoire d'amour improbable et pourtant nécessaire parvient-elle à se tricoter sans accrocs tels que l'inhibitoire deviendrait rédhibitoire? En poussant la sophistique jusqu'à l'absurde et le procès des sentiments jusqu'à l'usure du raisonnement. Le marivaudage, en son essence, est la neutralisation l'un par l'autre du raisonnement et de son extravagance. C'est quand l'illusion et la vérité coïncident, quand le sentiment, faufilé dans la ruse, finit par la dépasser et l'abandonner comme une vieille peau, quand il s'accorde avec le jugement et fait entrer deux coeurs dans un même élan spontané. Depuis trois siècles, le marivaudage essaie de nous dire qu'il n'a d'utilité que dans son effacement. Son rôle est fonctionnel: il adoucit par des mots la douleur d'aimer, il enrobe dans la chanson de son discours l'à-vif des sentiments. Il habille et peint le grand dévoilement des êtres, leur mue violente, leur nudité.
P.-S. On dit que Woody Allen n'apparaît plus dans ses films. Ici on croit le reconnaître à moitié dans deux demi-sosies: le magicien comparse et le beau-frère psychanalyste! Un demi-Woody plus un demi-Woody égalent un Woody.
Libellés :
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Estacadres (520)
La vie est un labyrinthe à l'entrée aussi aléatoire que la sortie. On pourrait en dire autant de l'amour.
mardi 25 décembre 2018
Langue et langage (23)
La chanson d'une langue importe plus que sa geste. "La linguistique ne nous apprend rien d'essentiel sur le langage." (Paul Valéry)
Figures médiatiques (369)
Cate Blanchett parfaite dans Blue Jasmine (2013). Elle change imperceptiblement ou totalement de visage sur une simple expression. Du grand art: belle ou laide tour à tour. Un film plus tragique que comique. Si on y sourit parfois, c'est parce que le dérisoire des destins rend les humains extérieurement comiques. Mais la grande maîtrise de Woody nous fait entrer en empathie avec tous les personnages, parfois même simultanément.
Il ne s'agit pas de tragi-comédie classique où le rire balancerait les larmes, mais d'un drame d'inspiration kafkaënne où le comique pourrit l'idée noble d'une destinée tragique éventuelle. Kafka ou Ionesco. En cela Woody Allen est moderne: la grandeur n'est nulle part en ce monde.
"Toute vie qu'on connaît suffisamment bien est ridicule. Si on la connaît mieux encore, elle est sérieuse et terrible." (Elias Canetti, La conscience des mots, Poche biblio, p.184.) Mais jamais glorieuse.
Il ne s'agit pas de tragi-comédie classique où le rire balancerait les larmes, mais d'un drame d'inspiration kafkaënne où le comique pourrit l'idée noble d'une destinée tragique éventuelle. Kafka ou Ionesco. En cela Woody Allen est moderne: la grandeur n'est nulle part en ce monde.
"Toute vie qu'on connaît suffisamment bien est ridicule. Si on la connaît mieux encore, elle est sérieuse et terrible." (Elias Canetti, La conscience des mots, Poche biblio, p.184.) Mais jamais glorieuse.
lundi 24 décembre 2018
Langue et langage (22)
Il y a un code du langage comme il y a un code de la route: le premier est d'autant plus impitoyable qu'il est en partie arbitraire, le contresens y est mortel - socialement.
Estacadres (519)
Tant que l'amour recule devant un crime, il nous semble avoir des bornes, et l'amour doit être infini.
Balzac, Le lys dans la vallée.
Balzac, Le lys dans la vallée.
dimanche 23 décembre 2018
Langue et langage (21)
Le pirahã a ceci de particulier qu'il ne connaît pas la "récursivité", soit la capacité infinie d'une langue à emboîter, comme une poupée russe, les phrases les unes dans les autres (les subordonnées dans les principales, etc). C'est ce phénomène que Chomsky et ses disciples mettent au fondement du langage humain. Pour Daniel Everett, une telle conception confond les règles du raisonnement avec celles de la linguistique. Si le pirahã n'imbrique pas les phrases les unes dans les autres, ce n'est pas parce qu'il ignore la syntaxe, mais parce qu'il la refuse au nom du règne absolu de l'expérience immédiate, qui est une valeur centrale de cette société. D'où l'appel à une "ethnogrammaire", qui veut voir dans la langue autre chose qu'une mathématique.
