L'essence des grands westerns est la nostalgie, ce sentiment de tragique définitif, de désuétude irréparable, et de mort préalable (presque préparatoire) de toute image et de toute réalité de ce que l'écran donne à voir. En ce sens, Appaloosa n'est pas un grand western. Mais. Il contient tout ce qui concourt à réussir un bon western classique (ce qui n'est un pléonasme que depuis les baroqueries léoniennes) : la rusticité et la sauvagerie des moeurs et du décor; l'apparente simplicité (et la réelle complexité) du héros et des principaux personnages; l'intensité d'une action cependant codifiée; la survivance mythifiée d'une geste; un certain ruminement du passé contrebattu par la vision d'un avenir individuel apaisant; l'obsédance d'un dilemme dont les arguments ont des séductions contraires et d'égales déplaisances. Contenant tout cela, Appaloosa jouit au surplus du charme quasi gémellaire de ses presque impeccables héros et de dialogues pesés dans les balances de Marivaux. C'est du pur, c'est du raide, du bourbon hautement titré. Rien de ce frelatage mangoldien qui eût dû s'évaporer de honte, comparé au chef-d'oeuvre dont il fut l'involutionnante resucée (1).
(1) 3h10 pour Yuma
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