S'ils en eurent jamais, "saveur" et "savoir" ont depuis longtemps perdu leur lien étymologique, et on ne comprendrait plus aujourd'hui une expression subobjective comme "homo sine sapore" (homme sans personnalité). Mais l'expression du savoir avec les seuls mots de la gustation est à la fois méthodiquement impossible et intellectuellement déceptrice. Pour comprendre, il aurait fallu étudier, et il faudrait être savant soi-même pour comprendre tout ce qu'un savant avance, et on ne comprend d'ailleurs rien sans effort et sans médiation. D'où l'impatience et la rage (contre la science et contre soi-même) que provoquent les exposés abstraits.
P.-S.- "Tout ce qu'on apprend est méprisable, mais il n'est pas méprisable d'apprendre le jeu de patience qui nous fait attendre la fin". Jean Grenier, Les Iles, Gallimard, 1959, p.53.
jeudi 25 juillet 2013
mercredi 24 juillet 2013
Promenade
Qu'est-ce qui nous manque le plus en hiver? La promenade. Nous marchons dans le village, mais ce n'est qu'une corvée utile et douce. La promenade, c'est autre chose, c'est l'été, c'est ailleurs.
"Tsanga tsanga", c'est ainsi qu'à Madagascar on dit: "Je me promène". C'est une expression physiquement pleine d'entrain.
Il est vrai qu'à défaut de promenade, toute l'année nous avons la rêverie, qui est une façon confortablement immobile de se promener près et loin. Les Rêveries du promeneur... pourraient aussi bien se dire les promenades du rêveur... Et puis, consolons-nous : une vie bien accordée est une promenade démultipliée. Lire est une promenade dans sa sensibilité et son intelligence, écrire est une promenade dans son imagination et sa réflexion, aimer est une promenade dans sa sensualité et ses embranchements d'aventures, une promenade dans le vif et le tendre, marcher ou rouler est une promenade tout court, c'est-à-dire une extraversion douce de soi au monde et une introversion filtrée du monde à soi.
Vivre, c'est (s'é)changer tout en restant soi-même.
"Tsanga tsanga", c'est ainsi qu'à Madagascar on dit: "Je me promène". C'est une expression physiquement pleine d'entrain.
Il est vrai qu'à défaut de promenade, toute l'année nous avons la rêverie, qui est une façon confortablement immobile de se promener près et loin. Les Rêveries du promeneur... pourraient aussi bien se dire les promenades du rêveur... Et puis, consolons-nous : une vie bien accordée est une promenade démultipliée. Lire est une promenade dans sa sensibilité et son intelligence, écrire est une promenade dans son imagination et sa réflexion, aimer est une promenade dans sa sensualité et ses embranchements d'aventures, une promenade dans le vif et le tendre, marcher ou rouler est une promenade tout court, c'est-à-dire une extraversion douce de soi au monde et une introversion filtrée du monde à soi.
Vivre, c'est (s'é)changer tout en restant soi-même.
dimanche 21 juillet 2013
Horizon(s) (8)
La seule chose que j'apprécie vraiment, c'est une motocyclette. Oh! quelles jambes fines, fines! A peine si on les voit.
Et pendant qu'on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l'horizon qu'elles ne quittent jamais qu'à grand regret.
C'est ça qui fait rêver! C'est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C'est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Henri Michaux, Lointain intérieur, Entre centre et absence.
Et pendant qu'on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l'horizon qu'elles ne quittent jamais qu'à grand regret.
C'est ça qui fait rêver! C'est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C'est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Henri Michaux, Lointain intérieur, Entre centre et absence.
samedi 20 juillet 2013
Dicodrome (3)
Esméraldant (adj.) - D'un ennui affligeant. Artistiquement et magistralement emmerdant. ( Grâce à son père, directeur du Journal des débats, Louise Bertin réussit à faire jouer à l'Opéra comique une Esmeralda tirée de Victor Hugo. Ennui mortel. Echec magistral. C'est à cette occasion qu'on créa l'adjectif esméraldant.)
Vernouiller ( v. intr.) - Grouiller mollement.
Vissiés ( part. pass. plur.) - " Alliage de vissés et viciés dérivant de vis et vice qui rime avec sévices et s'apparente à vie et vit. Les "vissiés" [...] sont ceux qui se conforment servilement aux principes de propreté et de respectabilité qui [...] ont été arrêtés par des générations de femmes en vue de désarmer et de domestiquer les hommes." Ph. Roth, Professeur de désir.
Vernouiller ( v. intr.) - Grouiller mollement.
Vissiés ( part. pass. plur.) - " Alliage de vissés et viciés dérivant de vis et vice qui rime avec sévices et s'apparente à vie et vit. Les "vissiés" [...] sont ceux qui se conforment servilement aux principes de propreté et de respectabilité qui [...] ont été arrêtés par des générations de femmes en vue de désarmer et de domestiquer les hommes." Ph. Roth, Professeur de désir.
samedi 13 juillet 2013
Dicodrome (2)
Paranoma (n. fém.) - Jouissance synoptique et synesthésique d'un monde-mot charnel et idéal.
Ridicules (n. fém. plur.) - Petites rides faisant des niches au cul. (cf Dicodrome 1 : ce mot relèverait plutôt de l'Etymaginaire).
Sagitter (v. tr. et intr.) - Envoyer des piques, des flèches, au sens figuré. Faire des remarques aiguës, voire blessantes, de manière répétée ou continue, et sans pouvoir s'en empêcher.
Soupe à la découille (expr. imagée) - Potage dépuratif, ainsi nommé parce qu'il fait "tomber les prunes".
Ridicules (n. fém. plur.) - Petites rides faisant des niches au cul. (cf Dicodrome 1 : ce mot relèverait plutôt de l'Etymaginaire).
Sagitter (v. tr. et intr.) - Envoyer des piques, des flèches, au sens figuré. Faire des remarques aiguës, voire blessantes, de manière répétée ou continue, et sans pouvoir s'en empêcher.
Soupe à la découille (expr. imagée) - Potage dépuratif, ainsi nommé parce qu'il fait "tomber les prunes".
mardi 2 juillet 2013
Littérature et journalisme (2)
Echo est la nymphe des écrivains. L'écho est l'image en miroir de la voix, mélancolisée par son reflet. Ce reflet est absent dans l'écrit mat du journaliste, comme est absent l'impalpable tissu de la moire mémorielle. Je n'entends pas l'écho des "news" et des "points- de-vue", et je ne perçois pas ce singulier "écho préalable" qui annoncerait mezzo voce la parole mystérieuse de la poésie.
"Le plus beau d'un navire, c'est son sillage." (Georges Perros)
"Le plus beau d'un navire, c'est son sillage." (Georges Perros)
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