mardi 20 septembre 2011

Morriconisme

J'ai d'abord été séduit, moi aussi, par la musique boboplouc d'Ennio Morricone. Le morriconisme est une habile combinaison de sons lyrico-percutants utilisés comme une tenaille dont la striction s'exerce simultanément sur la tripe et sur l'oreille, en contournant subtilement ce que la sensibilité a de plus délicat, de plus lointain, ce qui ne vibre qu'aux harmonies et mélodies les plus nuancées. Le morriconisme n'exige ni attention ni patience, ni même écoute à proprement parler; il frappe là où les chances d'altération émotionnelle sont immédiates, c'est-à-dire qu'il est à la fois efficient (il produit toujours un effet) et efficace (l'effet produit est toujours l'effet attendu).

L'éclat des mots

Mon vocabulaire trahit l'ancien pauvre. Je pourrais me contenter de l'expression juste mais, presque malgré moi, je la veux riche, non seulement fleurie mais florissante, arborescente, fertile, succulente et bien nourrie. L'ancien maigre montre qu'il ne tient qu'à lui d'avoir de l'embonpoint. Il reste svelte, mais il a tous les sucs dans sa fiole et tous les sucres dans sa poche, sans parler des parfums qu'il retient, des caresses qu'il contrôle, des chants d'oiseaux que son gosier contient, des noms d'oiseaux que réserve sa langue. Il cache et montre sa graisse, suggérant le bon jus en puissance, la sauce qui pourrait se faire. Sa modestie bruit d'orgueil et laisse échapper, à la fois par ostentation discrète et par besoin de tirer la valve ou le purgeur - le trivial besoin d'ouvrir son clapet - quelque vapeur précieuse, quelque buée rêveuse, quelque émanation rabelaisienne ou mofette argotique, quelque fumée pédante. Bref, un signe à la richesse essentielle du monde, et un clin d'oeil à la malechance qui le fit naître à côté.

dimanche 4 septembre 2011

Caca de conscience (ou Le courage des argenteux)

Un oeil sur leur meulon d'or (caca-rente), l'autre sur leur grosse patate (1), quelques très riches, pour soulager ce crucifiant strabisme, s'engagent à restituer en impôts le neuvième de ce que leur "rebondit"(2) le bouclier fiscal. De quoi couver quiètement les huit neuvièmes restant. C'est Crésus imitant saint Martin, à sa manière: pour lui la laine, et pour le pauvre la peluche...

(1) C'est-à-dire leur coeur affligé.
(2) Puisqu'il y a passage (d'une poche à l'autre) je m'autorise à employer le transitif.

dimanche 31 juillet 2011

daltonisme

On pourrait presque dire parfois des politiquement corrects qu'ils sont d'une mauvaise foi sincère. Leur refus de toute discrimination est sincère, mais leurs arguments ne sont pas toujours de bon aloi. On se fait moraliser et chapitrer, par exemple, si on a le mauvais esprit de faire remarquer que le récent champion de France du 100 m, Christophe Lemaître, est le premier Blanc à descendre sous la barre des 10 secondes. C'est pourtant une réalité, une évidence. Mais la doxa droits-de-l'hommiste interdit qu'il soit fait allusion à la couleur de la peau d'un individu exerçant une fonction ou réalisant une oeuvre ou un exploit. Elle parle une langue de sucre, fragile, qu'il faut en permanence dorer pour affermir les messages chaptalisés qu'elle adresse à la malpensance.
Constater un simple fait, sans en tirer aucune conclusion, est répréhensible parce que potentiellement "dangereux". Et si une femme un jour courait le 100 m en moins de 10 secondes, serait-on taxé de sexisme en le constatant? Un sujet qui eût réjoui Muray.

mercredi 13 juillet 2011

Une séparation

Comment ce film de l'Iranien Asghar Farhadi a-t-il pu traverser les filets de la censure islamiste? Est-ce parce qu'il se présente comme un film psychologique, moral et social, et tient la balance entre ses acteurs et ses parties? Mais, dès les premières minutes, l'angoisse qui s'empare du spectateur à la vision accusatrice (relevée) de cette mise en scène tendue comme un fil d'acier ne laisse aucun doute: le stress des personnages est une métaphore et un symbole politiques.
L'Iran est un pays qui vit sous tension, qui contient ses propres menaces et ne peut s'épanouir en paix.
Le film n'est pas manichéen. Il fait s'affronter deux classes sociales mais la vérité n'y est jamais embrigadée par la bien-pensance ou la vertu. Les pauvres n'ont pas le monopole de l'honneur, mais les riches ne sont pas plus justifiés. Les uns et les autres doivent passer sous les fourches caudines d'une justice opaque, s'y humilier même pour être reconnus.
Les femmes ne sont pas plus fiables ni plus courageuses que les hommes, même si elles sont matériellement plus impliquées, c'est-à-dire plus profondément inscrites dans tous les plis de la vie.
Une seule catégorie de personnages semble apporter un peu d'espoir dans cette société amère et discordante: les enfants. Deux fillettes, l'une pauvre, l'autre aisée, aussi malheureuses que peuvent l'être deux enfants funambules malgré elles, dont les chemins étroits et mouvants se rencontrent, comme leurs regards, chargés à la fois d'une même vitalité, d'une même détresse et d'une même incompréhension. Mais ce regard est peut-être un signe, le signe d'une possible paix et harmonie entre les êtres futurs.
Il y a du Tchekhov dans ce jeune cinéaste. Ses personnages ne sont pas transparents, et ce ne sont pas ceux qui parlent qui disent le plus. Les plus grands ne sont pas les plus sublimes. Rien n'est clair. Rien n'est anodin. Nul n'est libre, nul n'est en prison. Mais tout est dans les coeurs et dans les têtes, toutes les consciences ont voix au chapitre de la vérité mais n'y parviennent qu'au prix d'une longue lutte conre la débâcle des mensonges qu'ils rencontrent sur le fleuve qui les emporte.

mercredi 6 juillet 2011

mots-manie(52)

Faites sauter le "c" de "scolaire", réséquez le crochet, le grappin, la menotte, le cadenas, le pendoir, la broquette, et le noir Diafoirus éclate, et Phébus apparaît, le bel astre, le jour blond...

jeudi 16 juin 2011

2 days in Paris

Encore une fois la critique s'est enflammée pour un film qui n'en valait pas la peine. Logorrhéique, grossier, caricatural et complaisant d'un bout à l'autre. Hystérique et hystérologique (dans la mesure où la réalisatrice commence par allumer son feu avant d'aller chercher du bois, comme dirait Jarry. En fait elle cherche pendant tout son film ce qu'elle a trouvé dès les premières images -et surtout paroles: l'incompétence amoureuse et l'enfoirement artistique.) la seule révélation de ce film est un dévoilement: Julie Delpy est une femme vulgaire.