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samedi 23 octobre 2010

Des hommes et des dieux

A ma honte, je n'ai ressenti que la moitié du film de Beauvois. J'ai vu seulement des hommes, dans l'opacité d'un choix spirituel invisible et la clarté d'une action au fil des travaux et des jours. Je n'ai pas senti la grâce mais éprouvé seulement la pesanteur sanglante du monde à l'endroit de sa plaie, d'une de ses innombrables plaies.
J'avoue, je n'en suis pas fier, m'être un peu ennuyé, comme à la messe. Est-ce parce que je suis un mécréant? Tant d'austérité patente et d'aridité affective sont pour moi une barrière, qui m'a empêché d'atteindre à l'eau lustrale et à la lumière divine qui court ou jaillit derrière.
Je ne connais pas la langue de Dieu, pas même les rudiments du principe. "Il en est sur qui les belles robes pleurent", dit Montaigne. Sur mon âme disgracieuse la bure fait la grimace. Un seul moment du film m'a transporté, a fait battre mon coeur, c'est, vers la fin, quand Luc, le moine- médecin, apporte du vin à ses frères pour ce qui sera (on ne le sait pas encore) leur dernière "cène", et pose sur la platine Le Lac des Cygnes: c'est un moment magique, où l'âme des hommes relâche la corde spirituelle qui la noue à Dieu, et s'humanise tout entière. Un moment profane.