Nicolas Weill, in Le Monde du 11/06/2010, à propos du livre de Daniel Everett: Le monde ignoré des Indiens Pirahãs.
Nicolas Weill, in Le Monde du 11/06/2010, à propos du livre de Daniel Everett: Le monde ignoré des Indiens Pirahãs.
Estacadres (518)
Le cercle de l'amour est constant. On tourne sans cesse autour de l'autre qui éclaire et soulève en vous ce que vous êtes.
Novalis, Hymne à la Nuit.
Novalis, Hymne à la Nuit.
Figures médiatiques (377)
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu est un Woody Allen de seconde cuvée, qui, pour ne pas irriter les gosiers, n'aura pas trop fatigué les tonneaux. Les dialogues y sont justes et fins, nuancés, pétillants, les situations imbuvables à souhait, on y prend du plaisir, puis, la machine tournant et ronronnant, on finit par s'agacer un peu, dans la mesure où aucune empathie ne nous lie aux toupies que le réalisateur s'amuse à faire mollement tourner sous nos yeux. C'est subtilement pépère.
samedi 22 décembre 2018
Langue et langage (20)
La patrie des écrivains et des sages est leur langue. Ainsi François Rollin s'adresse-t-il à ses auditeurs en ces termes: "Mes chers homoglottes!"
Figures médiatiques (366)
Un vieux misanthrope savant héberge par pitié une ravissante jeune-fille plus naïve que sotte. Amorce de comédie. C'en est une, comme la plupart des films de Woody Allen, dont le style a plus d'affinités avec les planches qu'avec les plateaux: bavards ou diserts, ses spectacles relèvent du théâtre filmé. Ce qu'aujourd'hui il assume au grand jour, avec apartés du protagoniste, rebondissements (voire au sens propre) mélodramatiques, bons mots, cabotinages, quiproquos, etc. Ça a du charme si on adhère à la philosophie que le bourru distille et instille dans les veines de ceux qui l'approchent: "Whatever works" (du moment que ça marche). C'est le titre du film et le signe de ralliement à un art du relativisme fait de pragmatisme épicurien. Ce philosophe sceptique n'a pourtant rien d'un joyeux bougre, son assise principale étant un pessimisme radical fondé sur l'observation: quoi que nous fassions, nous mourrons. Mais il aimante les âmes et les opère malgré elles. C'est un sorcier, interprété par un acteur charismatique, face à une ingénue au charme délicieux. Le meilleur du film, c'est eux.
vendredi 21 décembre 2018
Langue et langage (19)
... la langue polonaise riche en petites bulles de chuintantes, sh, j, comme dans un clafoutis trop tôt retiré du four.
Pierre Pachet, Loin de Paris, in Quinz. litt. 876 du 01/05/04.
Pierre Pachet, Loin de Paris, in Quinz. litt. 876 du 01/05/04.
Estacadres (516)
... Ta langue, qui a mûri pour ma bouche.
F. Toussaint, Le jardin des caresses, p. 11.
F. Toussaint, Le jardin des caresses, p. 11.
Figures médiatiques (365)
Evitez Vicky Cristina Barcelona. C'est un grand mystère que la critique à l'unisson ait gémi d'aise à la vision de cette inerte ineptie. [cf mon blog à la date du 17/10/2011.]
lundi 17 octobre 2011
Vicky Cristina Barcelona
Célébré quasi universellement, ce film n'est qu'une bluette touristique
inconsistante, aux fausses couleurs de l'amour. Comment croire à ce
roman-photo (haut de gamme, mais bas d'intérêt) ? Comment croire à ces
couples ou trios alternatifs ou combinés (avec un seul pivot masculin), à
ces quatre caractères censés s'attirer et se repousser sans qu'on sente
en eux ce qui aimante et ce qui rechigne? Ils nous paraissent aussi
exotiques et théoriques que le décor dans lequel ils sont jetés. Leurs
aventures sexuelles et sentimentales - et la psychologie "qui va avec" -
sont provoquées d'une manière si peu naturelle qu'on se demande si le
réalisateur lui-même prend au sérieux les protagonistes de l'action
qu'il met en scène ou s'il ne les utilise que pour parodier les
intrigues érotiques. C'est un grand mystère que la critique à l'unisson
ait gémi d'aise à la vision de cette inerte ineptie. Woody Allen a déjà
fait pire ( le tristement alimentaire Escrocs mais pas trop ), mais quand-même, perdre ainsi son temps à son âge!
