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lundi 29 août 2022

As Bestas

    Quel dommage! cette scène de mauvais téléfilm avec une actrice totalement à côté de la plaque et qui dure! à trois quarts d'heure de la fin. J'en étais gêné pour Marina Foïs, qui devait donner la réplique à cette mectonne  décalée, qui fout en l'air une manière de chef-d'œuvre dans son genre: je parle du film espagnol de Rodrigo Sorogoyen intitulé As Bestas. 

   Un film bâti sur l'angoisse et la haine, d'une telle force et d'une telle maîtrise, qu'il est incompréhensible que son réalisateur ne se soit pas aperçu qu'il en abâtardisait la fin. *

   L'angoisse, la peur qui empoisonne jours et nuits, cette "ventouse posée sur l'âme" (Artaud), nous l'éprouvons dès la scène d'ouverture (prémonitoire) d'étranglement animal. La haine, nous spectateurs ne l'éprouvons pas mais en subissons la violence psychologique: la haine du "bobo" donne consistance à la ruine existentielle des bouseux frustrés. Cette haine est devenue le tissu de leur vie. Ils n'ont plus d'autre horizon que ce voile rouge qui brouille leur regard et rétrécit leur visions du monde. S'ils veulent un jour respirer, ils doivent assouvir cette soif du mal qui assèche leur jugement.  L'angoisse de la personne haïe alimente à l'infini la "colère invétérée" (Cicéron) du haïsseur. La haine est une névrose sadique qui ne s'apaise (ou s'endort) qu'à la disparition de son objet. La haine est physique et s'adresse au corps de l'autre que le fielleux ne peut littéralement pas "sentir"...ni voir ni entendre. Les scènes étouffantes de la "taverne" rendent épaisse et palpable l'atmosphère pestilentielle d'animosité qui y règne. Et l'on sent presque le goût du mauvais sang que se fait la victime de l'impérial malveillant (l'aîné des frères, terrorisant) qui lui, s'en délecte. 

*Peut-être faut-il envisager que, dans l'économie du film, cette fausse note était destinée à faire ressentir la distance qui sépare la tragédie du "dramélo" ordinaire? C'est un point de vue... Mais j'ai senti pour ma part le ressort puissant du film se détendre fâcheusement. Une fois la parenthèse fermée, la tragédie peut "s'achever".