dimanche 16 octobre 2011

Les rugbymen français

Pendant la première demi-heure du quart de finale contre l'Angleterre, les Bleus ont joué comme des dieux (16 à 0 à la mi-temps! j'en avais littéralement les larmes aux yeux). C'était mieux que du sport, c'était de la poésie lyrique, on entendait la musique du jeu. (Précision précieuse: les Français n'étaient pas favoris).
Contre les Gallois, ils ont joué comme des boeufs. La même équipe, dans le même Eden Park. Comment expliquer ce mystère?
Le poète latin Prudence, le mal nommé, qui mit son art au service de sa foi chrétienne, est un précurseur du récit allégorique. Son oeuvre la plus célèbre, Psychomachia, décrit le combat de Vertus et de Vices personnifiés. La psychomachie est un combat de l'âme et un combat pour l'âme. Bien sûr, chaque match ne peut pas être le chapitre d'une épopée, les joueurs qui s'affrontent n'incarnent pas à tout coup la Vertu (nous) opposée au Vice (les autres) - le 15 octobre, à Auckland, c'était l'inverse!- mais il n'y a pas de désir de vaincre, dans l'honneur, sans vertu et sans âme, et le beau jeu, s'il ne métaphorise pas une équipe en entité allégorique, la rend au moins symbolique; il lui donne une figure unique, une raison esthétique (comme on dit une raison sociale): tous les joueurs ont le même sourire, la même lumière dans le regard, le coeur qui bat au même rythme, et la furia n'est que l'autre nom de la générosité. Aujourd'hui la furia était galloise et les Gaulois ont gagné en déméritant. Il faut, comme disait Pascal, qu'ils s'alestissent s'ils veulent inquiéter un peu les Blacks en finale.
Post-scriptum: Mais si on préfère le pragmatisme à la dignité et le "réalisme" du reculoir cadenassé à l'oubli de soi, si on préfère les mâchoires serrées aux cris enfantins de la conquête, on fera valoir qu'un jeu constipé n'est pas sans avantage: si on prend une déculottée, au moins on n'a pas le cul merdeux! (1)
(1)- La peur n'est pas toujours foireuse, la peur de perdre en tout cas. Dimanche prochain, elle se sera envolée, comme un nuage noir soufflé par l'envie... de gagner.

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