Publié par
Gérard Plaine
à
16:23
Post-scriptum : Tous les spectateurs n'ont apparemment pas la même aperception "cérébraloculaire". Louis Guichard (Télérama du 8/10/2008 ) est en extase devant l'opus magistri . Il
n'en parle qu'en hagiographe et thaumaturgiste. Les femmes y sont
"irrésistiblement belles", le mâle y a, pour engouler magnétiquement ses
proies, "des arguments dignes d'un philosophe pré-socratique"[...]
"irradiant la testostérone". Sachant qu'une comédie ennuyeuse est plus
ennuyeuse qu'un drame ennuyeux, le même Louis Guichard ne manque pas de
souligner que ce film n'est pas banalement comique, il est d'un comique
"étincelant". Ce qui n'enlève rien à la sensualité qu'il dégage,
laquelle est "à la limite de l'insoutenable". Risquons-nous et disons-le
sans détour, Woody Allen est beaucoup plus qu'un cinéaste et qu'un
artiste: il est un magicien. Il tient une "formule", celle d'un "cinéma
insubmersible", à la fois aux sources et aux embouchures, dans les
coeurs et les horizons: "d'une éternelle jeunesse et d'une maturité
insondable". Tant de fleurs et d'encens vous font suffoquer? Respirez
bien car ce n'est pas fini. Magic Woody ne fait pas ses tours pour
amuser la galerie. Sexy mais jamais trop, ses héros illustrent "les
questions capitales de toute une vie". Rien de moins. Sous ses faux airs
de "délicieux marivaudage sur fond de carte postale", ce film cardinal
est "un traité des passions humaines à l'acuité implacable".
Scarlett/Cristina, aux désirs vulgivagues, "est la quintessence de cette
incomplétude qui condamne à l'errance perpétuelle". Le bouquet du feu
d'artifice est à la fin comme il se doit, et je ne résiste pas au
plaisir de citer le dernier paragraphe du pyrotechnicien: "Woody Allen
est diabolique [...], indispensable comme jamais, peut-être le seul à
savoir faire une fête de tant de désabusements, et nous laisser, malgré
les illusions perdues, sur l'ivresse d'un été merveilleux". Pince-moi,
chérie. (Je n'ai pas le courage de métaphraser l'article du TéléObs, qui lévite d'ailleurs beaucoup moins).
En résumé: un film d'estivant pour villégiateurs ou de bradype pour lémuriens.
jeudi 20 décembre 2018
Langue et langage (18)
Quand un philosophe parle de langage, je ne le lis pas: quand c'est un écrivain, je jette son livre. En France, on peut dire que tout homme qui écrit est fasciné et paralysé par ce problème. Ce n'est pas ce que vous pensez du langage qui m'intéresse, mais l'usage que vous en faites, votre langage à vous, l'instrument et non la réflexion sur l'instrument.
Cioran, Cahier de Talamanca, p. 29.
Cioran, Cahier de Talamanca, p. 29.
Estacadres (515)
Qu'est-ce que l'amour, sinon un peu d'intelligence avec l'ennemi?
Christian Sorg, in Télérama 2812 du 03/12/03.
Christian Sorg, in Télérama 2812 du 03/12/03.
Figures médiatiques (364)
Noirissime Le rêve de Cassandre (2007). Le plus étouffant des films de Woody Allen.
mercredi 19 décembre 2018
Langue et langage (17)
Je prends un mot, n'importe lequel, pourvu qu'il soit bien long et bien barbare, "épistémologie", par exemple, et je l'apprivoise: épi, épices, pistes, aime, mots, émaux, mol, eau, mollo, logis. Et pis j't'aime au logis.
Estacadres (514)
L'énamoration est une aliénation (identification, dépersonnalisation) qui provoque, dit Didier Lauru, une sorte "d'hémorragie narcissique". (in Folies d'amour, Calmann-Lévy, 2003).
Figures médiatiques (363)
Beau, fluide, spirituel, élégant, Scoop est une comédie policière qui n'a pas la perfection de Match Point, mais les acteurs sont délicieux, le jeu est gratuit et le divertissement garanti.
mardi 18 décembre 2018
Langue et langage (16)
Les dieux sont aujourd'hui dans le langage. Ils se sont réfugiés là.
Philippe Sollers.
Philippe Sollers.
