Dans un premier temps le prince Mychkine s'appelait le prince Christ. Et pourtant, s'il est une figure étrangère à l'image christique, c'est bien lui. Dostoïevski n'est jamais parvenu à créer l'homme idéal à qui rien de ce qui est humain ne serait étranger. Mychkine, tout ce qui est humain lui est étranger. Et cela n'a rien de surprenant, car, en somme, Dostoïevski tendait vers un idéal bouddhiste et non un idéal chrétien. Atteindre au bien par la voie du renoncement à soi en tant qu'individu, c'est du bouddhisme. Et nommer Christ la figure bouddhique du prince Mychkine, c'est ne comprendre ni les vérités de l'Ancien Testament ni celles du Nouveau, qui consistent à atteindre l'amour, tout en se préservant, en tant qu'individu à qui rien de ce qui est humain n'est étranger. Par son orientation, Mychkine est un personnage bouddhique et non chrétien, mais par sa charge proprement littéraire, par son art, il est dénué de l'achèvement, de l'épanouissement bouddhiques.
Friedrich Gorenstein, Discussion sur Dostoïevski.
lundi 22 septembre 2025
Figures (3394)
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