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mardi 2 juin 2009

Tommy Lee Jones au bord de l'asphyxie

Tommy Lee Jones est comme le bourbon louisianais, il bonifie en vieillissant. Sauf que, Dans la brume électrique, il ne boit plus que du Dr Pepper. Il est vrai qu'il n'est guère besoin d'ajouter sa brume intérieure au "mist" du bayou, voile naturel qui emboit bien des turpitudes et des crimes. Ce film noir plein d'objets colorés nous offre, sans qu'il nous soit possible de choisir, l'obscène et la poésie. Laquelle est discrète mais s'aide de la mémoire. Cette histoire n'est pas qu'une succession de meurtres et une succession de pistes. Collusion du politique, du policier et du crapuleux, mais petite lumière du passé: le fantôme d'un général de la guerre de Sécession arrive de temps en temps comme une respiration. Le vieux confédéré n'a pas pour mission de modifier une histoire morte, mais au contraire d'en transmettre le message vivant et de relativiser la brutalité du présent: si le passé boite, c'est pour que l'oeil du spectateur s'arrête sur la (dé)marche du monde, dont la boiterie est mentale et les maculations psychologiques. On ne peut rien laver vraiment et définitivement dans l'immémorial "marshland" où l'air et la terre sont mêlés d'eau. La boue y est constitutive et "constitutionnelle". Le passé y imprègne le présent. Qu'un homme intègre, aidé de très peu, veuille s'extirper de la bourbe en en sortant des bribes de vérité dérange l'ordre ancestral. Qu'il y parvienne tient du prodige... provisoire. La fatalité est comme un envasement que la liberté de quelques hommes vient démentir à chaque génération, mais c'est toujours à recommencer. L'enseignement de ce film en parfaite osmose avec le réel et le rêve pourrait être que rien n'est jamais infiniment perdu puisque tout l'est d'avance: il suffit de vivre en harmonie avec la douleur, c'est-à-dire les yeux grand ouverts, la conscience à vif et en éveil, pour démentir la routine du destin. Et pouvoir souffler, pour un temps, aimer sa femme, sa fille et son prochain, des survivants fragiles, comme sont précaires et transitoires l'éclaircie dans la brume et le souffle échappé du marasme, un retour d'haleine au bord de l'asphyxie.