...Peut-être, pour qu'un livre soit bien un livre et qu'il se transforme en rêve, peut-être faut-il qu'il y ait, comme en ce temps-là à Nuoro et dans toutes les bourgades, un menuisier, le maître du bois [...], lequel, les jours d'été, sur les deux heures de l'après-midi, délaissant sa scie et son rabot, attrapait son cornet, et ses roulades envahissaient les venelles en feu, pénétraient dans les maisons, toute la vie suspendue à ces notes. Les chiens eux-mêmes, étendus comme des cadavres le long de la courte marge d'ombre des maisons, remuaient leurs queues.
Pepino et Sebastiano, dans leur petite chambre à l'air raréfié, lisaient pour la même raison qui faisait que Zerominu jouait de son cornet, c'est-à-dire sans la moindre raison, tout bonnement parce que les gens avaient un pertuis minuscule par où le mystère les pénétrait.
Salvatore Satta, Le jour du jugement.
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