jeudi 27 janvier 2011
Mots-manie (48)
G.L. Roux: " [ René Char] n'aimait pas son prénom, qui lui faisait penser à un oeuf écrasé. Il n'ignorait pas qu'étymologiquement Alexandre [son nom dans la Résistance] signifie "le guerrier qui repousse l'ennemi".
mercredi 26 janvier 2011
La carte et le territoire
Le succès de Houellebecq est pour moi un mystère. On dit son dernier roman supérieur aux précédents; je tente de le lire et m'y force jusqu'à la page 144. Il paraît que le meilleur va venir. Mais c'est trop pénible. Platitude du sujet, style dépressif, progression lymphatique. Rien de moins excitant ou sereinant. A chaque page on s'agace et on se demande quand la machine va s'animer.
En plus, c'est plein de fautes de français. C'est chic d'écrire aujourd'hui sans savoir parler sa propre langue (ou proprement sa langue). Exemples: "Il n'y a qu'à l'automne où Paris soit agréable". Plusieurs fois "sans que...ne". Encore "terminer de", "l'aube pointait", "ceci dit", etc.
Comment ce "Balzac asséché d'un siècle neurasthénique"(David Caviglioli, N.O. du 4/11/2011) peut-il plaire à tant de gens? Masochisme?(1)
Sur les photos récentes, Houellebecq est méconnaissable tellement il a maigri. Il ressemble à Céline. Est-ce ce qu'il souhaitait? Mais Céline était un écrivain d'une autre trempe, qui ne serait pas mort d'ennui en se relisant.
Est-ce que Houellebecq connaît et aime la littérature? Il l'a frôlée (elle l'a frôlé?) avec son premier livre (Extension du domaine de la lutte). Par la suite il a voulu théoriser, en radicalisant l'écriture pauvre, post et néo-naturaliste, en accord avec son projet entropique (anthropique): style indifférencié pour humanité post-prométhéenne. Ce faisant, il s'empoisse sur le ruban tue-mouches qu'il a complaisamment déroulé.
Alors? Est-ce qu'il est pitoyable parce qu'il nous apitoie? Houellebecq ou l'emmerdeur adulé.
P.-S. J'abuse des parenthèses? C'est que l'écrivain dont je parle n'est pas une étape dans notre littérature, mais une parenthèse lui-même.
(1) Maurice Nadeau parle du "dégoût satisfait" que ses lecteurs ont à le lire.
En plus, c'est plein de fautes de français. C'est chic d'écrire aujourd'hui sans savoir parler sa propre langue (ou proprement sa langue). Exemples: "Il n'y a qu'à l'automne où Paris soit agréable". Plusieurs fois "sans que...ne". Encore "terminer de", "l'aube pointait", "ceci dit", etc.
Comment ce "Balzac asséché d'un siècle neurasthénique"(David Caviglioli, N.O. du 4/11/2011) peut-il plaire à tant de gens? Masochisme?(1)
Sur les photos récentes, Houellebecq est méconnaissable tellement il a maigri. Il ressemble à Céline. Est-ce ce qu'il souhaitait? Mais Céline était un écrivain d'une autre trempe, qui ne serait pas mort d'ennui en se relisant.
Est-ce que Houellebecq connaît et aime la littérature? Il l'a frôlée (elle l'a frôlé?) avec son premier livre (Extension du domaine de la lutte). Par la suite il a voulu théoriser, en radicalisant l'écriture pauvre, post et néo-naturaliste, en accord avec son projet entropique (anthropique): style indifférencié pour humanité post-prométhéenne. Ce faisant, il s'empoisse sur le ruban tue-mouches qu'il a complaisamment déroulé.
Alors? Est-ce qu'il est pitoyable parce qu'il nous apitoie? Houellebecq ou l'emmerdeur adulé.
P.-S. J'abuse des parenthèses? C'est que l'écrivain dont je parle n'est pas une étape dans notre littérature, mais une parenthèse lui-même.
(1) Maurice Nadeau parle du "dégoût satisfait" que ses lecteurs ont à le lire.
dimanche 9 janvier 2011
Le silence de Lorna
Le silence de Lorna est à inscrire parmi les meilleurs films des frères Dardenne. "Conscience, instinct divin", aurait dit Rousseau. Pourquoi "la tendresse de pitié" l'emporte-t-elle parfois sur l'intérêt, voire sur l'instinct de conservation? C'est un des fascinants mystères de l'humanité.
