Un premier plan qui dure deux minutes: l'appartement où va se dérouler l'essentiel de l'action du film, vu de l'extérieur, dans un gris qui peu à peu s'éclaircit puis se colore de jaune. Ce n'est pas long, c'est intrigant, et c'est intimidant. Que nous annonce l'ouverture d'Elena? Un drame? Une tragédie?
La scène suivante nous introduit dans un intérieur vaste, lumineux, assombri par un luxe glacé et glaçant.On comprend, avant qu'ils n'aient lieu, que les propos et les échanges seront sans chaleur. Ici l'amour n'est pas un gros mot, il n'est même pas un mot. Une femme, la cinquantaine passée, se lève, prépare le petit déjeuner, va réveiller un homme (quinze ans de plus), sans grimace ni sourire, mécaniquement. On sait alors qu'ils vivent ensemble, on apprendra qu'ils sont mariés depuis deux ans, qu'il l'a rencontrée à l'hôpital où elle était infirmière. Elle le soigne toujours, elle est aussi sa domestique, il la convoque parfois, quand il a pris son viagra. C'est un riche. Il n'est pas odieux, il est seulement du côté du manche doré, il commande.
Mais la situation que vivent ces deux étrangers appariés est complexe. Il a une fille, qui n'en a rien à foutre de son père, à part dépenser le fric qu'il ne lui épargne pas. Elle a un fils qui vit en H.L.M avec femme et enfants, sans travail, sans volonté, sans questionnement autre que: il a ce que nous n'avons pas, pourquoi ne nous en donne-t-il que des miettes?
On s'aperçoit alors que le seul personnage debout, c'est Elena, la mère, la grand-mère. Elle est le pivot du film, et le destin des autres personnages dépend d'elle.
L'atmosphère de tristesse sans fond, de désespoir essentiel et quasi métaphysique de cette histoire est accentuée par les mesures d'une musique angoissante, menaçante (signée Philipp Glass), qui creuse les moments les plus apparemment ordinaires de l'absurde vie de ces gens. Grâce à ces quelques accords, la vacuité de leurs destins nous étreint, leur drame se mue en tragédie universelle, leur existence en est fatalisée. Par quels dieux, dans quel Ciel tari? C'est toute la question et la réponse.
Dans un monde où règne désormais, comme disait Kafka, "le silence des sirènes", des hommes et des femmes sont contraints d'habiter une maison vide, et on leur réclame le prix des meubles. Solitude et déréliction.
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