Estacadres (513)
Les histoires qui intéressent les gens? L'aventure et l'amour. Cavalcades et chevauchements.
Figures médiatiques (362)
Un bon Woody sans Woody: Match Point (2005). La lutte d'un petit Jacob de l'arrivisme avec l'Ange de l'amour. Qui va gagner? Suspense à répétition, excellentes péripéties de fin. Mais le hasard est un bâtard (seule la conscience est légitime). Est-ce une morale (immorale) ou une (a)moralité? En tout cas cette photographie récursive des métamorphoses et lancinements du cynisme n'est pas un film cynique. C'est un regard écarquillé sur la puissance parfois meurtrière de nos pulsions. Une vision du monde qui place le Mal au centre. On ne peut l'éviter que par le détour de l'art ou du questionnement non-égoïste, c'est-à-dire humainement essentiel. (Pas par l'amour, qui est une notion trop ambiguë, une puissance qui nous "livre" l'autre aussi bien qu'elle nous livre à lui). Et encore... Comment jamais être sûr de pouvoir se posséder soi-même? Le héros de Match Point ne le peut pas.
lundi 17 décembre 2018
Langue et langage (15)
Roland Barthes (enivré peut-être par certains effluves lacaniens) écrit:
"La langue, c'est le phallus qui parle."(Le texte et l'image, p. 14) Ce qui m'inspire l'alexandrin suivant:
"... Vif ardillon jailli du boisseau des parlures..."
"La langue, c'est le phallus qui parle."(Le texte et l'image, p. 14) Ce qui m'inspire l'alexandrin suivant:
"... Vif ardillon jailli du boisseau des parlures..."
Figures médiatiques (361)
En serviteur volontaire la série B, Woody peut lâcher la bride à son alacrité. C'est le cas pour la charmante comédie policière intitulée Le sortilège du scorpion de jade. C'est le cas aussi pour Hollywood ending où, sur un fond noir concassé, la fantaisie s'azure.
dimanche 16 décembre 2018
Langue et langage (14)
La trop grande richesse d'une langue n'est pas forcément une qualité; c'est entout cas un obstacle pour un écrivain: moins la langue est riche, plus la création de celui qui l'emploie est grande.
Selon Claude Hagège, sur France culture , le 22/02/86.
Selon Claude Hagège, sur France culture , le 22/02/86.
Figures médiatiques (360)
C'est quoi cet Escrocs mais pas trop (2000) que Woody voudrait nous faire avaler comme une comédie? Une plate resucée de recettes éculées. Tristement alimentaire?
samedi 15 décembre 2018
Langue et langage (13)
Parler une langue morte, c'est "faire habiter une tombe à sa pensée".
Victor Hugo, Quatre-vingt-treize.
Victor Hugo, Quatre-vingt-treize.
Estacadres (510)
L'amant-bourreau bourre. Il est l'amant indifférent qui remplit son office. L'amant tout court vient à l'amante pour combler son orifice, avec la chair symbolique de l'amour.
Figures médiatiques (359)
Mélancoliquement plaisant et sagement déjanté, comme Woody, c'est Sean Penn, en guitariste "presque aussi bon" que Django R., dans Accords et désaccords (99).
jeudi 13 décembre 2018
Langue et langage (12)
Dans les bouches d'or, il y a quelquefois des langues de bois.
Jean-Yves Guérin.
Jean-Yves Guérin.
Estacadres (509)
La mélancolie, c'est la perspective, la symétrie, c'est l'amour.
Hector Bianciotti.
Hector Bianciotti.
Figures médiatiques (358)
Coups de feu sur Brodway (1994) est une brillante comédie sur les milieux mêlés du théâtre et du gangstérisme. Le plus propre des deux n'est pas celui qu'on pense.
mercredi 12 décembre 2018
Langue et langage (11)
La langue est une peau : je frotte mon langage contre l'autre. C'est comme si j'avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.
Barthes, Fragments d'un discours amoureux.
Figures médiatiques (357)
Grâce à Rappeneau, peut-être, dans Le hussard sur le toit, Juliette Binoche n'est pas irritante. Elle est même désirable (1995).
mardi 11 décembre 2018
Langue et langage (10)
Au milieu des luttes les plus acharnées, l'homme éprouva toujours une répugnance involontaire à détruire l'ennemi qui lui demandait merci dans sa propre langue.
Auguste Comte, Système de politique positive.
