Affichage des articles dont le libellé est Comanches. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Comanches. Afficher tous les articles

lundi 4 septembre 2017

La prisonnière du désert (John Ford)

   Entre La charge héroïque (1949) et La prisonnière du désert (1954) le western change d'époque. On passe du classique film de cavalerie, manichéen, naïf et sentimental (du bon gros John Ford en somme) à l'un des meilleurs films du réalisateur.
   Tout en réprouvant le rejet raciste d'Ethan (Wayne) on est sensible à son regard triste et son front obstiné, à sa silhouette gauche et douloureuse. Une musique souvent aigrelette, toujours poignante - bien loin du bruit des fanfares - , un peu blessée comme le cœur des héros, baigne de sa tiédeur souffrante et consolante à la fois l'atmosphère du film. Les couleurs sont d'une douceur à faire douter qu'elles sont celles d'un Texas qu'on imagine hérissé de cactus et de serpents. Le voilà peint avec la palette des maîtres hollandais. Et c'est toute la parabole du film: ce pays inhumain doit entrer dans la civilisation, il y est déjà s'il peut exprimer tant de beauté et si un homme dur comme Ethan Edwards peut enfin prendre dans ses bras sa nièce Debbie, "contaminée" par les mœurs des Comanches qui l'ont enlevée enfant, s'il peut la prendre dans ses bras après avoir voulu la tuer.
   C'est presque un western métaphysique: que sont nos croyances au regard de l'univers, de l'universel qui est peut-être Dieu? Il n'y a qu'un frein à l'humaine errance, un seul frein hors la foi, c'est l'amour. Sans la charité profonde de l'amour, l'homme ne vaut pas mieux que la poussière du désert, que le sable que foule le sabot de son cheval, et qu'il disperse au vent. John Ford a senti ça, qui lui a permis, enfin, de laisser tomber ses trompettes naïves. La prisonnière du désert est le western le plus gracieux du vieux bougon.