Affichage des articles dont le libellé est En liberté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est En liberté. Afficher tous les articles

jeudi 29 novembre 2018

Cold War (Pawel Pawlikowski)

   En 2014, Ida nous faisait ressentir la médiocrité d'une vie sous l'étouffoir communiste, la tautologie des jours, une vie semblable à l'ectoplasme du destin, une vie sans venue ni repousse, une vie dont la gravité et le centre sont ailleurs, une vie poussiéreuse et boueuse, un sédiment du possible, une vie succédanée, une vie de ménage, une vie rétrécie par la grande lessive des cervelles, une vie scellée dont la clé rouille au fond du puits de la mémoire, une vie de défaites quotidiennes, sans ombre ni soleil, hivernale et stérile jusqu'au cœur de l'été. Une vie au désespoir désespérant, un désespoir jamais complet, un désespoir sans plénitude. Alors? Pourquoi ne pas retourner à l'anéantissement de la vie communautaire en Dieu? Même sans Dieu...
   En 2018, après avoir subi En liberté et I feel good, nous pouvons voir enfin un vrai film, du même Pawlikowski, qui nous change du gros cinéma de ficelles. Dans Cold War le scénario est tissé de fils de soie. L'humanité en clair-obscur. Exaltation de la beauté, dégoût des compromissions. Brûlures et lassitudes de l'amour. Alternance - "folie circulaire", disait Gide; "forteresse et jardin", disait Montherlant - du ciel et de l'enfer, car l'amour est divin mais la vie vient du diable. Un couple que les ans n'attiédissent doit sans fin se déchirer et se recoudre, se brocher, se débrocher. Pour finir infiniment. Tentation- répulsion, joie et souffrance dont les amants ne se libèrent qu'en s'enchaînant dans la mort.

mardi 27 novembre 2018

Pierre Salvadori

   Il y a une filiation entre de Broca et Rappeneau. Salvadori, qui les considère comme des maîtres, n'a pas leur profonde légèreté (pas d'oxymore).
   Cible émouvante (92)... et molle, est gentil, mais sans vrai rythme ni vraie nouveauté. De toutes petites audaces. Le meilleur du film est dans son titre.
   Pour Les apprentis (94), on s'attriste de ne pas aimer davantage ce film d'une légèreté... évanescente. Un bon passage: quand Fred déclare sa flamme à Agnès et qu'elle répond qu'elle consent à faire l'amour avec lui, mais sous les yeux de son amant voyeur. Le reste est (agréablement) mollasson.
   En réalité, ses comédies ne font pas rire. Comme elle respire (98) respire un ennui insidieux, dont on voudrait se défendre car on devine un auteur intelligent et sensible. Alors on sourit parfois, poliment.
   Quoiqu'assez artificiel, Après vous se laisse regarder, mais ce n'est quand même pas du Lubitsch.
   Hors de prix confirme l'impression générale: ennui modéré mais persistant, essentiellement dû à la faiblesse de l'action, au manque de rigueur dans ses enchaînements et aux caractères flous des personnages; ils ne sont pas eux-mêmes indécis, mais leurs traits sont mal dessinés. Nous n'avons avec eux qu'un contact abstrait. Dire qu'il s'agit d'un film inconsistant serait méchant, insaisissable serait trop élogieux. Existe-t-il un terme intermédiaire? Atonique? Lymphatique? Impalpable? Fuyant?
   Le dernier en date, En liberté, a les mêmes défauts que les autres: gags lourds et répétitifs, facticité (c'est du cinéma hors sol) et manque d'originalité dans la réflexion. A cela s'ajoute - c'est nouveau - une grande violence dans les scènes d'action. On sait que c'est "pour rire", mais les enfants non.
   Les réactions, presque  toutes positives, de la critique sont pour moi mystérieuses. Passons sur l'absurdité de l'histoire. C'est son traitement qui cloche. Les personnages que le réalisateur nous vend comme incroyables sont tout simplement incrédibles, malgré l'indéniable qualité des acteurs principaux. On sourit parfois, on est touché, mais quelle absence de bulles! Ce n'est pas du champagne, c'est du Red Bull.