Auguste Comte, Système de politique positive.
Estacadres (507)
Que faut-il faire l'été? L'amour sur les draps. Que faut-il faire l'hiver? L'amour sous les couvertures.
Figures médiatiques (356)
Macron vu par Jacques Julliard (Marianne 1104 du 11/05/2018) : "Pour traduire le flou qui continue d'entourer la trajectoire d'un personnage aux contours personnels aussi nets, on a le choix, dans le registre dramatique entre Montherlant - fils de personne - et Pirandello - un personnage en quête d'auteur. En souhaitant sincèrement, pour lui et pour nous, que le dernier mot ne revienne à Ionesco: comment s'en débarrasser?"
lundi 10 décembre 2018
Estacadres (506)
... tracer à la langue les routes fraîches qui mènent au cri.
Henri Pichette, Epiphanies.
Henri Pichette, Epiphanies.
Figures médiatiques (355)
Enfin un film jubilatoire de Woody Allen : Meurtre mystérieux à Manhattan (1993). Pour les cinéphiles... et les autres.
dimanche 9 décembre 2018
Langue et langage (8)
Le langage a été créé par des hommes faits pour exprimer des idées et des sentiments d'hommes faits. Les termes manquent qui correspondent aux perceptions inachevées des enfants, à leur pénombre d'âme.
Paul Bourget, Le disciple.
Paul Bourget, Le disciple.
Figures médiatiques (354)
Woody toujours. September est un bon film. Dans le genre théâtral tchékovo-bergmanien. Espoirs et désirs ravalés. Est-ce la vie?
Quant à Alice, un peu allénien, un peu bergmanien, c'est la triste comédie du mal-être (bourgeois? Originel?). On s'amuse un peu, on s'étonne un peu, on s'ennuie un peu aussi.
Quant à Alice, un peu allénien, un peu bergmanien, c'est la triste comédie du mal-être (bourgeois? Originel?). On s'amuse un peu, on s'étonne un peu, on s'ennuie un peu aussi.
samedi 8 décembre 2018
Etymaginaire (30)
Dilacérer - Déchirer à la fois ample et serré. Haillonner à grands coups jusqu'à la fatigue.
Infanterie - La puérile Grande Muette, qui glousse comme une princesse ibère.
Infanterie - La puérile Grande Muette, qui glousse comme une princesse ibère.
Dicodrome (30)
Bénédictionnaire - Recueil liturgique des formules des bénédictions. (Ce mot existe, je ne l'ai pas inventé).
Boussière - Implacable et obruante chiure du temps.
Boussière - Implacable et obruante chiure du temps.
Langue et langage (7)
J'ai été émerveillé le jour où j'ai découvert que les choses n'avaient pas qu'un nom, ni même deux, et qu'aussi on pouvait leur en inventer de nouveaux. Le monde fini, par le langage devenait infini.
Estacadres (504)
Est-ce une lacune ou un défaut de trop priser la physique de l'amour quand sa chimie m'ennuie ou m'échappe?
Figures médiatiques (353)
Radio days est pétri d'une nostalgie qui a réveillé la mienne: les chansons que Woody écoutait pendant la guerre, je les ai entendues presque toutes après la Libération.
vendredi 7 décembre 2018
Langue et langage (6)
Le langage viendrait de ce que l'homme a eu pour ancêtre un primate aquatique: la nage, interdisant le geste, aurait favorisé la communication sonore.
D'après Elaine Morgan, La fin du surmâle.
D'après Elaine Morgan, La fin du surmâle.
Estacadres (503)
Jusqu'où va l'amour? Est-ce de la cruauté? Est-ce autre chose? Est-il possible d'arracher - racine hors de sa chair - à quelqu'un son petit surnom, plus cher que son petit nom, au nom de l'amour-même? Leiris épouse Louise. Il demande alors à sa sœur Juliette, qu'il appelle Zette, s'il peut lui prendre ce diminutif si familier pour l'offrir à Louise ...
Figures médiatiques (352)
Encore un bon Woody : Hannah et ses sœurs (1986). La simple complexité des sentiments et des actes, de leurs motivations, de leurs conséquences, de leur révision. La vie comme une suite d'aller-retour: la trame de la réflexion. Sans snobisme pseudo-intello ostentatoire.
jeudi 6 décembre 2018
Langue et langage (5)
Les Indiennes de Californie [...] parlaient un dialecte féminin dont presque chaque terme était différent de ceux qu'employaient les hommes
Evelyne Sullerot, La femme dans le monde moderne.
