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dimanche 3 juillet 2022

Autriche (-Hongrie) (8)

On sait que, face à une ville telle que Brno, Musil s'enchantait de ce qu'elle offrait d'apatride. Il découvrait avec délices "un défaut de substance intérieure"qui devait, à l'en croire, favoriser de grandes singularités. Le véritable sentiment autrichien, selon lui, "se trouvait à proprement parler sans patrie". C'est parce qu'un défaut de substance intérieure ne pouvait en aucune manière être le fait de la Hongrie, que Musil s'en détournait: on ne pouvait être sans patrie dans cette patrie-là. Le sabre ottoman, fléau absolu, y avait laissé des traces bien profondes, et Musil ne pouvait éprouver aucune attirance pour cette moitié d'Empire, qu'une puissance saturnienne, en l'occupant, avait pour toujours, détournée de la vieille culture cacanienne.(1)
Qu'attendre de ce morceau d'Asie?
Aux portes de Budapest, sans doute Musil éprouvait-il ce que Stendhal éprouvait à Trieste, lorsqu'il écrivait: "Je touche ici à la Barbarie..." Une méfiance insurmontable.
E. Charles-Roux, Monsieur le Cacanien, in Mag. litt. de mai 82.
(1) La Cacanie (Kakanie, i.e. Kaiserlich Könichlich, "impérial royal "), comme l'appelle Musil*, c'est l'empire austro-hongrois qui s'effondra en 1918. "En Cacanie, on se bornait à tenir les génies pour des paltoquets et les paltoquets pour des génies." (Musil)
* Dans L'homme sans qualités.

lundi 27 juin 2022

Autriche (-Hongrie) (2)

 [Musil] avait acquis de naissance la certitude que tout était particulier dans l'ancienne Monarchie, que tout avait une saveur unique, depuis ses chefs de gare ventrus, ses sociétés alpines et chantantes, ses caissières mamelues, ses portiers solennels et galonnés, ses joueurs de dominos, sa bureaucratie tatillonne, sa caste de seigneurs sceptiques ou inconscients.
Edmonde Charles-Roux, Monsieur le Cacanien, in Magaz. litt. de mai 82.