Cette conscience que Lorna pensait avoir mise non pas au rebut mais au moins en sommeil, voici qu'elle revient inopinément, pour peser ses actes et leurs conséquences. Qu'est-ce qui pourrait contrebalancer la conscience? La conscience est l'être, comment imaginer son contraire? Rien sans la conscience sinon la vie animale dans sa caricature, la vie brute et féroce.
La conscience est une perception du second degré, là où existe autre chose que soi-même, là où l'autre s'impose comme une conscience à son tour. La conscience est ce miroir où chaque matin Lorna socratement s'examine. Elle n'est pas qu'un pendant intérieur de sa vanité, elle est sa vanité sous son éclairage le plus scandaleux. Elle est sa liberté, une liberté imposée, qui l'oblige, sa noblesse en somme. Son bonheur aussi, car elle naît d'une excitabilité au malheur plus grande, qui vient peut-être de ce qu'il lui restait un peu d'âme, juste assez pour pouvoir réclamer l'âme tout entière, car l'âme ne se mesure pas et la moindre de ses étincelles la contient toute.
Le film aurait pu s'intituler aussi bien La folie de Lorna que La sagesse de Lorna, c'est-à-dire nous alerter au premier ou au second degré. Pour ce qui est des réalisateurs et de leurs caméras, ils ont choisi cette fois la sagesse.
Cette conscience que Lorna pensait avoir mise non pas au rebut mais au moins en sommeil, voici qu'elle revient inopinément, pour peser ses actes et leurs conséquences. Qu'est-ce qui pourrait contrebalancer la conscience? La conscience est l'être, comment imaginer son contraire? Rien sans la conscience sinon la vie animale dans sa caricature, la vie brute et féroce.
La conscience est une perception du second degré, là où existe autre chose que soi-même, là où l'autre s'impose comme une conscience à son tour. La conscience est ce miroir où chaque matin Lorna socratement s'examine. Elle n'est pas qu'un pendant intérieur de sa vanité, elle est sa vanité sous son éclairage le plus scandaleux. Elle est sa liberté, une liberté imposée, qui l'oblige, sa noblesse en somme. Son bonheur aussi, car elle naît d'une excitabilité au malheur plus grande, qui vient peut-être de ce qu'il lui restait un peu d'âme, juste assez pour pouvoir réclamer l'âme tout entière, car l'âme ne se mesure pas et la moindre de ses étincelles la contient toute.
Le film aurait pu s'intituler aussi bien La folie de Lorna que La sagesse de Lorna, c'est-à-dire nous alerter au premier ou au second degré. Pour ce qui est des réalisateurs et de leurs caméras, ils ont choisi cette fois la sagesse.
commerce
Il y a plus malin qu'un commerçant malin, c'est un commerçant intelligent. Ou: l'intelligence est la forme la plus subtile que peut prendre la malignité mercantile. Allons plus loin dans le sophisme ou le paradoxe. Le plus subtil des commerçants est celui qui n'a pas l'air de l'être. Mais, par là, c'est le plus flagrant, parce qu'il ajoute à la "ruse" naïve et convenue de son négoce, la ruse esthétique de son charme. Donc, au regard avisé, c'est le plus grossier.
Quid du commerçant poète ou du commerçant philosophe? Ils ne sont plus des commerçants.
Quid du commerçant poète ou du commerçant philosophe? Ils ne sont plus des commerçants.
jeudi 6 janvier 2011
Patois
Mes grands-parents parlaient berckois par coutume et par nécessité, mes parents le parlaient par pragmatisme (familiarité) et par raccroc, je le parle par hasard et par jeu, mes enfants le parlent par curiosité et par exotisme, mes petits-enfants et leurs enfants le découvriront s'ils s'intéressent au folklore.Il s'effiloche chaque jour mais quelques fondus locaux le retricotent pour le musée des dictionnaires. Ceux qui les feuilletteront retarderont l'oubli, mais ils ne connaîtront pas le charme d'entendre une musique d'enfance, de l'entendre comme il était parlé par ceux que nous avons connus, ceux qui le parlaient comme leur première langue, leur langue tout court. Ce charme, qui agit quand nous l'entendons, et même quand nous "l'entendons" en le lisant, c'est l'accent, le décor, les vêtements, les objets qui faisaient le quotidien, les travaux, les habitudes, les moeurs, la pêche, l'odeur des mareyages, celle des "caudières"; ce sont les dictons, les plaisirs, les corvées,etc. Nous l'avons connu vivant, et c'est ainsi que nous le retrouvons quand nous le pratiquons. Chét' i' point vrè, Adjite?
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