Evelyne Sullerot, La femme dans le monde moderne.
Estacadres (502)
L'idée lui vint que l'amour que le peintre éprouvait pour elle ne pouvait provenir que d'un malentendu, et elle lui demandait parfois pourquoi au juste il l'aimait. Il lui répondit qu'il l'aimait comme le boxeur aime le papillon, comme le chanteur aime le silence, comme le brigand aime l'institutrice du village; il lui dit qu'il l'aimait comme le boucher aime les yeux craintifs de la génisse et la foudre l'idylle des toits; il lui dit qu'il l'aimait comme une femme aimée, volée, dérobée à son foyer stupide.
Milan Kundera, La vie est ailleurs, Gallimard, p.74.
Milan Kundera, La vie est ailleurs, Gallimard, p.74.
Figures médiatiques (351)
La rose pourpre du Caire est un des plus beaux films d'amour : l'amour qui (pour un temps) a le pouvoir d'abolir la frontière entre l'art et la réalité.
mercredi 5 décembre 2018
Langue française (69)
Nous baignons dans la langue et quelqu'un a chié dedans.
Alexis Jenni, L'art français de la guerre, Gallimard, 2011, p.197 .
Alexis Jenni, L'art français de la guerre, Gallimard, 2011, p.197 .
Figures médiatiques (350)
Le pathétique de Woody tient à une pulsion acharnée à appuyer sur sa blessure: la médiocrité de son personnage. Ce pathétique tient peut-être encore plus à l'obstinée médiocrité de films comme Broadway Dany Rose ou Tout le monde dit I love you. Ils reflètent la médiocrité d'existences devant lesquelles nous éprouvons une sorte de lassitude souriante et compatissante...
mardi 4 décembre 2018
Langue et langage (4)
En gros l'homme n'est rien et en détail pas grand chose, mais son langage est inépuisable.
Estacadres (500)
L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps qu'elle anime.
La Rochefoucauld, Maximes supprimées.
La Rochefoucauld, Maximes supprimées.
Figures médiatiques (349)
Dans Comédie érotique d'une nuit d'été, chassé-croisé shakespearo-bergmano-allénien, c'est l'amour et la vie qui l'emportent. Sans gémissements, sinon de plaisir.
lundi 3 décembre 2018
Langue et langage (3)
Chez les Papous la langue est très pauvre; chaque tribu a sa langue et son vocabulaire s'appauvrit sans cesse parce qu'après chaque décès, on supprime quelques mots en signe de deuil.
E. Baron, Géographie, cité par Barthes in Critique et vérité.
E. Baron, Géographie, cité par Barthes in Critique et vérité.
Figures médiatiques (348)
Avec Annie Hall (1977) Woody ose lâcher la blague et le comique potache pour mettre son humour au service de sa sensibilité, et renoncer à ses jeux de mots aux coins anguleux, afin que les heurts soient moins saignants. Quarante ans après, son premier grand film n'a rien perdu de cette fraîcheur que Celebrity a échoué à faire renaître.
dimanche 2 décembre 2018
Langue et langage (2)
Les langues en général commencent par être une musique et finissent par être une algèbre.
J.-J. Ampère.
J.-J. Ampère.
Figures médiatiques (347)
Woody et les robots,Tout ce que vous avez toujours voulu savoir... , de la BD patapouf. On regarde jusqu'au bout puis on se demande pourquoi on a regardé ça!
samedi 1 décembre 2018
Langue française (68)
Quand j'écris, non seulement je fais beaucoup de brouillons mais je manie chaque mot avec un soin philatélique. C'est une chose à laquelle je ne crois pas qu'on puisse toucher. Au vocabulaire, cela m'est égal, c'est le métabolisme de la langue - avec cette restriction toutefois: je ne crois pas qu'une chose importante puisse s'exprimer par un mot de plus de quatre syllabes. Mais à la syntaxe, non, car la syntaxe c'est le squelette, il ne faut y toucher qu'avec beaucoup de précautions.
Roger Caillois, in N.O. du 30/12/78.
Roger Caillois, in N.O. du 30/12/78.
Figures médiatiques (346)
Woody est excellent dans Le prête-nom (de Martin Ritt), insipide dans Prends l'oseille et tire-toi. Un flop! une pâte azyme. Pfuit!
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