Je parle du succès technique. On ne peut pas réussir puisqu'on a posé l'échec au départ (fixer le mouvement par l'immobile, etc.), à travers tous les mensonges on le retrouve à la fin: il y a une telle accumulation de petites défaites que vient le moment où l'on ne peut plus aller plus rien; tout est perdu. A ce moment-là, dit mon ami Giacometti, on peut jeter la sculpture à la popubelle ou l'exposer dans une galerie. Ça y est. Ça vous échappe. Et du coup ça devient une statue ou un livre. L'envers de ce que vous vouliez. Si les défaites sont inscrites méthodiquement dans le négatif qu'on livre au public, elles indiquent ce qui devait être fait. Et c'est le spectateur qui est le vrai sculpteur dans le vide, qui lit le livre entre les lignes.
Sartre, Interview.
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