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dimanche 4 avril 2010
Edouard et Caroline
Sans être le chef-d'oeuvre de Becker, Edouard et Caroline (1950) est un de ses films les plus essenciés: tout y est finesse et nuance, le comique ne s'y emballe jamais, la satire non plus, ils n'en sont que plus ravageurs. Car la mise en scène fait tout pour escamoter sa subversion. Elle est ironique, et l'ironie est le drone de la comédie: elle échappe aux radars classiques. Voilà comment on vivait dans ce minuscule point de la géographie et de l'histoire (ou, plus largement, de l'espace et du temps), sur la Terre... Mais la Terre, c'est quoi? c'est où? La Terre, est-ce seulement pour les Terriens? Et la morale seulement pour les moralistes? Becker est un moraliste, justement, non qu'il veuille faire la leçon: il observe, et l'animal qu'il observe est très divers, puisqu'il s'agit de l'homme, des hommes donc. Becker ne juge pas son objet, il en fait le tour, plusieurs fois, c'est son objet d'étude, car il ne se contente pas de le regarder, il le pense. Et ce qui l'amuse et nous amuse, ce sont les étincelles subtiles que produisent certaines rencontres, certains frottements, certains télescopages de particules humaines comme par exemple l'incursion d'une sorte de Marcel fruste chez des Verdurin un peu braques. Aucune dénonciation violente, mais la charge est souterraine, il faut avoir bon oeil. Le regard, les regards plutôt sont omniprésents dans cette "moralité ironique". Pour les amoureux, c'est simple, il suffira qu'ils s'envisagent une bonne fois, car "les voiles des coeurs sont déchirés quand les coeurs se regardent en face" (proverbe berbère), et la lumière de l'amour peut y revenir. Pour les autres, à la fois trop sûrs et profondément incertains d'eux-mêmes, le regard en regard ne les éclaire pas mais les agresse et les guignolise, sauf un: l'Américain. Celui-là a autant de sourire dans les yeux que sur les lèvres, car il est à l'aplomb du monde, et les cabrioleurs ne le dérangent pas.
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