Nous avions, nous poètes et amis de la poésie, de grandes raisons pour le chérir. Il était le contemporain de certains symbolistes, alchimistes du langage: Laforgue, Rimbaud, Lautréamont, Ghil, Jarry; il avait leur ivresse verbale; comme eux, il travaillait sur la matière des mots.
Un grand comique, d'ailleurs, est toujours un poète, mais un poète d'en-bas. L'en-bas, qui est l'instantané, les choses sans histoire, le fond des mers, l'enfer... L'enfer... par le moyen du comique, on est du côté des démons, on ne souffre plus, on rit. Le fond des mers... où toute forme est plongée dans un élément aussi épais qu'elle, qui la pétrit, l'étire, la tord, la détend. Pensez un peu aux comiques, aux vrais bons comiques de caf' conc'. Comme ils ressemblent aux monstres des profondeurs sous-marines: disproportionnés, insensés, hétéroclites, terriblement drôles. Êtres qui ne connaissent pas la lumière, mais qui en fabriquent tant bien que mal, pas parce qu'ils en ont besoin, mais pour de petits besoins, pour se distraire, pour la gloriole, ou par ordonnance de leur police: lampes de poche, phares de route, feux de position, rubis de bicyclette, ampoules de cadran, enseignes lumineuses.
Et c'est bien dans la mer qu'ils nous plongent. Nous aussi, voilà que nous nous tortillons, la bouche ouverte comme des poissons, rendus pour un moment à la liberté, à l'impur originel où n'importe quoi s'accouple avec n'importe quoi, n'importe comment.
Le génie de Dranem, c'était la gouaillerie abyssale.
Adrienne Monnier, Les Gazettes.
mercredi 8 octobre 2025
Figures médiatiques (3408)
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